ARTICLE XL APOPLEXIE NERVEUSE
C’est une question en litige de savoir s’il peut exister réellement une apoplexie nerveuse, c’est-à-dire un état en tout semblable à l’hémorrhagie cérébrale, sans qu’il y ait aucune lésion apparente du cerveau. Abercombrie et quelques auteurs ont cité des faits dans lesquels, après avoir observé pendant la vie tous les phénomènes de l’apoplexie (perte de connaissance, paralysie du mouvement et du sentiment d’un côté du corps, déviation de la langue), on n’a trouvé, après la mort, aucune lésion appréciable. Nous pourrions citer ici d’assez nombreux exemples de cette affection, qu’Aberc.rombie appelle apoplexie simple (A) ; nous pourrions faire connaître l’opinion de Willis, qui attribuait la maladie à une stupéfaction des méninges; celle de Nicolaï, qui n’y voyait qu’un spasme de ces membranes, etc.;
(1) Ambroise Paré, Œuvres complètes , édition Malgaigne. Paris, 1840, t. II, p. G 18.
(2) Thillaye, Rapport lu à la Société de médecine en août 1813.
(3) Duchenne (de Boulogne), Électrisation localisée , Paris, 1861, chap. xix. — Bouvier, Rapport sur un mémoire de Duchenne : Orthopédie physiologique de la main ( Bulletin de l’Académie de médecine , 1857, t. XXII, p. 851). — Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1806, t. IV, art. Avant-uiuvs, p. 272 et 273.
(4) Abercrombie, Rcch. pathol. sur lesmaladies de l’encéphale. Paris, 1835, p. 291 et suiv.
NÉVROSES
mais il suffit do constater l’existence de ces cas, auxquels kortum a donné, le premier, le nom (Y apoplexies nerveuses, cas qu’il faut bien distinguer de plusieurs autres qu’on a désignés sous le même nom, et qui néanmoins sont de véritables hémorrhagies ou des congestions cérébrales. Grisolle (1) a rapporté un cas de ce genre, dans lequel le cerveau a été examiné jusque dans ses plus petites parcelles, et nous-même nous avons vu dans le service de Louis un sujet qui, après avoir succombé à la suite d’une attaque d’apoplexie, avec perte complète de connaissance et hémiplégie, n’a présenté aucune lésion cérébrale, quoique l’investigation ait été, on peut le dire, des plus minutieuses.
Faut-il admettre qu’il y a eu une lésion apparente, qui aurait disparu après la mort? Rien ne le prouve. Est-ce h dire qu’on puisse concevoir celte maladie cérébrale (car évidemment le cerveau est le siège du mal) sans aucune lésion de l’organe ? Non, sans doute. Cette action est inappréciable pour nous, et l’on ne dira pas qu’il existait un ramollissement qui aurait échappé à toutes les recherches; on peut le supposer pour quelques cas observés avant que le ramollissement fût bien connu; mais il ne saurait en être ainsi pour les deux derniers, la consistance du cerveau ayant été explorée dans les plus petites parties.
Faut-il, avec quelques auteurs, ne voir dans ces faits que des affections hystériques qui se seraient terminées par la mort? On sait (pie, dans quelques attaques d’hystérie, il survient une paralysie parfois très-étendue et très-complète, qui se dissipe au bout d’un certain temps sans laisser de traces. Le fait, ainsi expliqué, n’en serait pas moins curieux; mais il faut remarquer que les sujets chez lesquels on a observé les phénomènes dont nous venons de parler n’avaient point eu antérieurement d’attaques d’hystérie; que la plupart étaient des hommes, et que leur apoplexie n’a pas commencé par des convulsions, en sorte que l’explication n’est guère acceptable.
ARTICLE XII