‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 225 sur 369 · NÉVRALGIES · texte numérisé non relu

NÉVRALGIES

Nous divisons les névralgies en huit espèces qui ont pour siège les principaux nerfs du corps, et nous indiquons comme des variétés les douleurs bornées à un rameau de ces nerfs. Voici cette division : 1™ espèce: Névralgie trifaciale; variétés: N. sus-orbitaire, sous-orbitaire, maxillaire inférieure, nasale, temporale. Ces deux dernières variétés sont extrêmement rares. — 2e espèce: Névralgie cervico-occipitale; variétés: N. occipitale proprement dite ; N. mastoïdienne. — 3e espèce: Névralgie brachiale ; variétés : N- cubitale, musculo-culanée, radiale, médiane. Cette dernière variété est fort rare. — he espèce: Névralgie dorso-intercoslale; variétés : N. dorsale; N. intercostale. Il est fort rare que la névralgie soit limitée aux rameaux dorsaux ou aux rameaux intercostaux. • — 5e espèce : Névralgie lombo-abdominale; variétés: N. lombaire, iléo-scrotale. — 6e espèce: Névralgie crurale. — 7e espèce : Névralgie fémoro-poplitée, ou sciatique ; variétés : N. péronière, plantaire externe, plantaire interne. — 8e espèce : Névralgie multiple, ou erratique. — Nous ajouterons une 9e espèce, qui est la névralgie générale , dont nous avons observé plusieurs exemples (1).

[Nous ne dirons que quelques mots de la névralgie multiple ou erratique, parce qu’elle n’est autre chose que la coexistence de plusieurs névralgies chez un même individu, ou le passage de la névralgie d’un nerf à l’autre.

1° NÉVRALGIE TRIFACIALE.

Arétée, d’abord, entrevit cette maladie, puis André (2), de Versailles (1756), Fothergill (3) (1773), Méglin (A), llalliday (5), P. II. Bérard(6), Chapounière

(1) Voy. plus loin l’article Névralgie générale.

(2) André, Obs. pratiques sur .... quelques faits convulsifs. Paris, 1756, p. 318.

(3) Fothergill, A concise account of a painful affection of the nerves ofthe face. 1805.

(à) Meglin , Recherches sur la névralgie faciale. Strasbourg, 1816.

(5) llalliday, Consiclèr. prat. sur des névralgies de la, face. Paris, 1832.

(6) Bérard, Dict. en 30 vol., t. XII, p. 555.

(7) Chaponnière, Rech. sur le siège et les causes des névralgies de la fore Thèse de Paris

NÉVROSES

Marchai (1), de Calvi, ont fait d’intéressants travaux sur la névralgie trifaciale.] Dans la description de cette névralgie nous traiterons séparément de l’affection douloureuse du nerf maxillaire inférieur, parce que cette névralgie partielle est celle qui se montre le plus fréquemment isolée.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

Elle est uniquement constituée par la douleur du nerf trifacial ou nerf de la cinquième paire. Le nerf facial, nerf moteur, ne s’est jamais montré, d’une manière évidente, atteint de cette affection.

On a encore donné à celte maladie les noms de tic douloureux, névralgie faciale, prosopalgie. Le nom que nous avons adopté nous paraît devoir être admis, parce qu’il peut seul faire cesser la confusion qui règne sur ce sujet.

La névralgie trifaciale n’est pas une affection rare, mais elle est moins fréquente que la sciatique, et surtout que la névralgie intercostale.

§ II. — Causes.

1° Causes prédisposantes. — Age. — Lejeune âge est presque complètement exempt de celte maladie; c’est surtout dans les quatre périodes de dix ans comprises entre vingt et soixante ans, qu’on en observe les exemplqs les plus nombreux (2).

Sexe. — Cette affection est un peu plus fréquente chez la femme que chez l’homme; et chez la première elle a lieu un peu plus souvent avant l’àge de trente ans, tandis qu’on a observé le contraire chez le second. Le plus grand nombre des femmes dont nous avons étudié les observations avaient eu des troubles variés de la menstruation: suppression des règles, dysménorrhée, etc.

Constitution, tempérament. — La névralgie trifaciale attaque toutes les constitutions indifféremment; on l’a observée un peu plus souvent chez des sujets auxquels on a attribué le tempérament nerveux.

Bugiène. — Los faits ne nous apprennent rien de positif sur l'influence de ['habitation, de la nourriture, des excès, des professions, de ['hérédité.

Fréquemment les sujets avaient eu à une époque antérieure des affections dont le siège était dans le système nerveux.

Les deux côtés de la face y sont à peu près également exposés, d’après nos recherches. Rarement les deux nerfs trifaciaux sont affectés en même temps : le plus ordinairement les douleurs se font sentir dans plusieurs rameaux à la fois.

2° Causes occasionnelles. — [Ces causes sont : le froid, la suppression des règles, la disparition brusque d’une éruption cutanée, certaines métastases, des troubles gastriques (3) ou intestinaux , l’intoxication paludéenne , le traumatisme, la carie des dents, des tumeurs ou des lésions quelconques sur le trajet de ce nerf, la

(1) Marchai, Recueil de Mém. de méd. et chir. miht. 1844, t. IX, p. 188.

(2) Nous devous répéter ici, comme observation générale et s’appliquant à toutes les descriptions contenues dans les articles suivants, que ces résultats généraux sont déduits de faits sévèrement analysés dans notre Traité des névralgies.

(3) Neucourt, Des maladies chroniques, pratique d’un médecin de province, p. 509.

NÉVRALGIE TRIFACIALE. — SYMPTÔMES. 709

syphilis avec ou sans exostoses périostiques (1), avec ou sans altération du nerf, du névrilème ou des canaux.

Allan (2) cite un cas où la névralgie était produite par une tumeur de carbonate calcaire entourée de tissu cellulaire induré, du volume d’un pois, et située au niveau et un peu au-dessus du trou sus-orbitaire. L’extraction du corps étranger fit disparaître l’affection. Des symptômes de coryza sont quelquefois liés à l’existence d’une névralgie trifaciale ; mais , dans un certain nombre de cas , les signes d’inllammation de la pituitaire sont presque toujours le résultat et non la cause de la névralgie. On nous a communiqué un fait dans lequel les douleurs névralgiques cessaient lorsqu’il s’établissait un écoulement de sérosité acre, avec irritation de la muqueuse, par la narine correspondante.

§ III. — Symptômes.

Il importe de distinguer ce qui appartient en propre à la névralgie du maxillaire inférieur fixée dans le rameau dentaire. Ce que nous allons dire d’abord s’applique à la névralgie simultanée des trois branches; puis nous décrirons séparément l’affection partielle dont il s’agit.

1° Nicvralgie simultanée des trois branches. — Début. — Le début CSt rarement brusque. Il est ordinairement marqué par une sensation de chaleur, uir prurit, de légers élancements dans les rameaux qui doivent être affectés; puis, au bout de quelques heures ou dé quelques jours, la névralgie acquiert toute son intensité.

Symptômes. — Douleur spontanée. Il faut distinguer la douleur fixe , yraoative, contusive, des élancements. Cette douleur est disséminée par points, ainsi qu’il suit : le point sus-arbitraire, à la sortie du nerf frontal , ou un peu audessus; le point palpébral , le plus souvent sur la paupière supérieure; le point nasul , à la partie supérieure et latérale du nez ; le point sous-orbitaire , à la sortie du nerf de ce nom ; le point malaire , au bord inférieur de cet os; plus rarement les points alvéolaire, labial , palatin et lingual ; le point temporal, que, d’après nos recherches récentes , nous regardons comme un des plus fréquents; le point mentonnier , bien circonscrit à la sortie du nerf de ce nom; enfin le point pariétal, qu’on trouve aux environs de la bosse pariétale.

C’est dans ces points que la pression détermine une douleur souvent très-vive, surtout pendant les paroxysmes ; c’est aussi dans ces points que se font sentir les élancements, ou les douleurs analogues, qui tantôt y restent fixes, et tantôt se portent plus ou moins loin dans des directions diverses, mais le plus souvent en suivant le trajet des nerfs.

Il est très-rare que les divers points qui viennent d’être indiqués soient affectés tous à la fois ; mais , dans la grande majorité des cas, on en trouvait au moins un dans chacune des trois branches du nerf , et, dans quelques cas légers seulement, on n’en trouvait qu’un.

Dans la minorité des cas , les organes dans lesquels se rendent les rameaux du trijumeau présentent quelques symptômes. C’est ainsi qu’on voit parfois la photophobie, le larmoiement et la rougeur de Y œil exister ensemble ou séparément. Plus rarement la narine est chaude , et sa muqueuse sécrète des mucosités abondantes.

(1) Gros et Lancereaux, ouur. cité , p. 48 ; Zambaco, ibid., p. 14G.

(2) Allan, Monthly Journal, et Journ. des connaiss. méd.-chirurg. , 15 janvier 1853.

Quelques malades éprouvent des silllements e( des bourdonnements d’oreille; d’autres ressentent une douleur vague dans les bulbes des cheveux.

Dans un petit nombre de cas très-violents, il y a des convulsions , des contorsions, des spasmes, des tremblements de la face, ce qui a valu à la maladie le nom «le tic douloureux. Dans un cas il y avait , pendant les accès, une tuméfaction considérable avec rougeur et chaleur de tout le côté de la face affecté. Jamais nous n’avons vu d’atrophie ou d’hypertrophie réelle par suite de cette affection, quelle que fût sa durée.

D’autres douleurs du même genre (dans les lombes, les parois de la poitrine, les membres inférieurs) se montrent chez certains sujets atteints de névralgie trifaciale, mais plus rarement que dans les autres névralgies.

Du côté des voies digestives, on n’observe ordinairement rien de remarquable. De légers troubles fonctionnels peuvent néanmoins exister, mais c’est, le plus souvent, sous l’influence du traitement. L’observation ne nous a pas démontré que cette névralgie fût évidemment liée à un état saburral des premières voies, comme quelques auteurs l’ont avancé.

Les fonctions respiratoires restent intactes, et si, dans quelques cas, cm observe un léger mouvement fébrile , on en trouve presque tou jours la raison dans l’influence du traitement employé.

Dans la grande majorité des cas, les femmes ont présenté des menstrues moins, abondantes et moins régulières que dans l’état de santé.

2° Névralgie «lu maxillaire inférieur. — Cette variété est caractérisé par une douleur qui a presque toujours son siège exclusif dans la portion du nerf dentaire inférieur qui parcourt le canal creusé clans la mâchoire inférieure, et dans la houppe nerveuse qui sort par le trou mentonnier. Les douleurs, qui sont de la même nature que celles qui ont été décrites à propos de la névralgie trifaciale en général, ont leur principal point de départ au trou mentonnier ; de là elles se portent clans le canal osseux ; et souvent les dents, le menton et la partie moyenne de la lèvre inférieure, d’une part, et de l’autre les parties situées au devant de I oreille, ressentent de vifs élancements. La douleur ci la pression est presque toujours bornée au trou mentonnier, et ordinairement on ne la produit que dans un espace très-peu étendu. Nous avons vu un cas dans lequel les accès de cette névralgie étaient atroces et se reproduisaient chaque jour un nombre considérable de fois, et cela pendant un ou deux mois ; ensuite le su jet était calme pendant deux, trois ou quatre mois, puis les accidents recommençaient. Cet état si cruel durait depuis au moins v ingl ans.

Lorsque la maladie est très-violente, il suffit ordinairement de 1 action de machei, du contact d’un corps chaud ou froid sur les lèvres et les dents, et même quelquefois du simple mouvement des lèvres, pour reproduire les douleurs.

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

La névralgie trifaciale est caractérisée par des accès de douleur. Ces accès îeparaissent le plus souvent à des intervalles irréguliers.. Dans un certain nombi c de cas, au contraire, ils se reproduisent avec une périodicité marquée, et la névi algie tiifacialc est celle dans laquelle cette périodicité s’observe le plus fréquemment. Ces paroxysmes sont eux-mêmes composés d’un plus ou moins grand nombre de dou-

Page 1