CONTRACTURE IDIOPATHIQUE. — SYMPTÔMES
considère que les accès quelle présente. On trouve, en effet, d’abord de l’en- gourdissement et de la gêne dans les mouvements, une tension douloureuse; puis vient la roideur, la contracture qui s’empare principalement des doigts et des orteils, et qui gagne le reste des membres.
[« Aux extrémités supérieures, dit Trousseau, le pouce est énergiquement entraîné dans l’adduction forcée; les doigts, serrés les uns contre les autres, se fléchissent à demi sur lui, le mouvement de flexion ne s’opérant ordinairement que dans l’articulation métacarpo-phalangienne; la main, dont la paume se creuse par le rapprochement de ses deux bords externe et interne, affecte alors la forme d’un cône, ou celle que prend la main de l’accoucheur lorsqu’il veut l’introduire dans le vagin. » Cette forme est caractéristique. Dans quelques cas plus rares, il y a flexion telle des doigts, que les ongles s’impriment sur la peau et vont jusqu’à y produire des eschares (Hérard).
« Aux membres inférieurs, les orteils se fléchissent sous la plante des pieds, en se resserrant les uns contre les autres, le pouce se portant au-dessous d’eux, la face plantaire se creusant d’une manière analogue à la main, tandis que la face dorsale se cambre vigoureusement ; le talon est tiré en haut par la contraction des muscles postérieurs de la jambe, celle-ci est étendue sur la cuisse et la cuisse sur le bassin (1). »]
La pression circulaire, exercée sur le membre affecté, cause de la douleur et augmente la contracture. Ce fait a été signalé par Trousseau (1). Ce professeur a montré, en outre, que la pression circulaire pouvait ramener le membre à l’état de contracture et provoquer l’accès. L’explication physiologique la plus satisfaisante est que la pression arrête et condense le sang noir, qui est excitateur des muscles. Quoi qu’il en soit, le fait est digne d’intérêt et mérite d’être étudié.
Les muscles des membres ainsi contracturés sont durs, et leurs tendons sou saillants. Dans un cas, nous avons observé un tremblement marqué des membres supérieurs, principalement dans les moments d’exacerbation de la maladie. Ce symptôme n’a généralement pas été signalé.
Ce n’est pas seulement sur les muscles des membres que porte la rigidité. C’est ainsi que, chez quelques-uns des malades observés par Dance, on nota le trismus , la contracture des muscles abdominaux, et, dans un cas, une roideur des muscles postérieurs du tronc, semblable à 1 ’opisthotonos. Chez ce sujet il y avait en même temps des secousses convulsives, comme dans le véritable tétanos.
Rilliet et Barthez ont vu plusieurs fois des convulsions survenir chez les enfants trois ou quatre jours après que s’élail montrée la contracture.
On a observé, en même temps que ces troubles de la motilité, une obtusion remarquable de la sensibilité occupant les parties malades, mais jamais d’insensibilité complète.
11 est rare que les membres occupés par la contracture présentent quelque altération apparente; cependant on a cité quelques cas dans lesquels on a observé de la rougeur et un peu d 'œdème au niveau des articulations.
La céphalalgie et les vertiges, que nous avons signalés parmi les prodromes.
(1) Trousseau, op. cit., p. 149, 150.
(2) Trousseau, Clinique médicale de l’ Hôtel-Dieu, 2e édit., t. Il, art. Tétanie.
NÉVROSES
continuent quelquefois pendant le cours de la maladie, mais ce n’est pas le cas le plus fréquent. On n’observe pas de délire; mais, dans certains cas, il existe une espèce de stupeur , lorsque la maladie est violente, et surtout pendant les accès.
Quand la maladie reste bornée aux extrémités, il n’y a pas de symptômes généraux bien remarquables; mais si, comme dans plusieurs cas rapportés par Dance, l’affection est plus générale, on voit, principalement au moment des accès, survenir une grande anxiété, une gène marquée de la respiration, son accélération, et de la suffocation. L’anxiété et les douleurs sont quelquefois telles, que les malades poussent des gémissements et parfois des cris.
La face est généralement pâle ou naturelle; mais au moment des accès, lorsqu’ils sont violents, elle se colore vivement par intervalles, ce qui annonce l’apparition des douleurs.
La peau, naturelle ou légèrement humide, se couvre de sueur à la fin des accès violents.
Du côté des voies digestives, on n’observe guère qu’une diminution plus ou moins marquée de l’appétit.
Il n’est pas ordinaire d’observer de la fièvre lorsque la contracture est un peu étendue; dans les cas où elle est généralisée, on constate un mouvement fébrile quelquefois porté au point que le pouls a une fréquence démesurée, selon l’expression de Dance, ce qui portait ce médecin h donner à la maladie le nom de fièvre intermittente tétanique, et à la ranger parmi les fièvres pernicieuses. Cette manière de voir n’est pas fondée sur les faits les plus ordinaires.
§ IV- — Marche, durée, terminaison de la maladie.
Tous les auteurs, et principalement Dance et Imbert-Gourbeyre, ont insisté sur l’existence des accès qui donnent à la maladie le caractère intermittent. Dans les cas observés par Dance, les malades avaient éprouvé, un temps plus ou moins long avant leur entrée à l’hôpital (deux, trois et même quatre mois), plusieurs atteintes légères du mal. « C’était, dit cet auteur, des accès faibles et de courte durée, n’ayant rien de fixe dans leur apparition, caractérisés par des raideurs qui s’emparaient momentanément des membres, et cessaient ensuite spontanément dans ces parties. Mais, par la suite, ces accès ont été en redoublant d’intensité, affectant un type plus régulier (quotidien dans un cas, tierce dans un second, simplement rémittent dans les autres), s’accompagnant en outre de symptômes fébriles analogues à ceux d’une fièvre intermittente, si l’on en excepte toutefois Je stade du frisson, qui était en général peu ou point du tout marqué. » Cette intermitence mérite grande considération, car nous verrons, a 1 aiticlc du t / alternent , que, dans un cas observé par Tessier, on a tiré de celte circonstance une indication utile.
Il est rare que la maladie ne se compose que d’un seul accès ; il est plus ordinaire d’eu observer quatre ou cinq dans un espace variable, le plus habituellement en quinze jours. L’accès même dure quelques minutes, quelques heures, quelquefois un ou deux jours. On a observé quelques cas dans lesquels les accès étaient innombrables, indéfinis, duraient à peine ; dans ces cas l’affection avait une durée assez longue.