‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 214 sur 369 · FOLIE. — • MARCHE ET DURÉE · texte numérisé non relu

FOLIE. — • MARCHE ET DURÉE

l 'invasion ou l’explosion suit de près l’action des causes qui font naître le délire ; ainsi on voit se déclarer une folie évidente en quelques heures, quelques jours. Quoi qu’il en soit, que la folie ait été ou non précédée de symptômes précurseurs et que ces troubles aient porté sur l’état physique ou sur l’état moral, une fois déclarée, elle suit une marche aiguë ou chronique, continue, rémittente ou intermittente.

La manie, la mélancolie, les formes aiguës, ont d’abord une marche assez régulière; elles vont progressivement croissant, mais après les premières semaines, on remarque de nombreuses variations. Ce qui dans la première période était étranger au délire, a disparu pour le laisser se développer, sans complications. L’état aigu dure ainsi des semaines, des mois, avec des alternatives d’excitation , puis de dépression, et des périodes intercalaires dans lesquelles il semble que l’intelligence va reprendre le dessus. Ces périodes de rémission ne sont pas de longue durée. Le délire reparaît avec son caractère dominant. La démence avec paralysie générale offre souvent à son début des rémissions remarquables. Nous avons vu des malades, après des accidents convulsifs épileptiformes, reprendre presque toute leur activité cérébrale, et pour cinq à six mois, et plus même, laisser croire à tout leur entou- .rage que la guérison était complète. Puis les accidents congestifs revenaient et la démence les suivait, devenant plus évidente à chaque nouvel accès, jusqu’à ce que l’intelligence ait complètement disparu.

Le passage de l’état aigu à la chronicité se fait d’une manière souvent insensible quand le délire persiste après une année, il y a bien lieu de craindre qu’il ne disparaisse jamais. Ce qui peut faire soupçonner la chronicité, c^est le retour à quelques-unes des habitudes passées, une amélioration de l’état physique ne coïncidant pas avec une amélioration parallèle dans l’état mental ; le retour des règles, l’embonpoint, etc. Du côté de l’intelligence, un état plus uniforme, et ce que Faire t a si bien décrit sous le nom de délire stéréotypé (1). — Il y a bien d’autres nuances encore, mais qui ne peuvent être saisies que par un œil exercé, et qu’il serait sans intérêt de reproduire ici.

La durée de la folie est variable : ce serait s’exposer à l’erreur que de hasarder quelque assertion sur les données que nous ont transmises les auteurs. La folie peut durer de quelques jours à plusieurs années.

La durée moyenne des accès de manie ou de mélancolie aiguë, est de six à huit mois. Ësquirol répétait assez volontiers que « les manies de printemps guérissaient à l’automne ». Sans rien avoir d’absolu, cette opinion trouve bien souvent sa confirmation dans les faits. Toutefois, il y a des guérisons bien plus rapides. Les folies hystériques , par exemple, peuvent se juger dans l’espace de quelques semaines ; nous aurons occasion d’y revenir. Disons en passant, que, dans ce cas, le délire

revêt le caractère d’extrême mobilité de la névrose, et qu’il échappe à toute délimitation fixe. Les folies alcooliques, l g delirium tremens entre autres, n’ont qu’une durée fort courte. La paralysie générale parcourt ses périodes en dix-huit mois ou deux ans.

La folie peut se terminer par la guérison, la chronicité, ou la mort. Le retour à la santé ne se fait pas brusquement , et les terminaisons par de vives secousses ,

(t) J. P. Falret, Des maladies mentales et des asiles d' aliénés. Leçons cliniques et considérations générales. Paris, 1864, p. 194.

KÊVROSES.

par des émotions, est singulièrement rare. Ce qu’il y a do plus commun , c’est une amélioration lente , graduelle , avec des rechutes suivies bientôt d’une période de retour , et après lesquelles la convalescence s’établit franchement. Les crises sont assez rares en aliénation mentale ; celles qu’on observe, ce sont des éruptions furonculeuses, le rétablissement de la menstruation, des épistaxis, ou des sueurs abondantes. La terminaison est d ailleurs soumise à une foule de circonstances parmi lesquelles les plus importantes sont la forme de la maladie, son ancienneté, scs causes, etc. La chronicité est malheureusement fort commune; elle conduit la plupart du temps à la démence. La mort surv ient souvent au milieu des accès de manies suraiguës : les malades succombent dans un étal d’épuisement nerveux. M. Brierre de Boismont a décrit sous le nom de délire aigu des maisons d'aliénés (1 ) une forme dans laquelle les sujets succombent rapidement après avoir passé par toutes les phases de l’agitation la plus violente. Chez les déments paralytiques , la mort arrive soit au milieu d’accès convulsifs épileptiformes , soit dans un état d’épuisement complet, avec eschares gangréneuses de tous les côtés. Beaucoup d’aliénés périssent accidentellement; dans les folies sympathiques ils succombent aux progrès de l'affection sous la dépendance de laquelle est placé le délire (2). Ils peuvent succomber encore à des affections intercurrentes, telles que des pnemno-, nies, des hémorrhagies cérébrales, des affections organiques du cœur, etc. (3).

Esquirol avait fixé la mortalité ainsi qu’il suit : manie, 1 sur 25 ; monomanie,

I sur 16; lypémanie, 1 sur 12 ; démence, 1 sur 3. Relativement au sexe, la mortalité serait plus considérable chez les hommes.

Lésions anatomiques.

Les auteurs français et étrangers qui ont publié le résultat de l'ouverture des corps chez les aliénés ont cité des cas de folie sans lésion, au moins apparente, du cerveau. Quant aux cas qui ont offert des altérations auxquelles ils ont cru devoir rapporter la folie, Leuret (U) les a discutés, et après avoir passé en revue le degré d’épaisseur des os du crâne, les lésions des méninges, l’injection sanguine, l’atrophie, l’hypertrophie du cerveau, les modifications survenues dans la densité ou la couleur de cet organe, l’adhérence contractée par les méninges avec les circonvolutions cérébrales, le développement des granulations à la surface des ventricules, <>t l’union des plans fibreux dont seraient composés, d’après Foville, les hémisphères cérébraux, il arrive à ces conclusions : « 1° On a accumulé, sans esprit de critique, toutes les altérations rencontrées, ou que l’on a cru rencontrer dans le cerveau des individus morts après avoir été atteints d’aliénation mentale ; 2° on a attribué le désordre de l’intelligence et des passions aces altérations réelles ou supposées ; 3° on a négligé de tenir compte des altérations compatibles avec l’intégrité de l’intelligence ; k° en ce qui concerne les altérations propres aux aliénés, on n’a pas fait la part des symptômes physiques et celle des symptômes psychiques. »

Leuret ajoute : « Je ne voudrais pas conclure de là que le cerveau des aliénés

(1) Brierre de Boismont, Mémoires de V Académie royale de médecine, 1845, t. XI.

(2) Loiseau, Folie sympathique, thèse inaugurale. Paris, 1856.

(3) Thoré, Maladies incidentes chez les aliénés ( Annuaire médical psychologique, t. lit, IV, V).

(4) Leuret, Traitement moral de la folie .

FOLIE. — LÉSIONS ANATOMIQUES. 073

n’ait éprouvé aucune altération, même dans les cas où l’aliénation se montre libre de toute autre complication morbide. J’admets, dans la production de la folie, l'influence de certaines causes physiques ; j’admets également que les lésions organiques du cerveau sont plus fréquentes chez les aliénés que chez toute autre espèce de malades. Mais, quant à l’altération qui serait la cause immédiate de la folie, je nie que personne l’ait ndiquée. » Les recherches d’Esquirol et de Lélut conduisent au même résultat.

Une exception peut néanmoins être faite pour l’aliénation avec paralysie générale, il est peu d’aiïections dont la lésion anatomique soit plus constante, plus caractéristique. Variable en étendue suivant la période plus ou moins avancée de la maladie pendant laquelle a succombé l’aliéné , elle présente des altérations du côté des membranes, du côté de l’encéphale lui-même.

Si l’on a affaire à une lésion depuis longtemps établie, ayant lentement parcouru les périodes de son évolution, on trouve la dure-mère sillonnée de vaisseaux gorgés de sang, et comme variqueux. Les sinus sont pleins tantôt de sang coagulé en longs caillots noirâtres, tantôt de sang noir. Quand la dure-mère est ouverte, il s’écoule une quantité toujours considérable de liquide séreux. L’aspect du cerveau est celui d’un organe où les congestions se sont répétées , où elles sont établies même d’une manière permanente. Des dépôts plastiques, d’apparence gélatineuse, se remarquent en diverses places, le plus souvent vers les régions temporales (1). La pie-mère est le siège d’une injection généralisée , elle a perdu son aspect habituel , elle est plus épaisse, et l’altération caractéristique, c’est sou adhérence à la surface des circonvolutions. Si on la soulève avec une pince , elle entraîne avec elle des lambeaux de substance grise ramollie qui se laisse déchirer dans une étendue plus ou moins considérable. Au-dessous de la substance grise ramollie , la substance blanche est indurée. Celte lésion est constante, elle varie seulement du plus au moins , et tous les auteurs qui se sont occupés d’aliénation mentale l’ont reconnue. Foviile (2) , Calmeil (3), Lélut (4), Parchappe (5), Baillarger (6), Brunet (7), Lunier et

(1) Voyez Mémoire de MM. Charcot etïVulpian, Néomembranes de la dure-mère. Lance-

reaux, P achymèningite hémorrhagique ( Arch . de méd., 1863). — Christian, La pachyméningite , thèse inaug. Paris, 1865.

(2) Foviile, Traité complet de l’anatomie, de la physiologie et de la pathologie du système nerveux cérébro-spinal. Paris, 1844.

(3) Calmeil, Traité des maladies inflammatoires du cerveau, ou Histoire anatomo-pathologique des congestions encéphaliques, du délire aigu, de la paralysie générale ou périencéphalite chronique diffuse, du ramollissement cérébral, de l’hémorrhagie cérébrale. Paris 1859.

(é) Lélut, Inductions sur la valeur des altérations de l’encéphale dans le délire aiau et dans la folie. Paris, 1836. J

(5) Parchappe, Recherches sur l’encéphale , sa structure, ses fonctions et ses maladies Paris 1836-1838. — Traité théorique et pratique delà folie. Observations et documents nécroscopiques. Paris, 1841.

• (6) Baillarger, Du siège de quelques hémorrhagies méningées { Archives de médecine 1 834

et thèse). — Recherches sur la structure de la couche corticale des circonvolutions du cerveau {Mémoires de l’Académie de médecine, t. VIII). — De l’étendue de la surface du cerveau et de ses rapports avec le développement de l’intelligence, lu à l’Académie de médecine (séance nïvçmbre 1843) ’ ~~ formation du cerveau {Annales médico-psychologiques ,

(7) I). Brunet, Recherches sur les néomembranes et les kystes de l’arachnoïde, thèse de doctorat en medecine. Paris, 30 avril 1862.

Yalleix, 5 édit.

NÉVROSES

Luvs (l), ont donné dans diverses publications les détails les plus intéressants sur les lésions anatomiques de l’aliénation mentale.]

Diagnostic, pronostic.

Diagnostic. — Reconnaître si une personne est folle, à quelle forme de folie appartient le dérangement de la raison, distinguer la folie des autres maladies avec lesquelles on peut la confondre, telles sont les trois questions dont la solution résume le diagnostic de l’aliénation mentale.

1° Au premier abord, il semble que rien n’est plus facile que de distinguer un homme fou d’un homme qui a conservé sa raison, et cependant il est beaucoup de cas où il est loin d’en être ainsi. « Il ne m’a pas été possible, dit Leuret (2), quoi que j’aie fait, de distinguer par sa nature seule une idée folle d’une idée raisonnable. J’ai cherché, soit à Charenton, soit à Bicêtre, soit ;\ la Salpêtrière, l’idée qui me paraîtrait la plus folle ; puis, quand je la comparais à un bon nombre de celles qui ont cours dans le monde, j’étais tout surpris et presque honteux de n’y

pas voir de différence Ce qui est trouble ici, est là un état physiologique

Avec les mêmes idées, on peut être regardé comme sage ou aliéné : cela dépend du temps dans lequel on vit, du caractère et du degré d’instruction des personnes dont on est entouré. L’homme est la mesure de tout, notre raison est la mesure de la folie des autres (3). » Ne trouvant pas dans la fausseté des idées un caractère qui n’appartint qu’à la folie, Leuret l’a cherché ailleurs : « A la fausseté des idées, dit-il, il m’a fallu joindre leur fixité ci leur cohésion anormale. Un homme prend des pierres pour des métaux précieux : idée fausse ; rien ne peut le détourner de cette croyance : idée fixe ; chaque fois qu’il voit une pierre, l’idée qu’il y a jointe revient nécessairement : cohésion anormale. »

Ces traits qui peuvent nous servir à caractériser la folie, ne sont pas toujours apparents, faciles à constater. En présence de cas où le dérangement de la raison est douteux, parce qu’il peut être simulé , dissimulé , imputé (et l’on comprend dans quel embarras ces conditions peuvent jeter le médecin), il faudra s’entourer de tous les moyens capables de conduire à la découverte de la vérité. Ces moyens ont été indiqués par Georget (ô), et surtout par Marc ( loc . cit. ).

On prendra des renseignements sur l’état antérieur de l’individu soumis à l’observation ; on demandera s’il y a des aliénés dans sa familllc; s’il a déjà eu des accès de folie; s’il a été exposé à des causes qui la font naître ; on cherchera quels changements se sont opérés dans ses habitudes, ses goûts, etc.; oii l’interrogera à plusieurs reprises, tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre; on le placera de manière à l’observer sans qu’il s’en doute; on l’invitera à écrire ; le dément oublie des mots, le monomaniaque parle de l'objet de son délire. « Lorsqu’une personne est traitée comme aliénée, et qu’elle prétend ne pas être folle, on lui demande quels motifs on pourrait avoir de la persécuter; et alors, soit qu’elle divague sur-lechamp , en invoquant des motifs invraisemblables ou ridicules, soit qu’elle parle

(1) Luys, Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal, sa structure, ses fonctions et ses maladies. Paris, 1865.

(2) Leuret, Fragments psychologiques sur la folie.

(3) Leuret, loc. cit.

(4) Georget, Dictionnaire de médecine en 30 vol., t. XIII, art. Folie.

un langage raisonnable , on recueillera dès cet instant des renseignements précieux. » La folie offre dans son cours des intervalles de lucidité complète; certains individus cèdent à une impulsion dont ils reconnaissent la fausseté, et à laquelle ils ne peuvent résister.

2° La folie une fois reconnue, le médecin cherchera à la rattacher à une des formes que nous avons établies. Cette conduite a une certaine importance que nous ferons mieux ressortir à l’occasion du pronostic. Les caractères que nous avons assignés à chacune des formes décrites suffisent pour classer la maladie que l’on a sous les yeux. Certaines formes peuvent se trouver réunies ou se succéder chez le même individu.

3° Pour distinguer la folie des autres maladies avec lesquelles elle pourrait être confondue, il faut se rappeler que dans un grand nombre de cas elle existe isolée de tout symptôme physique; que souvent, quand ceux-ci existent, ils paraissent sous la dépendance immédiate du trouble de l’intelligence, qui domine presque toujours.

Quand la folie s’accompagne de paralysie ou d’autres symptômes physiques, elle a quelquefois de l’analogie avec certaines affections des centres nerveux: ainsi on pourrait confondre la manie, avec la méningite , avec le délire d'une affection fébrile aiguë ; la clémence des paralytiques, avec le ramollissement cérébral. La marche de la maladie est d’un très-grand secours pour ce diagnostic. (Comparez les symptômes qui ont été décrits dans cet article avec ceux qui sont exposés dans les articles Méningite, Ramollissement, Abcès du cerveau.)

Pronostic. — La folie doit être regardée comme une maladie grave, les troubles qu’elle entraîne étant, dans un bon nombre de cas, au-dessus des ressources de l’art. La gravité du pronostic est subordonnée à certaines conditions dont l’influence sur l’issue de l’affection ne paraît pas douteuse.

L’hérédité, l’âge avancé, un accès de folie antérieur, l’ancienneté du mal, sont des circonstances qui diminuent les chances de guérison. «Les causes morales qui agissent promptement, comme la colère, la frayeur, etc., sont une circonstance favorable; celles qui agissent lentement, telles que les chagrins, les scrupules religieux, etc., laissent moins de chances de succès. » (Esquirol.) La folie causée ou entretenue par des hallucinations est très-difficile à guérir. La manie guérit plus souvent que la monomanie; la démence est pour l’ordinaire incurable; la folie avec paralysie a paru jusqu’à présent au-dessus des ressources de l’art. Selon Esquirol, la folie offre plus de guérisons au printemps et à l’automne; celle qui est compliquée d’épilepsie ne guérit pas.

La nature du traitement a une influence marquée sur l’issue de la maladie.

La folie est une maladie dont les récidives sont fréquentes, mais nous ne saurions dire avec précision quelles sont les circonstances qui favorisent ou éloignent ces fâcheuses conditions.

§ VII. — Traitement.

La folie peut ne consister que dans le trouble de la raison ou s’accompagner

de symptômes physiques [le traitement aura donc à répondre a l’une ou à l’autre de ces indications].

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NÉVROSES

1° Traitement moral. — Indiqué parDaquin, Pinel et Esquirol, qui 11e l’avaient employé qu’avec une réserve timide, quoique avec succès, le traitement moral a été pour la première fois érigé en méthode et formulé par Leuret, qui, dans un ouvrage plein d’intérêt (1), l’a exposé avec de nombreux développements.

Le traitement moral de la folie se compose des moyens qui s’adressent à l’intelligence et aux passions des aliénés. Ces moyens, comme on le pense, sont extrêmement nombreux; ils varient en quelque sorte comme le malade qui en est l’objet, le lieu où l’on se trouve, etc., etc. : l’exercice de la mémoire, la lecture, le dialogue, le récit de pièces empruntées à des sujets intéressants, à quelques comédies, par exemple ; pour ces dernières, Leuret préférait les pièces gaies; il 11e veut rien de dramatique, et repousse tout ce qui prêterait à des allusions inconvenantes. Quant aux acteurs, il ne prend pas ceux qui peuvent le mieux réciter leur rôle, mais ceux auxquels le rôle doit être le plus utile : ainsi les apathiques, les lypémaniaques, sont ceux qu’il s’efforce le plus de mettre en avant; car son but est, on le comprend bien, non pas de faire jouer la comédie, mais de guérir les malades. Il en est de même pour le chant, la musique, la danse, le dessin, la gymnastique, les évolutions militaires, le travail à la terre, les exercices corporels, etc., etc. Le temps consacré à l’étude, celui pendant lequel on récite ce qu’on a appris, on travaille pour remplir une tâche, est enlevé à la maladie. On contracte peu h peu l’habitude de se délivrer des préoccupations maladives auxquelles on est en proie, et ces préoccupations, si le médecin est assez longtemps maître de son malade, finissent par se dissiper.

Quelquefois Leuret provoquait des idées tristes ; dans ces cas, c’est pour prévenir des idées plus tristes encore, pour faire rechercher le plaisir et en donner. D’autres fois il s’attache à rendre pénibles les idées déraisonnables, afin que le malade fasse effort pour les repousser; alors il a toujours le soin d’en suggérer d’autres conformes an bon sens, et auxquelles il tâche de donner l’attrait du plaisir.

La douche et les affusions froides, que l’on retrouve dans le traitement physique, ont été employées par Leuret comme moyens propres à agir sur le moral. Leuret en a constaté l’innocuité, et l’on a eu grand tort de lui reprocher d’y avoir recours. Assurément, si l’on y recourait inconsidérément, on serait blâmable ; mais lorsqu’on ne le fait que par nécessité, et surtout si, comme on le voit dans les observations de Leuret, on en retire les plus grands avantages, ce serait une faute de se priver d’un moyen aussi utile, parce qu’il peut causer au malade quelque contrariété. Tous les jours, en médecine, nous avons recours à des moyens beaucoup plus effrayants, sans qu’on puisse y trouver à redire. Et que deviendrait la chirurgie tout entière, si l’on se laissait guider.par les principes timorés qui ont dicté ces objections? Au reste, Leuret administrait la douche et les affusions le moins possible, mais il en fait souvent peur, et cette peur suffit fréquemment pour guérir les malades.

A la douche et aux affusions Leuret joignait les exhortations et les raisonnements, lorsque les malades sont dans un état tel qu’ils puissent les comprendre et en profiter.

Il conseillait en outre d’éveiller chez le malade une passion, un sentiment, qui

(1; Traitement moral cle la 'olie. Paris, 1840.

l'OLIE.

TRAITEMENT

viennent à votre secours, et d’entretenir ccttc passion, ce sentiment jusqu a ce qu ils aient Vaincu : ainsi il emploie concurremment la crainte de la douche, des affusions, des bains répétés, la peur du ridicule, un soupçon injuste, etc. Dans 'un cas de folie ambitieuse, par exemple, Leuret parlait de ce principe : «Croire, dit-il, que l’on est grand seigneur, bien qu’on ne le soit pas, c’est une maladie; le remède a cette maladie, c’est la douche et l’eau froide; tant que la maladie durera, nous emploierons le remède; dès qu’elle sera passée, nous cesserons. Le malade qui se voit dans l’alternative ou d’être grand seigneur et de souffrir, ou de cesser d’être grand seigneur et de ne plus être soumis à aucune contrariété, ne tarde pas h laisser là ses dignités et ses titres. »

Souvent Leuret tendait des pièges aux aliénés qui, après la douche ou tout autre moyen destiné à provoquer une rétractation, paraissent raisonnables : il revient à eux, ayant l’air de se repentir des observations qu’il leur a faites, de la peine qu’il leur a causée, et s’ils s’y laissent prendre, il leur montre en quoi ils ont failli, pour qu’ils soient en garde constamment contre eux-mêmes. Comme, dans cette espèce de lutte, son objet n’est pas de punir, mais de guérir, il a soin de proportionner les ruses au degré d’intelligence des malades. Quelquefois sa question dicte pour ainsi dire une réponse raisonnable; d’autres fois, il faut être, pour ne pas s’y laisser prendre, complètement affermi dans sa raison.

Leuret proscrit l'isolement absolu; les idées et les passions sont aussi nécessaires à l’intelligence que les aliments à l’estomac. L’isolement amène la perte de la mémoire et de l’imagination. L’aliéné doit être rendu le plus possible aux habitudes ordinaires de la vie ; les repas pris en commun atteignent ce but. A cet effet, Leuret fit le premier, à l’hospice de Bicêtre, l’établissement d’un réfectoire; cet exemple fut suivi plus tard à la Salpêtrière et dans d’autres maisons d’aliénés. C’est un moyen de faire manger proprement les malades, d’encourager à manger ceux qui, par mauvais vouloir ou par oubli, pourraient en être privés ; enfin c’est une ressource de plus pour établir entre eux des rapports de société et les distraire.

Un tort grave, selon Leuret, est de condescendre aux idées des malades. On croit rendre service à un aliéné en lui donnant la qualité qu’il s’attribue ; c’est souvent ce qu’on peut faire de plus mal, car c’est doubler la maladie que de flatter l’idée délirante d’un homme qui n’a pas d’autre phénomène de la folie.

Enfin Leuret recommandait d’une manière générale d’employer avec les personnes délicates, les natures sensibles, les plus grands ménagements; avec les hommes incultes, apathiques, engourdis, une volonté opiniâtre et de la vigueur.

Le médecin doit avoir pour but de se rendre maître de ses malades; mais il n’atteindra jamais ce but s’il ne multiplie presque à l’infini ses moyens d’action; en un mot, il cherchera dans l’esprit de ceux qu’il veut guérir un levier qui, mis en mouvement, redonne à l’entendement l’énergie et la rectitude qu’il a perdues.

Le médecin qui s’occupe du traitement des aliénés doit étudier avec grand soin sur les malades la combinaison habile de ces divers moyens. Chaque aliéné demande quelque soin particulier. Il faut chercher dans son caractère, dans son éducation, dans ses antécédents, un point accessible qui serve de point de départ à tout le traitement. C’est surtout dans la lecture des observations publiées par Leuret qu’on trouvera des exemples utiles. Tous ceux (pii les liront sans prévention seront frappés de la puissance de ce traitement, lorsqu’il est dirigé par un esprit habile et

NÉVROSES

ingénieux. C’est avec admiration qu’on voit des malades qui semblaient voués à une aberration mentale complète pour le reste de leurs jours, perdre peu à peu, et pour ainsi dire une à une leurs idées délirantes , et pouvoir enfin reprendre leur place dans la société.

Bien plus, le traitement moral étant une éducation nouvelle, bien dirigée, on voit, ainsi que Leuret en a cité des exemples, des sujets mal élevés, et dont la mauvaise éducation a été la cause première de la folie, devenir, après le traitement, beaucoup moins imparfaits qu avant leur maladie. C’est là un des plus beaux résultats du traitement moral.

2° Traitement physique. — Les émissions sanguines, tour à tour proscrites et vantées, ont trouvé dans Pinel leur plus puissant adversaire; déjà Daquin s’était élevé contre l’abus qu’on en faisait. Esquirol en fil un usage plus judicieux ; Haslam et Rush (1) en recommandèrent vivement l’emploi, et ce dernier voulait qu’elles fussent plus abondantes que dans toute autre affection aiguë. On a eu recours, pour tirer du sang, aux sangsues appliquées aux tempes, derrière les oreilles, au cou, à l’anus, etc.; à la saignée du bras, du pied, du cou, de l’artère temporale; aux ventouses scarifiées à la nuque, derrière les épaules, etc. , etc. Georgel donnait généralement la préférence aux saignées locales ; il en est de même de Broussais (2). C’est surtout quand il s’agit des émissions sanguines que l’appréciation des cas auxquels on les applique est importante, et c’est ce qui explique l’incertitude dans laquelle nous ont laissés, à leur sujet, ceux qui ont envisagé leur emploi d’une manière générale.

De tout temps les purgatifs ont été conseillés dans la folie; on connaît la réputation dont a joui Y ellébore chez les anciens. « Les purgatifs, dit Esquirol, causent souvent de l’irritation; ils suspendent l’activité de la peau : pour prévenir ces accidents ou leurs effets consécutifs, il faut les alterner avec des bains tièdes. » Parmi les substances les plus commodément employées se trouve l’extrait de gratiole officinale; dos. Frank l’administrait à la dose de 1 gramme et demi à h grammes dans les vingt quatre heures; on donne aussi la gomme-gutte, Yaloès. Chrestiefi (de Montpellier) regarde la coloquinte, administrée en frictions sur le ventre, presque comme un spécifique. On emploie également le calomel, les sels neutres, Y huile de croton tiglium , etc. , etc.

Les vomitifs, vantés par Cox, rejetés par Haslam, sont regardés comme nuisibles par Daquin. Cox (3) a fait prendre jusqu’à douze grains (0sr,60) d’émétique par jour, à doses fractionnées. Quelques auteurs ne prescrivent l’émétique qu’à dose nauséeuse, cl conseillent de le mêler aux aliments, d. Frank s’opposait vivement à cette pratique.

Parmi les narcotiques, l’opium, vanté par Cullen et Daquin, est rejeté par Cox. Esquirol le proscrit, presque complètement. La jusquiame a été préconisée par Fothergill (à); Greding a mis en doute son efficacité. Le datura stramonium a été administré par Stork, Bell, Gunther; Moreau (5) a prescrit cette substance a assez

(1) Haslam and Rusch, On the diseases of the human minci. New- York, 1812.

(2) Broussais, De l’irritation et delà folie. Paris, 1839, 2 vol. in-8.

(3) Cox, Pratical observ. of the insanity.

(.il) Fothergill, Mem. of the Soc. of London.

[b] Moreau, Gazette des hôpitaux, octobre 1842.

haute dose (35 à ùO centigrammes en commençant par 2 centigrammes et augmentant graduellement) aux sujets affectés d’ hallucinations. Dans quelques cas il a triomphé par ce moyen de ce symptôme fâcheux. La belladone a été donnée avec succès par Greding et J. Frank à la dose de 5 à 15 centigrammes d’extrait, deux ou trois fois par jour. Il faut le répéter, ces indications générales n’ont qu’une utilité médiocre.

Dans les antispasmodiques , nous trouvons le musc vanté par Gmelin, le camphre conseillé par Etmuller, Sennert, W'crlof. Locher l’administrait sous la forme suivante :

If Sucre. . .

Camphre

8 gram . I Gomme arabique 8 gram.

Mêlez et ajoutez :

Vinaigre chaud

Eau de fleur de sureau. .

gram .

gram .

Sirop de fleur de coquelicot. . 30 gram.

11 faut donner cette mixture jusqu’à ce qu’il se manifeste un léger mouvement fébrile.

Ajoutons la digitale , louée par Cox, Perfect, Currié (1), Sanders (2); le quinquina, administré tantôt comme tonique, tantôt comme antipériodique ; le fer; le mercure, donné comme spécifique, dans des cas où l’on a cru pouvoir attribuer la production de la folie à des affections syphilitiques antécédentes. Viodure de potassium peut être mis en usage dans des circonstances analogues.

Parmi les révulsifs, on a eu recours aux vésicatoires, au séton, aux cautères à la nuque, aux bras, aux épaules ; au moxa , au fer rouge à la nuque ; aux frictions avec la pommade stibiée sur le cuir chevelu. Le galvanisme et Y électricité comptent quelques partisans.

Veau a été administrée de toutes les manières : Avenbrugger, Hufeland, conseillent Veau froide à Y intérieur, bue à la dose d’un verre toutes les heures : Theden fut guéri d’une lypémanie suicide en buvant jusqu’à 25 ou 30 litres d’eau dans les vingt-quatre heures. On a recommandé les lavements d'eau simple, la glace sur la tête, les bains tièdes, froids, les bains de surprise , d 'affusions, les douches, les bains de pieds, etc.

3° Indications à suivre dans le traitement de la folie. — Comment reconnaître les cas qui exigent l’emploi des agents physiques ou des agents moraux ? « Plusieurs médecins, dit Leuret, se sont sérieusement demandé si l’un de ces genres de traitement mériterait la préférence sur l’autre. Que répondre à cette question ? Une seule chose : c’est qu’on ne peut pas y répondre. En effet, demanderait-on si, dans les affections de poitrine, les antiphlogistiques doivent être préférés aux dérivatifs ? Ce qu’il importe avant tout, dans le traitement des maladies, c’est la connaissance des indications à remplir, et, pour acquérir cette connaissance, il faut, s’il s’agit de folie, distinguer les symptômes qui tombent sous les sens de ceux qui sont accessibles seulement à la pensée, et se faire raconter quels ont paru d’abord, quels ont suivi, afin, s’il se peut, d’en établir la filiation (3). »

(1) Currie, Mem. of llie Suc. of London.

(2) Sanders, Essai sur la digitale pourprée, trad. de l’anglais. Paris, 1812. — llaylc. Bibliothèque de thérapeutique. Paris, 1835, t. 111, p. 1 et suiv.

(3) Leuret, Des indications à suivre dans le traitement moral de la polie. Paris, 1846.

NÊV ROSES.

l’onr faire voir comment des maladies, en apparence analogues, ont dû cependant être traitées par des moyens différents, Leu ret cite deux exemples remarquables. « Dans les deux cas, il s’agit de mères de famille portées au suicide ; toutes deux avaient des idées fausses, des conceptions délirantes, un profond désespoir. Des symptômes physiques existaient chez chacune d’elles, mais le point de départ en était différent : dans un cas, ils avaient précédé et occasionné le dérangement de la raison; dans l’autre, une disposition vicieuse de l’esprit, un trèsgrand abandon de la volonté, une condescendance habituelle à des caprices multipliés, avaient occasionné l’aliénation mentale, et les symptômes physiques n’étaient que la conséquence de cette aberration. Le traitement curatif a consisté, chez la première malade, dans l’emploi des moyens physiques ; chez la seconde, les moyens moraux ont été les véritables agents de la guérison. » (Leuret.)

Dans certains cas d’aliénation mentale, il faut un traitement physique; dans d’autres, il faut un traitement moral ; il en est enfin qui demandent un traitement mixte : des exemples sont donnés à l’appui de ces conclusions dans le mémoire de Leuret.

Quant à l’emploi des moyens moraux, dont l’usage est aujourd’hui généralisé :

« Ne demandez pas, dit Leuret, à celui qui fait la médecine mentale, autre chose que ce qu’il peut donner. Voulez-vous qu’il prescrive à ses malades la joie, l’amour, la frayeur, l’espérance, comme il prescrirait un bain, une saignée, une dose de rhubarbe? Il n’y a pas de préceptes, il ne peut pas y en avoir; il y a seulement des indications, et ces indications varient à l’infini, car elles dépendent de la nature d’esprit du malade, de son caractère, de l’éducation qu'il a reçue, de son âge, de son sexe, de la forme, des causes et de la durée de son délire, de sa position sociale : elles dépendent encore de ses relations habituelles, de ce qu’il a fait, vu, entendu autrefois, hier, à l’instant; toutes choses sans nombre, et dont les- combinaisons varient à l’infini; elles dépendent aussi, et tout autant, du médecin, de son caractère, de son activité, de ses ressources, enfin de ce qui, dans l’esprit d’un homme, peut agir sur l’esprit d’un autre homme. »

Georget recommande la saignée dans presque tous les cas de surexcitation et de congestion cérébrale , et, dans ce cas, la déplétion sanguine doit être combinée avec des applications réfrigérantes sur la tète et l’action d’agents révulsifs. Haslam, Esquirol, la réservent pour les cas de pléthore. Suivant Esquirol, qui rejette les narcotiques, Y insomnie opiniâtre ne justifie pas l’emploi de l’opium ; le régime, l’exercice, le travail, les bains tièdes ou frais, sont dans ce cas les véritables remèdes. Les applications de glace sur la tète, le corps étant dans un bain tiède prolongé deux ou trois heures et renouvelé deux fois, trois fois même par jour, suivant l’intensité des accidents, est, pour Foville, le genre de traitement qu’on doit appli quer de préférence dans la plupart des cas d’aliénation mentale récente , quelle qu’en soit la forme, pour peu qu’il y ait chaleur à la tête , rougeur des yeux ,

enfin quelque signe d’excitation cérébrale.

Brierre de Boismont a lu à l’Académie des sciences un travail tres-intéressant sur l’emploi des bains prolongés et des irrigations continues (1) dans le traitement des formes aiguës de la folie, et en particulier de la manie.

(1) Public dans les Mémoires de l’Académie de médecine. Paris, 1847, t. XIII, p. 537 a

« Les formes aiguës de la folie, et de la manie en particulier, peuvent être guéries dans un espace de temps compris entre une et deux semaines. Le traitement à employer consiste dans les bains prolongés et les irrigations continues. Le. ralentissement de la circulation et de la respiration, l’introduction d’une grande quantité d’eau dans l’économie, la réfrigération générale et graduée, démontrent que ces bains ont une action essentiellement calmante et sédative; la durée des bains doit être, en général, de dix à douze heures ; elle peut être prolongée jusqu’il quinze à dix-huit heures. Les irrigations qu’on associe aux bains doivent être continuées pendant toute leur durée ; on peut les suspendre quand le malade est tranquille. Lorsque les malades ont pris huit à dix bains sans amélioration marquée, ou qu’ils maigrissent à vue d’œil et que leurs traits s’altèrent, il faut les cesser; on pourra plus tard les prescrire de nouveau. Les bains doivent être donnés à la température de 28 à 30 degrés centigrades, et les irrigations à celle de 15 degrés.

» De toutes les formes de la folie, celle qui cède le mieux à l’action des bains prolongés et des irrigations continues est la manie aiguë ; viennent ensuite le délire aigu simple , le délire des ivrognes, la manie puerpérale, et les monomanies avec symptômes aigus ; mais dans plusieurs de ces formes les guérisons ne sont ni aussi rapides ni aussi constantes que dans la manie aiguë. La période de convalescence doit être surveillée avec soin, parce que les rechutes ne sont pas rares, lorsque les individus sont trop brusquement exposés h l’influence des causes qui ont occasionné la maladie. Lorsque la manie aiguë se rapproche du délire aigu à forme ataxique et avec refus de boissons, le traitement est sans efficacité. La manie ancienne ou aiguë prolongée, la manie' chronique avec agitation, ont été améliorées, mais n’ont point guéri par ce traitement.

» On peut affirmer que les guérisons des formes aiguës de la folie, et en particulier de la manie , sont pl us nombreuses et plus promptes par les bains prolongés et les irrigations que celles obtenues parles autres méthodes; car, tandis que parcelles-ci la durée moyenne du traitement est d’environ six semaines, elle n’est que de huit jours par celle des bains prolongés et des irrigations. Les bains prolongés et les irrigations continues nous paraissent devoir être très-utiles dans les affections hystériques et dans plusieurs autres maladies nerveuses avec excitation.

» Les bains prolongés sont sans inconvénient, la fatigue qu’ils peuvent occasionner se dissipant avec rapidité ; ils ne privent l’organisme d’aucun principe important , et ils ne laissent point après eux ces débilitations profondes si souvent observées après les saignées abondantes, et dont la démence a été plus d’une fois la terminaison fatale. L’emploi des bains prolongés n’est pas nouveau dans la science; mais jusqu’à présent, cette méthode, d’une application facile et qui peut être essayée partout, n’avait point été formulée de cette manière. Leur union avec les irrigations continues constitue d’ailleurs un progrès nouveau. » (Brierre de Boismont. )

Les hallucinations ont été depuis longtemps regardées comme très-rebelles aux moyens thérapeutiques. Dans ces derniers temps, Moreau a publié quelques observations de guérison d hallucinations par le datura stramonium pris à l’intérieur. Leurel (1) a rapporté des cas de guérison chez des hallucinés à l’aide du traitement

(1) Leuret, Traitement moral de la rolie.

NÉVROSES

moral, et, dans son travail sur la folie causée par l’abus des spiritueux, Marcel a constaté l’efficacité des agents moraux dans cette affection , dont les principaux symptômes sont des aberrations sensoriales.

La paralysie des aliénés est à peu près incurable. On a cité une ou deux guérisons sur cent cas, mais sans qu’on puisse être bien certain que les cas de ce genre n’eussent pas quelque ebose de particulier, et aussi sans qu’on puisse en tirer des inductions véritablement utiles pour le traitement. Ce traitement n’est donc presque toujours , et peut-être même toujours , que palliatif. Il consiste dans le repos, le séjour à la campagne, les bains, les purgatifs, les révulsifs, les affusions froides. Dans un cas, Lisle a obtenu un succès complet en employant la cautérisation transeurrente le long de la colonne vertébrale.

On prescrit généralement la saignée et les sangsues; mais il faut bien prendre jarde d’abuser de ces moyens, on jetterait les malades dans un étal de débilité ,‘xcessive qui bâte la terminaison funeste. Le mieux est, lorsque la maladie est bien :onstatée, de se borner aux soins hygiéniques et à la cautérisation transcurrente , .‘t de n’en venir à une autre thérapeutique que pour combattre les accidents inter- •urrents.

Todd Thomson (1) a rapporté un cas de guérison obtenue en vingt-deux jours iprès une inflammation intense de la bouche et du pharynx due sans doute au nercurc que le malade avait pris.

Il arrive assez fréquemment que , dans diverses formes de la folie , les malades efusentde manger. C’est une indication particulière à ne pas négliger. Il faut les îourrir avec la sonde œsophagienne, et, à ce sujet, nous rappellerons la sonde imaginée par Leuret(2). Mais dans ces derniers temps , Baillarger en a inventé une rès-ingénieuse, et généralement adoptée aujourd’hui.

Des indications spéciales peuvent se présenter, elles réclameront des agents qu’un nédecin expérimenté saura varier suivant les besoins, suivant même tel ou tel aractère prédominant du délire. Dans les aliénations mentales causées par l’abus les boissons alcooliques, l’opium à haute dose a rendu d’incontestables services, entefois il le faut manier avec la plus grande réserve ; dans bien des cas, ceux ’une intensité moyenne entre autres, il est parfaitement inutile de l’administrer ; [uand les désordres atteignent leur summum de développement, il est nécessaire c le donner à doses assez élevées : nous n’avons pas vu qu’il ait déterminé des ccidents ; cependant, Desterne (3) et Marcel (/i) ont cité des cas dans lesuels la mort était survenue après son emploi : est-ce bien le médicament qu il mt accuser; ne serait-ce pas plutôt la gravité propre à certains accidents aigus de alcoolisme qui devrait être mise en cause? Quoi qu’il en soit, toutes les fois que

2 délire ne présentera pas de complications, il sera prudent de s en tenir au traiteiient tempérant.

Dans plusieurs cas, cités par Lisle et dans lesquels la folie était causée pai des

(1) Todd Thomson, London medical Gazette, août 1848.

(2) Leuret, Archives de médecine, 4e série, 1845, t. IX, p. 220.

(3) U. Desterne, De lu folie causée par l'abus des liqueurs alcooliques [inion media de,

3 novembre 1847, p. 563). .

(4) Marcel, De la folie causée par l’abus des boissons alcooliques, these de doctorat. 1 ans,

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