‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 265 sur 369 · CONTRACTURE IDIOPATHIQUE. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

CONTRACTURE IDIOPATHIQUE. — TRAITEMENT

La durée de l'affection peut être longue ; clans les cas cités par Dance, il faut faire remonter son début aux premiers accès passagers ; dans beaucoup de cas, elle est plus courte, mais il est rare qu’elle ne dure pas un certain nombre de jours.

La terminaison est ordinairement heureuse, et l’on voit les cas en apparence les plus graves se terminer par la guérison, sans qu’on emploie de médication active, ainsi que le fait observer Dance ; mais on en a cité quelques-uns qui se sont terminés par la mort, ainsi qu’on va le voir.

§ V. — Lésions anatomiques.

On n’a pas trouvé de lésions anatomiques qui se montrent d’une manière constante dans l’affection qui nous occupe. Dans un cas, Grisolle a vu un ramollissement de la moelle; dans un autre, Imbert-Gourbeyre a reconnu une injection et même des ecchymoses de la surface convexe du cerveau, un ramollissement du renflement brachial de la moelle, un teinte rosée de la queue de cheval; mais ces lésions sont trop peu constantes pour qu’on les considère connue essentielles, et, jusqu’à nouvel ordre, on doit, avec la majorité des auteurs, regarder la maladie comme due à un trouble fonctionnel.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

La contracture idiopathique se distingue du tétanos , dans les cas les plus dolents, par son intermittence si remarquable ; lorsque l'affection n’occupe que les extrémités, la confusion n’est pas possible. On a pensé qu’on pourrait la prendre pour Y ergotisme convulsif décrit par les auteurs allemands ; mais la multiplicité des symptômes, leur violence extrême, et le génie épidémique qu’on observe dans cette dernière, suffisent pour prévenir l’erreur. Quant à Y acrodynie, elle n’a pas poursymptôme ordinaire la contracture des extrémités, ce qui est un signe diagnostique suffisant.

Pronostic. — La maladie est en général peu grave. La mort est ordinairement causée par des complications de natures diverses. Cependant il est des cas de mort où la maladie n’était pas compliquée. On n’a pas signalé de phénomène particulier, sauf peut-être les convulsions chez les enfants, qui indiquent une plus grande intensité de l’affection.

§ VII. — Traitement.

L’emploi des émissions sanguines a été tenté contre la contracture idiopathique ; mais dans les deux cas cités par Dance, où elles ont été mises en usage, elles ont été inutiles (1). Cependant la saignée est préconisée par plusieurs auteurs [et notamment par Trousseau].

Le plus souvent on se contente de quelques calmants {opium, belladone, etc.). Relativement à l’o.pium, Grisolle fait observer qu’on ne l’a peut-être pas porté à une dose assez élevée, car il est rare qu’on en ait donné plus de 15 centigrammes dans les vingt-quatre heures aux adultes. L’opium à haute dose est un moyen à tenter.

(1) Dance, loc. cit., p. 20 h.

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Les antispasmodiques sont surtout conseillés par llilliet et Barthez, qui recommandent les frictions avec V éther, la teinture éthérée de digitale , Y huile camphrée. Contrairement à leur habitude, ces auteurs n’invoquent pas, pour démontrer l’efficacité de cette médication, l’autorité des faits. Les antispasmodiques ont été aussi administrés à l intérieur, et les auteurs précités recommandent en particulier Y oxyde de zinc uni « lajusquiame, comme dans les cas de névralgies; mais les réllexions précédentes s’appliquent à l’emploi de ce médicament.

Martin-Solon (1) a employé avec succès le chloroforme à l’extérieur, contre une contracture musculaire qu’il regardait comme rhumatismale ; il faisait pratiquer trois lois par jour des onctions sur les parties contracturées avec le Uniment suivant :

% Chloroforme )

Huile d’amandes douces j aa parties egnles.

On a conseillé les ferrugineux et un bon régime (Constant) dans les cas où la constitution est débile. Les toniques, et en particulier le quinquina, paraissent devoir être utiles en pareille circonstance.

Dans un cas rapporté par Dance, les bains généraux ont paru avantageux. C’ést encore une médication h expérimenter, et l’on devra essayer les bains prolongés.

Dans les cas observés par Tessier et Hermel, les vomitifs paraissent avoir eu des avantages plus marqués que les autres remèdes. Ces auteurs conseillent d’administrer à plusieurs reprises le mélange suivant :

Tartre stibié 1 centigram. | Ipécacuanha. .. 2 gram.

A prendre en une fois.

Enfin les mêmes observateurs ont cité un cas dans lequel l’affection présentait des accès mal caractérisés de fièvre quotidienne, et qui céda promptement au sulfate de quinine, il est surprenant que la marche de la maladie, sur laquelle ont tant insisté plusieurs des auteurs précédemment cités, n’ait pas engagé les médecins à user plus fréquemment de ce moyen. Saiulras (2) a observé un cas dans lequel le sut fate de quinine, à la dose d’un gramme, a eu un effet calmant très-évident.

Rappelons que, dans les cas en apparence graves, les sujets ont guéri sans être soumis à aucune médication active.

ARTICLE IL

CRAMPES ORDINAIRES ET CRAMPE DES ÉCRIVAINS

1° Crampes ordinaires. — On sait que certaines personnes sont sujettes à des crampes qui surviennent principalement dans la nuit, et qui occupent les muscles des mollets ou des pieds. Lorsque ce phénomène ne se produit que de loin en loin, il ne constitue qu’un léger accident, et ne peut être considéré comme une maladie; mais, chez certains sujets, les crampes se renouvellent toutes les nuits à

(1) Marlin Solon, Emploi du chloroforme en frictions contre la contracture musculaire (Bulletin général de thérapeutique, juillet 1849).

(2) Sandras, Bons effets du sulfate de quinine à haute dose dans le traitement des conractures ( Union médicale, 21 octobre 1849).

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des reprises plus ou moins nombreuses; elles sont très-douloureuses et troublent le sommeil. Cet état est des plus pénibles, et réclame les soins du médecin.

Nous ne chercherons pas les causes de cette affection ; elles n’ont pas été suffisamment étudiées. Quant aux symptômes, au contraire, tout le monde les connaît.

Bardslev, de Manchester (1), a trouvé un moyen bien simple d’empêcher la reproduction des crampes qui se manifestent avec tant de violence chez quelques personnes quand elles sont couchées (2). Bardslcy a été, pendant plusieurs années, tourmenté presque toutes les nuits par des crampes contre lesquelles il a inutilement employé tous les moyens usités en pareil cas. Il lut enfin frappé d’un fait qui avait longtemps échappé à son attention ; c’est que, lorsqu’il dormait dans son fauteuil, les extrémités inférieures ne touchant pas au sol, mais suspendues de manière à former un plan incliné avec le reste du corps, jamais les crampes ne venaient le troubler dans cette position. L’auteur ayant questionné plusieurs personnes, comme lui sujettes aux crampes, trouva qu’elles étaient précisément dans le même cas. Il fit donc préparer un lit en plan incliné. Dans ce but, on retrancha 12 pouces des pieds inférieurs du lit, de manière à faire incliner celui-ci de 12 pouces à partir de la tête aux pieds. Celte méthode réussit parfaitement, ce qui fut d’ailleurs démontré par la contre-épreuve suivante. Sept jours après avoir joui du bénéfice de ce nouveau plan, l’auteur, peu de temps après s’être couché, fut pris de crampes atroces qui mirent toute sa famille en alarme; le lendemain matin, il s’aperçut que son lit avait été refait d’après la méthode ordinaire par une nouvelle servante qui n’avait pas été prévenue de la manière dont il fallait le faire.

Bardsley a également fait une expérience qui lui a démontré que ce n’était pas à un régime trop succulent qu’il devait attribuer ses crampes. Un jour qu’il avait mangé très-légèrement, il essaya de se coucher en position horizontale; il ne larda pas à s’éveiller avec des crampes si violentes, qu’il lui fallait deux personnes pour lui maintenir les jambes et les cuisses pendant qu’on faisait des frictions stimulantes. L’auteur croit néanmoins que les crampes tiennent à un état maladif des voies digestives, et que si une abstinence complète des plaisirs de la table n’est pas de rigueur, il importe cependant de ne pas trop s’y livrer, si l’on veut que les nuits ne soient pas traversées par les douloureux accès auxquels on est sujet.

2° Crampe des écrivains. — Nous ne dirons que quelques mots de cette singulière affection dont les chirurgiens se sont occupés plus spécialement que les médecins. Ce n’est que depuis un petit nombre d’années que les observateurs en ont signalé des cas remarquables ; les plus connus sont ceux qui ont été publiés par les docteurs Albers, Heyfelder, Kopp, J. J. Cazenave, David, Stromever, Langenbeck et Duchenne (de Boulogne) qui a repris récemment la description de cette affection sous la dénomination nouvelle de spasme fonctionnel ou paralysie musculaire fonctionnelle (3).

Cette affection consiste dans l’impossibilité d’écrire, par suite de contractions particulières des muscles fléchisseurs, ou plus. rarement des extenseurs des doigts, quoique, en général, la main exécute facilement tous les mouvements quand il s’agit d’un autre acte.

(1) Bardsley (de Manchester), London medical Gazette, mai 1847.

(2) Bardsley (de Manchester), Simple remède contre les crampes d s extrémités inférieures '{Journal des connaissances médico-chirurgicales, 1er mars 1848, p. 115).

(3) Duchenne (de Boulogne), De l’électrisation localisée, 2U édit. , p. 928 et suiv.

NÉVROSES

La seule cause que l’on ait reconnue à cette maladie est l’action d’écrire avec continuité pendant un temps assez long.

Début. • — Comme l’affection précédente, celle qui nous occupe commence ordinairement par des accès éloignés et de courte durée, jusqu’à ce qu 'enfin la crampe se manifeste toutes les fois que le sujet veut écrire.

Les symptômes de la maladie ne sont pas les mêmes dans tous les cas. Ainsi parfois il y a une simple flexion involontaire du pouce, lorsque le malade veut faire courir la plume sur le papier : celle-ci est mal tenue, et si le mal est poussé très-* loin, l’écriture est tout à fait illisible. D’autres fois (1) l’index s’éloigne de la plume, qui ne peut être maintenue; quelquefois aussi la contraction du pouce est subite, et la plume est projetée au loin (2). Dans un cas, le pouce, l’index et le médius se fléchissaient, et ce n’est qu’après cette flexion (pic le malade pouvait écrire avec quelque facilité.

Les mouvements de la main, pour les autres actes, sont, au contraire, réguliers et faciles ; il y a néanmoins quelques exceptions à cette règle, car chez un des sujets observés par Stromeyer, le pouce était entraîné vers la paume de la main toutes les fois que le malade voulait toucher du piano.

Lorsque les sujets affectés veulent continuer à écrire malgré cet empêchement, il en résulte des efforts considérables des doigts et une grande fatigue, principalement dans le pouce.

Un très-grand nombre de traitements ont été dirigés contre cette affection. On lui a opposé les frictions irritantes , les affusions froides , les vésicatoires , les sétons, la morphine, la strychnine par la méthode endermique, la belladone, Y acupuncture, Y électro-puncture, les douches médicamenteuses, etc. Jamais ces moyens n’ont procuré de véritables succès.

[Duchenne (de Boulogne) déclare que celte affection résiste aussi à la thérapeutique faradique, quel qu’en soit le mode d’administration (3).]

Sandras (A) a fait connaître un cas qui lui a été communiqué par Lenfant, et dans lequel il a conseillé les saignées, les émollients, les ferrugineux, les narcotiques, les vésicatoires. Mais nous n’avons pas appris que ce traitement ail eu du succès.

Enfin on a plusieurs fois pratiqué la ténotomie. Dans un des cas observés par Stromeyer, la section du muscle long fléchisseur du pouce fut pratiquée ; immédiatement la sensibilité de tout le pouce diminua sensiblement; elle avait repris dès fe lendemain toute son intégrité sur la face dorsale, mais la face palmaire resta insensible pendant quatorze jours, après lesquels la sensibilité y reparut. Le quinzième jour la guérison était complète.

Ce cas est le seul de tous ceux que nous connaissons dans lequel le succès a été complet. Laugcnbcck ne produisit qu’une diminution de la maladie par la section de l’extenseur propre de l’index et du tendon de l’extenseur commun ; et dans les autres cas opérés par Dieffenbach et d’autres chirurgiens, on n’obtint aucun avan-

(1) Langenbeck, Allgem. Zcitung, 1841.,

(2) Stromeyer, Bayerisch. med. Corrcsp., 1840.

(3) Duchenne (de Boulogne), V électrisation localisée, p. 937.

(4) S. Sandras, Crampe des écrivains ( Journ . des conû. méclico-clnrurg . , 1848, p. 103, et Bulletin général de thérapeutique, 1848).

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tage de l’opération. C’est à l’observation ultérieure à nous faire connaître dans quels cas on peut le plus espérer de la ténotomie, et l’étude attentive des phénomènes apprendra aux praticiens quels sont, dans les diverses circonstances, les tendons dont on doit opérer la section.

Dans sept cas rassemblés par Cazenave, de Bordeaux (1), ce médecin a vu que la section des muscles opérée par Stromever, un cautère placé par le docteur Albert à égale distance de l’acromion et de la septième vertèbre cervicale, un serre-bras deltoïdien, sont des moyens qui ont procuré une amélioration momentanée, mais non une guérison complète. De telle sorte qu’il convient de les remplacer par l’emploi (['appareils prothétiques , dont voici la description :

Porte-plume de J. J. Cazenave. — Il consiste en un porte-plume armé de deux vis de pression et en deux cercles de caoutchouc pourvus chacun d’une vis de rappel. Cet appareil ainsi composé s’adapte parfaitement et sans gène aux trois premiers doigts de la main droite, qu’il contraint à tenir la plume. Comme les liens sont élastiques, et qu’on peut les serrer et les desserrer à volonté en recourant au mécanisme si simple des vis de rappel dont ils sont pourvus, on peut écrire ayant les doigts ainsi fixés, mais d’une tout autre façon que dans les conditions ordinaires. Les mouvements très-rapides de flexion ou d’extension n’étant pas possibles, force est d’écrire par des mouvements d’avance et de recul, qui s’opèrent dans l’articulation radio-carpienne. Cinq ou six leçons et un peu d’application suffisent pour bien apprendre cette manœuvre.

[Un malade, dont J. J. Cazenave a publié l’observation, avait été conduit h tenir sa plume entre l’index et le médius. Cet exercice, qui met en jeu les muscles interosseux et iombricaux, ne saurait être continué longtemps sans danger de voir ces muscles affectés de crampes à leur tour. On préviendra cet accident en fixant la plume à deux anneaux, ainsi que le montre la figure 1 ci-dessous. Dans ce modèle, M. Mathieu a placé en D une vis sans fin qui permet d’imprimer au porteplume le degré d’inclinaison nécessaire.

J. J. Cazenave remplace les anneaux par deux dés et fait souder le porte-plume à

(1) J. J. Cazenave, De quelques infirmités de la main qui s' opposent à ce que les malades puissent écrire. Paris, 1846, in-8, fig.

Fig. 1. — Plume fixée à deux anneaux.

‘Fig. 2. — Appareil composé de deux anneaux brisés qui fixent en même temps la deuxième et la troisième phalange de l’index, et muni d’un croissant qui fixe le pouce.

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la partie supérieure du dé qui coiffe l’extrémité de l’index. Quelquefois il réduit l’appareil à ce dernier dé, et l’instrument, pouvant rouler sur le doigt comme autour d’un axe, permet à la plume de venir se placer, ou à la partie interne, ou à la partie inférieure. Avec ce modèle le pouce n’est pas maintenu. Voici un petit appareil construit par Mathieu (fig. 2), qui fournit un point d’appui solide à ce doigt, B; le porte-plume est tenu parallèlement à l’axe du doigt indicateur, auquel il est fixé par deux anneaux A, A.

Les moyens d’immobiliser les doigts qui tiennent la plume ne sont pas toujours les mêmes; voici (fig. 3) le dessin de l’instrument que recommande J. J. Cazenave.

Fig. 3. — A, D, vis de pression fixant la plume dans le porte-plume. — B, C, E, branches métalliques ou supports du pouce, de l'index et du médius.

Le nombre et la disposition des crochets sur lesquels repose l’extrémité des doigts doivent varier dans chaque cas ; aussi les porte-plume sont construits en vue de l’attitude de la main particulière au malade. Cet instrument pèche par son manque de volume; plus ils sont gros, mieux les malades écrivent, c’est là un fait général.

De tous ces nombreux mod< les, le plus simple et le moins dispendieux est un cône de bois arrondi ou à pans coupés (fig. t\), dont le volume sera indiqué par le

Fig. A. — Cône de bois entouré d’une couche de cire à modeler.

malade. Rien n’est plus facile que d’immobiliser les doigts, il suffît de creuser des cavités. Le point qui semble le plus épineux est d’indiquer la place que doit occuper l’extrémité de chacun des doigts. On entoure la tige d’une couche de cire à modeler; le malade la saisit en prenant le soin de donner à ses doigts l’attitude qui

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prévient le plus efficacement les crampes; cela fait, il sert l’instrument et laisse dans la cire l’empreinte de l’extrémité des doigts. Il ne reste plus qu à creuser.

Modèles Duchenne. — Duchenne essaya d’immobiliser les doigts et le pouce d’un de ses malades à l'aide d’un instrument analogue à celui de J. J. Cazenave, décrit (page 777), afin que le malade n’eût aucun effort à faire pour maintenir la plume. Les spasmes semblèrent augmenter. D’autres appareils, qui maintiennent le pouce plus ou moins écarté des doigts et les phalanges dans la dernière flexion, comme la poire de Cbarrière, munie de supports, facilitèrent un peu l’écriture ; mais les spasmes n’en revinrent pas moins, quoique tardivement. Force fut alors .de le faire écrire le poing fermé et avec un gros porte-plume tenu entre l’index et e médius, ainsi que le représente la figure 5. Dans cette attitude les spasmes ne revinrent plus, et le malade s’habitua à écrire de cette manière.

On remarque, dans ce cas, que les spasmes étaient provoqués par la position de la main ou par les mouvements placés sous la dépendance des interosseux (qui fléchissent la première phalange et étendent les deux dernières). Ces spasmes cessèrent dès qu’on mit en action les muscles antagonistes des interosseux, c’est-àdire les fléchisseurs superficiels et profonds.

Un autre malade ne pouvait écrire quelques lignes sans que les phalanges de l’index et du médius ne s’infléchissent dans la paume de la main. Cette affection se montrant rebelle à toutes les médications, comme la précédente, il fallut recourir à la prothèse. Les appareils en usage furent essayés vainement par ce sujet : il ne put écrire qu’à l’aide d’une planchette sur laquelle la main reposait à plat, les doigts maintenus dans l’extension. Cet appareil a réussi dans plusieurs cas analogues, mais il dut subir de légères modifications, qui lui permettaient de répondre à des indications particulières. Ce modèle (fig. 6) se compose d’une palette circulaire ou ovale, un peu convexe à sa surface supérieure et à sa surface inférieure, portant latéralement la plume, à laquelle on pouvait donner une inclinaison plus ou moins grande. Cette plume est fixée, tantôt entre le pouce et l’index, tantôt entre l’index et le médius. Le glissement de l’appareil sur le papier est facilité par un galet roulant, placé à la face inférieure de la palette. Une des personnes aux-

quelles cet appareil a été appliqué a mieux écrit dès qu’on a eu fait élever celte palette sur un support (fig. 7). La courroie que cette personne a fait ajouter à son appareil n’est pas utile.

Fig. 0. — Planchette sur laquelle la main repose à plat.

On voit encore ici que les spasmes ont cessé, dès que, pour écrire, on n’a plus mis en action les muscles chargés habituellement de cette fonction.'

C’est surtout dans la paralysie fonctionnelle qu’il sera utile d’immobiliser les doigts. (Yoy. p. 777.)

Depuis plusieurs années, un teneur de livres éprouvait, après avoir écrit quelques lignes, une faiblesse dans les doigts qui tenaient la plume : celle-ci lui échappait fréquemment, et, pour la retenir, il devait contracter fortement les muscles qui rapprochent le pouce de l’index et du médius. Ces efforts très-fatigants, disaitil, étaient bientôt suivis d’un spasme douloureux, qui plaçait sa main en pronalion forcée, ce qui l’empêchait de continuer d’écrire. Il fit usage d’un porte-plume sur lequel les deux premiers doigts étaient immobilisés de telle sorte qu’il n’avait aucun effort à faire pour tenir sa plume. Dès lors il cessa d’éprouver le spasme des muscles pronateurs.

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Chariot de J. -J. Cazenave. — Cet instrument (fig. 8) se compose d’une planchette sur laquelle sont fixés deux montants matelasses, que 1 on éloigne ou que l’on rapproche à volonté, à l’aide de deux mortaises horizontales et de deux vis de pression. Entre ces deux mortaises existe un support qui sert de point d’appui à la paume de la main. Pour se servir de cette machine, on place la main entre les montants, que l’on rapproche de façon a s opposer aux oscillations de loigane, et l’on écrit sans s’occuper du déplacement du porte-main. Le déplacement de l’instrument est facilité par le jeu de quatre roulettes d’ivoire, placées au-dessous de la planchette d’acajou.

Fig. 8. — Chariot de J. J. Cazenave.

Ce dernier appareil est destiné par J. J. Cazenave à remédier aux effets du tremblement oscillatoire de la main droite.

A l’aide des modèles que nous avons placés sous les yeux de nos lecteurs, ils pourront donner un conseil utile, quelle que soit la forme du trouble fonctionnel pour lequel ils seront consultés, surtout lorsqu’il s’agira de prévenir la crampe des écrivains. Ils savent que l’instrument qui convient le mieux est celui qui neutralise ou empêche l’action synergique du muscle ou des muscles qui se contractent ou se paralysent pendant l’exercice de cette fonction. Ils doivent donc commencer par rechercher quels sont ces muscles, et, cette notion acquise, faire choix de la disposition qui préviendra le plus sûrement le trouble morbide.

Une question importante est celle de savoir si, dès qu’un malade a trouvé un appareil qui prévient le retour des crampes, il doit s’en servir exclusivement; ou s’il ne vaudrait pas mieux lui faire construire un second instrument, prévenant également la production du spasme fonctionnel, de manière à varier l’attitude de la main pendant l’exercice de la fonction en alternant l’usage des deux modèles.

Si les malades affectés de spasme fonctionnel doivent peu écrire, il ne saurait y avoir beaucoup d’inconvénients à leur laisser faire usage du même instrument.

Lorsque les personnes usent un peu largement de la fonction, la maladie peut s’aggraver. Nous avons vu un diplomate qui écrit beaucoup et pour lequel on a dû modifier trois fois le premier modèle. Chaque fois une amélioration a lieu, mais elle ne dure qu’un temps de plus en plus court.

NÉVROSES

Boule de Velpeau avec addition de deux supports. — Un contrôleur d’omnibus, qui alterne l’usage de deux instruments, n’a plus vu son affection s’aggraver. Il exécute ses chiffres avec la houle de Velpeau, et écrit avec le même instrument, auquel on a ajouté deux supports pour l’index et le médius (fig. 9). Il paraît convaincu des bénéfices qu’il retire de celle alternance des altitudes de la main.

Fig. 9. — Bimle de Velpeau à laquelle on a ajoulé deux supports pour l'index et le médius.

Quelle est la valeur de la prothèse pour les individus affectés de la crampe des écrivains? L’observation des faits ne nous permet pas de ranger l’intervention des appareils au nombre des agents de la thérapeutique fonctionnelle. Ces instruments rendent possible l’accomplissement de la fonction, sans mettre en jeu les puissances musculaires.

La prothèse remplace l’action des doigts, en fixant la plume à l’appareil prothétique; elle rompt la synergie musculaire, en donnant un volume considérable à l’instrument ou en y ajoutant des supports destinés à tenir le doigt affecté de spasme immobile et étranger à la fonction d’écrire : c’est donc un secours, un artifice, une suppléance et rien de plus.

Au moins dans un certain nombre de cas, plus rarement on fera appel à ce secours, moins l’affection doit s’aggraver. C’est rendre un mauvais service aux malades que de leur inspirer une confiance exagérée dans la valeur des moyens qu’on leur propose (1). ]

ARTICLE III

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