‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 173 sur 369 · TUBERCULE · texte numérisé non relu

TUBERCULE

[ Caractères anatomiques. — La matière tuberculeuse se présente sous deux formes : celle de matière grise demi-transparente et celle de matière jaune. On a, à une certaine époque, élevé des doutes sur la nature de la matière grise, mais il n’en existe plus maintenant ; elle est, dès le principe , franchement tuberculeuse (1). La matière grise conserve quelquefois ses caractères, et, d’autres fois, elle se transforme par des changements progressifs en matière jaune. Mais cette dernière peut être primitivement déposée dans les tissus sans avoir nécessairement passé par l’état gris. Ces deux espèces, ou, pour mieux dire, ces deux variétés se présentent sous la forme de masses isolées, ou granulations, ou tubercules proprement dits, et sous celle d'infiltration.

La matière grise est en général en masses extrêmement petites, très-nombreuses, fermes, élastiques, sèches, non friables, tandis que la substance jaune forme des amas plus volumineux, moins nombreux, secs et friables; cette dernière peut seule s’écraser et se dissoudre dans l’eau, mais sans rendre de liquide lactescent comme le cancer.

La substance tuberculeuse est essentiellement composée de corpuscules ou globules polyédriques, à angles obtus de l/lôO° à 1/120° de millimètre, la surface de ces corpuscules est lisse, et leur contenu consiste en une masse plus ou moins transparente, assez solide, et en granules moléculaires ; il est extrêmement rare d’y trouver des noyaux et des nucléoles, comme si ces corpuscules étaient des cellules incomplètement développées.

Les tubercules proprement dits ne contiennent pas de vaisseaux, mais quelquefois ils emprisonnent quelques éléments des tissus au sein desquels ils se forment. Nous ne parlons pas des granules moléculaires, de la graisse, de lamélanose des cristaux, qui se rencontrent accidentellement dans le tubercule.

Tout démontre que le tubercule n’est pas un produit organisé, mais que c’est, au contraire, un simple dépôt clc matière anormale au milieu des tissus, analogue au dépôt de la matière purulente dans les parties enflammées.

Siège. — La matière tuberculeuse peut se déposer dans tous les tissus, bien qu’avec une fréquence différente ; et si Lebcrt n’a pas encore trouvé la substance grise demi-transparente dans les os, cela ne démontre pas qu’elle ne puisse pas s’y former, ou bien il faudrait douter de l’habileté d’observation du professeur Nélaton.

(1) Lebert, Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeuses. In-8, Paris, 1849.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

Cependant il est évident que la formation des produits tuberculeux est bien plus fréquente dans certains organes que dans d’autres. C’est dans les poumons qu’on les rencontre le plus souvent, puis dans les ganglions lymphatiques, les membranes séreuses, les glandes, etc. Aussi Louis a-t-il pu dire que chez l’adulte, quand on trouve du tubercule dans un organe quelconque étranger aux voies respiratoires, on est certain d’en rencontrer aussi dans le poumon; mais cette règle n’est pas applicable à l’enfance.

Evolution. — Selon Lebert, il y a deux sortes d’évolutions du tubercule, l’une destructive , l’autre curative.

Dans la première, la matière tuberculeuse se ramollit ou se fond. Le ramollissement s’opère par l’infiltration d’un liquide granuleux ou par la sécrétion de matière purulente autour du tubercule; dans ce cas, les corpuscules de la matière tuberculeuse augmentent de volume et tendent à s’arrondir, mais ne disparaissent pas. Dans la fonte proprement dite, il y a dissolution réelle de ces corpuscules. En général, ces altérations s’opèrent du centre à la circonférence, et il arrive un moment où le tissu ambiant s’affecte à son tour, tend à s 'ulcérer et conserve cette tendance même après l’élimination du tubercule (cavernes). La véritable raison du ramollissement paraît à Lebert résider dans l’absence do nutrition et de vascularité propre du tubercule, ce qui provoque une altération purement physique.

Dans l’évolution curative, quelquefois le tubercule s’indure par le dépôt de matière calcaire, ce qui constitue V état crétacé, si commun dans les poumons chez les vieillards tuberculeux; ou bien le tubercule est d’abord éliminé, et la caverne tend à la cicatrisation.

Composition chimique. — La connaissance de cette composition est si peu utile, que nous n’en donnerons qu’un aperçu. On trouve dans !c tubercule cru : de la gélatine, delà caséine, de la fibrine, de l’albumine, de la cholestérine, des matières grasses et des sels. Dans le tubercule ramolli, une partie de ces substances altérées sont devenues plus solubles que précédemment dans l’eau, l’alcool, l’éther, etc. Enfin, dans le tubercule crétacé la matière organique disparaît en grande partie pour faire place à des sels parmi lesquels dominent le phosphate de chaux et le phosphate ammoniaco-magnésien.

Nous ne pousserons pas plus loin l’étude de ces détails de chimie et d’anatomie pathologique. En exposant les principaux, nous avons eu l’intention de montrer combien jusqu’à présent il y a peu d’utilité à en tirer.

Mais si maintenant nous pouvions insister sur la partie pathologique, il nous serait facile de faire voir qu’elle est certainement plus avancée que la précédente.

Considérations pathologiques. ■ — Le tubercule n’est pas une lésion locale, et il est absolument impossible de le faire naître expérimentalement comme on produit une inflammation. Il ne se développe que sous l’influence d’une disposition morbide générale de l’économie, d’une diathèse en un mot. Nous l’avons déjà dit, et

nous le répétons, le tubercule n’est pas un élément morbide organisé et vivant par lui-même; c’est un simple dépôt, une sécrétion anormale qui, au lieu d être éliminée, s’épanche dans l’épaisseur des tissus et y subit des altérations physiques non vitales. Après un séjour plus ou moins long au sein des organes, il tombe dans une sorte de décomposition purement physique qui est le ralentissement, et bientôt il est éliminé. A la place qu’il a occupée les parties n’ont pas de disposition à se cica-

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