HYDROPHOBIE NON RABIQUE
C’est une affection rare ; elle a pour causes principales la peur , soit d’avoir été mordu par un chien enragé ou un hydrophobe, soit d’avoir contracté la rage en communiquant avec un individu affecté de cette maladie. Les vétérinaires ont reconnu chez le chien une espèce de rage qui ne se communique pas. Si une personne est mordue par un chien affecté de cette maladie, la terreur peut la rendre hydrophobe. Enfin l’hydrophobie rabiforme peut être causée par une grande frayeur qui n’a aucun rapport avec aucune espèce de rage. Nous en avons vu un exemple frappant dans le service de Louis, à la Pitié, chez une jeune fille qui, conduisant une charrette, avait failli écraser un enfant. Tous les symptômes de la rage se manifestèrent peu de jours après cette émotion vive. Viennent ensuite des causes moins importantes: la suppression des menstrues ou d’un autre flux ; la morsure d’un animal furieux; la chaleur , le froid, etc.
L’hydophobie rabiforme a une incubation comme I’hydrophobie rabique; mais il y a cela d’important à considérer, que tantôt elle se développe beaucoup plus tôt que celle-ci (quelques heures après l’accident), et tantôt elle ne se manifeste qu’après plusieurs années et lorsqu’on ne peut plus raisonnablement attribuer la maladie au virus rabique, mais bien à l’influence de l’imagination frappée.
Le début est quelquefois subit ; d’autres fois il est précédé de symptômes nerveux plus ou moins alarmants, tels que la tristesse, l’inquiétude, les cauchemars, les frayeurs, les pendiculations. On peut aussi ranger parmi ces symptômes précurseurs divers troubles de la digestion.
Symptômes. — Le premier symptôme caractéristique est 1 ' horreur des liquides, un sentiment pénible au contact de l’air frais, à la vue des corps brillants ; en même temps se montrent la constrictionde la gorge, h sputation, les convulsions, h perte de l'appétit, en un mot les symptômes propres h la rage (voy. Hydrophobie rabique). Il faut ajouter que plusieurs malades manifestent des envies de mordre , et mordent même les personnes qui leur donnent des soins. Nous verrons plus loin quelle est la valeur de ce signe.
Dans quelques cas il n’y a qu’une simple horreur des liquides avec tristesse plus ou moins grande : c’est l’hydrophobie dans sa plus simple expression. Dans d’autres cas, les prodromes existent seuls.
L’hydrophobie rabiforme peut être de très-courte durée (quelques heures) ou se prolôuger fort longtemps (plusieurs années). Cette durée est importante à constater, parce qu’on n’observe pas ces deux extrêmes dans l’hydrophobie rabique.
L’hydrophobie rabiforme se termine souvent par la guérison. C’est là une différence capitale entre elle et la rage, et l’on doit admettre, avec Chomel, que les cas de guérison qu’on a cités appartiennent à cette hydrophobie spontanée; car de tous ceux où il a été bien démontré que la rage avait été communiquée par un animal, il n’en est pas un seul qui ne se soit pas terminé par la mort.
Il n’est pas de lésion anatomique qu’on puisse attribuer à l’hydrophobie rabiforme.
La seule affection avec laquelle on puisse confondre cette hydrophobie est la rage. Le premier élément du diagnostic se trouve évidemment dans l’existence ou l’absence de la cicatrice résultant d’une morsure. S’il en existe une, c’est une présomption en faveur de la rage, mais ce n’est pas encore une certitude, car l’animal pouvait être simplement irrité, et non enragé. Il faut examiner la cicatrice.
NÉVROSES
car nous verrons que, dans la rage, il arrive quelquefois que cette cicatrice présente quelques caractères importants (1). En l’absence de ces caractères, la difficulté est grande; cependant on peut arriver au diagnostic en ayant égard aux circonstances suivantes : L 'hydrophobie s’cst-elle déclarée au bout de quelques heures ou de peu de jours, on a des présomptions en faveur de l’hydrophobic rabiformc; ne s’est-elle déclarée qu'au bout d’un très-long temps (plusieurs mois, un an, plusieurs années), on a des motifs de poser les mêmes conclusions. Le délire, la fièvre, l’envie de mordre, appartiennent à l'hydrophobie rabiforme. Enfin, si la maladie dure très-longtemps, on doit admettre l’existence de cette dernière affection, car la rage se termine par la mort, du troisième au cinquième jour.
La guérison, avons-nous dit, est assez fréquente; mais il faut ajouter que, de leur côté, les cas de mort ne sont pas très-rares, en sorte que le pronostic ne manque pas de gravité. La grande intensité des symptômes est le seul signe auquel on reconnaisse eette gravité.
Il n’est pas un seul fait à l'abri de toute critique qui démontre la contagion de crtte maladie.
Le traitement doit être divisé en moral et en physique. Le traitement moral consiste à démontrer, si l'on peut, à l’individu mordu, que le chien est bien portant. Si on ne le peut pas, il faut mettre en usage le traitement préventif de la rage, dans le cas où le sujet n’a encore que des prodromes. Si le malade a foi dans certaines pratiques, s’il croit à l’eflicacité de quelque traitement empirique, il faut bien se garder de le détourner d’y recourir. Enfin, s’il ne reste d'autres moyens que le raisonnement, il faut citer des faits et chercher tous les moyens de conviction qui peuvent paraître efficaces, suivant l’état social et le caractère de l'individu.
Le traitement physique est uniquement dirigé contre les symptômes; c’est en dire assez, car il s'ensuit que la pléthore doit être combattue par les émissions sanguines; que les accidents nerveux exigent les antispasmodiques , etc., etc. Il est à peine utile d’ajouter que les médicaments doivent être assez souvent introduits par le rectum, car la déglutition peut être impossible. Les bains prolongés ont été souvent utiles.
ARTICLE VII