‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 20 sur 369 · FIÈVRE TYPHOÏDE. — DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

FIÈVRE TYPHOÏDE. — DIAGNOSTIC

Pronostic. — Si la fièvre typhoïde est une maladie grave; la mortalité est i notable. Mais les cas de fièvre typhoïde se présentent avec un appareil de symptômes si variable sous le rapport de la gravité, que cette proposition générale n’a qu’une faible importance, et qu’il faut nécessairement descendre dans les. détails.

Une diarrhée abondante et persistante, des selles involontaires annoncent une assez grande gravité de l’affection. Les hémorrhagies intestinales offrent plus de danger encore. Le météorisme très-considérable est un symptôme fâcheux. Il en est de même de la dysphagie, de la somnolence et du délire qui se manifestent à : une époque voisine du début; une- certaine perversion de l’intelligence qui fait i dire aux malades qu’ils vont bien ; des spasmes, et surtout de la contraction peri manente des membres. L’extrême prostration , l’apparition de l’érysipèle , les i eschares de la peau sont aussi d’un augure fâcheux.

Parmi les symptômes qui viennent d’être énumérés, il n’en est pas de plus graves que les spasmes et les contractures ; mais ceux-là même n’annoncent pas nécessairement une terminaison funeste; et, d’un autre côté, on voit des individus qui n’ont pas offert ces derniers symptômes, et qui n’ont présenté les autres qu’à un faible degré, succomber au bout d’un temps plus ou moins long. Il n’est pas de maladie aiguë dans laquelle on doive être plus réservé dans le pronostic.

[Sous le nom de réversion ou rechute dans la fièvre typhoïde, Michel (1) décrit les accidents qui reproduisent une maladie en tout semblable à la première, et qui peuvent survenir après un temps variable de convalescence ou de guérison. En général, la durée de la réversion est moins longue et les symptômes sont moins graves que dans la fièvre typhoïde primitive.]

Lorsque le pouls devient filiforme, très-fréquent, misérable; qu’il est intermittent et inégal; que la prostration est extrême, la somnolence continuelle et l’intelligence abolie, la mort est imminente.

Le pronostic est moins grave avant l’âge de quinze ans qu’après cet âge. C’est ce qui résulte des recherches de II. Taupin, Barthez et Rilliet.

§ X. — Traitement.

E missions sanguines. — Nous devons d’abord nous occuper des émissions sanguines modéi'ées, telles que les conseillaient Chomel et Louis avant ces dernières années. Il résulte des faits recueillis par le dernier de ces auteurs, que l’influence de la saignée modérée est très-limitée, et que néanmoins quelques malades en éprouvent du soulagement. Quelques médecins, et en particulier Delarroque (2), ont avancé que la saignée produit toujours de mauvais effets dans la fièvre typhoïde ; mais rien ne prouve l’exactitude de cette assertion. Presque tous les praticiens admettent seulement que les saignées trop abondantes peuvent être nuisibles; Bouillaud est d’un avis tout opposé. Lorsqu’il y a une céphalalgie très-vive ou une douleur violente a l’épigastre ou dans l’abdomen, beaucoup de médecins ont l’habitude d’appliquer quelques sangsues au cou ou sur les points douloureux. Dans un

(1) Michel, thèse de la Faculté de médecine. Paris, 18G4.

(2) Truite de la fièvre typhoïde. Paris, 18A7.

certain nombre de cas, ce moyen produit du soulagement; mais rien ne prouve qu’il ait la moindre action sur la durée et sur l’issue de la maladie.

Saignées coup sur coup. ■ — Bouillaud a, dans plusieurs écrits (1), préconisé les saignées coup sur coup, suivant la formule qu’il met en usage dans la pneumonie et dans le rhumatisme articulaire aigu. Il a cité un grand nombre de succès, mais il a mis de côté les cas désespérés ou qui lui paraissaient tels, ce que personne ne fait. De plus, parmi les cas de fièvre typhoïde traités par lui, il s’est glissé quelques affections étrangères et d’une guérison assurée. Or, est-il étonnant que, dans de semblables conditions, on ait une mortalité moindre? Ajoutons qu’il résulte des recherches de J. Davasse, que ces cas de fièvre typhoïde jugulée en quelques jours, et dont on a tant parlé, ne sont autre chose que des fièvres simples continues, dont la guérison a lieu naturellement du septième au huitième jour, et nous saurons à quoi attribuer cette faible mortalité et cette courte durée de la maladie annoncées par Bouillaud.

Forget (2) était partisan des émissions sanguines; mais il distinguait les cas : il n’employait la saignée générale, avec une assez grande abondance, que dans la forme inflammatoire (car il admettait aussi des formes dans lesquelles il puisait scs indications). 11 voulait qu’on fût sobre de la saignée dans la plupart des circonstances et, en outre, il se contentait de formuler des propositions sans analyser les faits.

Il résulte de ce qui précède que rien ne prouve (pie la saignée ait la grande efficacité qu’on lui a attribuée, et que la saignée modérée n’a qu’une faible action.

Vomitifs, purgatifs. — Nous ne remonterons pas, pour étudier l’emploi des évacuants, au delà de l'époque où Delarroque a préconisé ces moyens contre la fièvre typhoïde. Cette médication était en usage depuis longtemps, et Delarroque reconnaît lui-même qu’il a puisé l’idée de son traitement dans les écrits de quelques auteurs des derniers siècles, et principalement dans Stoll; mais si l’on peut puiser dans ces écrits de semblables inspirations, on ne peut pas s’autoriser des faits qu’ils contiennent ou qui y sont signalés pour juger de l’efficacité des remèdes. N’ayons donc égard qu’à ceux qui ont été recueillis depuis l’époque où le diagnostic de la fièvre typhoïde est bien établi. Il y a quelques années, Beau publia les résultats obtenus par l’emploi des évacuants dans le service de Delarroque à l’hôpital Necker, et trouva que la mortalité avait été d’un dixième seulement. Delarroque, peu de temps après , fit connaître les mêmes faits (3), et il y a vingt ans (h) publia un ouvrage principalement destiné à démontrer que la fièvre typhoïde est due à l’altération de la bile, et que la méthode évacuante à une supériorité marquée sur toutes les autres. Delarroque ne nous a pas donné une analyse exacte de ses observations [et son livre est sans valeur].

Piédagnel et Andral ont mis en usage les purgatifs. Dans les cas cités par le premier, la mortalité a été d’un septième environ, et dans ceux qu’a rapportés Andral elle a été d’un sixième.

(1) Clinique de l’hôpital de la Charité. Paris, 1837, t. I, p. 353. — Philosophie médicale. Paris, 1836.

(2) Traité de l’entérite follicideusc . Paris, 1841.

(3) Voyez le rapport d’Andral à l’Académie de médecine et la discussion à laquelle il a donné lieu (Bull, de l’Acad. de méd., Paris, 1837, t. I, p. 482).

(4) Traité de la fièvre typhoïde. Paris, 1847.

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