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ANATOMIE PATHOLOGIQUE

cellules épithéliales, pigmentaires ou cartilagineuses plus ou moins modifiées. D’autres auteurs admirent que les cellules dites cancéreuses, ayant un noyau, un nucléole, des granulations, comme beaucoup d’autres cellules de l’économie, étaient analogues à ces éléments normaux et ne devaient pas être considéiecs comme lié té— romorphes. Le mérite de ce retour à une interprétation plus saine appai tient à un grand nombre d’auteurs qui se sont complétés 1 un a 1 autre. Il lestait, apiès ces travaux dont un grand nombre sont dus à l’Allemagne et à la France, à indiquer ce que représentaient réellement les différentes altérations de texture des organes affectés, les diverses générations de tissus sous forme de tumeurs, à interpréter ces modifications de volume, et parfois de structure, qu’on observe dans les cellules et les fibres composant ces tumeurs ; il restait à démontrer la relation de ces états morbides avec les états normaux.

11 ne s’est plus agi dès lors d’étudier les éléments en eux-mêmes et de les classer méthodiquement, ni d’accorder aux uns et de refuser aux autres la propriété dite cancéreuse. Dans ces productions de matière nouvelle, on vit autre chose qu’un amas amorphe de cellules ou de noyaux plus ou moins déformés. On reconnut que ces productions nouvelles étaient susceptibles d’une texture, d’une organisation. On chercha donc comment chaque tissu morbide dérive d’un tissu sain, comment apparaissent des tissus analogues au cartilage et aux glandes, dans des régions qui en sont normalement dépourvues. Il fallut expliquer ce que représentaient, en tant qu’atrophie ou hypertrophie, en tant qu’aberration de structure des éléments normaux, telles et telles cellules qu’on observait dans les tumeurs dites cancéreuses. C’est en France que cette direction a été imprimée aux recherches anatomo-pathologiques. Un auteur allemand justement célèbre, à la fois pathologiste et anatomiste, R. Virchow, a cru trouver la solution du problème en indiquant comme cause de tous ces produits morbides la multiplication par génération endogène des cellules plasmatiques qui existent dans tous les tissus, dont elles sont pour ainsi dire l’élément vital et générateur par excellence (1). Cette vue large mérite les éloges et les reproches qu’on peut en général adresser aux travaux d’outrc-lthin : elle montre un trop grand désir de généralisation, et elle prévoit et explique à priori ce qu’il faudrait démontrer par l’analyse. En France , les travaux de Leberl (2) avaient ouvert la voix aux recherches analytiques et poussé très-loin l’étude de toutes les variétés de tumeurs. Charles Robin, reprenant ces études et y apportant un esprit de crilique et une méthode qui ne pouvaient marquer de porter leurs fruits, a pu arriver à déterminer certains faits généraux, tels que ceux-ci : Chaque tissu de l’économie est susceptible de présenter une, deux ou trois espèces d’altérations intimes, et ce sont ces altérations qui toutes ont été confondues anatomiquement et symptomatiquement sous une seule et même hypothèse, un seul et même nom, le cancer. Ainsi l’unité de cancer, le cancer type, n’existent pas. Nous ne saurions mieux faire, pour donner au lecteur une idée de l’état actuel de la science sur ce point, que de citer un passage du travail de Ch. Robin (3) :

(1) Virchow, La -pathologie cellulaire, basée sur l'élude physiologique et pathologique des tissus, traduit de l’allemand sur la deuxième édition. Paris, 1861.

(2) Lebert, Traité d'anatomie pathologique générale. Paris, 1857, t. I.

(3) Ch. Robin, Mémoire sur le tissu hétéradénique ( Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie. Paris, 1856.)

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

« Dans la production dos tumeurs, il est deux cas bien distincts à noter : le cas le plus fréquent est celui dans lequel les tumeurs dérivent d’une hypergenèse, d’une multiplication exagérée des éléments anatomiques des tissus normaux, avec dérangement ou non de la texture de ceux au sein desquels ils naissent, ou des parties voisines. Dans cette circonstance, on peut dire que tout tissu normal peut devenir l’origine de la production d’autant d’espèces de tumeurs qu’il renferme d'espèces d’éléments anatomiques; et cela par suite même du fait de l'existence de ceux-ci, lorsque les conditions de leur nutrition, de leur développement, et surtout de leur génération, viennent à subir quelques modifications dont la nature est, du reste, à déterminer. Outre ce fait, on peut en observer un autre, c’est que la propriété qu’ont les tissus complexes de naître chez l’embryon n’est pas bornée seulement aux premiers temps de la vie. On la retrouve encore chez l’adulte dans des conditions diverses, par suite d’une sorte de perturbation de la propriété de génération. >.

Suivant Ch. Robin, les tumeurs dites cancéreuses, soit seulement composées de noyaux, soit composées de cellules, sont des produits morbides qui offrent une texture particulière de leurs éléments ; il en est qui ressemblent à des glandes, mais sans canal excréteur (tissu hétéradénique), d’autres contiennent du cartilage en des points où ces tissus ne doivent point exister.

On voit, par l’exposé rapide que nous avons fait de la question anatomique, combien l’illusion des praticiens serait grande, s’ils comptaient actuellement sur la possibilité de perfectionner les anciens errements et de diagnostiquer des tumeurs bénignes ou malignes, soit à l’aide des caractères extérieurs grossiers que fournit la vue ou le toucher, soit à l’aide du microscope, qui ne reconnaît pas d’espèce cancéreuse type. Citons encore Ch. Robin : « Les propriétés de génération dans plusieurs points de l'économie, successivement ou simultanément, de nutrition énergique et de développement rapide, qui font que ces produits déterminent la résorption des tissus normaux dont ils prennent la place, sont, pour une même espèce, plus ou moins énergiques, selon la constitution individuelle et l’état général des sujets atteints. Ce n’est pas à tel élément anatomique qu’on doit attribuer la gravité ou la bénignité de la marche locale des tumeurs ou leur généralisation, et aucun d’eux, à cet égard, ne jouit de qualités spécialement nuisibles. C’est l’état de la constitution individuelle innée ou acquise, qui fait; que tel ordre de lésions se manifeste plutôt que tel autre, et offre une gravité considérable ou nulle. '>

Tel est le dernier mot de l’anatomie à notre époque. 11 faut donc que les médecins se résignent à emprunter h d’autres caractères que ceux que fournit l’anatomie, le diagnostic et le pronostic des affections dites cancéreuses.

§ m. — Symptômes.

Peut-être que les cliniciens, éclairés enfin sur l’inanité des propriétés physiques des tumeurs et des ulcères réputés cancéreux, et comprenant que la dureté ou la mollesse, la forme, la vascularité de ces produits morbides, ne constituent point des caractères essentiels et spécifiques, se réfugieront avec plus de profit pour les malades dans l’étude de la marche et des symptômes de ces maladies. On peut dire dès à présent qu’il est telle maladie qui cliniquement est un cancer, alors même que l’anatomie n’admet pas le cancer. Cette maladie, c’est un produit morbide

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