DOULEURS NÉVRALGIQUES DES MAMELLES. — CAUSES, SIÈGE
Plusieurs fois de très-violents accès de névralgie intercostale qu’on pouvait prendre pour des coliques nerveuses (ou plutôt qui, par une erreur de diagnostic, doivent nécessairement avoir etc bien des fois désignés sous le nom de coliques ), ont cédé très-promptement à l’emploi de trois ou quatre sinapismes sur les points douloureux. Mais cette médication ne produisait pas une guérison durable, et au bout d’un temps ordinairement très-peu long, les douleurs caractéristiques de la névralgie se reproduisaient, avec ou sans accès "violents.
Dans quelques cas, les émissions sanguines, les ventouses scarifiées, ont procuré une amélioration assez grande, due plutôt à l'irritation produite parles incisions faites à la peau qu’à la perte de sang elle-même, ce qui rentre dans la règle établie à propos du traitement des névrplgies en général (1).
L’emploi des narcotiques à l’intérieur ne fournit aucune considération importante, bien que Bassereau lui attribue une certaine efficacité.
Parmi les moyens conseillés par Brown contre V irritation spinale que nous avons vue ne pas différer de la maladie dont nous nous occupons, on distingue le coucher en supination. Cette position, d’après nos recherches, soulage ordinairement le malade, mais ne le guérit pas.
Quant aux moyens proposés, ce sont les mêmes que dans les autres névralgies.
Comme on le voit, c’est dans les vésicatoires volants multipliés que le médecin doit avoir le plus de confiance. Dans les cas rebelles, la cautérisation transeurrente, la cautérisation ponctuée, seront d’un grand secours.
5° DOULEURS NÉVRALGIQUES DES MAMELLES (: mastodynie j.
§ I. — Considérations générales.
[Nous ne traiterons pas ici des douleurs provoquées et entretenues par la présence d’une tumeur du sein : or, on sait qu’un grand nombre de tumeurs, principalement les tumeurs dures , squirrheuses , peuvent donner lieu à des douleurs vives. Nous laisserons également de côté la question, d’ailleurs importante, des névromes, du moins de ces petites tumeurs insignifiantes et bénignes en elles-mêmes, mais dont le développement en certains points, peut-être sur le trajet des nerfs sensibles, donne lieu à des douleurs. Cetle maladie est purement chirurgicale, c l’ablation de ces tumeurs est le seul remède efficace.
Il existe une autre affection du sein , consistant dans des douleurs névralgiques qui ne paraissent pas tenir à une tumeur ni à une altération locale quelconque, et qui sont sympathiques ou constitutionnelles. Nous en dirons quelques mots.
§ II. — Causes, siège.
On doit supposer à priori que le siège de ces douleurs névralgiques est dans les nerfs sensibles qui se distribuent à la mamelle , mais il n’est pas toujours facile d’en limiter exactement le siège : ainsi Velpeau avoue avoir en pareil cas exploré en pure perte avec les doigts le trajet des nerfs intercostaux et des filets venant du plexus cervical. Tout ce que l’on peut dire, c’est que cos douleurs partent rarement d’un point précis, quelles sont habituellement sans siège fixe, et que la malt) Voy. article NÉVRALGIE EN GÉNÉRAL.
NÉV110SES.
nielle tout entière, et quelquefois les régions voisines, sont endolories. Tous les auteurs sont d’accord pour dire que cette affection ne se rencontre que chefc les jeunes femmes de vingt à quarante ans, principalement les chlorotique^, ou dans les cas de dysménorrhée ; en un mot , dans les conditions où se rencontre la névralgie, quel qu’en soit le siège. Les femmes nerveuses, irritables, impressionnables, celles en un mot qui sont affectées de nervosisme, y sont surtout prédisposées. Velpeau, qui s’est occupé de cette maladie en 1838, et plus récemment en 1858 (1), pense qu’elle se rencontre souvent vers l’àge de retour et chez les femmes de trente à quarante ans.
§ III. — Diagnostic, symptômes, marche.
Le diagnostic de cette affection ne présente pas de difficultés sérieuses. Il ne faut pas s’attendre à trouver en pareil cas une modification dans le volume, la forme, la coloration de la mamelle , pas plus qu’il n’existe de modification apparente des tissus dans les cas de névralgie en général. Le caractère de la douleur est l’irradiation en divers sens, soit vers l’épaule, l’aisselle, la hanche, soit en arrière, au dos; il n'est pas rare devoir tout un côté du corps occupé par la névralgie. Ces douleurs sont rarement continues ; le plus souvent elles sont intermittentes ou rémittentes, s’exacerbant à de certaines heures; quelquefois elles sont franchement intermittentes et reviennent à époque fixe. L’intensité de ces douleurs varie considérablement : elles sont tantôt profondes , confuses , vagues ; d’autres fois excessivement intenses, et réclament l’intervention active de l’art. Il ne paraît pas que ces douleurs soient fréquemment accompagnées de fièvre. La marche de cette affection est variable. Ce qu’on en peut dire déplus certain, c’est que deux grandes causes en modifient la durée et l’intensité , c’est l’état de l’esprit et celui des fonctions menstruelles , dont le retour peut mettre fin à la maladie.
Le pronostic doit donc se tirer ici de circonstances prises en dehors de l’état de la mamelle elle-même. Si l’on a affaire à une jeune femme bien constituée dont les règles éprouvent du retard, on n’ignorera pas que le retour de ce flux peut faire cesser les accidents. S’il s’agit d’une femme de quarante à quarante-cinq ans, arrivée à l’époque de la ménopause, le pronostic sera moins favorable et ne «appuiera que sur des données incertaines. Si la débilité de la constitution, la chlorose, paraissent dominer l’état local, on aura dans la thérapeutique les moyens de modifier le pronostic. On ne cite pas d’exemples de névralgies de la mamelle ayant eu une issue funeste.
§ IV. — Traitement.
Nous empruntons à Velpeau les indications suivantes pour le traitement (2) . « On a à invoquer ici les mêmes secours que pour toute autre né\ralgie . les bains » généraux gélatineux, alcalins, sulfureux ; les narcotiques à l’intérieur ; le bis- » muth, le zinc, les antipériodiques, le sulfate de quinine en particulier , les eaux, » les préparations ferrugineuses; tout ce qui peut régulariser la menstruation, » le mariage, les distractions, les voyages, les changements d habitude ou de
(1) Velpeau, Traité des maladies du sein, p. 321.
(2) Id., ibid., p. 323.