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On peut y joindre l’existence d’une tumeur du bassin [telle que cancer de l’utérus, du rectum, etc.] , la grossesse, ou un kyste de l’ovaire comprimant les nerfs, des tumeurs hémorrhoïdales ou fécales énormes (1).
§ III. — Symptômes.
1° Douleur spontanée. — La douleur spontanée doit être distinguée en contusive continue et en lancinante intermittente. La première , déjà signalée par Cotugno, occupe les principaux points douloureux, ou foyers île douleur , qui seront mentionnés plus loin. Elle est souvent très-pénible pour les malades. La seconde consiste en sensations diverses. Ce sont ordinairement des élancements qui, plus ou moins fréquemment, partent des points douloureux pour aller retentir dans une étendue variable du trajet du nerf; parfois c’est un sentiment de froid, ou au contraire de chaleur brûlante ; la sensation d’un liquide froid, ou chaud, ou coixosif, coulant le long du nerf. Enfin, quelques sujets chez lesquels la maladie est très-violente, éprouvent des crampes, des secousses plus ou moins fortes du membre affecté.
La douleur spontanée est si bien circonscrite dans le trajet du nerf, que, le plus souvent, le malade peut, avec le doigt, suivre ce trajet aussi bien que le ferait un anatomiste.
2° Douleurs provoquées. — Par la douleur provoquée par la pression avec l’extrémité des doigts, on découvre les points douloureux ou foyers de douleur, qui sont souvent très-limités et n’ont pas plus de 2 à 3 centimètres de diamètre. Ces points douloureux sont les suivants : le point lombaire, immédiatement audessus du sacrum; le point sacro-iliaque, au niveau de l’articulation du même nom, un peu au devant de l’épine iliaque postérieure et supérieure; Y iliaque, vers le milieu de la crête de l’os des des; le fessier, au sommet de l’échancrure sciatique; le trochantérien , vers le bord postérieur du grand trochanter; le fémoral supérieur, le fémoral moyen et le fémoral inférieur, dans le trajet du nerf le long de la cuisse; le poplité, dans le creux du jarret; le rotulien, sur le bord externe de la rotule ; le pèronéo-tibial , vers l’articulation du péroné et du tibia ; enfin le péronien, point important au niveau de l’endroit où le nerf contourne le péroné ; le malléolaire, à la partie postérieure et inférieure de la malléole ; le dorsal du pied, et le plantaire externe, qui existe assez rarement.
Il est rare que tous ces points existent chez le même sujet; mais on en trouve ordinairement un assez grand nombre, et le malade lui-même en désigne plusieurs avec précision. Ce sont surtout ceux qui ont leur siège vers l’articulation sacroiliaque, le grand trochanter, la tête du péroné et la malléole.
La douleur produite par l’extrémité du doigt qui presse ces points est quelquelois très-vive, comme dans la névralgie intercostale ; parfois aussi ce n’est qu’une sensibilité exagérée, et alors il est important de presser de l’autre côté du corps, dans les points correspondants, pour se convaincre que la douleur n’est pas simplement produite par une pression trop forte.
La sensation que leur fait éprouver la pression est la même que celle que leur ferait éprouver le même moyen d’exploration sur un point préalablement contus.
Chez un certain nombre de sujets, les points qui viennent d’être indiqués sont
(1) Sandras, Des maladies chroniques nerveuses ( Union médicale, 7 août 1851, p. 371).
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seuls douloureux ii la pression ; mais aussi chez .quelques-uns les intervalles qui séparent ces points présentent une sensibilité anormale. Toutefois il n’y a aucune parité entre cette sensibilité exagérée et celle qui existe dans les foyers de douleur.
Quelquefois, connue dans les autres névralgies, la pression exercée dans un point détermine un de ces élancements que nous avons vu plus haut se produire spontanément; parfois même une série d’élancements suit l’exploration, et l’on a déterminé ainsi un véritable accès névralgique.
Lorsque la douleur est très-violente, les mouvements du membre dans le lit suffisent pour l’exaspérer dans les points indiqués; dans le cas contraire, il faut, pour que cet effet ait lieu, que les malades marchent. C’est principalement au moment où le pied appuyant par terre, le membre supporte le poids du corps, que la douleur se produit et acquiert son plus haut degré de violence. Le malade ose à peine poser son pied sur le sol ; son membre fléchit brusquement dès que le poids du corps se fait sentir, il se porte rapidement sur l’autre jambe, cl boite sensiblement. Aussi dans une sciatique d’une certaine intensité, les sujets ne peuventils faire un pas sans s’appuyer sur un bâton, ou même sont-ils obligés de garder le lit.
Tîous avons vu néanmoins des malades qui marchaient assez librement après avoir fait un nombre de pas ordinairement considérable.
Parfois les douleurs sont très-violentes : le membre est condamné à une immobilité si complète, qu’il en résulte, au bout d’un temps assez long, cette semi-paralysie qui a été signalée par Colugno et par nous ; mais les cas de ce genre sont rares : on n’observe ordinairement qu’un engourdissement plus ou moins marqué, qui peut être borné à une petite étendue : le pied, par exemple.
l 'amaigrissement du membre se remarque dans les mêmes circonstances ; mais il faut prendre garde de s’en laisser imposer par l’étal de flaccidité dans lequel se trouvent tous les muscles.
Il n’est pas rare d’observer, outre ces symptômes qui caractérisent la névralgie sciatique, d’autres douleurs de nature névralgique dans la tête, les parois de la poitrine ou de F abdomen, et le rhumatisme musculaire est une des complications les plus fréquentes. Quant aux troubles digestifs , au léger mouvement fébrile qu'on observe quelquefois, ils n’appartiennent pas en propre à la maladie dont nous parlons, et ils sont le plus souvent le résultat du traitement (ordinairement de l’emploi des vésicatoires étendus ou multipliés).
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
Le début de la sciatique, ses exacerbations, sa terminaison, sont les mêmes que. dans les autres névralgies ; ce qu’il y a seulement de remarquable, c’est que la névralgie sciatique, bien qu’offrant des exacerbations marquées et une intermittence irrégulière très-prononcée, comme les autres affections du même genre, présente bien plus rarement la périodicité dos fièvres larvées. Et, même dans les cas très-rares où l’on a cru découvrir un type intermittent bien caractérisé et fournissant une indication précise, l’événement a prouvé souvent qu’on s’était trompé, cl le suif ale de quinine a échoué.
La durée de la maladie est on ne peut plus variable. La névralgie sciatique peut disparaître spontanément en quelques jours, ou se perpétuer malgré tous les
NÉVRALGIE SCIATIQUE. — DIAGNOSTIC, PRONOSTIC. Iko
moyens. Ces derniers cas sont heureusement très-rares. Presque tou jours la terminaison est heureuse ; lorsqu’elle ne l’est pas, c’est uniquement parce que 'la maladie passe à 1 état chronique, s’il est permis de parler ainsi, car elle ne menace pas l’existence.
Les récidives sont très-fréquentes. Elles se manifestent particulièrement'dans les temps froids. Mais ces attaques multipliées sont ordinairement très-légères, et de loin en loin on en voit apparaître d’autres plus violentes, plus durables, plus continues, auxquelles on peut donner réellement le nom de névralgies sciatiques, tandis que les autres ne méritent, à proprement parler, que celui de douleurs sciatiques. Les individus qui présentent ces retours si fréquents de la névralgie sciatique sont sujets à d’autres névralgies, auxquelles nous avons cru devoir donner les noms de névralgie multiple et de névralgie erratique.
§ V. — Lésions anatomiques.
Cotugno attribuait la névralgie sciatique à un liquide acre coulant le long du nerf et venant du canal rachidien. On a regardé la névralgie sciatique comme due [aux variées des veines dans l’épaisseur et au voisinage des nerfs (Bichat) ], ou h une inflammation, parce que, dans quelques cas, on a trouvé le nerf un peu rouge; mais dans d’autres, il était au contraire décoloré, et plus souvent encore, sans aucune espèce de lésion appréciable. Cette remarque suffît pour convaincre qu’il n’y a aucune lésion anatomique propre à la névralgie sciatique, et que, sous ce rapport, elle ne diffère pas des autres affections du même genre.
S VI. — Diagnostic, pronostic.
Le rhumatisme articulaire ne peut pas être confondu avec la névralgie sciatique. Dans un cas que nous avons rapporté, on a pu distinguer les deux maladies, alors même que le rhumatisme articulaire étant dans sa plus grande intensité, il semblait devoir masquer l’affection nerveuse. L’existence de cette dernière est, du reste, devenue parfaitement évidente, lorsque le rhumatisme articulaire s’est dissipé.
La coxalgie , à une époque de sa durée, peut en imposer pour une névralgie sciatique. Nous en avons cité un exemple remarquable (1). On peut, en effet, trouver dans cette affection des points douloureux à la pression, à la hanche, au genou, derrière la tête du péroné, et comme cela avait lieu dans le cas dont nous venons de parler, la douleur dans certains mouvements, dans les secousses de la toux, pendant la marche, peut retentir jusque dans le pied, sous forme d’élancements. Mais les signes suivants serviront à caractériser la maladie profonde de l’articulation et à la faire distinguer de la névralgie. En pressant sur le grand trochanter, on détermine une douleur vive dans les parties profondes de l’articulation; cette douleur est bien plus violente encore lorsqu’on veut imprimer des mouvements de flexion et d’extension à la cuisse. Le malade peut à peine poser le pied par terre, et la marche devient promptement impossible. Bientôt la fièvre lente s’allume; il y a des redoublements le soir, de la langueur, de l’émaciation, et dès lors l’inflammation chronique de l’articulation de la hanche, faisant des progrès rapides, le diagnostic devient très-facile.
(1) Valleix, Traité des névralgies, obs. 52e, p. 591.
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Le rhumatisme musculaire a (Te c te quelquefois nue plus ou moins grande étendue de la cuisse ou de la jambe. Dans ce cas, y a-t-il quelque difficulté pour distinguer les douleurs produites par cette maladie de celles que cause la sciatique? Nous ne le pensons pas. Dans le rhumatisme musculaire, plusieurs muscles sont presque toujours affectés. La douleur est vive lorsque ces muscles entrent en contraction plutôt que dans tout autre mouvement. La pression est douloureuse dans une grande étendue de la cuisse ou de la jambe, et non pas exclusivement dans le trajet des nerfs. La douleur contusive et permanente a également une largeur assez considérable. Le malade, au lieu d’indiquer avec le bout du doigt la trace de la douleur de la hanche vers le pied, la signale vaguement dans une grande partie du membre, et avec toute la main; les élancements, s’il en existe, n’ont pas de trajet déterminé. Nous avons vu à l’hôpital de Lourcine un cas de ce genre, dans lequel ces différences étaient on ne peut plus marquées (1).
La paraplégie ne présente quelques difficultés que parce que fréquemment elle s’accompagne de douleurs dans les membres inférieurs. Dans la paraplégie , suite d’affections de la moelle épinière, on observe des douleurs de différente nature dans les membres inférieurs. Ce qui les distingue des douleurs produites par la sciatique, c’est: 1° leur siège: elles occupent principalement la plante des pieds, la partie moyenne des membres, se font sentir des deux côtés; 2° leur forme: elles consistent en fourmillements et en picotements semblables à des piqûres d’aiguilles, plutôt qu’en élancements, et en une douleur sourde dans divers points; 3° leur intensité, qui est moindre que celle des douleurs sciatiques. Il faut joindre à ces signes l’absence de douleur causée par les mouvements, la roideur des membres, leur paralysie, l’embarras de la défécation et de la miction, symptômes qui n’appartiennent pas à la névralgie sciatique. Dans les cas très-graves et très-anciens de cette dernière maladie, il existe quelquefois, il est vrai, une semi-paralysie décrite par Cotugno; mais, outre qu’elle n’a, dans aucun cas authentique, affecté les deux membres, elle est toujours moins prononcée quedans les affections de la moelle. Ce point, au reste, est fort bien résumé par J. Frank ; il dit (2) :
RACHIALGIA LÜMBARIS.
Ambo plerumque femora ni agis imbccil/itatc quam cruciatibus tentantur.
NEURALG1A.
Unum afïlcitur fémur, magis c/olore excruciatum quam imbecillitatc.
Bien que ces signes paraissent évidents, la confusion entre les deux maladies a été faite quelquefois; nous en avons donné un exemple dans l’observation de Cirillo précédemment citée. Cependant il eût suffi d’un peu d’attention pour éviter l’erreur. Mais on doit se rappeler que nous avons trouvé une névralgie sciatique chez quatre sujets affectés d’une paraplégie occasionnée par une affection de la moelle. Dans ces cas, le diagnostic offrait-il de plus grandes difficultés? Nullement. Les symptômes de névralgie sciatique n’étaient que temporaires, ils revenaient à des intervalles irréguliers; ils avaient été précédés des symptômes del affection de la moelle, lesquels restaient toujours évidents dans les intervalles, et conservaient leurs caractères particuliers, qui venaient seulement s’ajouter à la maladie, sans rien changer à ses signes.
(1) Valleix, loe. cit., p. 594.
(2) J. Frank, loc.cit., p. 214.