CONVULSIONS IDIOPATHIQUES DE LA FACE. — DIAGNOSTIC, PRONOSTIC
Un caractère important de la maladie, c’est qu 'aucune douleur ne se fait sentir <lans la partie convulsée, et cette circonstance sépare profondément les convulsions idiopathiques de la face de ces convulsions souvent violentes qui accompagnent la névralgie trifaciale.
La sensibilité du côté affecté n’est nullement altérée.
Cette affection n’empêche pas toutes les fonctions de s’exécuter parfaitement ; aussi les malades ne présentent aucun signe de dépérissement. Chez le sujet dont nous avons déjà parlé, plusieurs fois les convulsions avaient empêché momentanément le sommeil ou avaient occasionné des réveils en sursaut. Mais, en général, le malade était parfaitement calme pendant son sommeil, ce qui lui avait été dit par plusieurs personnes qui l’avaient vu dormir. C’est un point sur lequel l’attention •des observateurs n’a pas été suffisamment fixée.
2" Convulsions continues. — C’est, comme nous l’avons dit plus haut, dans les observations rapportées par Marshall-Hall qu’il faut chercher des exemples de cette forme de la maladie.
Début. — Ces convulsions continues peuvent, si l’on s’en rapporte à l’un des faits .cités par Marshall-Hall, parvenir beaucoup plus rapidement que les précédentes à leur plus haut degré d’intensité. Peu de temps (quelques heures) après avoir été .soumis à l’action du froid, les muscles d’un côté de la face furent, dans un cas, atteints de contractions convulsives, et voici quel était, dans les trois cas, l’état du côté malade :
Angle de la bouche dirigé en bas , sourcil élevé, fossettes au-dessous du sourcil, fossette du menton très-prononcée, pointe du nez tirée vers le côté malade.
Tous les phénomènes deviennent beaucoup plus marqués lorsque le malade veut rire et lorsqu’il éternue.
La mastication se fait du côté non affecté; le bol alimentaire se ramasse de ce côté; les sujets ne peuvent pas siffler ; la prononciation de quelques lettres, et surtout des sifflantes, est un peu difficile.
Il y avait dans ce cas un peu d’engourdissement de la sensibilité, mais jamais perte complète.
Ces convulsions sont continues ; cependant il n’est pas rare de voir dans certains moments, un mouvement spasmodique rendre plus apparente encore la déformation de la physionomie.
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La maladie, après s’être produite avec une rapidité très- variable, reste stationnaire, sans qu’on l’ait vue encore se terminer d’une manière favorable, soit spontanément, soit sous l’influence d’un traitement quelconque.
§ V. — Lésions anatomiques.
Dans la grande majorité des cas, cette affection est de celles qu’on ne saurait rapporter qu’à un trouble nerveux dont nous ne pouvons pas, à l’aide de nos movens d’investigation, trouver la cause énergique.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Il est difficile de confondre cette maladie avec une autre affection. Ce défaut ab- Valleix, 5 e édit. , 1 — 50
N fi V R OSES.
solu de douleur suffit pour la faire distinguer des convulsions qui accompagnent 1;» névralgie trifaciale. Une observation très-superficielle pourrait seule faire prendre pour des convulsions de la face une paralysie du nerf facial, et faire croire que le côté sain est convulsé. Les signes donnés dans un des articles précédents (1) sont trop caractéristiques pour avoir à insister sur ce point.
On \ oit quelquefois des tics dus a I habitude de simuler les convulsions dont il s agit. Ou les dist inguc facilement parce que les sujets les suspendent par la force* de la volonté.
Enfin, chez quelques personnes hystériques, il y a des mouvements involontaires accompagnés de cris, de paroles étranges, qui ressemblent à ces convulsions ; nous en dirons un mol dans la description de l’hystérie. (Voy. chap. IY.)
Pronostic. — Si l’on ne considère que le danger que peut avoir la maladie pour l’existence ou pour la constitution du malade, la gravité du pronostic est nulle : mais il n’en est pas de même quand on a égard à la persistance de cette incommodité, malgré lous les traitements qui paraissent le mieux appropriés. Sous ce point de vue, c’est une affection très-fâcheuse.
§ VII. — Traitement.
L’emploi de tous les moyens, sauf la ténotomie dans un cas dont nous dirons un mot plus loin, ayant complètement échoué, ce n’est plus d’après l’expérience que nous pouvons nous guider, mais seulement d’après des idées théoriques dont on n’a obtenu aucun résultat satisfaisant. Une simple énumération est par conséquent suffisante.
On a employé les émissions sanguines locales ; elles ont complètement échoué. On a recommandé les frictions avec la pommade de belladone, de datvra stramonium, de tabac, faite par incorporation de l’extrait de ces substances à l’axonge : les conv ulsions ont résisté. La morphine, la vératrine, la strychine par la méthode endermiquo, ont été mises en usage par François; mais elles n’ont pas eu d’action sur les convulsions. Pour l’emploi de la strychnine par la méthode endermique. qui est la plus dangereuse de ces applications, on doit agir comme dans le traitement de la paralysie consécutive à une hémorrhagie cérébrale (2).
On a encore essayé l’application du froid (affusions, fomentations, etc.); mais les malades n’en ont retiré aucun soulagement. Les vésicatoires sur la partie malade, dont le succès dans la névralgie et même, dans la paralysie faciale est incomplet, n’ont pas un résultat plus avantageux dans la maladie dont nous nous occupons.
Rombcrg (de Berlin) conseille la compression continue au moyen d’un bandage auquel est adaptée une pelote qui presse sur les muscles. Cette médication ne parait devoir être que palliative.
A l’intérieur, on a prescrit les toniques, les ferrugineux, les amers, les vermifuges ; mais on n’a pas mieux réussi à l’aide du traitement interne qu’à l’aide des moyens externes. Romberg recommande le borax ; mais a-t-il obtenu de bons effets en administrant celte substance, dont il associe l’emploi à celui de la compression? C’est ce que nous ne saurions dire.
(1) Voy. article VIII, Paralysie delà septième paire (Hémiplégie faciale).
(2) Voy. cette maladie, t. II, liv. :1V, chap. 1.