CHLOROSE. — DÉFINITION
triser, une tendance ulcéreuse persiste. Quelle est la cause de la persistance des cavernes, des trajets fistuleux, des kystes, des abcès migrateurs? quel rôle joue le tubercule absent dans la conservation de ces ulcères intérieurs ? A notre avis, ce rôle est nul; le tubercule n’est qu’un corps étranger, et l’ulcération qui persiste après son élimination est uniquement le résultat de la disposition morbide générale de l’économie; l’ulcère désormais débarrassé de l’épine devrait guérir, si une cause d’un autre ordre ne l’entretenait pas, et cette cause c’est la diathèse dont le tubercule n’a été lui-même qu’une manifestation.
Si l’on interprétait de la sorte les faits relatifs à la tuberculisation , on devrait s’occuper bien plus de l’état général que de l’état local, et l’on n’incarnerait plus désormais d’une manière étroite une maladie générale dans l’une de ses localisations. Ce qui revient à dire que le tubercule considéré en lui-même n’est qu’une lésion , et que la maladie tuberculeuse est quelque chose de plus ; que c’est un tout bien complet, une entité morbide d’un rang plus élevé.
Cette conception de la maladie élargit le cadre de l’anatomie pathologique ellemême, en même temps qu’elle agrandit le champ du diagnostic, du pronostic et de la thérapeutique. En effet, si le tubercule n’est qu’un dépôt, qu’une expression locale d’une maladie générale, il s’ensuivra qu’un individu qui a quelques tubercules dans les poumons est cependant généralement tuberculeux, c’est-à-dire dans tout son organisme ; que s’il lui survient, dans le même organe ou ailleurs, une autre lésion anatomique, comme une pleurésie simple, une pneumonie simple, une méningite simple, ces affections pourront à bon droit être considérées comme tuberculeuses ; car si ces affections ne sont pas tuberculeuses localement , elles le sont par leur origine ou leur racine ; que le diagnostic, même dans le cas d’une lésion simple, devra s’éclairer des commémoratifs ; que le pronostic s’établira sur les mêmes bases ; et, enfin, que le traitement, s’il y en avait un, devrait aussi tenir compte bien plus de l’origine et de la nature du mal que de son apparence anatomique sous le scalpel et le microscope. Pour tout ce qui a rapport à la tuberculisation des organes, nous renvoyons le lecteur aux articles : Phthisie pulmonaire, Méningite, Péritonite turerculeuse, etc., où la question du tubercule est traitée avec tousles développements qu’elle comporte. Nous nous bornons ici à donner un tableau succinct des caractères anatomiques et de la pathogénie du tubercule en général.]
ARTICLE IX
CHLOROSE
La chlorose a été fort anciennement connue; mais on ne saurait, avec F. Hoffmann (1), en trouver une indication précise dans Hippocrate (2). C’est Hoffmann lui-même qui a le premier donné une description satisfaisante de la maladie. Depuis lors, un très-grand nombre de travaux ont été publiés sur ce sujet. [Nous signalerons les travaux de Putégnat (3), de Mordret (A), de Nouât (5). ]
(1) Fr. Hoffmann, Opéra omnia, Suppl, sec. : Valetudinarium virginale, cap. III, gen. 1760.
(2) Hippocrate, Œuvres : Maladies des jeunes filles, trad. par Littré, t. VIII, p. 407.
(3) Putégnat, De la chlorose et. des maladies chlorotiques. Bruxelles, 1855.
(4) Mordret, Traité des affections nerveuses et chloroanémiques . 1861.
(5) Nouât, Traité de la chlorose. 1864.
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
La chlorose est un état morbide caractérisé par une pâleur particulière de la face, par des troubles variés des diverses fonctions, avec langueur et faiblesse, et offrant, comme altération anatomique générale, une diminution d’abord des globules, puis des autres matériaux solides du sang.
C’est surtout d’après la coloration de la face qu’on a imposé à cette affection les diverses dénominations sous lesquelles elle est connue: Fœdus color, chlorosma , pallidus morbus, icterus albus ; ou bien green sickness , mot employé par les Anglais, et Milchfarbe par les Allemands. Tous ces noms expriment l’altération du teint des malades. Comme cette affection attaque principalement les jeunes filles, on lui a aussi donné les noms de morbus virginum, febris virginea , etc. ; dénominations fondées sur une observation vulgaire et très-superficielle.
La chlorose est une maladie fréquente.
§ H. — Causes.
1° Causes prédisposantes. — La chlorose se montre, dans la grande majorité des cas, à l’époque de la puberté. 11 n’est pas rare de la voir chez des sujets qui ont passé Vâge de vingt ans. Les vieillards n’en sont point atteints, ou du moins on n’a pas cité d’exemple de celte maladie chez eux. Les enfants en sont-ils affectés? C’est une opinion qui a été émise pour la première fois par Sauvages (1), [puis soutenue par Nouât (2), Bouchut (3), etc., qui en ont fait un état mixte, chloroanémique, rarement primitif, le plus souvent consécutif à des affections débilitantes, et fréquemment symptomatique. Marshall-Hall (â) et Becquerel (5) ont un peu modifié cette opinion et ont considéré cette chlorose comme une simple anémie.]
Cette affection est si rare chez les hommes et si commune chez les femmes, qu’on lui a, comme on l’a vu plus haut, donné des noms qui ne sont applicables qu’à une affection propre au sexe féminin , surtout à l’âge de la puberté, mais plusieurs auteurs, parmi lesquels on peut citer Desormeaux, Copland (6), Tanquerel des Planches (7) etUzac (S), ont vu des exemples de chlorose chez l’homme. C’est aujourd’hui une opinion généralement admise.
[La chlorose est une maladie héréditaire ; nous verrons plus loin qu’elle peut être aussi acquise. Les tempéraments qui contribuent le plus à son développement sont les tempéraments nerveux et lymphatiques. V alimentation insuffisante, quelle qu’en soit la cause, qu’elle provienne d’aliments non assimilables, ou de mauvaise nature, peut déterminer la chlorose. Joignons-v un air humide, malsain, la privation du soleil, le défaut d’exercice, un travail excessif, la lactation prolongée, toutes les causes en un mot qui peuvent déterminer l’affaiblissement des forces
(1) Sauvages, Nosologie méthodique.
(2) Nonat, ouv. cité.
(3) Bouchut, Mal. des nouveau-nés , U° édit., 1862, p. 956.
(4) Marshall-Hall, Cyclop. ofpract. mecl., art. Chlouosis by Marshall-Hall.
(5) Becquerel, Clinique des hôpitaux des enfants, 3e année, p. 96 et 161.
(6) Copland, Diction, ofpract. med. London, 1844, t. I, p. 314.
(7) Tanquerel des Planches, De la chlorose chez l'homme ( Presse méd., juillet 1837).
(8) Uzac, De la chlorose chez l’homme. Paris, 1854.
CHLOROSE. — SYMPTÔMES. 525
vitales.] L'habitation des villes et les habitudes de la mollesse ont une influence marquée sur la production de la chlorose. Quant à la privation ou à l’abus des plaisirs vénériens, aux passions vives ou tristes, aux désirs contrariés, à l’usage d’aliments ou de boissons extraordinaires, ne doit-on pas y voir plutôt les signes d’une chlorose commençante qui déprave le goût et pervertit les facultés intellectuelles, qu’une cause même de maladie ?
line autre cause bien fréquente de chlorose, et qui a été bien longtemps méconnue, est la grossesse. Tous les jours on voit des femmes qui se présentent pour se faire saigner parce qu’elles éprouvent de la pesanteur de tête, des étourdissements, des palpitations, etc. Elles sont trompées, comme beaucoup de médecins, par la croyance que ces accidents sont dus à la pléthore, et de là bien des saignées inutiles et même nuisibles. C’est Cazeaux (1) qui démontre que tous ces symptômes doivent être attribués à une véritable chlorose. Il se fonde sur les résultats de l’analyse du sang, sur les symptômes, et enfin sur les succès du traitement par les ferrugineux.
2° Causes occasionnelles. — Cette affection commence d’une manière si lente et si insidieuse, qu’il est presque impossible de dire si les circonstances signalées comme causes ne sont pas déjà les premières manifestations du mal. Par exemple, l’aménorrhée, la constipation, l’état du système nerveux, doivent-ils être considérés comme les causes primitives de la maladie? Quelques auteurs l’ont pensé.
Quand on voit une aménorrhée succéder à une frayeur , et quelque temps après les signes de la chlorose se manifester, on est porté à croire que la suspension des règles est la cause déterminante qui nous occupe. [Mais on voit si souvent ces accidents ne produire aucun effet qu’il paraît difficile de les considérer comme des causes occasionnelles. On dira avec plus de certitude que tout ce qui peut troubler fortement l’innervation devient une cause de; chlorose; alors s’expliquent les effets de la frayeur, des émotions morales profondes, des chagrins, des accès d’hystérie, de la dyspepsie, de la leucorrhée, etc.]
On ne peut donc pas assigner, d’une manière positive, des causes occasionnelles à la chlorose. Ajoutons que les causes prédisposantes, telles que la vie sédentaire, un régime débilitant, etc. , agissant à la longue sur l’économie, altèrent la composition du sang, et deviennent ainsi des causes réellement déterminantes.
Nous ne parlons pas des jmudo-chloroses admises par quelques auteurs, parce qu’elles ne consistent qu’en une simple anémie qui vient compliquer des affections diverses.
§ III. — Symptômes.
Le début est ordinairement lent; il ne s’annonce que par un peu de faiblesse, de langueur, la tendance au sommeil, quelques troubles digestifs.
Plus tard, les sujets affectés de chlorose acquièrent le teint regardé par bien des médecins comme caractéristique. On voit des femmes qui, avec tous les autres symptômes de l’affection, conservent une coloration normale ou presque normale de la face. Il faut être prévenu de cette circonstance, car le traitement peut dépendre du jugement porté sur l’absence de ce signe. Le teint chlorotique est variable. Tantôt c’est une nuance blafarde, tantôt une pâleur jaunâtre, tantôt une
(1) Cazeaux, Bulletin de l’Acad. deméd., 19 février 1850, t. YV, p. àâS.
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
coloration légèrement verdâtre. On observe la décoloration des lèvres, du bord libre des paupières, la teinte bleuâtre de la conjonctive, le regard languissant.
La peau de toute la surface du corps participe à la décoloration, et, de plus, les tissus acquièrent une certaine bouffissure qui, pour être plus remarquable à la face et aux paupières, n’en est pas moins sensible parfois dans les autres parties du corps. On y remarque en même temps cette demi-transparence qui distingue la décoloration chlorotique de la pâleur des affections chroniques dont l’aspect est si souvent terreux.
Les phénomènes qui sont le plus remarquables dans la chlorose sont les divers troubles du système nerveux. Tous les médecins, surtout depuis Hoffmann, qui insiste sur ce symptôme, ont remarqué la céphalalgie souvent intense et toujours fatiguante par sa ténacité, qui se montre dans cette maladie. Mais des douleurs se font aussi sentir dans beaucoup d’autres endroits du corps, et principalement dans les parois de la poitrine et de l’abdomen. Ces douleurs, dont il est quelquefois difficile de préciser le siège, occupent souvent d’une manière évidente le trajet des nerfs, et alors on observe diverses espèces de névralgies : ainsi les névralgies intercostale, lombo-abdominale, avec leurs variétés et leurs symptômes divers, tels qu’ils seront décrits plus tard. Ces douleurs tourmentent beaucoup les malades dans la journée, mais il est bien rare qu elles troublent le sommeil qui, au contraire, est très-profond , contrairement à l’opinion de Sandras (1), qui regarde l’insomnie comme une complication très-fréquente. Nous les avons vues exister dans ce que quelques auteurs ont plus particulièrement nommé Y anémie ; sont-elles plus in* tenses et plus remarquables dans les cas regardés par eux comme de véritables chloroses? C’est ce qui n’est; pas démontré. [Le moral des chlorotiques est souvent profondément affecté : elles rient et pleurent sans motifs, ont le caractère bizarre, inégal, difficile, et recherchent la solitude.]
Sandras (2) a reconnu qu’il se développe, sous l’influence de l’état chlorotique, des paralysies, et ce qui prouve qu’il en est ainsi, c’est qu’il est toujours parvenu à les guérir par les pilules de Vallet et l’électricité. Les cas qu’il cite appartiennent à la paraplégie , à la paralysie faciale et à la paralysie générale , sans lésion de l’intelligence. [Du côté de la motilité ou observe encore, outre une nonchalance assez prononcée, des soubresauts musculaires : fréquemment quand la chlorotique s’endort elle ressaute dans son lit. ]
Il n’est pas surprenant qu’on ait observé dans la chlorose des troubles cérébraux qui sont quelquefois portés à un si haut degré, qu’on a noté l’existence d’une véritable manie. Marshall-Hall (3) en a observé deux cas qu’il a mentionnés dans son article. Sandras (h) en cite également deux cas; pour ce médecin, toutes les formes de l’aliénation mentale peuvent avoir également leur origine dans la chlorose ou l’anémie.
Les fonctions digestives sont fréquemment, mais non toujours altérées. Blaud (5) a cité des observations dans lesquelles ce symptôme était très-peu marqué, et u’au-
[' (1) Sandras, Journ. des connaiss. mêd.-chir., 1er décembre 1852.
(2) Sandras, toc. cit.
(3) Marshall-Hall, toc. cit., p. 379.
(4) Sandras, toc. cit.
(5) Blaud, Revue medicale, 1832, t. I, p. 337.
CHLOROSE. — SYMPTÔMES
irait pas fixé l’attention si elle n’était naturellement appelée sur ce point dans cette maladie. C’est dans les cas où les symptômes du côté du tube digestif sont trèsprononcés, qu’on a observé ces cas de pica et de malaria, c’est-à-dire de désir impérieux pour des substances non alimentaires et même repoussantes, comme le charbon, le plâtre, les excréments même, suivant Hoffmann, ou une appétence i exclusive d’aliments particuliers, comme les mets épicés, vinaigrés, etc. Ces perturbations des fonctions de l’estomac peuvent s’accompagner de douleurs de cet i organe et des intestins, viscéralgies qui se rapprochent des douleurs nerveuses meni données plus haut. C’est en pareil cas que les ferrugineux ont une grande efficacité i dans les douleurs viscérales, ainsi que l’ont démontré Trousseau et Bonnet (1).
La constipation est un symptôme si fréquent, que, depuis Hoffmann, il a frappé i tous les médecins qui se sont occupés de la chlorose. Elle est souvent très-opiniâtre, tet Marshall-Hall, qui y attache une grande importance, a trouvé en elle une indicai tion précieuse pour le traitement de la maladie.
Lorsque la chlorose est portée à un haut degré, les troubles de la circulation I peuvent être aussi intenses que dans l’anémie qui suit les hémorrhagies abondantes. Des palpitations , avec impulsion notable à la région précordiale, fatiguent les ma- I lades. Le pouls est vif, souvent accéléré ; à la moindre émotion, les sujets rougis-
■ sent, ce qui annonce la mobilité de la circulation. Les battements des artères ne sont j pas toujours petits et concentrés ; ils offrent assez souvent une largeur notable qui I prouve que les vaisseaux sont pleins de liquide ; mais ce liquide présente une grande
■ surabondance de sérosité. C’est là l’état que Beau (2) a désigné sous le nom de pléthore séreuse. La mollesse du pouls, selon Sandras (3), est un des signes patho-
. gnomoniques de la chlorose.
Les auteurs ont parlé d’un phénomène remarquable chez les chlorotiques : c’est le bruit de souffle constaté par l’auscultation. Au coeur, on observe parfois un bruit de souffle au premier temps. Lorsqu’on applique le stéthoscope sur les côtés du (cou, suivant le trajet des artères carotides, on entend un bruit fort, ordinairement ( continu ou à double courant, parfois musical, désigné sous le nom de bruit de • souffle , bruit de diable, bruit continu, murmure artériel, chant des artères, ou murmure veineux. On voit par là qu’on n’est pas d’accord sur le siège de ces bruits. Laennec, Bouillaud, Veruois, Beau, etc. , ne doutent pas que le bruit ne ; se passe dans les artères mêmes ; mais en Angleterre, AVard (U), plus tard Hope (5), i et A rail (6) en France, se sont livrés à des expériences qui ont fortement ébranlé i celte opinion. Pour eux et Monneret (7), c’est dans les veines que se passe le muri mure continu ( venous or continuons murmur, Hope), puisque, eu comprimant plus i ou moins les veines jugulaires internes ou externes, suivant les cas, on augmente,
' diminue ou fait disparaître ce murmure ; tandis qu’un souille simple peut encore
(1) Trousseau et Bonnet, Sur l’emploi du sous-carbonate de fer dans les douleurs de l'estomac ( Arcli . gin. de méd., 1832, t. XXIX et XXX).
(2) Beau, Traité expérimental et clinique d'auscultation. Paris, 1856, p. 461.
(3) Sandras, loc. cit.
(4) Ward, Gazette med. of London, 1837.
(5) Hope, A treatise on the diseases of tlie lieart, p. 109 et suiv.
(6) Aran, Recherches sur le murmure continu vasculaire simple et composé (Arch. gén. rie méd., août 1843).
(7) Monneret, Études sur les bruits vasculaires et cardiaques ( Union médicale, 1849).
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
sc faire entendre dans les carotides, lorsque le premier a été entièrement supprimé. Cette dernière considération est d’une grande force. Dans l’état actuel de la science, on doit admettre l’existence de deux bruits de souffle vasculaire chez les chlorotiques : l’un simple, ayant son siège dans les artères et correspondant à la diastole artérielle ; l’autre double ou continu, ayant son siège dans les veines. C’est aussi la conclusion qu’ont adoptée Barth et Roger (1).
La cause physique de ces bruits anormaux a encore soulevé des discussions. Vcrnois a conclu de ses recherches sur les animaux morts d’hémorrhagie (2), que le bruit de souffle ôtait produit par le frottement du sang sur les parois des vaisseaux revenues sur elles-mêmes et un peu froncées. D’après Beau, la plénitude du système vasculaire s’opposerait à ce qu’on adoptât cette explication ; mais cette objection ne s’applique pas aux cas d’anémie par hémorrhagie, et n'a de force que dans les cas d’anémie spontanée ou dans ceux de chlorose dont il s’agit ici. Dclaharpe (3) a démontré par des expériences sur le cadavre que les bruits des artères dépendaient et de la rapidité du cours du sang, et surtout du peu de densité du liquide injecté. Aran est arrivé au môme résultat en poussant des injections dans les veines. [Chauveau et Marey (ô) n’y voient qu’un phénomène de physique expérimentale. Pour eux, le sang étant plus fluide, les vaisseaux plus relâchés, il en résulte que le sang coule plus facilement à travers les capillaires, ce qui rend la tension artérielle facile. L’application du stéthoscope détermine un abaissement de la tension artérielle au-dessous du point comprimé, condition favorable à la production du bruit.
Du côté de la respiration , on observe de l’essoufflement, de l’anhélation quand les malades montent; le vent est court, l’inspiration quelquefois abdominale.] Les hémorrhagies sont rares dans la chlorose, les flux sanguins normaux sont troublés ou supprimés. Cela tient évidemment à la pauvreté du sang, qui ne permet pas aux congestions locales de se produire. Mais si, par une cause quelconque, une voie est ouverte aux hémorrhagies naturelles ou accidentelles, on a peine à arrêter le sang, et la cause en est dans la grande fluidité de ce liquide. Ces évacuations sanguines viennent encore ajouter à l’intensité de la maladie.
Les troubles de la menstruation sont très-remarquables dans la chlorose. Si cette affection survient avant que les jeunes filles soient encore réglées, on voit, au lieu de l’apparition des premières menstrues, apparaître les premiers symptômes de la maladie, et les sujets passer peu à peu de l'étal florissant à l’état de langueur décrit plus haut. Quelquefois une première apparition des règles a liou, mais pénible, accompagnée de douleurs, de leucorrhée, de malaise général, puis elle ne se reproduit plus, ou est suivie de menstrues plus difficiles encore et moins abondantes. Dans d’autres cas enfin, après avoir eu pendant plus ou moins longtemps leurs règles, et avoir passé par une ou plusieurs grossesses, les femmes voient le flux sanguin diminuer, devenir plus aqueux, s’accompagner d’hystéralgie, et sc supprimer plus ou moins complètement. Lorsque tes menstrues existent encore, elles
(1) Barth et Roger, Traité pratique d’auscultation, 6e édit. Paris, 1865.
(2) Yernois, Des bruits des artères. Paris, 1837, in -A.
(3) Delaharpe, Archives gén. de méd., 3e série, 1838, t. III, p. 33.
(1) Chauveau et Marey, Mémoires de l’Académie de médecine, t. XXVI. Paris, 1863. — Marey, Physiologie médicale de la circulation du sang. 1863.
CHLOROSE. — SYMPTÔMES
provoquent, avant et après leur apparition, une leucorrhée plus ou moins abondante qui ajoute à la faiblesse des malades cl augmente les troubles digestifs.
Chlorose ménorrhagique. • — Les cas dans lesquels les choses se passent ainsi sont de beaucoup les plus fréquents. Mais il en est d’autres sur lesquels Trousseau (1) a attiré l’attention, cl qui se présentent avec des caractères différents. Les règles, loin d’être arrêtées, sont beaucoup plus abondantes qu’elles ne l’étaient avant la maladie; elles durent plus longtemps; le sang est aqueux, tachant à peine le linge, quelquefois sale, et les malades présentent ordinairement à un haut degré les symptômes précédents. Pour ceux qui font de l’anémie et de la chlorose une maladie toute différente, ces cas ne seront peut-être que des cas d’anémie provoquée par la mélrorrhagie. La métrorrhagie elle-même n’a été, dans la plupart des cas cités, qu’une conséquence d’un état maladif antérieur, qu’on ne pouvait rapporter qu’à la chlorose commençante. Trousseau ayant observé que les hémorrhagies utérines ne se produisaient guère qu’aux époques menstruelles plus ou moins avancées seulement, a donné à cette forme de l’affection le nom de chlorose ménorrhagique. Elle mérite toute l’attention du praticien ; car si l’on ne connaît |>as la cause des métrorrhagies, on peut longtemps fatiguer inutilement les malades par les hémostatiques. Suivant Trousseau, cette forme de la chlorose se trouverait dans un douzième des cas environ ; mais cette proportion n’est pas encore rigoureusement établie.
Chlorose syphilitique. — llicord (2) a décrit une espèce particulière de chlorose qui se produit chez les syphilitiques et qui exige l’emploi des antisyphilitiques combinés avec les ferrugineux. Cet état mérite d’être connu.
« La circulation sanguine peut présenter, chez eux, toutes les variétés qu’on rencontre dans la chlorose en général; il en est de même pour la sensibilité et la myolilité; l’affaiblissement physique et moral est souvent aussi prononcé et même quelquefois davantage: le visage terne, l’œil éteint, indiquent bien que le sang ne jouit plus des mêmes propriétés.
» Comme premiers symptômes additionnels, surviennent un état de courbature générale, ou bien des douleurs rhumatoïdes désignées par quelques auteurs sous la dénomination de rhumatisme syphilitique. Ces douleurs, comme les douleurs ostéocopes, se montrent la nuit seulement, ou éprouvent des exacerbations nocturnes. Elles ont ceci de particulier, qu’elles siègent dans le voisinage des articulations sans y déterminer ni gonflement ni changement de couleur à la peau, ci sans que la pression, en général, les éveille ou les accroisse. Plus souvent encore, on observe des céphalalgies, des céphalées, des hémicrânies, faciles à confondre avec la migraine, des douleurs névralgiques offrant, dans quelques circonstances, la plus parfaite analogie avec les névralgies vulgaires qui ont pour siège la cinquième paire. Dans quelques cas, ce sont des douleurs névralgiformes de la septième paire, <*t la paralysie assez fréquente du nerf facial.
» Il n’est pas rare, à cette période, de voir survenir une alopécie partielle ou générale. Mais déjà, sur la très-grande majorité des sujets, les ganglions cervicaux
(1) Trousseau, Chlorose ménorrhagique ; Essai thérapeutique ( Journ . des connaiss. méd.c/uV.,1839, 6° aimée, 1er sein., et Clinique de l’ Hôtel-Dieu, 2“ édit. Paris, 1865, t. III, p. 399; .
(2) lticord. De la chlorose syphilitique et de son traitement (Bulletin général de thêrap août 1844, t. XXVII, p. 111).
Valleix, 5e édit.
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
postérieurs ou latéraux, et quelquefois les ganglions mastodiens, sont pris d’engorgements indolents. Quelques malades, cependant, ont éprouvé une gène du cou une espèce de torticolis. Tous les symptômes constituent une première manifestation d’accidents secondaires, rarement précédés ou accompagnés de mouvements fébr.les. Mais bien que jusque-là il n’y ail eu aucun autre symptôme pathognomonique, aucune éruption caractéristique d’infection constitutionnelle, la chlorose syphilitique peut déjà être reconnue et convenablement traitée. » (Ricord.)
Pour compléter le tableau symptomatique de la chlorose, il suffit de signaler l'existence des syncopes, des infiltrations considérables, des accumulations de sérosilé dans les grandes cavités séreuses, symptômes qui ne se montrent que dans les cas où la maladie a fait de très-grands progrès.
§ TV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
liés le début cette maladie a le caractère chronique. Du reste, sous le rapport do la v icuchc, elle ne piésent'* rien de particuli r, si ce n’est une assez grande variation dans l’ordre d’apparition des symptômes. Quant à la durée , elle est indéterminée. Abandonnée a elle-meme, la maladie peut cesser spontanément chez les jeunes filles, et alors, après plusieurs alternatives, la menstruation finit par s’établir régulièrement. Mais ordinairement la chlorose ne tend nullement à se dissiper.
Dans I immense majorité des cas, la terminaison de la chlorose est heureuse. Cependant on ne doit pas regarder la maladie comme de peu d’importance, car quelques malades sont emportés par une mort subite. Marshall-Hall en cite quatre exemples dont il a été témoin.
§ V. — Lésions anatomiques.
Dans la chlorose commençante, diminution des globules du sang ; et dans la chlorose portée a un haut degré, diminution plus grande de ces globules en même temps que des autres matériaux solides, tels sont les caractères anatomiques essentiels de la chlorose. [De 127 millièmes, chiffre normal, ils peuvent descendre à 50 et au-dessous. La fibrine augmente de 2 millièmes, elle s’élève à 3, 3 1/2, h millièmes (Becquerel et Rodier). Andral et Gavarret pensent qu’elle varie peu ; l’albumine n’éprouve pas de variations notables.] Il en résulte que le sang est plus aqueux, moins coloré, plus fluide. Ce sont ces caractères qui ont confirmé Andral dans son opinion sur la cause organique de la chlorose. On a trouvé aussi dans le sang des chlorotiques moins de fer qu’a l’état normal, c’est ce qui résulte en particulier des recherches de Fœdish. [Le manganèse, d’après Hannon (1 ), fait souvent défaut dans le sang des chlorotiques.] Quant aux infiltrations, à la décoloration des tissus, etc., ce sont des altérations anatomiques qui résultent de la lésion primitive du sang, et celles que quelques auteurs ont encore signalées ne sont que des complications.
§ VT. — Diagnostic, pronostic.
D’une part, les maladies chroniques que l’on pourrait confondre avec la chlorose s’en distinguent par des symptômes locaux; et, d’autre part, l’anémie ne doit pas
(1) Ilannon, Des indicat. positiv. de l'emploi du manganèse dans la chlorose (, Jour ». de la Soc. des .se. méd. de Bruxelles , 1850, t. X, p. 351).
CHLOROSE
TRAITEMENT
être mise en parallèle avec l’affection qui nous occupe, car nous verrons que leurs symptômes sont communs, sauf quelques particularités, et nous devrons les confondre dans le même traitement.
Restent les affections du cœur. On a pu quelquefois, lorsque la chlorose donnait lieu à des palpitations fortes, croire à l’existence d’une de ces affections ; mais aujourd’hui on les distingue très-bien. Les dernières offrent à la région précordiale une matité plus ou moins étendue, des bruits de souffle à l’un et à l’autre temps, bornés à cette région ou peu étendus au delà, et enfin une stase sanguine ou une surexcitation de l’appareil circulatoire bien différente de l’état anémique de la chlorose, qui, de son côté, offre des bruits anormaux, principalement dans les vaisseaux (1). [Au premier temps du cœur, bruits doux, moelleux, qui se. font entendre dans les caroiides.]
Le pt'onostic est généralement peu grave. Cependant nous avons vu que les sujets étaient exposés, quoique dans des cas très-rares, à la mort subite; et, de plus, il est de fait que, lorsqu’on laisse la maladie s’invétérer et parvenir à un très-haut degré, la guérison devient difficile. Les grandes infiltrations séreuses constituent un symptôme qui doit exciter la sollicitude du médecin.
. § VII — Traitement.
bénissions sanguines. — Aujourd’hui que la maladie est mieux connue que du temps d’H ppocrate et de F. Hoffmann, les émissions sanguines' sont proscrites avec raison. 11 faudrait qu’une phlegmasie survînt pour qu’on fût autorisé à s’affranchir de cette règle, et encore, eu pareil cas, faudrait il être plus sobre de. la saignée que dans tout autre. Comme moyen contre la chlorose, les émissions sanguines, n’offrent que du danger.
Ferrugineux. — Les préparations ferrugineuses sont le moyen par excellence à opposer à la chlorose ^2j. [Mais si, au point de vue de la thérapeutique, toutes les préparations ferrugineuses peuvent être utilisées, elles sont loin d’agir de la même manière. Desormeaux et Blache préfèrent le safran de mars apéritif et l’éthiops minéral; Trousseau et Fi doux commencent par le fer métallique: Bouchardat emploie de préférence le fer métallique ou un sel de protoxyde à acide organique; Reveil (3) et Uialhe préfèrent les préparations solubles ou qui peuvent le devenir sous l’inffuence des acides du suc gastrique, et précipitables par les alcalis libres ou combinés à l’acide carbonique.
Presque tous les sels de fer ont été et sont employés.]
Pilules de B/aud.
Sulfate de fer 16 gram. | Carbonate de potasse 16 gram.
Mêlez avec quantité suffisante de poudre de réglisse, de gomme adragant et de siror simple. Faites 48 pilules. De deux à douze par jour.
Suivant Blaud, le carbonate de fer, formé au moment du mélange des deux sels* est dans une division extrême, et peut être plus facilement absorbé que s’il < était administré seul.
(1) Voy. Hypertrophie, Rétrécissement. Insuffisance des valvulf.s.
(2) Pétrequin, Bull. gén. de thèrap., t. XLlI, p. 198.
(3) Reveil, Formulaire des médicaments nouveaux, 2e édit., 1865, p, 27.
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
Vallet, pour rendre la conservation des pilules plus facile, et pour éviter la transformation du protocarbonate de fer en carbonate de peroxyde peu soluble dans les acides de l’estomac, a substitué le carbonate de soude au carbonate de potasse, et a enveloppé les substances médicamenteuses de sirop de sucre et de miel.
Cette préparation, fondée sur les mêmes principes que celle de Blaud, agit de la même manière.
Dauvergne (de Manosque), ayant remarqué que la rapide oxygénation du carbonate de fer nuit à son action, a employé avec grand succès (1) des pastilles faites ainsi qu’il suit :
Immédiatement après la précipitation et la filtration du sel de fer, incorporcz-le avec le mucil.ige de gomme adragant ; ajoutez ensuite la quantité de sucre nécessaire pour faire des pastilles aromatiques avec une essence.
Ia» lactate et le citrate de fer ont été donnés en pastilles. On a pensé que ces sels, plus solubles, seraient aussi plus facilement absorbés. Mais rien ne prouve (lue ces médicaments agissent avec plus d’efficacité. Ces préparations n’ont d’autre avantage que d’être plus agréables à prendre. Elles pourront être employées chez les sujets très-jeunes. En voici les formules :
Pastilles de citrate de fer.
if Citrate de fer. . .
Acide citrique...
Essence de citron.
| aa 1 0 gram. . . . . h décigr.
Sucre 1G0 gram.
Eau q. s.
F. s. a. des pastilles de 5 décigrammes. A prendre à la dose de quatre à six au début, puis graduellement un plus grand nombre.
Pastilles au lactate de fer.
Üf Lactate de protoxyde de fer. 25 gram. Sucre 500 gram.
Essence de menthe 1 gram. Eau distillée de menthe q. s.
F. s. a. des pastilles de 50 centigrammes. Dose : de six à douze.
Ces substances ont encore été données en sirop, en pilules, dans des biscuits, etc. Des expériences suffisantes n’ayant pas été faites sur la plus ou moins grande efficacité des diverses préparations ferrugineuses, le praticien doit s’en tenir aux préparations qui ont pour elles le plus grand nombre d’expériences cliniques, et ce sont les premières que nous avons fait connaître. Nous ajouterons donc que la limaille de fer à la dose de 5 centigrammes à 1 gramme, le sulfate de fer à celle de 5 h 50 centigrammes, le tartrate de fer à la même dose, ont procuré de nombreuses guérisons, ainsi que le fer réduit par l'hydrogène, et beaucoup d’autres préparations employées plus particulièrement par divers médecins, ce qui prouve que le point essentiel c’est d’introduire le fer dans l’économie sous quelque forme que ce soit, et que ces diverses espèces de préparations n’ont pas une très-grande importance. [Le tartrate de fer à la dose d’une cuillerée «à café pour une carafe d’eau cpie l’on boit avec le vin aux repas, est une excellente préparation, toujours bien supportée parles malades et d’une administration facile. On peut la faire
(l) Dauvergne, Un mot sur la chlorose aigue et chronique, cl sur son traitement par a i nouveau mode de préparation ferrugineuse (Bulletin de ihérap., 18é2, t. XXIII, p. 257).
CHLOROSE
TRAITEMENT
gazéifier, ce qui donne une boisson tonique, digestive et apéritive.] Aussi beaucoup de médecins s’en tiennent-ils encore à la limaille de fer , ou à l’ancien safran de mars (carbonate de for), administré en pilules de 2 décigrammes, à la dose de quatre à vingt, et ils n’ont qu’à se louer de cette pratique. Toutefois lïlaud a vu des cas rebelles à quelques-unes de ces préparations, céder à la sienne; c’est là un fait qu’il ne faut pas oublier.
[Le pyrophosphate de fer, préconisé par L. Sandras, n’a pas donné tout ce qu’on pouvait en attendre; aucune observation clinique sérieuse, dit Reveil (1), n’est venue démontrer l’efiicacité de cette préparation.]
Dans des cas où la maladie offrirait beaucoup de résistance, on pourrait prescrire tour à tour plusieurs de ces préparations. S’il en était ainsi, on devrait commencer par les sels insolubles, tels que le carbonate, et passer ensuite aux sels solubles, tels que le sulfate, le citrate et le lactatc.
En même temps qu’on administre ainsi le fer, on fait boire aux repas, et même dans les intervalles, une assez grande quantité d’eau ferrugineuse, provenant de l’oxydation de quelques clous dans l’eau simple. Pour rendre ce mode d’administration plus agréable, on fait des eaux gazeuses ferrées, telles que la suivante :
% Eau G25 gram. Acide citrique 4 grani.
Citrate ferrique sec 1 gram. Bicarbonate de soude . 5 gram.
Ajoutez d’abord le sel de fer et l’acide citrique, puis le bicarbonate de soude; bouclier immédiatement, et assujettissez le bouchon.
Cette préparation, due à Mialhe, n’a aucune saveur désagréable.
On peut extemporanément produire de la manière suivante de l’eau ferrée gazeuse par le procédé employé pour la potion de Rivière :
% Bicarbonate de soude 15 gram. Sulfate de fer pur 15 gram.
Acide tartrique 25 gram. Sucre 30 gram.
Mclez au sulfate de fer et au sucre pulvérisé le bicarbonate de soude et l’acide tartrique en poudre grossière. Conservez dan3 un flacon bien bouché. Prendre, deux ou trois fois par jour, une cuillerée à café de cette poudre, qu’on introduit dans un verre d’eau sucrée, où elle pro duit une effervescence.
Ilannon (2), ayant trouvé du manganèse dans le sang, et ayant appris que Millon avait fait la môme observation qu’il avait communiquée à l’Académie des sciences de Paris, a donné le manganèse aux anémiques, et en ayant obtenu de bons effets, il a modifié les pilules de Blaud de la manière suivante :
Sulfate de fer cristallisé. . . . 400 gram.
Sulfate de manganèse pur. . 100 gram.
Carbonate de soude pur. . . . 580 gram.
A diviser en pilules de 10 centigrammes, chlorose.
Miel 300 gram.
Sirop de sucre q, s.
Dose : de deux à dix pilules par jour dans la
Pétrequin (3)’ vante également les bons effets du manganèse. « Dans les cas, ditil, où le fer semble avoir épuisé son action, dans d’autres où il semble dépouillé de
(1) lteveil, Formul. des méd. nouv., 2e édit., 1865, p. 55.
(2) Ilannon. Presse médicale belge, janvier 1848.
(3) Pétrequin Nouvelles recherches sur l’emploi thérapeutique du mm genèse comme m/juvant du fer {Bulletin général de thérapeutique , 15 et 30 mai 1852, t. XI.II, p. 193).
MALADIES CONSTITUTIONNELLES
ses vertus spécifiques, il y a indication à rechercher un adjuvant, et cet adjuvant, c’est le manganèse qui, comme le fer, entre dans la constitution des globules sanguins. »
Pétrequin donne le fer uni au manganèse sous la forme de pilules, de. pastilles, de sirops , etc.
Pilules de carbonate ferro-munganeux .
% Sulfate ferreux cristallisé pur. 75 gram. Miel fin
— manganeux cristallisé pur. 25 gram. Eau
Carbonate de soude cristallisé. J 20 gram.
Paire des pilules de 20 centigrammes. Dose : deux à quatre par jour.
On prépare également un sirop d’iodure de fer et de manganèse, des pastilles de laclatede fer et de manganèse.
[C’est d’ailleurs souvent une affaire à tâtonnement et tantôt on préférera les préparations solubles aux insolubles, et réciproquement. Les préparations ferrugineuses se prennent rarement à jeun, c’est presque toujours avant les repas. Chez les enfants on prescrira le fer réduit, qui se prend dans du chocolat, dans des bonbons, et n’a pas de saveur. Mais le fer a des inconvénients; il est des personnes qu’il constipe, auxquelles il donne des maux de tète, des troubles gastro-intestinaux. S’il constipe, s’il occasionne des maux de tète, on lui associe de petites doses d’aloès, de jalap, de rhubarbe ; s’il donne lieu à des troubles gastro-intestinaux, on lui associera l’extrait de jusquiame, d’extrait thébaïque, à la dose de 1 centigramme, d’extrait de valériane, de 5 5 10 centigrammes. On peut aussi, dans ce cas, avoir recours aux eaux minérales gazeuses et ferrugineuses. On ne doit pas donner le fer tant que dure la chlorose; il y a des interruptions indiquées parla susceptibilité de la maladie et des résultats qu’on obtient.]
Purgatifs. — La constipatiou habituelle, à laquelle sont si sujettes les malades, a toujours engagé à avoir recours aux purgatifs, et Hoffmann a insisté sur ce point. Le jalap , la gomme-gutte , les se/s alcalins, sont à peu près indifféremment administrés, car il s’agit uniquement de tenir le ventre libre. Marshall- Hall pense qu’il faut unir les purgatifs aux ferrugineux. C’est à l’aloès qu’il donne la préférence, ei il recommande la formule suivante, qu'il regarde, dit-il, comme presque un spécifique :
lp Aloès H) centigram. | Sulfate de fer 10 centigr.
F. s. a. une pilule. On prescrira de deux à six pilules semblables chaque jour.
60 gram.
Digitale. — Les troubles de la circulation sont quelquefois si considérables et les palpitations si fortes, qu’on ne doit pas attendre que l’action du fer les ait apaisés. C’est en pareil cas qu’on prescrit la digitale. Andral joint cette substance a la limaille de fer, ainsi qu’il suit r
If Poudre de digitale Limaille de fer. .
60 centigr. Thridace 2 gram. Miel. . . .
2 gram.
F. s. a. 35 pilules. Commencer par deux ou trois par jour ; augmenter graduellement If wmlbre jusqu'à dix ou douze.
[ Préparations arsenicales. — Charles Isnard (1) a étudié comparativement les effets thérapeutiques d i fer et de l’arsenic; l’arsenic calme d’abord les névropathies, puis il relève les fonctions digestives; le fer, au contraire, agit d’abord sur la nutrition, puis sur l’iimenalinn générale. On préférera donc l’arsenic toutes les fois qu’il y aura un élément nerveux à combattre. Isnard adopte cette formule :
Acide arsénieux 20 centigram.
Eau distillée 1 litre.
Faites bouillir dans un ballon de verre, pendant trerile minutes environ, 100 grammes d'eau avec l’arsenic. La dissolution opérée, ajoutez le reste du liquide. Agitez vivement.
50 grammes de solution représentant 1 centigramme d’acide arsénieux, on prescrira chaque jour 100 à 150 grammes de solution, qui se prend dans du vin, avec du sirop, etc. Le traitement est suivi pendant un, deux ou i rois mois.
On peut aussi prescrire un sirop amer de quinquina, gentiane, etc., additionné d’arséniate de soude, à la dose de 10 centigrammes pour 300 grammes de sirop, une à deux cuillerées par jour.]
Dans un cas de chlorose ou anémie sans lésion organique, Monneret (2) a employé la transfusion du sang ; mais la malade succomba le même jour.
Moyens contre les douleurs nerveuses. — Les douleurs dont lés malades sont si souvent affectées, réclament plus impérieusement encore l’attention. Il est vrai que, le plus souvent, le traitement de l’altération sanguine suffit pour faire disparaître ces symptômes, qui n’en sont qu’une simple conséquence. Mais il est des cas où ces douleurs ont une intensité qui ne permet pas d’attendre l’action du fer, ei d’autres où elles sont moins liées à la chlorose qu’on aurait pu le croire, puisque le traitement et la guérison de celle-ci ne les font point disparaître. I*es opiacés, dans les cas de viscéralgie, et les vésicatoires volants, dans les cas de névralgie, sont les moyens les plus efficaces. Marshall- Hall s’en est convaincu, puisqu’il dit qu'il esl souvent nécessaire d’employer des remèdes particuliers contre les douleurs de la tète et du côté, et que le vésicatoire est le meilleur. A propos des névralgies, nous indiquerons la manière dont ce traitement doit être dirigé.
La cautérisation d s points douloureux avec le nitrate d'argent fondu a, dans plusieurs cas cités par Marotte (2) , suffi pour enlever rapidement ces névralgies.
Quant aux viscéralgies, les opiacés sont utiles, mais c’est pour calmer les douleurs, et non pour les faire disparaître, car cet effet n’appartient qu’au fer. C'est ce qu’ont observé Trousseau et Bonnet, dans les cas où, sous l’induence du souscarbonate de fer, ils ont lait disparaître les douleurs d’estomac rebelles. Souvent aussi les douleurs intestinales cèdent aux purgatifs.
Saudras (3) vante les bons effets des bains ci 26 degrés pendant quatre heures tous les jours, comme moyen adjuvant. Suivant lui, cette médication a eu surtout pour effet de faire cesser la toux.
[ Médication adjuvante. Le fer ne suffit pas toujours; il est des organisations
(1) Ch. Isnard, De l’arsenic dans la pathologie du. système nerveuT in-S \ s (\ r,
(2) Voy. Bulletin gén. dethérap., mai 1846. ’
(3) Sandras, toc. vit., lir décembre 1852.
réfractaires à son action : il faut alors lui associer une médication adjuvante et rendre à l’économie sa force, non par le fer qui manque au sang, mais en tonifiant la constitution tout entière. Il faut que les chlorotiques mangent, digèrent ets’assimilent, condition indispensable. On aura recours aux toniques, aux amers, à la tête desquels nous placerons le quinquina et ses diverses préparations (vin, teinture, macération, extrait, poudre), que l’on prendra avant les repas, le quassia amara en macération froide, la rhubarbe, la gentiane, le Colombo, le sirop d’écorces d’oranges, etc.
Si l’on prescrit des préparations vineuses ou alcooliques, on peut indistinctement les faire prendre à jeun ou avant le repas. En général, on préférera les vins amers, secs, pour la préparation des vins de quinquina. Certaines personnes ne pouvant les prendre à jeun les prendront après le potage ou après le repas.
Les bains frais ont une propriété tonique évidente: la température sera de 26 à 30 degrés, la durée de cinq à quinze minutes, selon l’àgc et la susceptibilité du sujet. Les bains de rivière sont très-utiles aux chlorotiques : pendant et après le bain, il faudra conseiller l’exercice corporel. On peut employer les bains aromatiques, toniques, alcalins, salés (sel de cuisine, 2 kilogrammes; carbonate de soude, 500 grammes), les bains sulfureux (foie de soufre, 125 grammes). Leur durée est d’environ une demi-heure.
hydrothérapie constitue une méthode puissante et active : on emploie les douches froides, en pluie, en cercle, en jet, les lotions, les ablutions, les frictions, etc.
Les bains de mer seront très-avantageux aux personnes aisées, les gens pauvres les remplaceront par les bains salés. La durée du bain de mer sera courte (quelques minutes), on en pourra prendre plusieurs par jour, et l’exercice dans l’eau est nécessaire. Les bains de mer du Midi et de l’Ouest sont préférables à ceux du Nord. Pour les enfants surtout, il y a des considérations fort importantes relativement à leur constitution, aux heures, à la durée des bains, etc. (1).
Les eaux minérales sont un bon adjuvant; elles sont administrées en boisson, en douches, en bains. Parmi celles qu’on prend en boisson, nous citerons les eaux ferrugineuses d’Orczza, de Bussang, de Spa ; viennent ensuite les eaux de Vichy, de Néris, de Condillac, qu’on prend en boisson et en bains. Les eaux acidulées gazeuses de Renaison, de Saint-Gahnier, etc., sont employées aux repas avec le vin, comme digestives.
Les eaux chlorurées sodiques et les eaux sulfurées sont prises à l’extérieur; ce sont les eaux de Salins dont l’action reconstituante a été bien établie, cel'es deBourbonne, de Luveuil, de Niederbronn, de Nauhcim, de Krcuznach, de AViesbaden, de Hambourg, etc. S’il y a prédominance du tempérament lymphatique, on préférera Kreuznach ou 'Salins; s’il y a un vice hépatique, les eaux sulfurées seront avantageuses. Les eaux sulfurées des Pyrénées (I.uchon, Cauterets, Amélie), celles de Cambo, de Castera-Verduzan, joignent h leurs propriétés spéciales, les avantages de climat et d’a’titude (2).]
Traitement de la chlorose ménorrhagique. — Selon Trousseau (3), dans cette
(1) Brochant, Des bains de mer chez les enfants. Paris, 18G4, p. 219.
(2) Duraml-Fardel, Le Bret < t Lefort, Dict. des eaux minérales, t. I, p. 442.
(B) Trousseau, C Unique de l’Hôtel- Dieu, t. III, p. 498.
OÜV
espèce de chlorose, il y a doux indications à remplir. La première est de rémedier à l’altération du sang; la seconde, de modérer le (lux cataménial qui, par sa surabondance, tend h augmenter cette altération. Voici comment il faut procéder :
1° Dans l’intervalle des règles, administrer les ferrugineux suivant les formules précédentes.
2° A l’époque des règles, un peu avant même, prescrire:
If, Ergot de seigle fraîchement pulvérisé 1 gram.
Dans une cuillerée de sirop ou dans un peu de confiture.
Cette dose doit être donnée deux fois dans les vingt-quatre heures, et administrée au moment de la journée où l'hémorrhagie a le plus d’activité; mais rien ne prouve que cette précaution soit indispensable.
Dans un cas, nous avons obtenu une guérison prompte en administrant, dans l’intervalle des règles, le carbonate de fer en pilules, et en prescrivant, pendant l’hémorrhagie, la poudre suivante conseillée par Trousseau contre la métrorrhagie abondante, mais à plus forte dose :
Ergot de seigle pulvérisé . . h grain. | Tannin 18r,R().
Divisez en six paquets. Dose : de un à trois par jour.
Traitement de la chlorose syphilitique. — Ricord a formulé ce traitement de la manière suivante :
« Le mode de traitement que j’ai adopté consiste dans la combinaison des ferrugineux et des mercuriaux, soit contre la chlorose, soit contre d’autres symptômes, s’il y en a, pourvu qu’il n’existe pas de contre-indication.
» En général, je donne la préférence aux pilules de Vallet, six à dix-huit par jour, et en trois doses. Je prescris en même temps le protoiodure de mercure à la dose de 5 à 30 centigrammes, la tisane amère faite avec une décoction de houblon ou de saponaire, bien préférable à la salsepareille.
» Dans les accidents de transition des symptômes secondaires aux symptômes tertiaires, les mercuriaux combinés à l'iodure de fer, et mieux encore, à V induré de potassium, suffisent pour reconstituer le sang.
» On obtient le même résultat avec l’iodure de fer ou de potassium seuls dans les cas d’accidents tertiaires. »
Lorsqu’à l’aide des préparations ferrugineuses, on a réussi à faire disparaître I altération du sang, il ne faut pas regarder le traitement comme entièrement terminé. 11 faut continuer les soins hygiéniques qu’on aura dû prendre dans son cours.
Soins hygiéniques pendant et après le traitement de la chlorose. — 1° Si les malades occupaient un lieu froid, humide, mal éclairé, mal aéré, les faire changer d’habitation, et les envoyer, s’il se peut, à la campagne.
2° Régime fortifiant, mais non excitant, composé principalement de viandes rôties et d’un peu devin généreux. C’est, sans doute, non-seulement pour rendre le médicament plus agréable, mais encore pour joindre un aliment analeptique aux
538 MALADIES CONSTITUTIONNELLES
ferrugineux, qu’on prescrit le chocolat, de fer , préparé selon la formule suivante :
*)£ Fer réduit par l’hydrogène. 20 gram. | Chocolat fin 180 grain.
Metlez le fer dans le chocolat ramolli à une douce chaleur, et laites des pastilles de \ gramme, dont on prendra de quatre à vingt par jour.
3° Exercice modéré en plein air.
A0 Bains frais et bains de mer.
5° Aux époques menstruelles, si les règles tendent à se rétablir, les favoriser par les moyens connus : action de la vapeur d’eau sur le siège, etc. ; dans la chlorose ménorrhagique, il faut, au contraire, modérer le flux sanguin trop abondant.
Le régime qui favorise l’action des médicaments appropriés doit être suivi après la guérison, afin de prévenir des rechutes qui, dans celte maladie, se produisent facilement. Les auteurs sont d’accord sur ce point, sur lequel Trousseau et Pidoux (1) ont insisté peut-être avec un peu d’exagération.
Le fer est le meilleur tonique dans cette maladie. Cependant il est bon d’y joindre, comme adjuvants, quelques toniques amers, et en particulier du vin de quinquina.
Chlorose compliquée d’inflammation. — Gintrac (de Bordeaux) et Andral oui cité des faits où une affection inflammatoire concomitante s’étant montrée chez des chlorotiques, la saignéo générale et locale a produit de bons effets. Dans ces cas, souvent le fer n’est pas supporté avant qu’on ait fait disparaître l’inflammation (2).
Résumé , ordonnances. — Le fer, les purgatifs et les moyens dirigés contre les douleurs. Les autres moyens ne sont qu 'accessoires , ou ne doivent être mis en usage qu’accidentellement.
7rc Ordonnance. — Dans un cas de chlorose commençante.
1° Pour boisson, aux repas, avec le vin, eau ferrée ordinaire, solution de tarirate de fer.
2° Tous les jours, au début du traitement, quatre pilules de Blaud ou de Vallet (vov. pages 533 et 53 A) ; augmenter tous les deux jours de deux pilules cette première dose, jusqu’à ce qu’on en prenne de douze à vingt (3).
3° Légers purgatifs, ou association de l’aloès et du fer, suivant la formule de Marshall-Hall (voy. page 536).
A0 Régime fortifiant ; exercice.
Ce traitement suffit dans l’immense majorité des cas de chlorose.
fle Ordonnance. — Dans un cas de chlorose ancienne , portée à un haut, degré , avec palpitations et douleurs nerveuses.
1° Pour tisane, infusion de petite centaurée, ou bien quelques tasses d infusion de quinquina. Aux repas, eau ferrée.
2° Une des préparations ferrugineuses précédentes, et, si la maladie résiste, emploi d’un sel soluble : citrate, sulfate, lactatc, tartrate (voy. pages 53A et 535).
(1) Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique , t. I.
(2) Voyez Hutlet. général de thérapeutique , mai 1846.
(3) Il serait inutile de dépasser cette dose. Des expériences ont prouvé qu’au delà le sel de 1er ne pénétrait pas dans l’économie, mais était rejeté par les selles.