FOLIE. — SYMPTÔMES
liblc existe seule, le plus souvent elle s’associe aux hallucinations ou aux conceptions délirantes elles-mêmes. C’est un des phénomènes les plus importants a étudier; de même que les hallucinations, il rend compte d’une foule d’actes dont l’explication serait en vain cherchée. i
Les hallucinations ont, comme symptôme, une importance telle, que nous devons en donner une description détaillée. La discussion du phénomène, son mode de production, son interprétation, ont donné lieu à de nombreux travaux. Parmi les médecins qui se sont le plus distingués dans cette étude, nous citerons: Lélut, Brierre de Boismont, Baillarger, Moreau (de Tours), Michéa, etc. (1).
L’hallucination peut être définie, l’exercice involontaire, spontané, des sens, en dehors de toute excitation prochaine ou éloignée du sens vers lequel elle se manifeste. Elle est plus fréquente pour certains d’entre eux que pour d’autres. C’est ainsi que les hallucinations de l’ouïe sont les plus communes, puis viennent celles de la vue, celles de l’odorat, du toucher et du goût. Rarement elles existent isolées, elles sont le plus ordinairement associées à d’autres troubles psychiques. On les a divisées en hallucinations psychologiques, en hallucinations psycho-sensorielles , en hallucinations psychiques, nous les examinerons successivement, mais auparavant déterminons leur mode de production, leur nature.
Quel que soit le sens qu’elles affectent, les hallucinations supposent l’exercice involontaire tout spontané de la mémoire et de l’imagination. La doctrine qui les rattache à l’automatisme des facultés intellectuelles est celle qui rallie le plus de partisans. Soutenue par Baillarger, elle a succédé à la doctrine de la transformation de l’idée en sensation, et elle semble le mieux répondre à l’interprétation exacte du phénomène. Lélut avait dit que l’hallucination était le couronnement de l’idée fixe. Baillarger a généralisé le fait, en démontrant que si le sens entre en exercice indépendamment de toute excitation extérieure, les éléments de la perception fausse doivent être recherchés dans l’exercice automatique de la mémoire qui fournit les données, de l’imagination qui les développe, les associe et crée comme conséquence ces convictions si profondes, si difficilement éloignées chez la plupart des aliénés. Les hallucinations ne se présentent pas toujours avec le même caractère. Tantôt elles sont fugaces, naissent sous l’influence de conditions physiologiques spéciales : elles sont dites alors hallucinations physiologiques. Brierre de Boismont est, en France, un de ceux qui les ont le mieux déterminées. Quelques personnes peuvent les faire naître à volonté, et d’autant plus facilement qu’elles se trouvent dans l'état intermédiaire à la veille et au sommeil. Certains agents, tels que le hachisch, les soianées vireuses ; pour quelques personnes, les excitants, tels que le café, le thé, les alcooliques, les développent rapidement; mais pour ce genre d’hallucinations, un effort d’attention suffit à les faire disparaître, pourvu toutefois qu’il n’y ait pas eu d’intoxication complète. Il suffit, dans ces cas, de fixer en quelque sorte l’image apparue, de prêter l’oreille, pour que l’hallucination s’efface. C’est dans tous les cas un phénomène morbide dont celui qui l’éprouve a conscience, auquel il n’accorde pas plus d’importance qu’il n’en saurait avoir, et dans lequel il ne puise pas les éléments de ses déterminations (2).
(1) Michéa, Du délire des sensations. Paris, 1848.
(2) Maury (de l’Institut), Le sommeil, les rêves. Paris, 1862, 1 vol.
NÉV ROSES.
L’hallucination psycho-sensorielle est plus complète que la précédente, en ce sens que son apparition échappe à l’influence de causes déterminantes nettement appréciables. Elle est plus persistante, elle devient le point de départ de déterminations déraisonnables, elle s’associe au délire dans le cours duquel elle apparaît, et qu’elle contribue à entretenir. L’aliéné ne la saurait faire cesser par un effort de son intelligence ; il prend pour vrai tout ce qu’elle lui donne, il s’entretient avec d imaginai) es interlocuteurs, il discute avec eux, et il y a plus d’un exemple dans lequel les voix ainsi entendues étaient en désaccord entre elles. La sensation rapportée à l’oreille droite diffère de celle rapportée à l’oreille gauche, et certains aliénés qu’on voit brusquement s’arrêter dans leur promenade, la tète penchée, l’oreille tendue, écoutent ainsi ce qu’ils appellent eux-mêmes « les voix »; d’autres fois il s’établit une sorie de lutte entre ce cpie veut le malade et ce que les voix lui ordonnent; c’est dans les délires mélancoliques que ce fait peut être souvent observé.
Les hallucinations psyc/aques n’ont plus pour caractère l’exercice involontaire d u*i sens spécial. Tandis que pour les hallucinations psycho-sensorielles le malade rapporte à des impressions venues du dehors les fausses sensations qu’il accuse, pour les hallucinations psychiques il tire tout de son propre fonds. C’est de l’estomac, du foie, de l’intestin, du cœur, etc. , que partent en rayonnant les voix qui lui parlent. Une formule toute particulière traduit ces hallucinations. C’est le langage a la muette, le langage d’dme à dîne, disent los malades, et ils font une différence
très-nette entre cette manière d’être en communication avec les invisibles et les autres voix qui parlent à leur oreille. Cette forme d’hallucination se pourrait presque caractériser par les mots de langage intérieur perçu par l’imagination, en dehors d’ailleurs de toute espèce d’excitation sensorielle. Elle existe parfois isolée, mais rarement; plus souvent, au contraire, associée à l’hallucination psychosensorielle.
Les illusions, qu’on a longtemps confondues avec les hallucinations, en diffèrent en ce sens que, dans l’hallucination il n'y a pas d’excitation directe d’un sens patun objet actuellement perçu, tandis que dans l’illusion, l’objet existe, seulement le malade le perçoit autrement qu’il n’est. C’est ainsi qu'un caillou devient un diamant, une perle; un buisson, un personnage mystérieux aux formes fantastiques ; un léger bruit se transforme en éclatantes clameurs; les aventures du héros de Cervantes sont, pour la plupart, des types complets d’illusions.
Lésions générales. — Sous ce titre nous rangeons deux états différents dont on a voulu dans ces derniers temps exagérer l’importance en les considérant en quelque sorte comme caractérisant la forme tout entière, ce sont l 'excitation et la dépression. Ces états ne sont rien autre que des manières d’être différentes du malade; elles appartiennent, il est vrai, plus spécialement, la première à la manie, la seconde à la mélancolie, mais on les retrouve aussi dans la démence, dans les délires partiels, dans la paralysie générale, et il n’est pas rare de les voir se succéder l’une à l’autre. L’abolition, ou, pour être plus exact, l’affaiblissement graduel, progressil
des facultés intellectuelles, constitue la lésion terminale h laquelle on a donné le nom de démence. Nous aurons occasion d’insister sur ces lésions en décrivant les formes diverses de la folie.
Symptômes physiques. — S’il est vrai que chez bon nombre d’aliénés il n’y ait