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NÉVRALGIE TRIFACIALE. — DIAGNOSTIC, PRONOSTIC

leurs aiguës et passagères, qui ne durent ordinairement que quelques secondes, et se reproduisent au bout d’un temps qui varie entre une demi-minute et une minute dans la plupart des cas. Pendant tout ce temps, la douleur contusive persiste avec une plus ou moins grande intensité et la pression l’exaspère.

Les accès , réguliers ou non, sont très- variables quant à leur intensité ; mais d’une manière générale les accès périodiques sont les plus violents. Il y a quelques exceptions à cette règle. La durée des accès varie aussi beaucoup suivant les cas ; quelquefois ils ne durent que quelques minutes, et d’autres fois ils se prolongent pendant des heures entières. C’est pendant leur durée que les malades expriment leur souffrance par la contraction des traits de la face, par leurs cris et leurs contorsions c’est aussi alors qu’on voit la photophobie, le larmoiement, les convulsions faciales se manifester dans les organes où vont se rendre les nerfs affectés. Il est de ces accès tellement douloureux, qu’ils jettent le sujet dans un découragement et un abattement profonds.

Les accès irréguliers se produisent aussi souvent la nuit que le jour. Ils sont généralement plus fréquents dans les temps froids. Quelquefois ils se terminent brusquement, laissant dans le calme le plus parfait les malades si souffrants un instant auparavant ; mais bien plus souvent les accès deviennent moins forts et moins longs ; ils s’éloignent, et il ne reste, au bout d’un certain temps, qu’une chaleur, un engourdissement dans le front, la face, la tête, sensations qui ne tardent pas à se calmer d’clles-mèmes, sans toutefois se dissiper complètement, dans le plus grand nombre des cas.

Dans certains cas légers la maladie peut ne durer que quelques heures, tandis ([lie dans d’autres elle ne finit qu’avec la vie du malade.

La terminaison ordinaire est la guérison. Cependant l’affection peut se montrer rebelle jusqu’à la mort, qui, dans les cas connus, a été causée par une autre affection ou par un accident.

Nous avons constaté que les récidives ont eu lieu chez près de la moitié des sujets, et souvent la nouvelle atteinte était au moins aussi violente que la première. .Quelques sujets y sont tellement exposés qu’ils en sont attaqués plusieurs fois dans une année, sous l’influence des causes les plus légères, comme l’exposition un peu prolongée à 1 air froid, un léger coryza, une contrariété, et souvent sans cause connue»

§ V. — Lésions anatomiques.

[Les résultats fournis par les autopsies sont tantôt nuis, tantôt variables, et par conséquent négatifs. Ainsi on a constaté une altération des os du crâne et de la face, une tumeur fongueuse de la dure-mère, un anévrysme de la carotide interne (Romberg), l’hypertrophie (Rousset), l’atrophie (Thomas) du nerf, quelquefois des altérations comprimant, tiraillant le ganglion de Casser ou le nerf lui-même, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur du crâne. Le plus souvent on n’a rien trouvé. 1

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Existe-t-il une névralgie du nerf facial ? D’après ce que nous avons observé, le trajet des douleurs dans le nerf facial n’a jamais été suffisamment précisé, et, dans un assez ban nombre de cas, cette douleur avait évidemment son siège dans le nerf occipital, d’où elle s’étendait par les anastomoses au nerf trifacial. Par conséquent,

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selon toutes les probabilités, on avait pris pour des névralgies faciales des névralgies rermco-uccipitales, et cette affection n’a pas son siège dans le nerf facial. Ajoutons que, examinant avec beaucoup d’attention tous Jes cas de névralgie de la tête, nous avons rencontré assez souvent la névralgie occipitale, maladie que maintes fois un examen peu attentif aurait pu faire prendre pour une névralgie faciale, et que nous n’avons jamais vu celte dernière affection.

[Dans la fluxion de la joue, il y a gonflement, chaleur, rougeur, douleur, mais ces symptômes ont une marche régulière et continue. — Quant au rhumatisme chia face, personne, que nous sachions, ne l’a encore observé.]

Une simple odontalc/ie pourrait faire croire à l’existence d’une névralgie; mais le sujet indique ordinairement très-bien la source de la douleur; quand on touche la dent, et surtout la portion cariée, la douleur est excessive; enfin, et c’est là le

point le plus important, on ne détermine pas de la douleur par la pression, dans les points d 'élection qui ont été signalés plus haut. Si une névralgie était due à la carie d’une dent, en touchant la dent avec un stylet, on éveillerait les élancements névralgiques, ce qui éclairerait le médecin.

Le diagnostic de la migraine et de la névralgie faciale repose principalement sur la courte durée de la première. La migraine affecte les nerfs superficiels de la tête, et elle est par conséquent de nature névralgique.

La douleur causée par l 'extension d'un coryza à la muqueuse de l’antre d'Highmore ressemble à celle qui se produit vers le trou maxillaire dans la névralgie trifaciale. Mais l’existence préalable du coryza, la douleur qui augmente dans la profondeur de la face lorsque les malades se mouchent, l’absence de véritables élancements, et par-dessus tout l’absence de douleur vive à la pression, suffiront pour faire éviter toute erreur.

Quant à une certaine douleur qu’on observe quelquefois dans l’articulation temporo-maxillaire, il suffit, pour la distinguer de la névralgie trifaciale, de remarquer quelle ne se produit guère que dans les mouvements de mastication.

Le nombre, l’étendue, la situation des points douloureux, et surtout des points douloureux à la pression, ainsi que la violence et le trajet des élancements, feront reconnaître le véritable siège de la maladie et son degré d’intensité.

Pronostic. — Le pronostic est favorable; mais, dans quelques cas, celte affection est extrêmement rebelle. Ceux où la persistance de la maladie s’est montrée la plus grande sont des cas de névralgie frontale et maxillaire inférieure. Si l’affection dure un grand nombre d’années, la santé générale s’altère profondément, si déjà elle n’a pas subi de graves atteintes; on n’a pas cité de cas authentique de mort occasionnée par le fait seul d’une névralgie trifaciale.

§ VII. — Traitement.

1° Médication externe. — Émissions sanguines. — Les auteurs qui ont admis l’existence d’une prosopalgie pléthorique ont conseillé la saignee generale, les sangsues derrière les oreilles, ou à l’anus; surtout si elle coïncide avec la disparition des hémorrhoïdes ou une suppression de la menstruation ; mais, dans le petit nombre de laits où ce moyen a été employé, il n’a pas eu des effets bien avantageux, lorsqu’il s’agissait réellement d’une névralgie, et non d’une simple céphalalgie pléthorique.

NÉVRALGIE TRIFACIALE. — TRAITEMENT.

Extraction d'un corps étranger ou d'une dent cariée. — Il est arrivé quelquefois (1) qu’un fragment de corps étranger est resté dans la plaie, et que l’extraction a fait cesser les douleurs. Dans d’autres cas, on obtient le meme succès par l’extraction d’une dent cariée (Stillé, Ilalford et Bush).

Neucourt, de Verdun (2), a fait connaître un cas dans lequel les traitements les plus actifs ayant échoué, V avulsion de neuf dents cariées fit disparaître complètement les douleurs névralgiques. [L’examen de la bouche est donc un point essentiel, par lequel il faut commencer.]

.Nous avons indiqué un cas dans lequel V extraction d'un corps etranger , qui avait son siège dans l’orbite, lit cesser les accidents.

Ces cas méritent assurément considération, mais on devra bien se garder de compter sur un succès certain, alors même que tout portera à croire que la source du mal est dans la carie d’une ou de plusieurs dents. A côté des faits précédents, on peut, en effet, en citer beaucoup d’autres où, croyant avoir trouvé la vraie cause de la maladie, on a arraché des dents, souvent en grand nombre, sans obtenir aucun résultat avantageux.

Vésicatoires. — Devant être appliqués sur le trajet des nerfs et sur les points les plus douloureux, c’est-à-dire sur divers points de la face, ils sont souvent refusés par les malades, et l’on est obligé de recourir à d’autres moyens. Le vésicatoire unique et à demeure n’a qu’une faible efficacité, et le pansement avec la pommade épispastique peut produire des douleurs insupportables, inconvénients que ne présente pas l’application des vésicatoires multipliés et placés sur les principaux points douloureux (front, tempe, joue). Celte dernière médication est généralement et promptement efficace. [ Il est bon de les saupoudrer de chlorhydrate de morphine (p. 699).]

Cautérisation transcurrente, — Ce moyen n’est pas moins efficace dans cette névralgie que dans toutes les autres, et lorsque les douleurs sont excessives, lorsqu’elles plongent le malade dans le découragement, on est heureux d’avoir encore cette ressource précieuse.

Les raies de feu se pratiquent sur la face et le cuir chevelu, le long des trajets douloureux. Plusieurs fois nous avons réussi, par ce moyen, dans les cas les plus rebelles. [Les boutons de feu, la cautérisation ponctuée, sont préférables.]

Narcotiques à l'extérieur. — La névralgie trifaciale s’est calmée, et même a guéri après l’emploi des narcotiques à l’extérieur. [Nous n’avons qu’à répéter ce qui a été dit plus haut (p. 698).]

On a prescrit des emplâtres d'extrait mou d'opium, de thériaque avec ou sans incorporation de quelques décigrammes d’opium brut, etc., ou diverses pommades.

Extrait de belladone ou extrait d’aconit 5 gram. pour 30 gram. d’axonge.

[Neucourt, de Verdun (3), recommande le moyen suivant qui lui a souvent réussi. On prend 6 centigrammes de chlorhydrate de morphine que l’on divise en trois paquets. Avec le doigt mouillé, on porte la substance d’un paquet sur la gencive

(1) Voy. Jeffreys ; J. Frank, toc. cit.

(2) Arch. gén. de mèd., 4e série, 1849, t. XX, p. 162.

(3) Neucourt (de Verdun), Mal. chroniques, p. 511.

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du côte malade, en y faisant pendant quelques minutes de douces frictions; on fait pencher la tète de côté, afin que la salive baigne les gencives et l’on avale cette salive contenant la morphine. S’il n’y a pas d’amélioration, on usera un nouveau paquet quatre heures après, puis le troisième à la même distance. Si l’on n’a pas obtenu d’effet, on ne continuera pas.]

Inoculations. — l u des meilleurs moyens d’employer les narcotiques à l’extérieur consiste dans les inoculations d’un sel de morphine. C’est surtout dans cette névralgie qui occupe des parties accessibles à la vue, que ces inoculations peuvent être employées avec avantage. Il faut les pratiquer sur le cuir chevelu, le front, la face, en un mot, sur toutes les parties atteintes par la douleur, et en faire tous les jours, ou même matin et soir, de quinze à trente, de manière à user de 8 à 10 centigrammes de sel de morphine, et plus encore, si on le juge nécessaire.

Mercuriaux à l'extérieur. — Les mercuriaux, et surtout la deutocklorure de mercure , appliqués à l’extérieur, ont un effet irritant bien connu.

Fleischmann emploie la solution suivante :

Sublimé corrosif 20 centigram. | Eau distillée 30 gram.

Dissolvez. Appliquer sur les points douloureux des compresses trempées dans cette solution .

Des praticiens ont fait des onctions avec Yonguent napolitain , la pommade au calomel , etc. ; nous manquons de faits nécessaires pour nous prononcer sur celte médication.

Topiques divers. — Il suffit d'indiquer, parmi ces topiques, l’application du froid à l’aide de compresses trempées dans Y eau froide , de lotions du même liquide, de la glace ; les lotions avec de l’eau et une certaine quantité d 'éther sidfurique ou acétique ; avec des liqueurs spiritueuses , des solutions alcalines , etc. ; ou bien l’application de la chaleur.

Ces moyens ont une action bien inférieure à celle du vésicatoire et de la cautérisation transcurrente, car on a été obligé de les unir à d’autres remèdes, et bien souvent on les a abandonnés pour une médication plus active.

Guérard (1) cite un cas de névralgie de dix-huit mois de date, rebelle à tous les traitements, qui céda à une application de collodion sur les points douloureux. C’est un moyen qu’on peut facilement essayer. [C’est le cas d’employer le collodion élastique morphiné de Caminiti (p. 700). ]

Électricité. — C’est dans le traitement de la névralgie trifaciale que l’électricité a procuré le plus de succès.

[Depuis Magendie, l’application de l’électricité a été considérablement perfectionnée, surtout par Duchenne, de Boulogne (2), et cependant les succès ont été bien rares, soit qu’on ait employé la faradisation cutanée, ou le courant continu par les chaînes, ou le courant interrompu. Cette médication est très-douloureuse et trop incertaine, et les essais tentés par Rayer, à la Charité, n’ont pas été satisfaisants.]

Cautérisation profonde. — -La cautérisation profonde forme la partie la plus saillante du traitement de la névralgie du nerf maxillaire inférieur.

(1) Guérard, Observation de névralgie occupant tes deux côtés de la face. Guérison parle collodium (Gazette des hôpitaux, octobre 1852, p. 5 lé).

(2) Duclicnne (de Doulogne), De l' électrisation localisée . 2° édit., 1801.

NÉVRALGIE TRIFACIALE. — TRAITEMENT.

Traitement de la névralgie maxillaire inférieure. — André (1) commençait par appliquer sur le point douloureux, au niveau du trou moutonnier, un fragment de potasse caustique, de manière à produire une eschare, et, soit à l’aide de caustiques liquides , soit à l’aide du cautère actuel, il pénétrait chaque jour plus profondément, jusqu’à ce qu’il arrivât sur les filets nerveux et sur l’os. Il détruisait ces filets nerveux, puis il entretenait la suppuration pendant fort longtemps (trois et quatre mois). Ayant voulu fermer trop tôt la plaie, il vit dans un des cas la douleur revenir, quoique la suppuration eût été entretenue plus d’un mois. Dans un cas, il enleva à l’aide du trépan la paroi antérieure du canal dentaire, pour aller cautériser le nerf dans son intérieur.

Dans un cas où, après la chute de l’eschare, nous avons cherché à atteindre les nerfs à l’aide des caustiques liquides, nous avons vu les bourgeons charnus se reproduire si rapidement, qu’il nous a fallu, au bout de plusieurs jours des plus vives souffrances, mettre en usage le cautère actuel. Il est donc plus convenable, après avoir incisé l’eschare produite par la potasse caustique, de détruire immédiatement les tissus avec le fer rouge, opération beaucoup moins douloureuse que l’application du caustique liquide.

On peut facilement appliquer cette cautérisation au nerf frontal.

Incision, excision du nerf malade. — La simple incision du nerf est presque toujours insuffisante, et il vaut mieux recourir à l’excision. Par ce dernier moyen on a obtenu des succès éclatants. Nous avons cité (2) des faits de guérison obtenus par A. Bérard, dans des cas très-rebelles. J. Roux (de Toulon), chirurgien de la marine, en a rapporté de plus concluants encore. Lors donc que les autres moyens ont été vainement employés, et que les douleurs ne paraissent pas entretenues par une altération profonde, on doit recourir à l’excision. Nous mentionnerons ici, sans les décrire, les procédés employés par Velpeau, A. Bérard, Jules Roux et Beau, chirurgien de la marine (3).

Résumé. — Dans les cas ordinaires, nous donnons la préférence aux vésicatoires volants. Si l’affection résiste, on emploie la cautérisation transcur rente, la [cautérisation ponctuée], puis la cautérisation profonde, ou l 'excision du nerf malade.

2° Médication in terne. — Pilules de Méglin.

¥ Extrait de jusquiame noire )

Racine de valériane sauv. . f aa a §iam-

F aire vingt pilules.

Oxyde de zinc sublimé

gram.

D’abord une pilule matin et soir; puis on double la dose tous les jours, jusqu’à ce qu’une amélioration sensible, ou quelques accidents du côté des voies digestives et de l’encéphale viennent avertir le médecin qu’il a atteint ou dépassé la dose convenable. Après l’administration de chaque pilule, on fait prendre immédiatement une infusion de tilleul et de feuilles d oranger.

Lorsque l’amélioration est bien marquée, et qu’on peut considérer la guérison comme assurée, on ne suspend pas brusquement remploi des pilules, mais on les

(1) André, Observai, sur tes maladies de l’urèthre et sur plusieurs faits convulsifs. Paris,

175C, in-12.

(2) Valleix, Traité des névralgies .

(2) Yoy. Union médicale, 1852, p. 479.

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continue à doses décroissantes, et de manière à suivre, en sens inverse, l’ordre indiqué pour les doses croissantes. Enfin on continue les dernières doses pendant un temps plus ou moins long.

[Nous pensons que la puissance de ces pilules a été un peu exagérée.] Valérianule de zinc. — Le valérianate de zinc jouit de la plus grande réputation, surtout en Italie, comme remède contre les névralgies, et principalement contre la névralgie trifaciale. On peut l’administrer en pilules, en poudre, ou en potion.

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