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NÉVROSES DE L’INTELLIGENCE, DES FACULTÉS MORALES ET AFFECTIVES

Nous consacrerons ce chapitre à l’étude des vésanies , et nous décrirons les différentes formes sous lesquelles peut se présenter la folie : manies, mélancolies, délires partiels, démences ; V idiotie , Y imbécillité et le crétinisme, auront leur place h part. Nous serons, par la nature même de notre sujet, obligé de rapprocher de cette description l’étude des délires dus soit à des intoxications, soit a des états particuliers de l’organisme. Si ce rapprochement n’est pas à l’abri de tout reproche, il nous paraît du moins avoir l’incontestable avantage de ne point séparer des faits identiques dans leur expression symptomatique.]

FOLIE

ARTICLE PREMIER

FOLIE

Les anciens nous ont laissé peu de chose sur la folie; si le rôle du cerveau fut nettement caractérisé par eux, l’interprétation des troubles de l'intelligence se ressentit longtemps de l’influence des théories humorales. La bile, l’atrabilc, déviées dans leur cours, portant leur action fâcheuse vers« les parties supérieures », furent longtemps les agents directs sous l’action desquels se manifestaient la manie et la mélancolie. Tout était juste, excepté l’explication des phénomènes ; et l’exposé des symptômes, la part qui revient aux causes morales, à la plupart des causes physiques môme , ne serait pas désavoué de nos jours. Hippocrate recueillit le premier l’opinion de ses devanciers, il la reproduisit dans son traité de la nature de l’homme, dans la description de la maladie sacrée. Soranus s’en éloigne , et , véritable précurseur de la doctrine de l’excitabilité , il attribue la folie à un défaut ou à une exagération dans l’action des forces vitales. Ârétée de Cappadocc (1) est plus précis ; le premier, il distingue la manie et la mélancolie , il en trace un tableau fidèle , signale les formes diverses que peut présenter l’état mélancolique, et avec une justesse de vues que l’observation moderne a consacrées , il reconnaît la possibilité, la fréquence même de la succession des deux états , mélancolique et maniaque. Cælius Aurclianus (2) conserve celte tradition, localise les causes de la mélancolie dans l’estomac affecté ; les causes de la manie résident principalement dans la tête. La frénésie est de sa part l’objet d’une curieuse étude, où nous retrouvons bien des caractères assignés au délire aigu. Ces recherches, ces descriptions font autorité dans les siècles suivants, et les médecins s’en écartent peu. Galien , Celse surtout les développent , et la thérapeutique est soigneusement étudiée par eux. Nous ne pouvons citer tous les noms , ces recherches historiques nous entraîneraient trop loin (3). Ce n’est guère que vers la fin du siècle dernier que des travaux vraiment utiles et conçus dans un esprit pratique, parurent sur les aliénations mentales. Perfect (A), Greding (5), Chiarugi (6), Crichton (7), Haslam (8), préparèrent la période moderne qui commence à Daquin. Pinel (9) vint enfui présenter un traité -dogmatique sur cette, partie des sciences médicales. De lui date une ère nouvelle dans l’histoire de la folie. Les travaux d’EsquiroI (10) fixent une classification qui, si elle n’est pas irréprochable, a du moins rendu de grands, d’incontestables services. Tout ce qui viendra plus tard compléter ces premières recherches modernes peut être considéré comme le développement de la pensée du maître.

(1) Arétée, De caus. et sign. , lib . 1, cap. v.

(2) Cælius Aurelianus, De morhis acutis, lib. I, cap. i, iii, xi, xv.

(3) Ulysse Trélat, Recherches historiques sur la folie. Paris, 1835).

(A) Perfect, Select dises in the different specieç of insanity. London, 1787.

(5) Greding, Sammt licite medicinische Schriffen. Gratz, 1790.

(G) Chiarugi, Delhi pazzia in généré. Florence, 1793.

(7) Crichton, inquiries into the nature and origin of mental dérangement etc London

(8) Uastam, Observ. on insanity. London, 1798.

(9) Pinel, Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale. Paris, 1809.

{10) Esquirol, Des maladies mentales. Paris, 1838, 2 vol. in-8, lig.

Nous signalerons entre tant d’autres, Georget (1), Lcuret (2), Broussais (3), Foville (Zj), Galmcil (5), Falret (6), Lélut (7), Parchappe (8), Trélat (9), Brierrede Boismont (10), Baillarger (11), Morel (12), [Moreau (13), Marcé. (U), Dagonet (1 5), en France. L’Angleterre et l’Allemagne ne sont pas moins bien dotées, et de nombreuses monographies, de sérieuses études, viennent chaque année apporter de nouvelles lumières dans cette branche importante des connaissances médicales.

De nombreuses classifications ont été proposées pour l’étude des aliénations mentales. Il ne saurait entrer dans le plan de cet ouvrage de les passer en revue. Nous laisserons de côté celles qui en multipliant les formes à l’excès auraient l’in— onvénient de présenter un cadre trop vaste et d’égarer peut-être le praticien : sans vouloir les considérer comme répondant à tous les besoins de la science, nous pensons que la classification d’Fsquirol, celle plus récente de Baillarger, sont aujourd’hui les meilleurs guides dans des études élémentaires.]

Esquirol avait ramené toutes les formes de la folie à cinq genres: 1° la lypémanie, 2° la monomanie, 3° la manie, U° la démence, 5° l’idiotie. Georget ajoutait à cette classification la démence aiguë. [Guislain, auteur estimé d’un traité sur les phréno-

(1) Georget, Delà physiologie du système nerveux et spécialement du cerveau ; recherches sur les maladies nerveuses en général, et en particulier sur le siège, la nature et le traitement de l’hystérie, de l’hypochondrie, de l’épilepsie et de l’asthme convulsif. Paris, 1821. — Dictionnaire de médecine , Paris, 1836, t. XIII, art. Folie.

(2) Leuret, Du traitement moral de la folie. Paris, 1840, in-8. — Des indications à suivre dans le traitement moral de la folie. Paris, 1846, in-8. — Fragments psychologiques sur la folie. Paris, 1834, in-8. — Mémoires de l'Académie de médecine, t. Vil, p. 552, t. IX, p. 655.

(3) Broussais, De l’irritation et de la folie.

(4) Foville, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, art. Aliénation men-

tale.

(5) Calmeil, De la folie considérée sous le point de vue pathologique , philosophique , historique et judiciaire. Paris, 1345. — Traité des maladies inflammatoires du cerveau. Paris 1859, 2 vol. in-8. — Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Paris, 1866.

(6) J. P. Falret, Du suicide et :le l’hypochondrie. Paris, 1822. — Des maladies mentales et des asiles d’ aliénés : leçons cliniques et considérations générales. Paris, 1864.

(7) Lélut, Inductions sur la valeur des altérations de F encéphale. Paris, 1836. — Le démon de Socrate, 2e édit. Paris, 1856, in-18. — L’amulette de Pascal, pour servir à l’histoire des hallucinations. Paris, 1846.

(8) Parchappe, Recherches sur l'encéphale , sa structure, ses fonctions et ses maladies. Paris. 1838. — Traité théorique et pratique de la folie. Paris, 1841, in-8.

(9; Trélat, Recherches historiques sur la folie. Paris, 1839. — La folie lucide. Paris,

(10' Brierre de Boismont, Des hallucinations , 3e édit. Paris, 1862, in-8. — Du délire aient observé dans les établissements d’aliénés, et de l’emploi des bains prolongés et des irrigations continues dans le traitement des formes aigues de la folie ( Mém . de T Acad, de méd., Paris, 1845, t. XI, p- 477, t. XIII, p. 537).

(11) Baillarger, Des hallucinations (Mém. de l’ Acad, de méd., Paris, 1846, t. XII, p. 273 j 516). — Recherches sur le système nerveux. Paris, 1847.

(12) R- A. Morel, Études cliniques sur les maladies mentales . Nancy, 1851-1853, 2 vol.

Traité des dégénérescences physiques, intellectuelles et morales de l’espèce humaine.

Paris, 1857, in-8, et atlas. — Traité des maladies mentales. Paris, 1860.

‘ (13) Moreau (de Tours), Du hachisch et de l’aliénation mentale , 1845. — La psychologie

lYiovbxdc» Pans, ‘18 «SD*

(14) Marcé, Traité des maladies mentales. Paris, 1862. — Traité de la folie des femmes enceintes, des nouvelles accouchées et des nourrices, et considérations médico-légales qui se

rattachent à ce sujet. Paris, 1858. , . . ,Qfi0

(15) Dagonet, Traité élémentaire et pratique des maladies mentales. I ans, 18b

in-8.

FOLIE. — DÉFINITION, SYNONYMIE. Wlù

pathies, adopte, à peu de chose près, la même classification. Nous la reproduisons sans vouloir la critiquer plus que la précédente; il distingue six formes élémentaires :

1° La mélancolie ou phrénalgie; 2° l’extase ou phrénoplexie ; 3° la manie, hyperphrénie; Zi° la folie proprement dite, paraphrénie, anomalie de la volonté; 5° délire, idéophrénie ; anomalies dans les idées ; 6° démence, aphrénie, déchéance, oblitération des actes moraux et intellectuels.

La classification à laquelle nous nous arrêterons, et qui nous semble le mieux répondre aux formes diverses des aliénations mentales, est la suivante à laquelle Ferrus, Parchappe, Marcé, Baillarger, se sont ralliés, sauf quelques variantes pour chacun de ces auteurs.

1° Vésanies pures.

( avec excitation (manie).

Délire général lavée dépression (mélanco-

( üe).

Délirs partiels Monomanie (d’Esquirol).

\ Démence.

( Folie à double forme Manie et mélancolie <

2» Vésanies associées entre’ Démences avec prédominance e es ’ , d’un sentiment ou d’une

(Baillarger).

(Circulaire (Falret).

avec excitation, avec dépression.

I Démence avec paralysie géavec lésion organique s nèrale.

idée

3° Vésanies associées ou non 1

à des lésions du mouve-X ... . , i .. • \ — «r——

ment SanS if,0n orSanique aPPre' H>slene \ Somnambulisme.

c,able ) Chorée.

Folies sympathiques.

. i Extase.

Épdeps'e catalepsie.

lx° États congénitaux | Idiotie, imbécillité, crétinisme.

Folie alcoolique.

A ces formes nous croyons devoir en ajouter deux autres qui, bien qu’elles puissent rentrer dans l’un ou l’autre des genres que nous avons admis, si l’on ne tenait compte que de leur symptomatologie générale, n’en ont pas moins une physionomie spéciale qui permet de les étudier à part, ce sont : la folie puerpérale et la folie pellagreuse.

Nous ne croyons pas devoir nous astreindre à suivre scrupuleusement l’ordre que nous indiquons dans cette classification. Nous ne dirons rien ici de la folie hystérique, de l’état mental dans la chorée, de la folie épileptique ; la catalepsie trouvera plus tard aussi sa place; nous avons pensé qu’il n’y avait aucun avantage à scinder l’élude de ces névroses complexes dont l’importance impose une description détaillée. On retrouvera donc aux articles consacrés à I’Hystérie, à la Chorée, à I’Épilepsie, ce qui manque ici, non pas par oubli, mais avec l’intention arrêtée de ne pas multiplier inutilement les divisions.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

La folie ne peut guère se définir d’une manière exacte : elle est caractérisée par un trouble général ou partiel dans l’exercice des facultés primitives, intelligence,

NÉVROSES

sensibilité et volonté, avec lésions matérielles du cerveau, qu’elles soient appréciables ou non à nos moyens actuels d’investigation.

Cette définition nous éloigne des opinions d’Heinroth, exagération d’ailleurs de l’idée slahlienne, dans laquelle la folie relève de la psychologie pure; de l’idée de Leuret, pour lequel l’aliéné est un homme qui se trompe, et nous rattache à l’école anatomo-pathologique, dont Georget, Baillarger, Parchappe, Ferrus, J. P. Falret, Jacobi, sont les représentants.]

Il serait difficile de donner d’une manière meme approximative le degré de fréquence de cette affection. Si aujourd’hui le nombre des aliénés paraît augmenter, c est, selon toutes les probabilités, d’une part, parce qu’on connaît mieux les formes de la folie, et, de l’autre, parce que les établissements où l’on traite ce genre de maladie se sont multipliés. Suivant Brierre de Boismont et plusieurs autres auteurs, il y aurait un accroissement réel dû aux progrès de la civilisation; mais le fait est loin d’être prouvé.

§ II. — Causes.

[1° Causes prédisposantes. — S’il est des cas dans lesquels l’influence de la cause peut être facilement et nettement établie, il y en a un bien plus grand nombre dans lesquels il est presque impossible d’arriver à la certitude absolue, d’isoler ce qui appartient à chacune des causes en particulier. Elles se groupent, se réunissent, pour concourir à un même résultat : celle dont l’influence est depuis longtemps établie, et sur laquelle de nombreuses recherches ont été faites, c’est l’ hérédité (1), et bien que les résultats des statistiques diffèrent suivant les pays, suivant même le milieu social sur lequel on opère, on n’en est pas moins arrivé à des appréciations qui ne doivent guère s’éloigner de la vérité. La folie héréditaire est estimée par Esquirol à 1/4 dans la classe pauvre, aux 3/5 es chez les riches. Parchappe donne 1/7P, Moreau, 9/1 0e3. La proportion d’un tiers est celle qui nous paraît se rapprocher le plus de la vérité. Les travaux de Baillarger ont démontré ce fait, <[uc l’hérédité du côté maternel était plus redoutable que du côté paternel : « il a calculé sur une statistique de 453 faits d’hérédité, que l’influence maternelle prédominait dans les deux tiers des cas ; 271 fois la folie provenait du côté de la mère, et du côté du père 182 fois » (2). Les filles y sont plus fatalement assujetties encore que les garçons.

(1) P. Lucas, Traité philosophique et physiologique de T hérédité naturelle dans les états de santé et de maladie du système nerveux , avec l’application méthodique des lois de la procréation au traitement général des affections dont elle est le principe. Ouvrage où la question est considérée dans ses rapports avec les lois primordiales, les théories de la génération, les causes déterminantes de la sexualité, les modifications acquises de la nature originelle des êtres, et les diverses formes de névropathie et d’aliénation mentale. Paris, 1847, 1850, 2 vol. in-8 — Baillarger, Recherches sur V hérédité de la folie , lu à l’Académie de médecine, séance du 2 avril 1844 ( Annales médico-psycholog . , 1844). — Morel, Traité des maladies mentaces. Paris, 1860, p. 114. Des caractères de V hérédité dans les maladies nenjeuses ( Archives génér. de médecine, septembre 1859. — Griesinger, Traité des maladies mentales pathologie et thérapeutique, trad. de l’allemand par le docteur Doumic. Paris, 1865, p. 179. — Chomel, Éléments de pathologie générale , 5e édit. Paris, 1863. — Monneret, Traité 1: pathologie générale. Paris, 1857. — Albert Mitivié, Quelques mots sur T hérédité morbide thèse de Paris, 1861.

Q2) Marcé, Traité des maladiés mentales, Paris, 1862, p. 103.

FOLIE

CAUSES

Sexe. — C’est une opinion très-généralement répandue que la folie est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. En réunissant les statistiques fournies par Esquirol, Parchappe, Guislain, Lcuret, Ferras, etc., etc. , les auteurs du Compendium (1) sont arrivés aux chiffres suivants: sur 60 318 aliénés, se trouvent 31 580 hommes et 28 738 femmes. D’après ces chiffres, il faut reconnaître avec Parchappe (2), que rien ne prouve que les femmes soient plus exposées à la folie que les hommes, et il faut en outre ajouter avec cet auteur, que le rapport de la fréquence entre les deux sexes varie d’un pays et même d’une localité à l’autre.

Age. — Relativement au nombre des aliénés, le maximum d’admission dans le établissements destinés à les traiter se rapporte à la période de trente à trente-neuf ans. Quant à lage relativement à la population, Esquirol et Lcuret, d’après un relevé de 12 869 aliénés, sont arrivés aux conclusions suivantes : « Plus l’homme avance dans la vie, plus il est exposé à a perte de la raison, mais avec des chances différentes relativement aux âges. » C’est donc surtout pour les dernières périodes de la vie que la proportion est considérable.

Tempérament. — Rien n’est plus vague que ce que nous ont laissé les auteurs à cet égard : nous nous abstiendrons d’en parler.

Etat civil. — Desportes (3) avait depuis longtemps attiré l’attention sur ce point, quand Parchappe, recueillant de nouveaux documents, trouva que le célibat et le veuvage peuvent être considérés comme une prédisposition à la folie dans les deux sexes.

L’influence des professions nous est peu connue: il n’en est pas de même des saisons: tous les relevés s’accordent pour établir que la fréquence de la folie est en raison directe de l’élévation de la température. Les climats, les mœurs, la civilisation, ont sans doute une part plus ou moins grande dans le dév eloppement de cette maladie.

On a recherché dans certains états physiologiques ou pathologiques une prédisposition à la folie. Signalons l’établissement de la menstruation, la dentition, un caractère violent, l’épilepsie, un premier cas de folie, etc., etc.

a. Causes physiques. — Les infractions aux lois de l’hygiène, l’exposition à un soleil brûlant, l’abus des boissons alcooliques, les fatigues excessives, les inflammations encéphaliques , les coups sur la tête , les désordres menstruels, l’état puerpéral, les inflammations gastro-intestinales, les fièvres graves, les vers intestinaux, la syphilis, une maladie de la peau (6), les pertes séminales involontaires (5), etc., etc., ont été, avec plus ou moins de probabilité, considérés comme pouvant donner icu à la folie.

b. Causes morales. — Les causes morales sont sans contredit les plus nombreuses, et leur action paraît plus ou moins importante selon l’idée qu’on se fait de la nature des aberrations de l’esprit. Elles comprennent tout ce qui agit sur les facultés intellectuelles et affectives: la misère, le chagrin, la honte, l’ambition, la peur, l’amour contrarié, etc., etc. Pour en déterminer le degré d’importance, Parchappe les

(1) Monneret et Fleury, Compendium de médecine pratique, art. Folie, t. IV, p. 200.

(2) Parchappe, lier h. statist. sur les causes de l'aliénation mentale , 1839. — Baillarger, Recherches statistiques sur l’hérédité de la folie (Bull, de l’ Acad, de méd. Paris 1867 t XII p. 760 et suiv.).

(3) Desportes, Rapport sur le service des aliénés. Paris, 1823.

(4 Blanc, Journ. des connaiss. méd.-chirurg., 16 octobre 1851,

(5) Lisle, Comptes rendus de l'Acad. de médecine, mars 1851.

NÉVROSES

opposant à toutes les autres causes déterminantes réunies, a donné le rapport suivant : sur 385 aliénés, 263 causes morales (63 sur 100), 162 causes de toute nature (37 sur 100).

§ III. — Symptômes.

L étude de la folie doit porter avant tout sur les troubles des sentiments et des idées. (,e sont là les lésions élémentaires qui, dans la symptomatologie générale de I affection, se divisent en groupes bien distincts. Tantôt isolés, tantôt et le plus souvent associés, ces désordres peuvent être considérés : 1° comme lésions primitives; 2° comme lésions consécutives; 3° comme lésions terminales. Elles sont aussi générales ou partielles.

Dans le premier groupe nous rangeons les conceptions délirantes, \esimpulsions irrrsistil) es, les hallucinations.

Conceptions délirantes. — Elles sont aussi nombreuses que peuvent l’être les différentes formules de la pensée humaine. Ce qui les caractérise d’une manière absolue, c’est à la fois leur fixité et leur extravagance même. Le malade qui les présente n’a pas conscience de la distance qui le sépare des autres hommes, ses semblables. L’idée qu’il développe n’est pas seulement une erreur, elle est quelque chose de plus, sur quoi le raisonnement et la discussion n’ont aucune prise, il est convaincu ; et les déterminations les plus bizarres, en rapport d’ailleurs avec l’idée dominante, en sont le résultat nécessaire. L’aliéné qui s’aiïuble d’une couronne, drape orgueilleusement ses haillons et se proclame, roi, empereur ou messie, a des conceptions délirantes de grandeurs. Celui qui se croit transformé, qui craint pour sa personne et fait à chaque instant des gestes cabalistiques pour éloigner d’imaginaires influences, celui qui se condamne au supplice de la faim, parce que son pharynx est bouché, ou parce que l’intestin ne doit plus accomplir les fonctions digestives, ont des conceptions délirantes. Les idées délirantes de substitution sont assez communes aussi, elles portent tantôt sur l’identité même de l’aliéné, tantôt sur l’identité des personnes qui l’approchent.] Eoville a publié l’observation d’un ancien militaire qui se disait mort à l’armée depuis fort longtemps. Un malade dont parle Aétius se croyait également mort, et pour cette raison il ne voulait prendre aucune nourriture : un autre homme fit le mort; on le mit à table, et il mangea. Le malade suivit son exemple. Nous nous contenterons de ces citations.

[Les impulsions irrésistibles sont de véritables mouvements instinctifs, involontaires, dans lesquels l’aliéné est fatalement entraîné dans une voie mauvaise, où ses actes irréfléchis sont tout à coup gravement compromettants pour son entourage, pour lui-même. Les accès de folie homicide, d’un bon nombre de folies suicides, les dypsomanies, la tendance au vol, à l’incendie, chez certains aliénés, sont le résultat d’impulsions parfois bien difficiles à préciser, et qu’on n’accepte pas volontiers. Rien cependant n’est plus net comme symptôme: on le constate surtout avec facilité dans les cas de délire mélancolique, où surgissent tout à coup les plus vives terreurs chez les malades qui prononcent un mot, profèrent un son, sans que rien ait pu les en empêcher. Ce qui les différencie de la conception délirante, c’est que le malade a parfaitement conscience de l’acte qu’il vient d’accomplir, souvent le déplore et se lamente de n’avoir pas pu agir d’une autre façon. Rarement l’impulsion irrésis-

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