MIGRAINE
Hémicrânie ( hernie rania ), par corruption migraine , signifie au propre, douleur occupant la moitié de la tête; ce mot, par extension, a été appliqué à une maladie spéciale que les anciens ont peu connue. Alexandre de Tralles (1) en a le premier donné une description. Parmi les modernes, citons Sauvages (2), Tissot (3), Piorry (4), Pelletan (5), etc.]
§ I. — Définition.
La migraine est une maladie de courte durée, et le plus souvent sans gravité, périodique, sans régularité, et caractérisée par un malaise général avec céphalalgie intense; cette céphalalgie, dont le siège est souvent limité à une région et non à la totalité de la tête, est le phénomène le plus constant de la migraine.
§ n. — Division.
Quelques modernes se sont livrés à des efforts de classification qui n’ont pas donné de résultats avantageux. Les auteurs du Compendium ont introduit dans la division de cette maladie un ordre plus méthodique et plus rationnel, en admettant une migraine idiopathique et une migraine symptomatique, cette seconde variété n’étant qu’un symptôme, ne seca pas décrite ici.
§ III. — Symptômes.
Prodromes. — Le plus souvent l’accès de migraine est précédé de certains phénomènes prodromiques: sentiment de lassitude et d’engourdissement, courbature, douleurs vagues dans les membres, étourdissements, nausées, anorexie, sensibilité exagérée des organes des sens, palpitations de cœur, tristesse; parfois l’accès est précédé d’un frisson peu intense. La durée de ces prodromes est variable; il arrive
(T) Alexandre de Tralles, De arte medica.
(2) Sauvages, Nosologie méthodique.
(3) Tissot, Des nerfs et de leurs maladies ( Œuvres complètes, Paris, 1813).
(h) Piorry, Mémoire sur la migraine et ses divers traitements. Paris, 1832.
(ô) Pelletan, Delà migraine et de ses divers traitements. Paris, ISA 3, in-8.
INÉVROSES.
parfois qu’ils sc montrent peu à peu, soit spontanément, soit sous l’influence d’une des nombreuses causes déterminantes de la maladie, et que la migraine peut être prévue; d’autres fois le début est brusque ou inaperçu. Jl arrive souvent que la migraine, qui probablement s’est préparée pendant le sommeil, se montre avec toute son intensité dès le réveil.
Début. — Le symptôme le plus constant, la douleur, est celui qui se. montre le premier. Son siège est toujours à la tête, et quelquefois s’étend à la face. Cette douleur occupe parfois toute une moitié de la tète, ce qui justifie l’expression (Y hémicrânie. Le plus souvent elle est limitée à une région peu étendue, soit à l’occiput ou au sommet de la tête, à la région temporale, frontale, sus-orbitaire; elle s’étend parfois à toute la tête, ou bien, après avoir occupé un côté, elle s’empare de l’autre. Les organes des sens en sont fréquemment le siège; cette douleur affecte quelquefois le même siège et les mêmes manifestations que la névralgie trifaciale ou que le tic douloureux de la face.
Caractères de la douleur. — Les manifestations douloureuses de la migraine peuvent se rapporter à un certain nombre de types. La douleur diffuse de la tète, avec vertiges, hallucination des sens, sorte d’ivresse douloureuse, en est une des formes les plus habituelles. Le malade ne saurait faire aucun mouvement sans éprouver un malaise des plus pénibles; l’immobilité, l’obscurité, le silence, lui conviennent surtout; dans presque tous les cas, il ressent des battements douloureux dans le crâne, et chaque systole ranime la douleur. La sensibilité du cuir chevelu est souvent tellement vive, qu’elle est exaspérée par le moindre dérangement des cheveux. « Il semble à l’un qu’on lui perfore la tête avec une vrille, ou qu’on la lui brise avec un marteau ; à l’autre qu’on y darde incessamment des pointes acérées, qu’on exerce des tractions à l’aide de tenailles; celui-ci croit sentir un étau qui rapproche l’une de l’autre les régions temporales; celui-là, au contraire, croit que les sutures du crâne vont céder à une force intérieure, etc. Au milieu d’un tel paroxysme, la lumière, le bruit, tout ce qui environne le malade, devient insupportable, etc. « (Monneret et Fleury. )
Les hallucinations des sens sont chose fréquente. L’hyperacousic a lieu souvent et l’œil est le siège de sensations perverties et douloureuses. « Au moment de l’invasion, dit Piorry, la vue est nette, on éprouve une sensation très-analogue à l’éblouissement; il semblerait qu’un nuage sc manifeste au centre de l’image qui se peint sur la rétine ; peu à peu le point terne qu’on observait s’étend; bientôt se dessine autour de l’espace obscurci un arc de cercle lumineux, coloré chez quelques-uns, pâle chez d’autres, disposé en zigzag, agité par une sorte d’oscillation continuelle. » Ces phénomènes subjectifs peuvent varier à l’infini.
L’intensité de la douleur est très-variable, non-seulement chez les divers sujets, mais encore chez un même individu, dans des accès différents. Quelquefois légère, elle permet au malade de continuer ses occupations; d’autres fois elle est si vive que le moindre travail est impossible.
Des sensations particulières se joignent aussi parfois à la douleur proprement dite; ainsi des sujets éprouvent une espèce de frémissement dans le cuir chevelu, de petits frissons locaux. D’autres ont la sensation d’un liquide brûlant ou froid dans un côté du crâne.
La douleur spontanée et la douleur à la pression doivent être recherchées dans
MIGRAINE. — MARCHE, DURÉE, TERMINAISON
la migraine. En général, par la pression on ne conslate qu’une augmentation de sensibilité occupant tout un côté de la tête, ou toute la tète ; mais dans quelques cas, cette exaltation de la sensibilité est telle, qu’il suffit de promener le doigt sur le cuir chevelu pour produire une douleur assez vive, et dans d’autres, on trouve les mêmes points douloureux que dans les névralgies trifaciale et cervicooccipitale.
Les yeux, dans les cas les plus violents, sont sensibles à la lumière, mais ils ne sont pas injectés et larmoyants comme dans la névralgie trifaciale franche. On n’observe pas non plus de phénomènes locaux du côté des narines et de la bouche.
On a signalé dans quelques cas, des mouvements convulsifs, le plus souvent à la face et d’un seul côté.
Troubles de l'estomac. — Le phénomène le plus constant après la céphalalgie est le vomissement. Le malade vomit souvent un liquide acre et amer, qui n’est autre qu’un produit de sécrétion gastrique et biliaire ; mais comme il arrive que la migraine s’oppose à la digestion, ou a eu pour cause déterminante un repas, il n’est pas rare que les malades vomissent des matières alimentaires. Les efforts de vomissements ajoutent encore à la céphalalgie et sont très-redoutés par les malades, surtout lorsqu’ils surviennent au début ou pendant le cours de l’accès; cependant les vomissements sont souvent précurseurs de la terminaison de l’accès et amènent un soulagement dans la souffrance.
Un phénomène morbide assez fréquent, ce sont les palpitations de cœur. Le malade ne peut faire un mouvement sans que le cœur balte avec force et quelquefois tumultueusement; ce symptôme est un des plus pénibles, les mouvements du cœur retentissent douloureusement dans la tête.
Symptômes généraux. — L’intensité de la douleur et la prostration, l’expression troublée de la face, sont en disproportion avec la bénignité de la maladie. La fièvre, lorsqu’elle existe, est modérée, et souvent la fréquence du pouls est grande, sans qu’il y ait une élévation marquée dans la température de la peau. Le pouls est généralement petit, serré et fréquent.
L’accès se termine peu à peu, et cette terminaison est précédée, dans la plupart des cas, de certains phénomènes auxquels on pourrait donner le nom de critiques. Le plus souvent ce sont des vomissements, une sueur légère, le retour des urines ou des garderobes qui, en général, sont supprimées pendant l’accès. D’autres fois c’est l’humidité des narines et une sorte de flux nasal, ou une sécrétion considérable de mucus buccal ou pharyngien.
§ IV. — Marche, durée, terminaison.
La migraine est une affection essentiellement intermittente. Le nombre des accès peut être de trois, quatre et plus par mois. Il peut n’en exister que trois ou quatre par an. Il est plus ordinaire d’en observer un tous les mois ou toutes les six semaines. Chez certaines femmes la migraine se montre à toutes les époques menstruelles, et n’est dissipée que par l’apparition des règles. On a cité des cas de migraine intermittente périodique , mais on a fait observer que, dans la plupart, il était très-probablement question de névralgies intermittentes.
Il est bien rare que la migraine se maintienne au même degré d’intensité pendant toute la durée de l’accès; la douleur, d’abord légère, va en augmentant jus- Valleix, 5e éüit. I iih
NÉVROSES
qu’à son summum d’intensité, puis il y a des moments d’amélioration et d’exacerbation plus ou moins marqués, jusqu’à ce qu’enfm les symptômes commencent à décroître pour di paraître bientôt tout à fait.
Dans la durée, il faut considérer la durée de la maladie et la durée des accès. La durée de la maladie est longue ; elle peut se prolonger pendant toute la vie. Le plus souvent les accès commencent à s’éloigner vers l’âge de quarante ans, pour disparaître vers soixante, mais il y a de nombreuses exceptions à cette règle. La durée de la migraine est presque toujours d’un grand nombre d’années. La durée ( les accès est ordinairement de douze à vingt-quatre heures. Elle peut néanmoins ne pas dépasser une, deux et trois heures, ou bien se prolonger pendant deux et même trois jours; ces derniers cas sont les plus rares. Des circonstances trèsdiverses peuvent abréger la durée des accès : ainsi une promenade, un spectacle attachant, un repas, etc., mais jamais, ou presque jamais, on ne peut tirer de ces circonstances une règle sûre pour l’avenir, c’est-à-dire que ce qui, dans un accès, aura été très-utile, peut être, dans les autres, complètement inutile, ou même augmenter les accidents.
La migraine n’a jamais une terminaison fatale. La terminaison des accès a lieu pendant le sommeil de la nuit. Au réveil, les malades se trouvent complètement revenus à leur état normal, ou ne conservent qu’un peu de fatigue et de lourdeur de tète. D’autres fois la migraine se dissipe au milieu du repas, ou dans d’autres circonstances déjà mentionnées.
Accès considéré d'une manière générale. — Lorsque les malades sont atteints de violent accès de migraine, ils sont obligés de rester couchés, immobiles, loin du bruit, de la lumière; ils demandent qu’on les laisse absolument tranquilles, et cherchent le sommeil, qui, tant que l’accès dure, est incomplet, pénible et entrecoupé. Lorsqu’ils veulent se lever, ils éprouvent des étourdissements, des horripilations, et sont forcés de se recoucher promptement. Dans d’autres cas, la douleur n’empêche ni les mouvements, ni le travail, et entre ces deux extrêmes il y a des nuances à l’infini.
§ V. — Causes.
La migraine idiopathique est une névrose héréditaire. On a observé la migraine survenant chez des asthmatiques et semblant tenir lieu d’un accès d’asthme. La migraine paraît aussi survenir assez fréquemment chez les hystériques. Elle peut se montrer comme métastatique des diathèses arthritique, herpétique, etc.
Les femmes y sont plus sujettes que les hommes.
L’âge a une induence sur cette maladie, que l’on observe plutôt dans la jeunesse et l’àge adulte que dans la vieillesse. Les professions intellectuelles et sédentaires y prédisposent.
Les causes déterminantes de la migraine sont nombreuses. Il faut citer les écarts du régime, les troubles des fonctions digestives (a stomacho Iceso ), l’irrégularité dans les repas, l'influence de l’insolation; une promenade au soleil, principalement au printemps, lors des premières chaleurs.
La fatigue des yeux ou des oreilles, l’usage des lunettes non appropriées à la vue, les odeurs fortes, l’insomnie, les excès de tout genre, etc., peuvent déterminer la migraine.