FIÈVRE TYPHOÏDE. — TRAITEMENT
Il résulte des observations de Louis et Bartli : 1° que l’action du purgatif est )ieu loin d’être pernicieuse, connue le pensait l’école physiologique; 2° que rès-probablement même elle a une heureuse influence sur l’issue de la maladie; ions disons seulement sur l’issue, car, dans les cas observés dans le service de Louis, il y a eu cela de remarquable, que la durée de la maladie a été un peu plus ongue, bien que le nombre des sujets guéris ait été plus grand.
Les vomitifs et les purgatifs sont administrés de la manière suivante. Le premier jour on donne le tartre stibié ou V ipécacuanha à dose vomitive; les jours suivants, )n administre soit une bouteille A' eau de Sedlitz, soit de 35 à 50 grammes A' huile le ricin, soit 50 à 60 centigrammes de calomel. Un de ces purgatifs doit être donné bhaque jour, et si on les fait alterner, c’est uniquement pour ne pas fatiguer les malades; car l’essentiel est de purger. Louis n’a pas donné de vomitif; il n’a administré que Peau de Sedlitz à la dose d’une bouteille ou d’une demi-bouteille, quelquefois d’un seul verre, s’arrêtant même si les selles devenaient trop nombreuses. :>i les symptômes gastriques persistent et sont très-marqués, il ne faut pas, suivant Oelarroque, hésiter à revenir au vomitif. .Nous avons donné, dans un certain lombre de cas, des vomitifs répétés; malheureusement les faits qui ont été recueillis l’ont pas pu encore être analysés ; mais nous pouvons dès à présent dire si ce noyen a les inconvénients qu’on lui a reprochés.
D’abord l’influencé du tartre stibié ou de l’ipécacuanha sur l’estomac n’est nullement fâcheuse. Non-seulement elle ne produit pas la gastrite, comme le craignait Broussais, mais encore il est remarquable que, chez des sujets qui ont pris huit ou :lix fois un vomitif en quatorze ou quinze jours, dès que la convalescence se déclare, 'appétit est très-vif et les digestions se font très-bien. Dans un cas seulement, nous nous vu des vomissements fréquents se produire et persister pendant trente-six îeures environ, après la suspension des vomitifs; mais, au bout de quelques îeures, ils avaient notablement diminué, et bientôt il ne restait aucune trace de cet iccident
On a reproché aux purgatifs de produire l’hémorrhagie intestinale. Il est évident ujèurd’hui qu’on avait été trompé par des coïncidences. Dans le nombre trèsonsidérable de fièvres typhoïdes traitées par ce moyen, l’hémorrhagie intestinale ’est rarement montrée.
Nous avons vu l’hémorrhagie nasale provoquée par les efforts de vomissement ; nais l’application de quelques compresses d’eau fraîche suffisait pour l’arrêter.
Toniques. — Il résulte des observations de Louis et deChomel, que les toniques nt une action favorable dans les cas où la faiblesse est très-grande. « Les circontances, dit Louis (1), les plus favorables à l’action des toniques sont... un pouls ’ès-calme, puis de moins en moins accéléré, une diarrhée légère, l’absence du îétéorisme, » quelle que soit d’ailleurs la faiblesse. Cependant il ne faut pas néglier d’administrer ces médicaments, dans les cas où l’adynamie profonde se joint à accélération du pouls et aux autres symptômes indiqués.
Les toniques le plus ordinairement mis en usage sont : Y extrait sec de quinquina, la dose de h à 8 grammes dans une potion ; Vin fusion froide de quinquina, pour
(1) Recherches anatomique-!, pathologiques et thérapeutiques sur la fièvre typhoïde. Paris, 3/11, t. II, p. 477.
FIÈVRES
boisson ; les lavements avec une forte décoction de quinquina; le sulfate de quinine à la close de üBr,50 à 1 gramme. [Le docteur Pécholier, de Montpellier (1), rapporte des exemples lu de fièvres typhoïdes simples contre lesquelles le quinquina u’a exercé aucune action spécifique ; 2“ de fièvres typhoïdes compliquées de fièvre rémittente à quinquina, et qui ont été heureusement amendées par cette médication ; 3" de fièvres mal définies ayant des symptômes communs aux deux maladies, et qui ont été jugulées par le quinquina. Toutes ces observations ont été recueillies dans le midi de la France. Il n’a pas été, jusqu’ici, fait d’observation semblable à Paris.] Les Anglais administrent le vin de Porto, de Xérès ou le porter; mais c’est principalement dans le typhus fever qu’ils agisseuL ainsi, et je n’insiste pas sur ce point.
On a généralement abandonné l’usage des stimulants, des excitants généraux , et comme, d’un autre côté, nous n’avons rien à dire en faveur de ces moyens, nous passerons outre.
Narcotiques. — Parmi les narcotiques, il n’en est qu’un seul qui mérite d’èlre mentionné : c’est l 'opium. Celte substance est principale meut utile, d’après les faits que nous connaissons, dans les cas de perforation intestinale. Stokes, Graves (2), Louis, Griflin, ont rapporté des faits en faveur de cette médication dans ces cas si graves.
L’opium, en pareil cas, est administré à doses très-élevées par les médecins anglais; car ils ont été jusqu’à donner cinq centigrammes de cette substance toutes les heures pendant plusieurs jours. Louis a vu, dans un cas, deux décigrammes de s morphine dans les vingt-quatre heures suffire pour arrêter la maladie. Stokes (de Dublin) a donné la teinture d’opium à la dose de 60 gouttes dans les vingt-quatre heures.
Louis (3) a administré Y opium contre les symptômes nerveux, et en particulier contre les soubresauts des tendons et contre le délire. Ces symptômes ont diminué | promptement et ont cessé en peu de jours. Les cas dans lesquels ce moyen a été ji employé étaient médiocrement graves, mais ce résultat n’en est pas moins remar- II quable; il doit dissiper les craintes qu’inspire l’opium dans les cas où il y a des U symptômes cérébraux, et engager les médecins à le mettre en usage dans les cas graves. On donne le sirop d’opium à la dose de 30 grammes.
L 'eau de Seltz, les chlorures, les acides, ne méritent qu’une simple mention, i Quant au sulfate de quinine, proposé par Broca, de Saint-Laurent (&) a démontré, par 1 analyse des faits, que ce médicament a des inconvénients sans avoir l’utilité qu on lui attribue. AVorms (5), conduit par la théorie à se servir de ce médicament, lui a reconnu de bons effets. Ceci m’amène à parler du traitement employé par ce médecin. 1° Au début, symptômes d’intensité moyenne. Après s’être assuré que le malade a été à la selle, tartre slibié 10 centigrammes, et quelques heures après le
(1) Pécholier, Étude sur la fièvre typhoïde {Montpellier médical, octobre, novembre 1863 et janvier 1864).
(2) Graves, Leçons de clinique médicale, traduction de Jaccoud. Paris, 1863.
(3) Loc. cit., t. I, p. 453.
(4) Arch. gén. de méd., 3e série, 1842, t. XV, p. 5.
(5) Loc. cit.
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TRAITEMENT
omitif, 80 centigrammes de sulfate de quinine dans une potion; infusion de tilleul. >° Si la réaction est plus forte, s’il y a du délire, deux potions à 60 centigrammes le sulfate de quinine à six ou sept heures de distance l’une de l’autre ; deux potions le nitrate de potasse à 4 grammes chacune, avec 5 décigrammes de camphre, et prises par cuillerées d’heure en heure; infusion de tilleul Le lendemain, si la langue est saburrale s’il y a des nausées, si la nuit a été calme, un vomitif et le ■ sulfate de quinine. On continue ainsi à donner le sulfate de quinine, en diminuant les doses et les fractionnant s’il existe des accidents pectoraux; ou administre en outre, dans ce cas, deux potions dans les vingt-quatre heures, avec camphre 5 décigrammes, oxyde blanc d’antimoine 2 grammes, une petite quantité de vin. "■Si l’engorgement pulmonaire devient plus prononcé, le poids plus fréquent et plus faible, on ajoute 5 ou 10 centigrammes de tartre stibié à la potion, et l’on augmente la dose de vin. Ce traitement, modifié légèrement quelquefois selon les indications, (telles que de donner le sulfate de quinine à une dose élevée en raison inverse de l’intensité de la maladie, est le seul qu’emploie Worms; il a pu ainsi non-seulement guérir un grand nombre de malades, mais aussi enrayer la maladie et amener une terminaison rapide.
Des vingt malades cités dans la thèse de Guipon (de Laon), dix-neuf ont guéri ; le vingtième a succombé à la suite de la laryngotomie, pratiquée pendant la convalescence. Chez un gi and nombre, la maladie n’a pas dépassé le douzième jour.
Cette médication est, comme on le voit, très-complexe, de sorte que c’est seulement après l’avoir employée de la même manière que l’auteur, qu'on pourra se faire une juste idée de sa valeur ; aussi ne peut-on pas en tirer une conclusion rigoureuse, relativement à l’action du sulfate de quinine administré seul.
De l’analyse des faits rapportés par Blache et Briquet (1) , il semblerait résulter que le sulfate de quinine a eu pour effet le ralentissement du pouls, l’abaissement de la température et la diminution des troubles cérébraux, mais qu’il u’a pas diminué pour cela le chiffre de la mortalité.
Sulfure de mercure. — Serres (2) se fondant sur la ressemblance qu’il a trouvée entre la fièvre typhoïde et la variole, ressemblance qui est bien loin d’être démontrée, a proposé le traitement abortif par 1 e sulfure noir de mercure , à l’ intérieur, et les frictions avec la pommade mercurielle sur l’abdomen. On fait les frictions tous les jours avec 8 ou 10 grammes de pommade mercurielle ; quant aux pilules de sulfure de mercure, on les prescrit tous les deux jours. En voici la formule :
Éthiops minera 1 gram. Sirop simple . .
Poudre de gomme adragant. 50 centigr.
F. s. a. 4 pilules. Dose : de quatre à six tous les deux jours.
Le docteur Cambrelin, de Namur (3), a rapporté dix cas de guérison par la méthode de Serres, mais ce nombre est bien faible quand il s’agit du traitement d’une maladie comme la fièvre typhoïde.
(1) Union médicale, 3 novembre 1853.
(2) Ibid., 12 août 1847.
(3) Ibid, , 4 avril 1850.