CONVULSIONS IDIOPATHIQUES DE LA FACE. — CAUSES
un passage de Rhazèsoù/ selon lui, il est question de ces convulsions idiopathiques ; mais il ne paraît pas prouvé qu’il s’agisse d’autre chose, dans ce passage, que de la paralysie du nerf facial, à laquelle, ainsi que nous l’avons vu plus haut, Rhazès donne le nom de tortura oris. Plus tard, Forestus (1) trace une courte description des convulsions de la face sous la même dénomination, et plus lard encore, Pujol en parle dans un Essai sur le tic douloureux. Mais tous ces travaux ne pouvaient pas avoir une grande portée avant la découverte de Ch. Bell. Ne connaissant pas, en effet, les fonctions spéciales de la septième paire de nerfs, ces auteurs se trouvaient embarrassés à chaque pas quand il s’agissait d’expliquer les symptômes et de distinguer les diverses maladies nerveuses de la face.
La découverte de Ch. Bell ne commença néanmoins à recevoir une application satisfaisante, dans les cas dont il s’agit, qu’à la publication du travail remarquable de Marshall Hall sur les maladies du système nerveux (2). Cet auteur cite, en effet, trois observations intéressantes, dont François a fait son prolit
Romberg (3) a citéquelques cas dont malheureusement il ne nous a pas fait connaître les détails.
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
On donne le nom de convulsions idiopathiques de la face à une affection caractérisée par des mouvements involontaires des muscles qui reçoivent l’influx nerveux de la septième paire de nerfs, mouvements qui font grimacer la face et ne s’accompagnent d’aucune douleur.
Cette affection n’est pas fréquente; on lui a donné plusieurs noms, parmi lesquels les suivants : tortura faciei, oris distortio, spasme cynique , tic non douloureux, tic convulsif, rire sardonique.
§ Et. — Causes.
Il n’est pas rare que la maladie se manifeste sans cause appréciable. Chez un sujet pour lequel nous avons été consulté, il était impossible de découvrirdans les antécédents rien qui eût un rapport évident avec la production de ces convulsions. Dans un fait observé avec soin par François, il en était de môme.
Cette affection n’a, dans les cas bien authentiques, été encore observée que chez des adultes.
Des trois cas rapportés par Marshall Hall, il en est deux dans lesquels les convulsions ont succédé promptement à l’action d’un froid vif sur la face, en sorte que cette circonstance rapproche, sous le point de vue de l'étiologie, les convulsions de la paralysie de la septième paire.
Chez quelques sujets il y avait eu des rhumatismes musculaires fréquents et étendus. Dans un cas cité par François, l’apparition d’un rhumatisme musculaire dans un grand nombre de muscles des autres parties du corps ne déplaça pas l’affection de la face.
Enfin, dans un cas recueilli par Marshall Ilall, les convulsions succédèrent à la paralysie.
(1) Forestus, Opéra omnia, lib.'X.
(2) Marshall Hall, On the diseuses and derang. ofthenerv. System. London, 1851.
(3) Romberg, Lehrbuch der Nervenkrankh. des Menschen. Berlin, 1853, Bandl.
NÉVROSES
§ III. — Symptômes.
La maladie, au point de vue de la symptomatologie, se présente sous deux formes distinctes. Dans les cas cités par François et dans celui observé par nous-même, les convulsions n’étaient pas continues : elles étaient cloniques , pour me servir de l’expression consacrée ; dans ceux, au contraire, qui ont été rapportés par Marshall-Hall, il y avait des convulsions continues, des convulsions toniques
1° C onvulsions intermittentes. — Début. — Dans les cas que nous connaissons, ces convulsions se sont développées lentement, c’est-à-dire que pendant un temps plus ou moins long, les malades n’ont éprouvé que des convulsions légères, souvent peu étendues, dans l’orbiculaire des paupières et les muscles de la joue; puis peu à peu les convulsions sont devenues plus fréquentes, plus fortes, et ont occupé tout un côté de la face, et parfois même ont envahi les muscles du cou.
Symptômes. — Ces convulsions n’ont pas dans tous les instants la même intensité; elles sont tantôt rapides et passagères, tantôt soutenues pendant dix, douze secondes et plus. Elles se reproduisent à des intervalles variables, mais ordinairement très-courts, et ne laissent pas les malades tranquilles pendant plus d’une, deux ou trois minutes. Quelquefois cependant le repos peut être plus prolongé : c’est ainsi que le sujet dont nous avons parlé plus haut n’éprouvait pas de convulsions pendant dix minutes et même un quart d’heure, lorsqu’il était fortement préoccupé par une cause quelconque ; puis il avait deux et trois fois par minute des convulsions plus ou moins violentes.
Dans le premier fait recueilli par François, on observait ce qui suit (ce fait peut être regardé comme un type): Les convulsions occupaient toujours simultanément les muscles superficiels de la face, de sorte qu’on voyait et qu’on sentait très-bien par l’application de la main, se convulser à la fois le haut du front, le sourcil, l’orbiculairc des paupières, la racine et l’aile du nez, la partie moyenne de la joue, la commissure des lèvres, la houppe du menton, le muscle peaucier, ce qui donnait à la moitié de la face l'expression du rire avec tiraillement plus ou moins considérable du nez et de la bouche vers le côté malade. Ces mouvements convulsifs 'ne pouvaient être ni prévenus ni entièrement réprimés; cependant ils étaient ou paraissaient moins énergiques lorque le malade ouvrait ou fermait la bouche avec un certain degré de force, car la mastication s'exécutait parfaitement bien , et le bol alimentaire était promené avec une égale facilité à droite et à gauche. La parole et la préhension des aliments étaient gênées, mais nullement empêchées pendant les contractions, dont les intervalles, le plus souvent très-courts, se prolongeaient quelquefois pendant douze et quinze minutes, et alors la face était mue librement d’un côté comme de l’autre. Il y avait, du reste, immobilité absolue du muscle stylo-hyoïdien et du ventre postérieur du digastrique, ce qui, ainsi que le fait remarquer François, prouve que la maladie portait sur le nerf facial, non dans un point rapproché de son origine, mais à sa sortie du canal de Fallope, au point où il devient superficiel.
Cette description peut très-bien s’appliquer au cas que nous avons observé, sauf que, même dans les moments du plus grand calme, Y œil du côté gauche (côté affecté) paraissait un peu plus petit que l’autre, par suite d’une contraction du muscle orbiculaire.