‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 177 sur 369 · ANÉMIE. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

ANÉMIE. — SYMPTÔMES

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portion de l'albumine du sang; mais ici l’anémie joue un rôle secondaire, et nous reviendrons sur ce sujet quand nous parlerons de Yanasarque et de l 'œdème, qui sont les principales conséquences de cette diminution de l’albumine.

[Jourdanet (1) a décrit sous le nom de mal des montagnes ou d’anémie des altitudes, un ensemble de troubles fonctionnels qui se développent chez l’homme qui s’élève et demeure à de grandes hauteurs : ce serait, selon lui, le résultat d’une soustraction directe de l’oxygène du sang par la diminution de pression barométrique. A. Corlieu a constaté le même effet produit par le séjour prolongé au milieu d’une lumière artificielle trop vive, qui a également sur le sang une action désoxygénante. ]

Enfin, il est des cas où l’on ne peut rattacher à aucune cause appréciable le développement de l’anémie.

§ m. — Symptômes.

La maladie a un début différent suivant les cas.

Lorsqu’elle succède à des évacuations sanguines trop abondantes, partiquées dans une maladie fébrile, on voit, au moment où le malade devrait entrer en convalescence et reprendre ses forces, se déclarer rapidement tous les symptômes de l’anémie. Chez les ouvriers qui travaillaient à la mine d’Anzin (2), les coliques, le météorisme, les déjections noires et vertes, jointes à la dyspnée, aux palpitations et à la prostration des forces, furent les premiers signes observables de la maladie.

Dans les cas où l’anémie se déclare spontanément, son début est difficile à distinguer, les modifications organiques se faisant d’une manière très-lente.

Lorsque l’anémie est encore commençante , qu’il n’y a qu’une faible disproportion de la quantité des globules avec les autres matériaux du sang, les symptômes consistent uniquement dans une pâleur remarquable, surtout dans les portions apparentes des muqueuses, telles que celles du bord libre des lèvres. Les malades sont faibles , fatigués au moindre exercice; ils ont une grande tendance à la somnolence. Ils sont facilement essoufilés, ont des palpitations fréquentes, et déjà alors ils présentent dans les vaisseaux des bruits de souffle dont il sera question plus tard.

A une époque plus avancée de la maladie, ou dès le début lorsque l’anémie succède à des évacuations sanguines excessives, les symptômes deviennent beaucoup plus caractéristiques. La pâleur est telle, qu’on l’a comparée à la couleur de la cire blanche un peu jaunie par le temps. La peau paraît amincie et est plus molle; les muqueuses ont une couleur moins foncée; la conjonctive est décolorée, sans ramification vasculaire apparente; elle aune transparence plus grande. Les vaisseaux veineux sont à peine visibles au-dessous d’elle, ou même ils disparaissent entièrement. La face est plus ou moins bouffie; souvent il se produit des infiltrations de sérosité dans le tissu cellulaire.

La percussion et l’auscultation ont été appliquées à l’étude de cette maladie. La première n’a fourni aucun renseignement vraiment utile ; il n’en est pas de même

(1) Jourdanet, Le Mexique et l’Amérique tropicale. Paris, 1864, p. 81 et suiv.

(2) Voy. H allé, Observ. sur une maladie qu’on peut appeler anémie (, Journ . de méd. et 'leehirurg., an XIII).

MALADIES CONSTITUTION N ELLES

de la seconde. Les recherches de Hope, de Bonillaud (1) et Vernois (2), ontdémontré l’existence constante d’un bruit de sou/fle simple ou à double courant, d’un bruit musical, déjà signalé par Laennec, d’un ronflement, d’un bruit de dinbl ", etc. , dans les vaisseaux, et notamment dans ceux de la partie supérieure du corps. Nous disons dans les vaisseaux, et non dans les artères, parce que, suivant Hope, c’est dans les veines que se produisent quelques-uns de ces bruits. C’est un point que nous avons examiné à propos de la chlorose. Suivant VernoL, le bruit est produit par le frottement du sang sur les parois artérielles qui, en se contractant, se sont froncées. D’après Bouillaud, ce bruit est dû probablement à la vivacité convulsive avec laquelle une petite colonne de sang est expulsée par le cœur à travers une cavité, un orifice devenus fort étroits. Les expériences de de la Harpe (3) et de Aran h) ont appris que, si ces ca ses produisent, en efFet, le bruit dont il est question, elles ne sont pas du moins les seules. En poussant des injections dans les artères, ils ont vu que moins le liquide était dense, plus les br ils de souffle produits étaient intenses. L’état séreux du sang des anémiques est donc pour eux une des causes du bruit de souffle qui se produit dans les artères. [Nous avons fait connaître l’opinion de Chauveau et Marey, qui réunit aujourd’hui le plus grand nombre des médecins (voy. page 528).]

Le pouls devient petit et faible ; cependant il conserve encore une assez grande vivacité, c’est-à-dire qu’il passe rapidement sous le doigt. Lorsque la maladie est portée à un haut degré, la sensibilité au froid, le froid des extrémités, les lipothymies, les syncopes, surtout dans la position verticale; des étourdissements ; une sensation de vague dans la tète; parfois des convulsions, l'engourdissement, les fourmillements des membres, le découragement ; des troubles intestinaux, tels que des douleurs d’estomac, le dégoût pour les aliments substantiels, des nausées, des vomissements; ordinairement la constipation ; parfois des selles abondantes demi-liquides : tels sont les phénomènes qui se produisent et qui peuvent conduire les malades au tombeau.

Lorsque ces symptômes sont portés au plus haut degré, le malade est tellement faible, qu’il peut à peine soulever ses membres ; on en a vu des exemples après le traitement d’Albertini et de Valsalva. Dans les cas où l’alTection sévit sous forme d’épidémie, comme chez les ouvriers mineurs, il peut exister quelques phénomènes particuliers. Dans l’épidémie d’Anzin, les accidents intestinaux étaient remarquables; dans celle de Schemnitz, en Hongrie, le brisement des membres au début et l’infiltration du tissu cellulaire méritent, d’après la description de Hoffinger, d’être particulièrement notés. Mais il résulte des recherches de Becquerel et Rodier (5) que, dans ces cas, il devrait y avoir en même temps diminution de la proportion d'albumine , car l’anémie ne peut pas par elle-même produire J’hydropisie. Au

(1) Bouillaud, Traité clinique de? maladies du cœur. Paris, 1841, t. I, p. 234. — Bulletin de T Académie de médecine, 1859, t XXIV, p. 501 ei suiv.

(2) Vernois, Des bruits des artères. Paris, 1837, in-4, avec pl.

(3) M J. J. de la Harpe. Nouvelles recherches sur <e bruit de soufflet des artères ( Comptes rendus de T Acad, des sciences, 5 mars 1850 ; Arch. gôn. de méd., 1838, 3U série, t. III, p. 33 <-t 50).

(4) Aran, Sur le murmure continu, vasculaire et composé ( bruit de soufflet, bruit de tiiuble), in Arch. cjén. de méd., 1843, 4e série, t. II, p. 405.

(5) Becquerel et Rodier, De l'anémie pur diminution de proportion de l albumine du sang, etc. ( Comptes rendus de t' Acad, des sciences, 1850, et Union médicale, 7 mars 1850).

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