ANÉMIE
[Il y a entre la chlorose et l’anémie des rapports tellement intimes que les deux états ont été confondus par quelques médecins], nous les décrirons cependant à part, non pas seulement pour nous conformer à l’usage, mais parce que, sous le rapport pratique, un bon nombre des cas qui ont reçu ces deux noms différents présentent quelques particularités intéressantes à connaître.
Amiral a divisé l’anémie en générale et en locale. C’est de la première qu’il va être spécialement question. La seconde se rattache presque toujours à des maladies plus importantes et n’est qu’un phénomène consécutif.
On entend par le mol anémie non pas la privation totale du sang, comme on pourrait le croire d’après l’étymologie, mais seulement une diminution dans sa quantité. Niais les études récentes, et en particulier celles d’Andral (I), sont venues encore modifier cette manière de voir. Ce dernier auteur a trouvé que, dans un bon nombre de cas, le liquide sanguin n’avait pas diminué en totalité, mais seulement avait perdu en partie un de ses éléments : les globules. Sans doute la diminution peut porter aussi sur les autres matériaux, mais c’est ce qui est loin d’arriver constamment, et, par conséquent, la quantité des globules, moindre qu à l’état normal, est le caractère anatomique essentiel de la maladie. On doit donc la définir : une diminution dans la quantité normale des globules sanguins.
Cette affection a reçu un assez grand nombre de noms différents, tels que maladie des mineurs , parce que les ouvriers qui travaillent aux mines de charbon en ■ont été atteints dans des circonstances remarquables; hypémie , nom proposé par Andral (2); hydrémie ou hydroémie , parce que le sang paraît plus séreux; et oligémie, oligoglobulie , nglobutv -, parce qu’on suppose que le liquide sanguin est toujours en moindre quantité qu’à Ictat normal. Le nom d 'anémie, malgré sa signification vicieuse, étant aujourd’hui bien compris, peut être conservé sans inconvénient.
Elle est moins fréquente que la chlorose.
(1) Andral, Anatomie •pathologique, t. I, p. 75 et suiv.
(2) Andral, Essai d’hématologie pathologique, p. 59 et suiv.
M Vr.AliIKS CONSTITUTIONNEL!, ES.
§ II. — Causes.
Parmi les causes attribuées à l’anémie, il en est très-peu qu’on puisse ranger parmi les causes prédisposantes. V enfance et le sexe féminin sont peut-être les seules conditions de ce genre.
Quant aux causes occasionnelles , elles sont assez nombreuses. La première, et celle dont l’action est le plus marquée, est sans contredit une perte excessive de sang , soit par la saignée, soit parles sangsues, soit par une hémorrhagie quelconque. C’est surtout lorsque les pertes de sang sont répétées à de courts intervalles, qu’elles produisent le plus facilement l’anémie.
L’anémie est, dans son expression la plus simple, un état diamétralement opposé à la pléthore; il s’ensuit que leurs causes doivent être entièrement différentes. Vussi voyons-nous qu’une nourriture insuffisante, de mauvaise qualité; l’habitation dans un lieu sombre, mal aéré; des travaux excessifs, produisent une véritable anémie. C’est alors un étiolement semblable à celui des plantes placées dans les mêmes conditions.
On a dit que toutes les pertes , comme les évacuations alvines trop abondantes, les (lux séreux et muqueux, produisaient l’anémie. Mais il ne faut pas prendre l’effet pour la cause; car on voit ordinairement, sous la seule influence de la recomposition du sang, disparaître ces (lux qui étaient liés à l’anémie, mais qui ne l’avaient pas causée.
Les choses se passent-elles autrement chez les ouvriers mineurs qui sont sujets à cette maladie? On sait que chez eux l’affection peut débuter par des coliques et des déjections de mauvaise nature; mais ce n’est qu’après l’apparition de la faiblesse et des palpitations. [L’étiolement ou anémie des mineurs est considérée par Riembault et par nous (1) comme la conséquence de l’humidité, du défaut de lumière, d’un air imparfaitement renouvelé, de mauvaise nourriture et d’excès alcooliques. ]
Tanquerel des Planches a décrit l’état cachectique des hommes qui ont longtemps subi Y influence du plomb. Andral a vu, dans cet état, les globules subir une diminution tout aussi grande que dans l’anémie spontanée. L’absorption du plomb doit donc être rangée parmi les causes de l’anémie. [H y a aussi une anémie produite par Y alcoolisme. ]
La diminution des globules a été observée fréquemment par Andral et par Cazeaux chez les femmes enceintes. On a, en outre, reconnu une anémie causée par des maladies chroniques ayant altéré profondément la constitution [telles que les affections nerveuses, sans lésion organique, qui entraînent un défaut de réparation des matériaux du sang, les fièvres intermittentes, etc.]. On voit, en effet, chez les sujets affectés depuis un temps assez long de tubercules, de cancer, etc., survenir un état général de faiblesse avec décoloration des tissus, qui annonce l’altération du sang. Mais cet état, se liant à des affections dont la description doit trouver place ailleurs, ne doit nous occuper ici que secondairement.
Becquerel et Itodier (2) ont décrit une anémie résultant de la diminution de
(1) Riembault, Hygiène des ouvriers mineurs, 1861, p. 179. — I.orain, Nouv. dictionn. de méd. et de ehirurg pratiq ., art. Anémie. Paris, 18G5, t. Il, p. 218.
(2) Becquerel et itodier. Recherches sur la composition du sang dans l'ètat de santé et dans l'état de maladie ( Comptes rend, de l’Acad. des sciences , 14 mars 1850, p. 247).