CONTRACTURE IDIOPATHIQUE. — DÉFINITION
[Elle a été décrite pour la première fois chez l’adulte par Dance (1), sous le nom de tétanos intermittent. A ce mémoire succédèrent ceux de Tonnelle (2), Constant (3), Murdoch (ô), de la Berge (5). Tessier et Ilermel ont rapporté plusieurs cas qu’ils ont observés à l’IIôtel-Dieu (6). A la môme époque Trousseau eu recueillait des observations dans son service de l’hôpital Necker et en fit l’objet de leçons cliniques. Signalons à cette occasion les pages excellentes qu’il lui a consacrées depuis dans son livre (7), auquel nous ferons quelques emprunts. Delpech résuma avec talent les travaux antérieurs, et ajouta des faits nouveaux à ceux jusque-là connus (8). Quelques mois auparavant, Imbert-Gourbeyre prenait cette affection pour sujet de dissertation inaugurale (9). En 1852, Lucien Corvisart, reprenant le même sujet, proposait de remplacer le nom de contracture des extrémités par celui de tétanie (10). En 1855, à l’occasion d’une épidémie qui a sévi également sur l’àge adulte et sur les enfants à Paris, des communications faites par Aran et par Barthez à la Société médicale des hôpitaux de Paris devinrent le point de départ d’une intéressante discussion. Plus récemment, Rabaud exposait dans une thèse (11) le résultat de scs recherches, et tombait dans une regrettable confusion en comprenant sous un même titre toutes les espèces de contractures.
Il nous reste à signaler les ouvrages spéciaux de llilliet et Barthez, Bouchut (12), Barrier, dans lesquels la contracture idiopathique a sa place.]
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
Ce qui caractérise particulièrement la contracture idiopathique, c’est la flexion involontaire des doigts et des orteils. Elle est primitive, sympathique ou symptomatique. La dernière espèce ne doit être mentionnée qu’à l’occasion des maladies dans lesquelles elle survient, et des deux autres, c’est la première qui doit nous occuper.
(1) Dance, Observations sur une espèce de tétanos intermittent ( Archives générales de médecine. 1831).
(2) Tonnelle, Mémoire sur une nouvelle maladie convulsive des enfants ( Gazette médicale de Paris, 1. 111, n° 1, 1832).
(3) Constant, Observations et réflexions sur les contractures essentielles ( Gazette médicale de Paris, 1832, p. 80; Bulletin de thérapeutique , 1835).
(4) Murdoch, Considérations sur les rétractions musculaires et spasmodiques (Journal hebdomadaire, t. Vil, 1832, p. 417).
(5) De la Berge, Note sur certaines rétractions musculaires de courte durée , etc. ( Journal hebdomadaire des progrès, etc., t. IV, 1835).
(6) Tessier et Ilermel, Delà contracture et de la paralysie idiopathique chez l’adulte mai et juin 1843.
(7) Trousseau, Clinique médicale de l' Hôtel-Dieu, t. II, p. 144.
(8) Delpech, Mémoire sur les spasmes musculaires idiopathiques et sur la paralysie nerveuse essentielle , thèse. Paris, 1846.
(9) Imbert-Gourbeyre, Contracture des extrémités, thèse de doctorat, 7 février 1844.
Kecherches pour servir à l’histoire de la contracture des extrémités. Paris, 1862.
(10) Lucien Corvisart, De la contracture des extrémités, ou tétanie, thèse de doctorat en médecine. Paris, 11 août 1852, n° 223.
(11) Rabaud, Kecherches sur l’historique et les causes des contractures des extrémités, thèse de doctorat. Paris, 1857.
(12) Bouchut, Traité pratique des maladies des nouveau-nés , des enfants à la mamelle et de la seconde enfance. Paris, 1862, p. 106.
V alleix, 5 édit.
NÉVROSES
Les différents noms sous lesquels est connue cette maladie sont les suivants : tétanos intermittent (Dance), spasmes musculaires idiopathiques { Delpech), tétanie (Luc. Corvisart, Trousseau), contracture des extrémités, contracture idiopathique.
La contracture des extrémités n’est pas une maladie très-fréquente, néanmoins on l’observe beaucoup plus fréquemment aujourd’hui que dans les années précédentes, peut-être parce qu’on la reconnaît mieux. On a noté des épidémies de contracture. En 1 8 6 !2 , en 18à3 et en 1855, un nombre assez considérable de cas de ce genre fut observé à Paris, et en 18Ù6 une véritable épidémie de contracture semble avoir régné en Belgique.
Siège. — La contracture occupe le plus souvent les membres supérieurs; elle occupe moins souvent les membres inférieurs. On a remarqué que généralement les deux membres symétriques étaient pris en même temps. Cependant il existe des cas où un seul membre est atteint, et d’autres, plus rares, où la contracture occupe une moitié latérale du corps. Les muscles qui sont le siège de la contracture sont-ils seulement les fléchisseurs ou les extenseurs? Le plus souvent les membres sont dans une flexion forcée, ce qui tient à la force prédominante des fléchisseurs; mais les extenseurs sont en même temps contractés, et l’on éprouve une résistance marquée h faire exécuter au membre des mouvements artificiels.
§ H.?- Causes.
Age. ■ — Les observations recueillies jusqu’à ce jour montrent que la contracture est plus fréquente chez les enfants, principalement de 1 à 3 ans. La statistique de Lucien Corvisart montre que cette maladie peut s’observer dans l’âge adulte et même dans la seconde moitié de la vie. Cet auteur a noté 16 cas de 17 à 21 ans, 1 à 36 ans, ! à ô6 ans, 2 à ù8 ans, 1 à 52 ans, 1 à 60 ans.
Sexe. — Le sexe ne paraît pas avoir d’influence marquée sur la production de la maladie, si ce n’est dans les conditions de la paupéralité (Trousseau, Delpech).
On a cherché à expliquer la maladie par des influences professionnelles, mais on n’est arrivé à cet égard à aucune notion précise. L’influence des saisons a été également invoquée, et principalement celle du froid, d’autant plus que pour quelques auteurs la maladie se rattache de près ou de loin au rhumatisme. On a, en effet, observé plus souvent cette maladie dans la saison froide. Néanmoins les faits manquent pour établir nettement l’influence de cette cause.
On a remarqué que la contracture se montrait assez fréquemment dans la convalescence des fièvres ou des phlegmasies, et principalement à la suite de la fièvre typhoïde.
§ ni. — Symptômes.
Le début est ordinairement graduel; quelquefois on a vu la maladie survenir brusquement. Ordinairement des prodromes précèdent les symptômes caractéristiques; ce sonL les phénomènes suivants : malaise, brisement des membres, courbature, céphalalgie, vertiges.
La contracture n’est pas ordinairement le premier symptôme qui annonce le trouble de la motilité, soit que l’on considère la maladie en général, soit qu’on ue