NÉVRALGIE EN GÉNÉRAL. — DIAGNOSTIC, PRONOSTIC. 6'J
Dans quelques cas particuliers, le contact des corps chauds ou froids produit le même effet.
Ajoutons que fréquemment les malades présentent, dans d’autres parties du corps, des douleurs également névralgiques, ou un peu plus rarement de nature rhumatismale ; que du côté du tube digestif, il existe quelques troubles fonctionnels qui seront mentionnés à propos des névralgies trifaciales ou intercostales; que la fièvre n’est jamais un phénomène appartenant à la névralgie elle-même, et que, dans un tiers des cas environ, les femmes présentent un trouble marqué de la menstruation.
§ V. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
Les névralgies se produisent par paroxysmes souvent très-violents; nous n’avons trouvé qu’une exception à cette règle. Parfois ces affections se montrent sous formes d’accès périodiques bien tranchés; on dit qu’il y alors une fièvre intermittente larvée. Cependant nous n’avons pas remarqué les stades de la fièvre intermittente ; la périodicité seule était remarquable.
Les névralgies peuvent disparaître spontanément en quelques jours, se dissiper au bout de très-peu de temps sous l'influence du traitement, ou au contraire persister de longues années et être rebelles à tous les traitements. Dans ces derniers cas, qui sont heureusement les plus rares, la maladie tourmente ordinairement les sujets pendant un temps variable, puis les laisse tranquilles pendant un temps qu’on ne peut pas préciser davantage, et qui est loin d’être toujours le même entre chaque atteinte, et ainsi de suite,' parfois jusqu’à la mort, causée par une autre maladie.
Dans la neuvième partie des cas environ, les sujets que nous avons observés n’ont été que notablement soulagés, et dans la neuvième partie également, il n’y a eu ni guérison ni soulagement marqué ; tandis que dans les sept neuvièmes la guérison a été radicale. L’âge avancé, le haut degré de la violence de la maladie, sa longue durée antérieure, sont les circonstances dans lesquelles on a observé le plus grand nombre de névralgies rebelles.
Les récidives sont on ne peut plus fréquentes dans les névralgies; mais leur fréquence varie suivant l’espèce de névralgie.
§ VI. — Lésions anatomiques.
[Jusqu’à ce jour, les investigations de l’anatomie pathologique n’ont encore pu faire découvrir aucune modification organique certaine des nerfs.]
Cependant Chomel (1) professait que la névralgie n’est le plus souvent que le symptôme d’une lésion occupant des organes ou des tissus qui avoisinent ou que traverse le nerf affecté. C’est que Chomel n’admettait que des névralgies trèsintenses et très-rebelles : car tous les jours on voit des névralgies siégeant dans des points où n’existe aucune espèce de lésion organique, enlevées par les traitements les plus simples dirigés uniquement contre la douleur.
§ VII. — Diagnostic, pronostic.
Nous nous bornerons à rappeler ce que nous avons dit relativement à la distinction
(1) Chomel, Opinion sur la nature de la névralgie crurale due à une tumeur de la fosse iliaque : névralgie sciatique , tumeur dans le bassin (Union médicale, 2 A janvier 1850).
NÉVROSES
de la névrite cl de lu névralgie ; à signaler les névromes dont le caractère distinctif est une tumeur, mais parfois assez petite pour demander une recherche attentive, puisque Béclard en a mi de la grosseur d’un grain de chèncvis dans la peau; à mentionner le rhumatisme musculaire , dont les points de contact avec la névralgie sont très-grands; à indiquer les douleurs lancinantes du cancer , qui se distinguent par les symptômes concomitants de la maladie principale, et les viscéralgies dans lesquelles les troubles fonctionnels de 1 organe occupent évidemment la première place, et qui ne présentent pas de points douloureux circonscrits et superficiels.
Pronostic. — La grande ancienneté du mal, l’âge avancé du sujet et l’extrême violence de la maladie, sont des signes pronostiques défavorables.
§ VIII. — Traitement.
Narcotiques. — Les narcotiques, et surtout la morphine administrée par la méthode endermique, ont l’avantage de calmer presque immédiatement les douleurs, et , lorsque l’affection a une grande violence , on ne saurait se dispenser d’en faire usage.
On se sert du vésicatoire ammoniacal , ou de la pommade de Gondret ou du marteau de Mayor, pour enlever l’épiderme. On emplit aux trois quarts un dé à coudre avec de la ouate bien sèche ; on remplit le dé avec un autre petit tampon imbibé d’ammoniaque ; cinq minutes suffisent pour soulever l’épiderme qu’on enlève en frottant doucement avec un linge. Le marteau trempé dans l’eau bouillante et appuyé en tournant rapidement est un moyen encore plus expéditif. On saupoudre le derme dénudé avec le sel de morphine , qui est habituellement le chlorhydrate, en commençant par 25 milligrammes et en augmentant jusqu’à ce qu’on obtienne du calme. Rougier (1) n’a pas craint d’arriver jusqu’à 25, 30, ZiO centigrammes par jour, et même 60 si la douleur résiste.
Le troisième jour la surface dénudée n’absorbe plus, il faut donc appliquer un nouveau vésicatoire. On peut ainsi commuer pendant huit, dix, quinze jours.
Une fois la douleur éteinte dans tout le membre , pour consolider et assurer la cure, on continue le remède en doses décroissantes, pour le cesser tout à fait au bout de quelques jours. « Mais, la douleur disparue , si la névralgie était ancienne ou si.le traitement s’est prolongé, il reste dans le membre une faiblesse quelquefois assez grande pour empêcher la progression... Conduit par l’analogie , nous avons
combattu cet accident avec le plus grand succès par la strychnine et nous
avons été conduit à trouver dans cet agent thérapeutique non-seulement le complément, mais encore la preuve de la guérison de la névralgie sciatique. » (Rougier) (2).
Rougier administre encore alors la strychnine à l’intérieur , sous forme de pilidcs d'un peu plus d'un demi-centigramme , ou d'un centigramme , commençant par deux et augmentant la dose d’une pilule par jour pour les premières, et commençant par une pour augmenter également d’une par jour pour les secondes. Si, au bout de quelques jours, la motilité se rétablit sans douleur , la maladie est jugée guérie ; si la douleur reparaît, on commence l’application de la morphine.
Maintenant si nous comparons les résultats thérapeutiques à ceux que l’on obtient
(1) Rougier, De la morphine administrée pur la méthode endermique. Lyon, 1843.
(2) Loe. cit., p. 29. — Joussct, De la méthode hypodermique et de la pratique des injections sous-cutanées . Paris, 1865.
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par une autre méthode de traitement, les vésicatoires volants multipliés, par exemple, nous voyons que la douleur est plus promptement diminuée par la méthode endermique : résultat tout naturel. Quant à la durée du traitement , elle a été sensiblement plus longue dans les cas observés par Rougier. 11 paraît probable qu’on doit en accuser l’emploi de la strychnine, qui aurait le grand tort de ramener des mouvements intempestifs.
Les résultats de l’expérimentation ne sont doue pas satisfaisants sous le rapport de la durée de la maladie, et tout porte à croire que dans la méthode de Rougier, les vésicatoires ont eu la plus grande part à la guérison. La méthode endermique est un excellent moyen; seulement il n’est pas prudent de pousser les doses de morphine aussi loin que Rougier.
On devra se borner à employer 2, 3, U et 5 centigrammes de sel de morphine, dose ordinairement suffisante. On n’en emploie davantage que dans des cas exceptionnels soumis à l’appréciation du médecin.
Nous avons signalé un phénomène quelquefois très-remarquable à la suite de l’application d’un sel de morphine sur la peau dépouillée de son épiderme: ce sont des douleurs insupportables qui forcent les malades à arracher l’appareil. Ces cas, il est vrai, sont rares; Rougier n’en a observé aucun, et, le plus souvent, la cuisson déterminée par le sel de morphine est assez facilement supportée. Elle ne dure guère que pendant un temps qui varie entre un quart d’heure et une heure; quelquefois cette durée est beaucoup plus courte. Nous avons depuis connu la cause de ces vives douleurs. Elles sont dues à ce que les vésicatoires sont excités par la pommade épispastique. Par là s’explique l’absence de ces douleurs dans les cas de Rougier, où les vésicatoires étaient pansés simplement.
Quelquefois l’opium produit l'effet hypnotique cérébral , mais il donne lieu à une exaltation de la sensibilité, au prurit, etc. Dans ce cas, on le remplacera par un de scs alcaloïdes (sirop de codéine, pilules de codéine) :
2 C Codéine.
Thridace
aa 50 centigram.
Poudre de guimauve
F. s. a. dix pilules. Une ou deux chaque jour.
Ou bien par les préparations de belladone, à la dose de 5 à 10 centigrammes de poudre ou de suc non dépuré, ou bien à la dose de U à 8 gouttes de teinture alcoolique d’atropine dans une potion prise dans les vingt-quatre heures (Sandras). Aran (1) a, dans ces cas , employé l’extrait d’aconit à très-hautes doses, en commençant par une pilule de 5 centigrammes d’extrait d’aconit.
Inoculation de la morphine. — Lafargue, de Saint-Émilion (2), a fait, de l’emploi de la morphine par la méthode endermique, la base du traitement; il a eu recours à Y inoculation , et a obtenu des succès très-évidents et parfois très-prompts ; mais il est bien des cas qui résistent à ce mode de traitement, et l’on ne saurait le substituer aux vésicatoires et à la cautérisation transenrrente. Toutefois il ne faut pas le négligei ; smtout dans les névralgies qui occupent un siège où l’application des vesicatoii es est difïicile et insuffisante, la face par exemple, sur laquelle nous ne
(1) Aran, Bonseffets dut extrait, d aconit à haute dose dans le traitement des névralgies faciales périodiques (Bull, de thérap., t. XLVI, p. 84, t. LI, p. 320).
(2) Lafargue, Des avantages de l inoculation at la morphine ( Bulletin général de thérapeutique, t. XXXIII, 1847, p. 19, 182, 349).
NÉVROSES
sommes, d’un autre côté, appelés à pratiquer la cautérisation que dans des cas d’une intensité telle, que les malades ne sont plus arrêtés par aucune considération.
On prend de 5 à 15 centigrammes d’un sel de morphine, on le réduit en pâte très-molle par l’addition d’une très-petite quantité d’eau ; on en charge la pointe d’une lancette ordinaire, et on l’introduit sous l’épiderme, comme dans une vaccination ordinaire, en ayant soin d’appuyer sur le point piqué avec l’index de la main gauche, avant de retirer la lancette, pour que le médicament reste dans la piqûre. On fait ainsi dix, vingt, trente piqûres sur toute la partie affectée, et l’on use par des frictions locales la quantité de morphine que l’on a d’abord résolu d’user. Sur celte quantité, il n’y en a qu’une très-petite portion qui soit absorbée. Les piqûres sont à peine douloureuses au moment où on les fait. Immédiatement après , il s’y produit le prurit légèrement cuisant occasionné par la morphine, et le pourtour rougit à une certaine distance. Le lendemain, il n’en reste d’autres traces qu’un point rouge. Il faut pratiquer ces inoculations tous les jours, et même matin et soir, jusqu’à ce que la douleur soit dissipée.
[Il serait préférable d’employer la glycérine comme excipient, en faisant dissoudre 50 centigrammes de chlorhydrate de morphine dans 5 grammes de glycérine.
Bouchot prend la teinture d’iode comme dissolvant du sulfate de morphine , selon cette formule :
^ Sulfate de morphine 1 à 2 grain. | Teinture d’iode 10 gram.
On badigeonne deux ou trois fois par jour le trajet du nerf douloureux avec un pinceau trempé dans cette solution. On pourrait également employer l’alcool ou l’huile d’amandes douces (10 grammes) comme excipient de l’acétate de morphine (2 grammes).
Caminiti (de Messine) s’est servi avec succès du collodion morphinô , associant ensemble le topique calmant et le corps protecteur de la peau :
Collodion élastique 30 grarn. | Chlorhydrate de morphine. ... 1 gram.]
Quand les névralgies sont superficielles , les applications topiques de belladone et d’atropine sont préférables, on trempe des compresses dans la solution suivante ; on les applique sur les parties douloureuses et on les recouvre d’un morceau de taffetas ciré. On les renouvelle plusieurs fois par jour; on peut augmenter ou diminuer la quantité d’atropine selon l’effet qu’elle produit :
% Sulfate neutre d’atropine. 25 centigram. | Eau distillée 100 gram.]
On peut aussi employer le même sel en dissolution dans la glycérine (10 grammes) et l’on badigeonne avec un pinceau ; ou bien la pommade suivante :
"if Glycérolé d’amidon 30 gram. | Extrait de suc non dépuré de belladone. 308r.
La méthode sous-cutanée consiste à injecter sous l’épiderme les solutions de morphine ou d’atropine. "Wood, Behier (1), Courty (2), l’ont beaucoup employée, et c’est au sulfate neutre d’atropine qu’on donne la préférence. On se sert d une
(1) Behier, Emploi des injections médicamenteuses sous-cutanées dans le traitement des névralgies et d’autres affections, lu à l’Académie de médecine le 12 juillet 1859 ( Bulletin <le l'Académie de médecine, t. XXIV, p. 1096, et Union médicale, 5 juillet 1859).
(2) Courly, Montpellier médical.
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solution (le 5 centigrammes de sel d’atropine pour 5 grammes d’eau distillée, que l’on introduit à l’aide de la seringue dite de Pravaz. Chaque quart de roue de la seringue représente une goutte de solution , et chaque goutte un demi-milligramme de sel d’atropine. On injecte de quatre à quinze gouttes, selon l’effet qu’on obtient.
Anesthésiques. — Le chloroforme , l’éther, l’iodoforme, ont été mis en usage contre les névralgies. Un lavement contenant k grammes d 'éther pour 100 grammes d’eau a guéri une sciatique violente (Gaussail) (1); on peut remplacer l’éther par 10 à 20 gouttes de chloroforme. Le chloroforme a également réussi en applications locales (Barrier (2), Contai) (3). On en imbibe un morceau de linge ou de ouate; on l’applique sur le siège de la douleur et l’on recouvre soit avec la main, soit avec un morceau de taffetas ciré : il faut quelquefois plusieurs applications. Il est bon de mitiger le chloroforme avec un peu d’eau. D’autres fois, on le fait entrer dans un Uniment (15 à 20 grammes pour 150 grammes de baume tranquille). Moretin vante Viodo forme à la dose de lgr,50 pour 30 grammes de coliodion élastique avec lequel on badigeonne la partie douloureuse.
Vésicatoires volants multipliés. — C’est le moyen que nous avons trouvé le plus promptement et le plus constamment efficace dans les névralgies.
La cautérisation par le fer rouge , déjà appliquée par les Arabes, mais sans méthode, a procuré à Jobert (de Lamballe) des succès (A). Il emploie la cautérisation transcurrente. Le fer rouge est promené légèrement le long du trajet du nerf, comme s’il ne faisait qu'effleurer une surface liquide. Il en résulte une brûlure superficielle , dont la douleur est assez promptement calmée par l’application de compresses trempées dans l’eau froide, et qui, au bout de peu de temps, ne laisse plus aucune trace. Souvent il suffit de cautériser ainsi la surface delà peau qui recouvre le rameau nerveux principalement affecté, pour voir la douleur disparaître de tous les points qu’elle occupait. Quelquefois, la douleur, abandonnant le point cautérisé, se réfugie dansles autres, et il faut l’y poursuivre à l’aide du même moyen ; parfois, enfin, on peut la faire disparaître dans une partie du nerf, tandis qu’elle persiste dans l’autre, au point d’exiger une nouvelle cautérisation. Dans la névralgie sciatique, par exemple, la cautérisation transcurrente, appliquée seulement le long de la cuisse , y fait cesser la douleur qui persiste dans la jambe, où l’on est obligé d’appliquer le même moyen au bout de trois ou quatre jours.
Le cautère actuel a une efficacité incontestable, qui est supérieure à celle des vésicatoires.
Procédé opératoire. — • On place le malade dans une position convenable, pour que la partie sur laquelle on veut agir soit facilement accessible au médecin. Lorsque la cautérisation demande une grande précision, comme à la face par exemple, il est bon de tracer à l’encre la ligne que doit parcourir le fer rouge; on évite ainsi toute hésitation au moment de son application. On soumet ensuite le malade aux inhalations éthérées, et dès que l’on constate que l’insensibilité est complète, on trace rapidement avec le cautère cultellaire rougi à blanc, sur le trajet du nerf, une ou plusieurs raies, suivant l’indication, comme nous allons le voir plus
(1) Gaussail, Journal de médecine de Toulouse, et Journal des connaissances médicales
■juillet 1849. ' ’
(2) Barrier, Bulletin gèn. de thérap., décembre 1848.
(3) Contai, Journ. des connaiss. méd.-chirur., août 1849.
(4) Jobert (de Lamballe), Études sur le système nerveux. Paris, 1838, t. 11, passim.
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loin. Quoique le malade n’ait pas conscience de l’application du fer rouge, il pousse quelquefois des plaintes, d’autres fois il fait quelques mouvements involontaires qui gênent l’opérateur, et l’exposent à cautériser ailleurs ou plus profondément qu’il ne voudrait; aussi est-il prudent défaire maintenir le patient par des aides. Dès que la cautérisation est achevée, on applique des compresses imbibées d’eau fraîche sur le trajet de la raie de feu.
Le cautère, en parcourant la surface de la peau, y dessine des lignes brunâtres produites par la désorganisation de l’épiderme. Dans certains points l’épiderme s’est collé au fer et a été enlevé de la surface du tégument; dans d’autres, il y est resté et s’est froncé. 11 suit de là que la coloration de la raie n’est pas immédiatement la même dans toute son étendue, et qu’il y a des points où, au lieu d’être brune, elle est seulement jaunâtre. Le lendemain les raies ont une teinte plus uniforme, d’un rouge brun obscur. Elles sont sèches; la portion de la peau qui leur est contiguë est très-légèrement crispée; le malade ressent un peu de chaleur sur leur trajet : les mouvements qui tendent la peau en ce point y causent une douleur qui, du reste, est très -supportable. Enfin, le surlendemain, quelquefois même dès le lendemain de la cautérisation, on voit tout le long des deux bords de la raie de feu un petit liséré rouge dont la largeur varie entre 2 ou h millimètres et 1 centimètre, et, dans quelques points, l’épiderme est soulevé par un peu de sérosité. Les jours suivants, le sentiment de chaleur se dissipe; la tension de la peau cesse d’être douloureuse; et, au bout de cinq ou six jours, l’épiderme, ou plutôt une croûte brunâtre qui s’est formée, tombe sans suppuration, laissant une surface rouge, lisse, unie, dont la trace s’efface complètement à la longue. Si, pendant les jours qui suivent l’application du cautère, le malade accusait un sentiment de cuisson incommode au niveau delà raie de feu, on reviendrait à l’emploi des compresses imbibées d’eau froide; mais, dans l'immense majorité des cas, il est inutile de recourir à ce moyen.
Cette cautérisation est encore plus superficielle que ne la pratique Jobert, puisqu’elle ne détermine aucune ulcération et ne nécessite pas l’application des linges enduits de cérat employés par cet auteur.
Si l’on cautérise trop profondément, la suppuration s’établit, et, a\ant l’élimination de l’eschare produite et la guérison de l’ulcération, il se passe un temps assez long; de plus, on est exposé à avoir une cicatrice là où le cautère a passé.
Toute 'cautérisation profonde doit être proscrite ; en effet, dans les médications externes, c’est l’irritation superficielle qui guérit les névralgies. N’est-ce pas là le mode d’action du vésicatoire volant?
Si, dans quelques cas, les vésicatoires pansés avec la morphine ont produit plus d’effet que ceux pansés avec le cérat simple, on peut se demander si la morphine n’a pas agi plutôt comme irritant que comme sédatif. Le vésicatoire volant pansé avec du cérat simple est sec en trois jours; pansé avec du cérat saupoudré de morphine, il devient parfois le siège de vives douleurs, sa surface s irrite, et il ne sèche qu’au bout de cinq ou six jours. Quant aux piqûres avec la morphine, elles déterminent une douleur assez vive et une irritation presque instantanée de la surface du derme, qui explique comment elles ont quelquefois calmé la douleur névralgique avant même que l’absorption ait pu avoir lieu. Leur action, dans ce
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cas, est exactement la même que celle des piqûres de sangsues et des ventouses
scarifiées. A
L’électricité elle-même, qui compte quelques succès, agit peut-être d une façon analogue. Les points au niveau desquels les pôles de la pile sont appliqués deviennent bientôt le siège d’une vive douleur; la peau rougit, les bulbes des poils font saillie; il y a irritation moins violente, il est vrai, que celle produite par le. vésicatoire ; mais on conçoit qu’elle ait pu suffire pour guérir des névralgies peu intenses.
On peut en dire autant du sinapisme.
Ainsi, les modes de traitement des névralgies, qui rentrent dans la médication externe, agissent tous par l’irritation qu’ils déterminent à la surface de la peau, et ce qui fait probablement la supériorité des raies de feu sur tous les autres moyens, c’est l’instantanéité et l’intensité de cette irritation.
Il faut, quand on applique plusieurs raies parallèles, mettre entre elles une distance au moins de deux travers de doigt. Placées plus près les unes des autres, les auréoles inflammatoires qui les entourent, venant à s’étendre, se confondraient, et leur irritation, augmentant d’intensité, déterminerait d’abord des douleurs pénibles pour le malade, et ensuite pourrait favoriser le développement d’un érysipèle.
Les raies de feu ne doivent jamais s’entrecroiser, car, dans le point de l'entrecroisement, il y aurait formation d’une eschare, suppuration et cicatrice indélébile.
Les raies de feu doivent être appliquées sur le trajet du nerf et dans toute l’étendue où il présente des points douloureux. Il faut autant que possible que le cautère passe par le plus grand nombre de foyers douloureux. Les règles qui président à l’application des raies de feu sont celles qui ont été posées pour l’application du vésicatoire. Ainsi, pour une névralgie dorso-intercostale envahissant tout un côté de la poitrine, une raie verticale à deux travers de doigt en dehors des apophyses épineuses du côté malade, et deux ou trois raies transversales dans la direction des espaces intercostaux suffisent pour produire la guérison; pour une sciatique, une raie oblique allant de la symphyse sacro-iliaque au grand trochanter, et une raie verticale suivant le trajet du nerf depuis le bord inférieur du muscle grand fessier jusqu’à la partie inférieure de la jambe.
Le lieu d’élection, la direction, la longueur des raies de feu, changent suivant la distribution variable des points douloureux, suivant que la névralgie est bornée à telle portion du nerf.
Depuis vingt ans les faits se sont beaucoup multipliés et toujours avec les mêmes résultats. [L’érysipèle s’est développé une seule fois sur quarante-cinq. ]
Dans les cas intenses, il faut revenir deux, trois, quatre fois et plus à la cautérisation. Ce mode de traitement s'est montré infaillible. A chaque nouvelle cautérisation, il survient une amélioration notable qui, ordinairement, se fait attendre deux ou trois jours et plus. Les malades ont souvent peur de ce traitement; c’est aux médecins à les familiariser avec lui, et ils le peuvent d’autant plus, qu’avec le chloroforme il n’est pas douloureux, et qu’immédiatement après on peut se livrer à ses occupations. Nous avons vu même des sujets se mettre en voyage, le lendemain, sans inconvénients. LTn simple vésicatoire est plus douloureux et plus gênant que la cautérisation de tout un membre.
La cautérisation avec le nitrate (l’argent fondu sur le point douloureux a été employée avec succès par Marotte (1 ) . Sur treize observations, la guérison a été rapide et complète dix fois; dans deux cas, ce moyen a échoué, et dans un il n’a produit qu'une amélioration momentanée. Il suffit de passer à plusieurs reprises le crayon de nitiale d aigent, préalablement mouillé, sur les points qu’on veut cautériser.
Ce moyen n a été employé que dans des névralgies symptomatiques, qui, la plupart, disparaissent rapidement d’elles-mêmes; cependant Th. Lévy a vu, dans un cas de sciatique, la douleur disparaître rapidement par ce procédé; ajoutons que, dans ce cas, un grand nombre de points douloureux avaient été touchés, et que la caiitéi isation laite assez fortement avait déterminé dans certains points une véritable vésication.
Le succès de cette médication n a rien qui doive nous surprendre, puisque tout ce qui irrite la peau peut guérir la névralgie. Il est probable que dans les cas trèsintenses, ce moyen ne serait pas assez puissant.
La cautérisation par l acide sulfurique concentré, proposée par Legroux (2), se pratique au moyen d un pinceau fait avec de la ouate enroulée sur l’extrémité d’une baguette. « Ce moyen, dit-il, effraye moins les malades que le fer rouge et son action est aussi puissante. Après la cautérisation on couvre les parties avec de la ouate ou des compresses d’eau froide.
Ce moyen est d’une utilité incontestable. Mais voici les inconvénients qu’il peut avoir ; 1° L’épuisement du pinceau empêche le liquide d’être étendu uniformément. 2° Le peu de coloration de ce caustique expose l’opérateur à en employer une trop grande quantité, et h repasser sur des parties déjà cautérisées. 3° Sensation de brûlure assez intense après la cautérisation. Zi° Cicatrisation lente des ulcérations. 5° Pour peu que l’on ait cautérisé profondément il reste des cicatrices après la guérison.
[L 'acide nitrique monohvdraté a été employé par Hamon (de Fresnay), qui se sert, à cet effet, d’un tube de verre. On peut également employer une tige de verre, ou un pinceau d’amiante, qui n’est pas attaquable par les acides. L’application de l’acide est d’une demi-seconde pour les cautérisations superficielles, et de deux ou trois secondes pour les cautérisations plus profondes. On les pratique à une distance d’un centimètre à un centimètre et demi. La région cautérisée ne tarde pas à se tuméfier; la douleur est passagère; l’eschare tombe du huitième au douzième jour, sans laisser de cicatrice.]
La pommade stibiée, le badigeonnage avec la teinture d’iode , ont amené des guérisons.
Les sangsues et les ventouses scarifiées agissent, dans l’immense majorité des cas du moins, non parle sang qu’elles enlèvent à la circulation, mais par l’irritation que produisent à la peau les incisions et les piqûres.
L’action des sinapismes vient encore confirmer l’exactitude de celte proposition. Lorsque la névralgie est récente et peu violente, il suffit souvent d’un ou de plusieurs sinapismes sur les principaux points douloureux pour faire cesser prompte-
(1) Marotte, De l’emploi topique du nitrate d’argent fondu dans le traitement des névralgies [Journal des connaiss. méd.-chirurg., Ier novembre 1851, p. 556).
(2) Legroux, De la cautérisation sulfurique appliquée aux arthrites chroniques et aux névralgies ; Un mot sur l’action locale de l’ammoniaque dans ces dernières affections (Bulletin gén.de thérap., 30 septembre 1852, t. XLIII, p. 256).
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nient la maladie. Dans les névralgies de longue durée et d’une intensité considérable, les sinapismes ne produisent qu’une amélioration passagère.
[V électricité a été mise en usage par Magendie, Bailly (l), Gourdon (2), Duchenne (de Boulogne) père (3), James, Becquerel (U), etc., avec des résultats variés. La méthode que préfère Duchenne est la faradisation cutanée énergique, qu’on peut renouveler fréquemment cl pratiquer à toutes les régions. Il a vu des névralgies rebelles à tout traitement céder d’une façon merveilleuse à la faradisation cutanée, appliquée loco dolenti. Cette méthode a l’inconvénient d’être trèsdouloureuse.]
\ Y acupuncture a joui pendant quelque temps d’une grande faveur (5). [Elle a procuré des guérisons surprenantes; mais c’est un moyen tout à fait infidèle qui est cependant peut-être trop abandonné. Elle consiste à enfoncer des aiguilles d’acier ou de platine dans les points douloureux et à les laisser en place pendant huit à dix minutes.]
h'électropuncture est plus douloureuse et plus efficace que l’acupuncture. On met l’anneau des aiguilles en contact avec la pile.
L 'application de l'aimant, [celle des plaques de cuivre ou de zinc], ont été aussi vantées par quelques médecins, mais leur usage est très-peu répandu.
[Baundscheidt a inventé un instrument, le réveilleur ou révidseur, qui consiste en un tube dans lequel se meut une tige terminée par un certain nombre de pointes qu’un ressort à boudin pousse contre la peau. Ces pointes déterminent une acupuncture superficielle, et l’on badigeonne immédiatement après avec un pinceau trempé dans l’huile de moutarde. Il en résulte des vésicules analogues à celles produites par Y huile de croton. C’est un moyen qui n’est pas plus à dédaigner que l’emplâtre de thopsia, révulsif moins puissant toutefois que le vésicatoire.]
Le massage et la percussion des parties affectées de névralgie ont été généralement pratiqués par des personnes étrangères à la médecine; Récamier(6) a beaucoup vanté ces deux moyens et cité des faits de guérison. Dans plusieurs cas, nous avons employé le massage et plus rarement la percussion, pour nous rendre compte de leurs effets. Ces moyens, difficiles à supporter .à cause de la douleur qu’ils occasionnent, ont produit, immédiatement après leur application, un soulagement trèsmarqué ; mais la douleur est revenue constamment au bout d’un temps ordinairement peu considérable, et, de plus, certains malades ont eu une douleur contusive résultant de la forte pression exercée sur les tissus. On ne peut compter sur ces moyens pour obtenir, dans la très-grande majorité des cas du moins, une guérison radicale.
Les névralgies se montrent assez fréquemment chez des personnes plus ou moins anémiques, chez des femmes qui présentent des troubles marqués de la menstruation. C est ce qui a engagé à mettre en usage les emmenagogues, et surtout les ferrugineux. Puis quelques-uns, généralisant l’emploi des préparations ferrugineuses, les ont administrées dans toutes les névralgies indistinctement. Ilutchinson
(1) Bailly, Sur l'emploi thérapeutique du galvanisme dam plusieurs maladies (Revue
médicale , 1825, t. IV, p. AO). v
(2) Gourdon, Journ. des connaiss. médic., mars 1836.
(3) Duchenne, De l’électrisation localisée. 1861, 2e édit., p. 952.
(A) Becquerel, Des applications de l'électricité. 1857, p. 262.
(5) Dantu, Traité de l’acupuncture. Paris, 1826, et Bayle, Bill, de thérap. Paris, 1828, t. I, p. A38 et A57.
(6) Revue médicale.
Valleix, 5e édit.
a particulièrement préconisé le carbonate de fer , [qui n’a pas toute la vertu qu’il lui reconnaît, et qui, chez les chlorotiques, n’a d’autre avantage que de consolider 1 a guérison].
La périodicité fournit, dans le traitement des névralgies, une des indications les plus précieuses; [quoique trompeuse dans environ la moitié des cas, cette indication est plus précise quand il existe un élément palustre. On donne le sulfate de quinine à dose un peu plus élevée que dans les fièvres intermittentes simples (/|0, 50, 60 centigrammes à 1 gramme et plus) ].
Quelques auteurs ont fait entrer le quinquina dans leurs préparations antinévralgiques; d’autres ont employé des succédanés de ce médicament, la salicine, par exemple (Serre). [ V arsenic (1) (Boudin), Yapiol (Joret), ont été employés comme succédanés du sulfate de quinine, et quelquefois avec avantage. Ch. Isnurd (2) reconnaît à l’arsenic une plus grande portée, une action plus profonde, plus complète qu’au sulfate de quinine, qui est le médicament de la périodicité aiguë, tandis que l’arsenic est celui de la périodicité chronique.
Récamier, Martinet, Leriche (3), Trousseau (h), ont employé Y huile essentielle de térébenthine. Le meilleur mode d’administration (Trousseau) consiste à la faire prendre pendant le repas, sous forme de capsules. Celles de Lehuby contiennent huit à dix gouttes d’huile essentielle, et sont prises au nombre de quatre, cinq, six à deux des repas. On continue six à huit jours de suite, on cesse pendant quatre ou cinq jours, on recommence ainsi pendant plusieurs semaines. Cependant cette médication échoue dans la moitié des cas.]
Quelquefois les douleurs de la syphilis prennent le caractère névralgique.
[ Vaulpré (5), Gros et Lancereaux (6), Zambaco (7), ont cité de nombreuses guérisons de névralgies par les antisyphilitiques , le mercure et l’iodure de potassium. Cependant Yicdure de potassium a guéri certaines névralgies qui n’avaient rien de syphilitique. ] Il est évident qu’en pareil cas, les antisyphilitiques conviennent seuls.
\V herpétisme adonné lieu à des névralgies qui n’ont guéri que par le traitement approprié à cette diathèse (8), et quelquefois après l’établissement d’un exutoire.
Quelquefois les névralgies éprouvent une grande amélioration d’une chaleur excessive; d’autres fois, — c’est plus rare, — le froid convient mieux. Enfin, on a tenté la section du nerf douloureux avec des résultats bien contestables.]
Nous parlerons des pilules de Mégi in, du valêrianate de zinc, de la belladone , de V aconit, à propos de la névralgie trifaciale, etc.
Résumé. — Les médications qui comptent les succès les plus nombreux et les plus prompts sont : 1° pour les névralgies ordinaires, le traitement local par les moyens qui irritent la peau, moyens à la tète desquels il faut placer la cautérisation transcurrente et les vésicatoires volants multipliés; 2° pour les névralgies périodiques, le sulfate de quinine [et l’arsenic].
(1) Voy. Boudin, Truité clcs fièvres intermittentes. Paris, 1842, in-8.
(2) Ch. Isnard, De T arsenic dans la pathologie du système nerveux. 1865, p. 136.
(3) Leriche, Du traitement des névralgies par T emploi de T essence de térébenthine à petites doses (Union médicale, 19 oct. 1848, p. 492).
(4) Trousseau, Clinique médicale de T Hôtel-Dieu. 1865, t. II, p. 334.
(5) Vaulpré, Quelques faits de névralgies syphilitiques.
(6) Gros et Lancereaux, Des affections nerveuses syphilitiques.
(7) Zambaco, Des affections nerveuses syphilitiques.
(8) Bazin, Leçons sur les affect, ctdanécs arthritiques, p. 129.