NÉVRALGIE EN GÉNÉRAL. — SYMPTÔMES
Douleur spontanée. — Il y a deux espèces de douleur spontanée : la première est continue, la seconde intermittente. La douleur continue , sans être violente, est très-incommode ; les malades la comparent ordinairement à une tension, à une pesanteur, à une pression forte, ou bien à la souffrance que produit une contusion. Il est bien rare que cette douleur disparaisse complètement dans l’intervalle des accès; la névralgie trifaciale semble faire exception. Lorsque l'affection est franchement intermittente, toute espèce de douleur cesse ordinairement dans l’intervalle des accès réguliers.
La douleur intermittente se montre sous forme d’élancements, de déchirements, de piqûres, ordinairement très-aiguf>, durant très-peu de temps et se reproduisant à des intervalles variables. Ce sont toujours les douleurs lancinantes qui caractérisent les accès de névralgie. Dans les névralgies bien caractérisées, ces élancements se reproduisent à des intervalles très-rapprochés pendant un temps qui varie entre quelques minutes et plusieurs heures, et alors les malades sont dans une anxiété très-grande, jusqu’à ce que le calme se rétablisse peu à peu et parfois brusquement. Au bout d’un temps plus ou moins long la même série de phénomènes se reproduit.
Ces élancements ont une violence très-diverse suivant les cas. Les malades les comparent à des tiraillements, à des arrachements, à des piqûres, à une commotion électrique, à un sentiment de brûlure, etc.
Ces élancements ont aussi des foyers d’où ils partent parfois pour se porter d’un point à un autre; tandis que parfois aussi ils restent fixes dans ces foyers, se produisant à la fois dans plusieurs points du trajet du nerf souvent très-éloignés l’un de l’autre, par exemple la hanche et le pied dans la sciatique. Or ces foyers douloureux sont précisément les points circonscrits que la pression fait découvrir : soit que les malades n’aient pas noté ces points avec assez d’attention, soit que réellement l’élancement n’ait pas de point de départ fixe, un peu plus de la moitié des sujets se contentent d’indiquer d’une manière générale le trajet du nerf comme étant le siège des élancements.
Dans les cas où les élancements se portent d’un point à un autre en parcourant une certaine étendue du nerf, la direction n’est pas toujours la même ; cependant il résulte de l’étude des faits qu’ils suivent dans une très-grande proportion des cas Je trajet du filet nerveux affecté. Assez rarement ils ont une direction contraire.
Douleur à la pression. — Une pression largement exercée, avec la paume de la main par exemple, n’exaspère pas ordinairement la douleur et la calme le plus souvent : mais si l'on presse avec l'extrémité d'un ou de plusieurs doigts, en suivant le trajet du nerf malade, on trouve un ou plusieurs points sur lesquels cette pression cause une douleur variable, souvent fort vive. Si l’on presse de plus fort en plus fort, et toujours de la même manière, la douleur augmente ; dans un grand nombre de cas, elle est tellement vive, que les malades se soustraient à l’exploration par des mouvements très-brusques, et en manifestant par la contraction de leurs traits une souffrance extrême. Il arrive assez fréquemment qu 'après avoir exercé ainsi la pression, si on la renouvelle sur le point qu’on vient de trouver si douloureux, on constate qu’elle est devenue momentanément très-supportable, ou même qu’elle n'est pas du tout douloureuse. Sous ce rapport seul, la pression exercée sur une petite surface peut être regardée comme calmant la douleur pour un temps ordinairement très-court.
NÉVROSES
Par la pression, non-seulement on exaspère la douleur continue mentionnée pins liant, mais encore on produit assez souvent des élancements en tout semblables à ceux qui se produisent spontanément.
A l’aide de la pression, on reconnaît l’existence, l’étendue et le degré de sensibilité des points douloureux. Ceux-ci sont parfois nombreux et rapprochés sur le trajet du nerf, d’autres fois on n’en trouve qu’un petit nombre et tres-éloignés l’un de l’autre : ainsi, dans la névralgie sciatique, il peut n’en exister que deux, l’un à la hanche et l’autre au pied. Bien plus rarement on n’en trouve qu’un seul. Les points douloureux peuvent n’avoir que 1 ou 2 centimètres de diamètre; ordinairement néanmoins ils ont un peu plus d’étendue, et parfois ils occupent un espace grand comme la main et plus. Il est rare que tout le trajet du nerf soit douloureux, et lorsqu’il en est ainsi, on reconnaît encore l’existence des points douloureux à la plus grande sensibilité que la pression réveille à leur niveau.
C’est dans les points où se manifeste une douleur spontanée que l’on produit aussi la douleur à la pression ; nous n’avons trouvé qu’une seule exception à celte règle. Dans certains points la douleur à la pression ne se fait pas remarquer, bien que le malade y éprouve une certaine souffrance.
Presque dans tous les cas, l’intensité de la douleur à la pression est en rapport avec celle de la douleur spontanée, au moins dans quelques points. Il y a néanmoins des exceptions a cette règle; mais ce qui prouve son importance réelle, c’est que : 1° l’affection ayant des accès plus ou moins marqués, la pression devient sensiblement plus douloureuse pendant ces accès de douleur spontanée ; 2° dans les cas où les paroxysmes sont très-tranchés, cette douleur à la pression peut disparaître presque complètement dans les intervalles ; et 3° enfin dans les cas où il y a une périodicité incontestable, la partie affectée devient ordinairement entièrement indolente pendant l’intervalle qu’on peut appeler intervalle d’apyrexie. Ce sont les névralgies trifaciales qui offrent le plus souvent ces particularités.
[Cependant, dans un certain nombre de névralgies, ces points font défaut, sans qu’on en sache la cause; peut-être tient-elle à ce que les fibres sensitives des nerfs ne sont affectées que dans quelques points isolés de leur trajet.]
Symptômes concomitants. — On observe assez souvent l’existence simultanée d’une névralgie et d’une anesthésie ; quelquefois il y a mouvements spasmodiques, convulsifs, paralysie.
Les névralgies ont une influence marquée sur la circulation, les sécrétions, la nutrition des parties affectées. La circulation devient plus active ; des érythèmes de l’herpès peuvent se développer sur les points douloureux ; les sécrétions (salive, larmes, etc.) sont plus abondantes; la nutrition varie.
[La persistance des névralgies peut donner lieu à des symptômes généraux variables, au nervosisme (Bouchut).]
Douleurs causées ou exaspérées par divers actes du malade. Les causes de ces douleurs sont variables, mais elles tiennent toutes à des mouvements plus ou moins brusques des parties affectées. Ainsi, dans la sciatique, la marche ; dans la névralgie trifaciale, l 'action de mâcher ; dans la névralgie intercostale, les grandes inspirations, V éternument , exaspèrent la douleur, et souvent de manière à rendre ces mouvements insupportables.