NÉVRALGIE DORSO-INTERCQSTALE. — DIAGNOSTIC, PRONOSTIC
un point, on détermine une douleur cjui retentit dans un autre, réciproquement.
Les symptômes généraux sont très-peu constants et très-légers. Dans d’autres parties du corps, on trouve souvent des douleurs de nature névralgique ou non, comme dans toutes les névralgies. Du côté des voies respiratoires, rien de particulier ; l’auscultation et la percussion démontrent que l’état des poumons est normal dans les points affectés de névralgies sans complication. Le pouls (1) est habituellement dans son état normal. Lorsqu'il subit quelques modifications, on en trouve la cause ailleurs que dans la plus ou moins grande intensité des douleurs (dans l’influence du traitement, presque toujours). Il n’v a ni chaleur, ni frissons, ni sueur, qu’on puisse rapporter à la violence de la névralgie, ou qu’on puisse regarder comme des signes d’une fièvre larvée.
Il en est généralement de même de Y état des voies digestives. Si quelquefois il survient des troubles gastro-intestinaux, ils sont ordinairement légers, et ne paraissent nullement liés à la névralgie intercostale. Mais dans quelques cas, il existe des symptômes de gastralgie qui sont sous la dépendance de la névralgie.
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
Comme toutes les névralgies, celle qui nous occupe est formée à' accès pius ou moins violents et d’intervalles de calme plus ou moins longs. Nous n’avons jamais vu la névralgie dorso-intercostale se présenter avec les caractères d’une affection périodique, et nous ne connaissons pas de cas de ce genre. Ce fait paraîtra remarquable si l’on se rappelle ce que nous avons dit à ce sujet en parlant de la névralgie trifaciale. Nous avons trouvé qu’en général les exacerbations correspondent à l’abaissement plus ou moins brusque de la température: mais il n’y a rien de fixe à cet égard.
La durée ne présente rien de particulier, non plus que la terminaison. Parfois cette névralgie prend un caractère chronique , et devient très-rebelle à tous les traitements.
§ V. — Diagnostic, pronostic.
Nous ne parlerons pas des maladies de poitrine , parce que l’absence de tout phénomène morbide à la percussion et à l’auscultation ne laisse aucun doute à cet égard dans les cas non compliqués, et que dans les cas compliqués, soit de bronchite aiguë, soit de phthisie pulmonaire, le siège particulier des douleurs névralgiques n’est nullement celui qu’occupent les douleurs propres à ces affections, ce qui suffit pour le diagnostic. La pleurésie sèche pourrait seule offrir quelques difficultés; mais cette maladie, extrêmement rare, donne lieu à une gêne plus ou moins grande de la respiration, et à d’autres symptômes du côté des voies respiratoires, tels que bruit de frottement à l’auscultation, toux , fièvre, etc., ce qui suffirait pour le diagnostic, quand même le siège plus étendu de la douleur et la non-distribution en points limités ne viendraient pas éclairer le médecin.
L’embarras paraît plus grand quand il s’agit du rhumatisme des parois thoraciques, appelé aussi pleurodynie. « Lorsque la douleur peut être rapportée au rhumatisme musculaire, elle occupe un espace plus étendu, mal circonscrit. La douleur à la pression est en général moins vive, et l’on ne trouve pas les points limités
(1) Valleix, Truité des névralgies, p. 349. ■
NÉVROSES
donl nous avons parlé. Dans aucun cas, on ne constate une douleur siégeant uniquement dans deux points situés à une distance très-grande l’un de l’autre, comme dans la névralgie dorso-intercostale. Lorsque le rhumatisme est violent, la douleur est moins vive à la pression que dans les mouvements du tronc et dans les efforts de la toux, ce qui n’a pas lieu dans la névralgie. Quant aux élancements, ils n’ont pas de caractère distinctif bien tranché, et c’est ce qui explique comment, en négligeant l’examen direct des parois de la poitrine, on a pu commettre de nombreuses erreurs (Il (Voy. tome I, Rhumatisme musculaire, page 327 et suivantes.)
L 'angine de poitrine présente certains caractères qui la rapprochent des névralgies, et même quelques auteurs n’ont vu dans cette affection qu’une névralgie de forme particulière. (Voy. Angine de poitrine.)
La névralgie dorso-intercostale pourrait faire croire à l’existence de certaines affections du rachis ou de la moelle épinière. Certaines maladies de la moelle donnent lieu à des douleurs plus ou moins limitées dans la colonne vertébrale; serait-il possible de les confondre avec la névralgie dont il s’agit ? 1° Dans les cas de méningite spinale , la douleur est plus vive, plus étendue, et s’exaspère bien davantage sous la pression exercée sur les apophyses épineuses ; lorsqu’elle s’irradie, ce n’est point dans tel ou tel espace intercostal, mais çà et là; il y a fréquemment des convulsions, de la contracture, du tétanos même, et rien de tout cela ne se rencontre dans la névralgie dorso-intercostale. 2° Les sujets affectés de ramollissement de la moelle épinière éprouvent fréquemment des douleurs qui, partant d'un point limité de la colonne vertébrale, entourent l’abdomen ou la base de la poitrine comme une ceinture. On conçoit donc que, dans des cas semblables, on puisse se demander s’il existe une névralgie dorso-intercostale. On évitera l’erreur en se rappelant les symptômes de cette névralgie. La douleur névralgique n’a lieu le plus ordinairement que d’uu seul côté, ou si elle existe à droite et à gauche a la fois, elle est généralement beaucoup plus forte dans ce dernier côté ; dans le ramollissement de la moelle, au contraire , elle a lieu des deux côtés, et est égale à droite et à gauche. La pression chez les sujets atteints de celle dernière affection n est pas toujours douloureuse, même vers la colonne vertébrale; lorsqu’elle l’est, c’est sur une ou plusieurs apophyses épineuses; un peu à droite ou à gauche, et la où existe la plus vive douleur dans la névralgie, la pression la plus forte ne produit rien quand il s’agit d’un ramollissement de la moelle ; de plus, il n’y a ni point anterieur , ni point latéral , il ne faut qu’une exploration un peu attentive pour distinguer l’une de l’autre ces deux espèces de douleurs, même en faisant abstraction de lu paraplégie.
Mais nous avons cité deux cas où la névralgie dorso-intercostale s était développée chez des sujets atteints de ramollissement de la moelle. La névralgie conseï \ e alors ses caractères distinctifs : ils sont même quelquefois d autant plus temaiquablcs qu’il existe en même temps une douleur plus profonde bornée oulinairement à une seule apophyse, ne s’étendant ni à droite ni à gauche, et due évidemment à l’affection de la moelle.
3° Devons-nous cherchera établir un diagnostic entre la névralgie dorso-intei-
(1) Valleix, Traité des névralgies, p. 408.
NÉVRALGIE DORSO-INTERCOSTALE. — DIAGNOSTIC
costale et Y irritation spinale des auteurs anglais et américains ? Mais il y a identité de ces deux affections , au moins dans la grande majorité des cas. Nous ne savons même s’il existe réellement une irritation spinale. Toutefois, quelques-uns des cas cités par les auteurs, et notamment celui qu’a recueilli Ollivier, d’Angers (1), présentent des symptômes qui ne semblent pas se rapporter à la névralgie dorso-intercostale. C’est donc un sujet à étudier de nouveau mais avec plus de soin et d’exactitude.
h° Encore un mot desdouleurs rachidiennes qui existent chez les individus affectés de carie vertébrale, ou d’une maladie organique de l’abdomen, telle que le cancer de l'estomac et du foie : « On sait que, dans la carie vertébrale, on peut déterminer une douleur dans le point du rachis où siège la maladie, en pressant sur les parties latérales de la poitrine. Le mouvement qu’on imprime aux côtes, agissant sur les vertèbres malades, doit nécessairement produire cet effet. On pourrait croire alors avoir affaire à une douleur névralgique développée par la pression dans un point éloigné de la sortie du nerf où elle viendrait retentir, comme cela avait lieu dans plusieurs cas. Maison sera détrompé par les signes suivants. C’est surtout en pressant sur la côte, et non dans l’espace intercostal, qu’on détermine la douleur : on la fait naître tout aussi bien en pressant largement avec la paume de la main, qu’eu n’employant que l’extrémité d’un doigt, et enfin on ne développe pas de douleurs dans le point pressé lui-même, tandis que, dans la névralgie, c’est là qu’elle acquiert le plus d’intensité.
» Dans certains cas de cancer de l'estomac ou du foie, il y a des élancements qui traversent la poitrine et qui semblent aller de l’organe malade à un point fixe du rachis. Mais on n’a pas exploré avec assez de soin les espaces intercostaux, pour savoir si la pression y est ou non douloureuse. »
TABLEAU SYNOPTIQUE DU DIAGNOSTIC
1° Sif/nes distinctifs de la névralgie dorso-intercostale et de la
pleurésie sèche.
névralgie dorso-intercostale.
Respiration un peu douloureuse, mais généralement libre.
Etat noi'mal des organes à V auscultation. Ni toux, ni fièvre, à moins de complication.
PLEÜRÉSIE SÈCHE.
Respiration douloureuse et gênée.
Par Y auscultation, on constate un bruit de. frottement du poumon.
Toux, fièvre.
2° Signes distinctifs de la névralgie dorso-intercostale et de la pleurodynie.
NÉVRALGIE DORSO-INTERCOSTALE
Points douloureux généralement peu étendus, ciraonscrits.
Siégeant à des distances plus ou moins éloignées.
Douleur généralement plus vive à la pression.
Moins vive dans les mouvements.
PLEDRODYNIE.
Douleur occupant un espace plus étendn,
mal circonscrit.
Non disséminée dans les points plus ou moins éloignés.
Douleur généralement moins vive à la pression.
Plus vive, quelquefois insupportable dans les mouvements.
(1) Ollivier (d’Angers), Traité des maladies de la moelle épinière.
NÉVROSES
3° Signes distinctifs de la névralgie dorso-intercostale et de la méningite
spinale.
NÉVRALGIE DORSO-INTERCOSTALE
Douleur moins vive.
S'exaspère moins sous la pression.
Moins étendue : n’occupe ordinairement que quelques espaces intercostaux.
S’irradie en suivant les espaces intercostaux. Ni convulsions , ni contractures , etc.