‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 213 sur 369 · FORMES COMPLEXES. — FOLIE ALCOOLIQUE · texte numérisé non relu

FORMES COMPLEXES. — FOLIE ALCOOLIQUE

Delasiauve (1), Tardieu (2), Rayer (3), Marcel (U), Racle (5), Debouleville etParchappe (6), Morel (7), Thomeuf (8), Motet (9), Alf. Fournier (10), Lancereaux (1 1).

Nous ne pouvons pas faire ici l’histoire de l’alcoolisme et des troubles qui naissent, se développent par suite d’une intoxication prolongée. Nous renvoyons à l’excellent article d’Alfred Fournier, qui en est l’exposé le plus complet, et qui résume toutes les connaissances actuelles sur cet important sujet. Cette question sera traitée d’ailleurs au tome Y (voy. Intoxications). Nous ne nous arrêterons qu’à cette variété de l’alcoolisme aigu nommée le delirium tremens. La stupeur ébrieuse trouvera sa place à l’article Alcoolisme.

Delirium tremens. — Il survient chez des individus adonnés aux boissons alcooliques, chez le buveur de profession ou chez ceux qui, n’ayant pas l’habitude de boire, se sont livrés coup sur coup à des excès alcooliques. Les premiers ont dépassé la limite de saturation, les seconds ont été empoisonnés d’emblée; chez les uns et les autres le délire éclate avec des caractères tellement tranchés qu’il est toujours facile à reconnaître. Deux ordres de symptômes s’y rattachent. Nous ne les séparerons pas dans notre description : ce sont des troubles de l’intelligence et de l’appareil locomoteur.

Le delirium tremens débute souvent tout à coup. Il s’annonce par de l’insomnie, des frayeurs, des hallucinations de l’ouïe et de la vue, qui vers le soir redoublent d’intensité. En proie à une agitation extrême, les malades tantôt crient, chantent, vocifèrent, répondent à d’imaginaires interlocuteurs; tantôt se croient accusés de crimes, sur le point d’être arrêtés; ils pleurent, protestant de leur innocence, et cherchent à échapper aux visions terrifiantes qui les poursuivent. Un des caractères de ce délire, c’est l’apparition de figures grimaçantes se détachant des murs, et venant au-devant du malade. Il les voit au pied de son lit, elles s’avancent, il ne peut les repousser : des animaux immondes courent sur lui, il est dévoré par une légion de petites bêtes dont il cherche en vain à se débarrasser. Un moment de calme survient-il? le malade s’assied dans son lit, il tient des propos incohérents, puis tout à coup il se précipite, se couche à terre, regarde sous les meubles, passe son bras, cherche à saisir quelque chose qu'il ne peut atteindre, fait des elforts inouïs, et résiste énergiquement à qui veut le retenir. Ou bien, encore, méconnaissant tous ceux qui l’entourent, se croyant menacé par des flammes qui sortent de

( l) Delasiauve, D’une forme grave de delirium tremens (Revue médicale, 1852) ; Diagnostic différentiel du delirium tremens ou stupeur ébrieuse ( Revue médicale).

(2) Tardieu, Observations médico-légales sur l’état d’ivresse considéré comme complication des blessures et commecausede mort prompte et subite (Annales d'hygiène, 1848, t. XL).

(3) Rayer, Mémoire sur le delirium tremens. Paris, 1819.

(4) Marcel, De la folie causée par l’abus des boissons alcooliques, thèse inaugurale. Paris,

(5) V. A. Racle, De l’alcoolisme-, thèse d’agrégation de médecine. Paris, 1859.

(6) Dehouteville et Parchappe, Compte re/idu moral et administratif de leurs asiles Quatre-Mares et Saint- Yon.

(7) Morel, Traité des dégénérescences. Paris, 1857, et Traité des maladies mentales.

(8) Thomeuf, Essai clinique sur l’alcoolisme, thèse inaugurale. Paris, 1859.

(9) A. Motet, Considérations générales sur l’alcoolisme, et plus particulièrement des effetstoxiques produits sur l’homme par la liqueur cl’ absinthe , thèse inaugurale. Paris, 1859.

(10) Alfred Fournier, Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1865, art. Alcoolisme, t. 1.

(11) Lancereaux, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Paris, 1865, article Alcoolisme.

NÉVROSES

son lit, par des assassins dont il voit les poignards, il s’arme à son tour, et c’est dans ces périodes d’excitation violente que de terribles accidents peuvent se produire.

Du coté de I appareil locomoteur les troubles ne sont pas moins accusés. Des tremblements fibrillaires agitent les muscles, et surtout apparents aux mains, ils constituent un des caractères de la maladie. Jls peuvent être assez prononcés pour que le malade ne puisse saisir qu’avec peine les objets qu’il laisse aussitôt tomber. Sa démarche est vacillante ; la physionomie a un cachet spécial d’hébétude et de frayeur; l’œil est injecté, les pupilles, dans la plupart des cas, sont dilatées ; du côté des voies digestives on constate de l’inappétence, un état saburral, de la constipation.

C’est surtout vers le soir que les troubles augmentent et que les hallucinations terrifiantes reviennent plus impérieuses. Le sommeil est complètement aboli, et c’est au matin seulement qu’un peu de calme se rétablit; le delirium t remens, tant qu’il reste ce que nous venons de le décrire, n’est eu général pas très-grave, mais si la forme convulsive survient, avec les attaques épileptiformes, le malade peut être rapidement emporté. Ces cas extrêmes sont rares, comparés surtout à la fréquence du delirium tremens.

La durée de l’affection est très-variable. Le délire disparaît le premier, les tremblements cessent plus tard. La convalescence est ordinairement précédée ou de sueurs très-abondantes, ou d’une période d’un sommeil profond. Les hallucinations s’évanouissent, elles reparaissent encore pendant quelques jours, mais le malade les apprécie, les juge et en rend compte-: l’appétit revient, les sécrétions sont normales, et chaque jour l’état général s’améliore. Il n’est pas rare de voir au déclin, des éruptions de furoncles.

Traitement. — Il doit avoir pour but de favoriser l’élimination de l’alcool (1), de ramener le calme, de prévenir les dangers qui pourraient résulter de l’excitation vidlente et aveugle du malade. Le traitement tempérant dès le début, est, après bien des discussions, celui qui réussit le mieux, — celui auquel tout le monde revient aujourd’hui. Bains tièdes prolongés avec irrigations continues ; purgatifs salins répétés. Le soir nous donnons un peu d’opium, de \ 0 «à 20 centigrammes, ayant rarement besoin de dépasser cette dose. Dans bien des cas, nous nous abstenons même de donner des narcotiques; quand les désordres musculaires ne sont pas trop prononcés, quand l’état général est bon, nous nous en tenons aux bains, aux évacuants. Nous ne privons pas brusquement le malade des alcooliques, il boit de la limonade vineuse. Nous proscrivons les émissions sanguines qui ne font qu’accroître les désordres. Toutefois, il peut être nécessaire d’y recourir dans un cas déterminé; mais nous conseillons toujours d’être extrêmement réservé dans l’emploi de ce moyen. ]

Marche, durée, terminaison de la folie.

Georgct décrit avec assez de soin une période qui, dans beaucoup de cas, peur durer fort longtemps, et pendant laquelle l’état du malade est le plus souvent méconnu ou mal apprécié; cette période est pour lui une sorte d' incubation. Parfois

(1) Ludgcr Lallemand, Perrin et Duroy, Recherches expérimentales sur l’ absorption et ü eh~ mination de l’alcool. Paris, 1861.

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