CHORÉE. — CAUSES
Sexe. — L’influence du sexe n’est pas moins remarquable : Rufz a trouvé 51 garçons et 138 filles choréiques. La même prédominance du sexe féminin a été constatée anx autres âges par presque tous les auteurs.
Puberté. — La maladie étant notablement plus fréquente aux environs de la puberté qu’aux autres âges de l’enfance, on a regardé la modification qui survient à cette époque dans l’organisme comme la cause prédisposante par excellence (Bouteille, Cullen et Sydenham); mais la maladie ne laisse pas que d’être fréquente de six à dix ans, c’est-à-dire à une époque encore éloignée de la puberté (Rufz). Si cette explication peut être donnée quand il s’agit des jeunes filles, il n’en est plus de même relativement aux jeunes garçons, chez lesquels l’époque de la puberté arrive un peu plus tard, et enfin nous avons vu plus haut le résultat des recherches de G. Sée, qui est contraire à cette opinion.
Constitution. — De 18 enfants chez lesquels la constitution a été notée avec soin, Rufz trouve <[ue 15 sont plutôt maigres que gras, plutôt faibles que forts ; 3 jeunes filles de treize à seize ans étaient évidemment robustes ; la plupart des enfants étaient blonds ou châtains, et deux étaient très-bruns.
Hérédité. — Sur 18 sujets, Rufz n’a rencontré que deux fois deux choréiques dans la même famille; mais d’autres auteurs ont cité quelques faits un peu plus remarquables.; ainsi Stiebel (1) parle de plusieurs familles dans lesquelles la chorée était fréquente. L’influence de l’hérédité est très-peu considérable; Rilliet et Barthez, en particulier, n’en ont jamais constaté un seul exemple.
G. Sée (2) a trouvé que si la chorée elle-même se transmet très-rarement, il n’en est plus de même du rhumatisme, qui, suivant ses recherches, est la cause principale de la chorée. On voit, dans les cas qu’il a recueillis, des rhumatisants avoir des enfants choréiques, ceux-ci en avoir des rhumatisants, et, de cette manière, ce serait le principe de la maladie, et non l'affection elle-même, qui serait transmis.
Saisons, climats. — Nous avons vu la danse de Saint-Guy débuter dans toutes les saisons, mais plus fréquemment en été : il ne paraît pas que le climat exerce la même influence que la saison, puisque la chorée, presque inconnue dans les climats très-chauds, est au contraire fréquente dans les régions septentrionales.
Les recherches de G. Sée, et après lui celles de Botrel, ont complètement confirmé ce résultat. G. Sée a, en outre, constaté que Y habitation dans un lieu bas et humide est une cause prédisposante dont l’action est incontestable.
On cite les etudes prématurées, une éducation efféminée (Bernt), les vices scrofuleux et rachitiques (Jàger), et d’autres influences plus hypothétiques encore.
2° Causes occasionnelles. — Les parents ont une trop grande tendance à attribuer la chorée à la frayeur. Sur les 18 malades observés par Rufz, onze fois les parents regardaient la peur comme cause delà maladie ; mais en y regardant de plus près, on s’aperçoit que, assez fréquemment, cette opinion n’est pas soutenue, et Guersant pense que, dans un bon nombre de cas, si les petits malades ont manifesté de la frayeur, c’est que déjà ils étaient fortement disposés à la maladie, ou même en présentaient de légers symptômes.
(1) Stiebel, Casper’s Wochenschrift, \ 83G.
(2) O. Sée, Mémoires de V Acad, de médecine , t. XV.
NÉVROSES
« Les accès violents de colère , disent Guersant et B lâche, les (/rondes contrariétés , Va jalousie, la masturbation , la suppression des règles, ont paru plusieurs fois déterminer l’apparition de cette maladie. » Gcorget (1) dit aussi qu’on l’a observée quelquefois à la suite desaltaques d 'épilepsie et d’ hystérie.
Coups , chute. — Bouteille a rapporté deux cas dans lesquels la chorée s’est manifestée à la suite d’une contusion à la tète (coups, chute) ; mais les auteurs récents qui ont étudié ce point d’étiologie avec un grand soin, n’ont pas observé de faits semblables. Dans un cas seulement, Rilliet et Barthez ont pu soupçonner un coup reçu sur la tempe d’avoir occasionné la maladie.
La chorée se développe, dans un certain nombre de cas, soit dans le cours d’une affection occupant le tube intestinal , soit immédiatement après (Guersant). Bouteille rangeait ces cas dans l’espèce désignée sons le nom de deuteropathico.
Un nombre considérable d’auteurs ont attribué la chorée à la présence des vers dans les intestins; mais Blache n’a jamais constaté l’existence des ontozoaires dans les cas soumis à son observation, et, de plus, il rappelle que maintes foison a pu expulser des vers en assez grande quantité, sans pour cela faire cesser les symptômes de la chorée.
Imitation. — Cette cause a été admise par beaucoup de médecins du siècle dernier. On a regardé comme une chorée cette affection nerveuse qui se propageait dans l’hôpital de Harlem, avec une facilité si grande, que Boerhaave fut obligé de menacer les enfants de se servir du cautère actuel pour faire cesser celte espèce d’épidémie; mais est-il certain que ce fût la chorée? Ce dont on ne peut douter, c’est qu’aucun des auteurs qui ont étudié les faits avec attention et avec une connaissance entière de la maladie, n’a vu un exemple évident de chorée par imitation, bien qu’ils aient observé dans des hôpitaux où les enfants choréiques sont pêle-mêle avec les autres malades.
J. Frank nous a signalé encore beaucoup d’autres causes occasionnelles; mais il ne faut qu’un coup d’œil jeté sur le passage où il traite des causes déterminantes, pour s’assurer que très-souvent les auteurs qu’il a consultés ont fait des erreurs de diagnostic et ont pris pour la chorée d’autres affections nerveuses, telles que les convulsions causées par la dentition , le tremblement déterminé par le mercure , la paralysie causée par le plomb , les accidents nerveux produits par la morsure de certains animaux venimeux.
Viennent ensuite d’autres causes dont il est à peine nécessaire de parler, tant elles sont banales. Ce sont la suppression de la sueur des pieds, la suppression trop rapide des ulcères, (les maladies de la peau, de divers flux, etc.
H reste une cause à citer : c’est l 'influence épidémique. On connaît les épidémies citées par Mézerav, Cullen et le docteur Hccker (2) ; mais il est douteux que la plupart d’entre elles puissent être rapportées à la chorée plutôt qu’à d’autres affections nerveuses. Les auteurs les plus récents n’ont rien observé qui ressemblât à une épidémie.
Rhumatisme. — D’après les recherches de Sée, Hughes et Botrel, non-seulement il v aurait des cas où la chorée serait de nature rhumatismale, mais celte
(L) Gcorgel, Dictionnaire de médecine en 21 volumes, art. Épilepsie, lrc édit., t. XII,
(2) llecker, Mémoire sur ta chorée épidémique du moyen âge (Ann. d'hygiène, 183'j).
CIIOBÉE. — SYMPTÔMES.
maladie serait, dans l'immense majorité des cas du moins, sous la dépendance immédiate du rhumatisme, ou, en d’autres termes, elle serait une manifestation particulière du vice rhumatismal. C’est sur des recherches nombreuses et faites avec grand soin que cette opinion s’est établie.
Des faits de chorée succédant au rhumatisme ou coïncidant avec lui avaient été publiés par Stoll, Bouteille, Copland, etc. Bright (1), avec sa sagacité ordinaire, avait entrevu le rapport de la chorée et du rhumatisme ; mais il restait à généraliser le fait, et c’est la tâche qu’a remplie Germain Sée, à l’aide d’une analyse exacte de 128 cas de chorée soigneusement observés, et dans lesquels il a vu la chorée succéder, dans la majorité des cas, au rhumatisme articulaire ou coïncider avec lui, ou enfin le précéder de peu de temps. Aussi, pour lui, la chorée n’est-elle autre chose que l’expression symptomatique du rhumatisme fixé sur le système nerveux. Les recherches de Hughes l’ont conduit aux mêmes conclusions.
Quant à Bolrel, il n’a, sur 82 cas qu’il a rassemblés, vu manquer la cause rhumatismale que 13 fois, ou plutôt les renseignements ont été insuffisants, car t\ fois seulement, il lui a été affirmé que les malades n’avaient pas eu de rhumatisme.
L’opinion de ces médecins mérite, comme on le voit, d’être prise en grande considération, et nous fait envisager la chorée sous un nouveau point de vue.
Beghie (2) a cité des faits en faveur de la relation qui existe entre le rhumatisme et la chorée.
Gabb (3) a également rapporté un cas dans lequel la coïncidence de cette maladie et du rhumatisme articulaire aigu est des plus remarquables, et les faits de ce genre tendent à se multiplier.
Dans les cas recueillis par Eisenmann (ô), au contraire, le rhumatisme n’a été noté qu’un très-petit nombre de fois, et cependant cet auteur attache une grande importance à cette cause.
§ III. — Symptômes.
Il faut diviser, pour la description des symptômes, la chorée en générale et en partielle. Pour ces deux variétés, le début est ordinairement le même, de telle sorte qu’on ne peut pas prévoir d’avance si elle occupera toutes les parties du corps, ou si elle restera bornée à quelques-unes.
Prodromes. — On a cité un certain nombre de phénomènes précurseurs que quelques auteurs, et en particulier Copland, regardent comme à peu près constants, tandis que beaucoup d’autres les considèrent comme assez rares. Ces phénomènes sont une irascibilité plus ou moins grande, du malaise, de l’abattement, des troubles digestifs consistant principalement dans le dérangement de l’appétit et dans la constipation. Dans un cas, llilliet et Barthez ont constaté l’existence de vomissements et d’un peu de diarrhée pendant huit jours avant le développement de la chorée; mais ces mêmes auteurs, ainsi que Rufz, Blache et Guersant, ont noté.
(1) Richard Bright, Cases of spasmodic disease accompanying affections of the péri cardium (Med.-chir. Trans. of London, 1839, t. IV, p. 1).
(2) Beghie, Monthly Journ. of mcd. science, avril 1847.
(3) (labb, Provincial medical and surgical Journal, 1848.
(4) Eisenmann., loc. cil.
NÉVROSES
d’après un interrogatoire attentif, qu’en général l’affection débute sans prodromes par le trouble des mouvements qui va être décrit.
Début. — Le début, qui consiste dans une certaine perturbation des mouvements, se fait remarquer par une agitation bornée soit à un membre (ordinairement un des deux membres supérieurs), soit à deux membres à la fois, soit même seulement aux doigts d’une main. Il est ordinaire de voir en même temps, ou peu de temps après, quelques mouvements irréguliers de la face, d’où résultent des grimaces passagères pour lesquelles les enfants sont bien souvent punis. Au bout d’un temps variable, la perturbation des mouvements augmente en intensité et en étendue, et la maladie est confirmée. On a cité quelques cas dans lesquels presque toutes les parties du corps ont présenté, dès le début, des convulsions choréiques, mais ces cas sont de beaucoup les plus rares.
chorée générale. — Le symptôme capital est le trouble, singulier que présente la motilité. Les mouvements involontaires sont si irréguliers, qu’il est difficile de les faire entrer dans une description méthodique. Pour tâcher d’y parvenir, il faut nécessairement passer en revue les diverses parties du corps.
Du côté des membres supérieurs, on voit les doigts s’agiter d’une manière trèsvariable. Pour bien constater ce phénomène, il faut faire placer la main, étendue et en pronation, sur un plan solide ; on voit, alors les doigts se fléchir, s’étendre, se rapprocher, se porter l’un sur l’autre, s’écarter de la manière la plus diverse. Par le même moyen on constate les contractions involontaires des muscles de l’avantbras et du bras, caria main se trouve tantôt lléchie, tantôt étendue, tantôt portée en supination, pour être ensuite brusquement ramenée en pronation; puis tout à coupla main quitte le plan sur lequel elle reposait, l'avant-bras se fléchit, et un moment après il s’étend de nouveau. Lorsque la chorée est portée à un haut degré.
les mouvements involontaires des muscles du bras et de l’épaule deviennent trèsmarqués, et le membre est projeté irrégulièrement dans une grande étendue : ainsi la main est. portée vivement derrière la tête, puis ramenée le long du corps, ou bien le bras s’étend brusquement; il en résulte des gesticulations ridicules. Un très-bon moyen pour juger de l'étendue des contractions involontaires des muscles des membres supérieurs consiste h faire boire les malades : il y a d abord de 1 hésitation, de la maladresse dans la manière dont ils saisissent le verre; puis, quand ils l’ont saisi, au lieu de le porter directement à leur bouche, ils font des écarts à
droite et à gauche, en haut et en bas; ils le rapprochent, puis l’éloignent tout à coup, jusqu’à ce qu’enfin, après des tergiversations plus ou moins nombreuses, ils le portent à leur bouche, le saisissent avec les dents pour le fixer et le vident presque d’un seul trait. Si les malades veulent prendre, sur un plan vertical, un objet délié, comme une épingle, ils s’en approchent, s’en éloignent, et finissent par le prendre brusquement dans l’intervalle de deux convulsions.
Les troubles de la motilité des membres inférieurs se font d’abord remarquer dans la station; les jambes se fléchissent, s’écartent tour à tour de la verticale, sont agitées de mouvements divers. La progression est encore assez facile, mais bientôt elle devient difficile, parce que les contractions involontaires surprenant les malades au moment où ils vont poser le pied par terre, il y a constamment imminence de la perte de l’équilibre. Puis enfin, au bout d’un certain temps, ils bronchent presque à chaque pas, et la maladie faisant des progrès, ils finissent par présenter une dé-
CHORÉE. — SYMPTÔMES. 8/1
marche singulière et ridicule que Sydenham a comparée à celle des idiots, et un sautillement irrégulier : d’où cette apparence de danse qui a fait donner son nom à la maladie. A un degré plus avancé, les malades tombent fréquemment pendant la progression, et, plus tard encore, ils sont forcés de rester couchés. Alors si on les examine au lit, on voit que les membres inférieurs, comme les supérieurs, sont agités de mouvements désordonnés.
Les muscles de la face participant à la maladie, il en résulte des contractions qui font grimacer fortement le visage: c’est un tic, une espèce de rire sardonique, un spasme cynique, enfui des convulsions ressemblant assez à celles que nous avons décrites page 78 k (1), mais plus désordonnées encore. Dans les cas les plus graves, « les yeux , suivant la description de Itufz, sont dans une rotation continuelle; les lèvres sont fermées ou béantes; le malade tire la langue involontairement. Toute la face est dans une grimace continuelle. »
Ces convulsions s’étendent souvent aux muscles du cou , et la tète est alternativement portée dans divers sens. J. Frank rapporte l’exemple d’un Polonais qui avait des contractions du cou tellement fortes, que la tête venait brusquement toucher l'épaule. « J’ai vu, dit Blache, des enfants chez lesquels la fréquence de ces mouvements avait occasionné des excoriations à la partie postérieure de la tète. » Suivant le même auteur, ces excoriations peuvent se trouver sur le tronc et sur toutes les grandes articulations, et elles sont le résultat des grands mouvements convulsifs dans ces diverses parties.
Lorsque la chorée affecte les muscles de la langue et du larynx, il existe une difficulté plus ou moins grande dans l’exercice de la parole ; quelques malades bégayent ou balbutient; il en est qui ne peuvent articuler un seul mot; enfin on en voit qui font entendre une sorte d’aboiement comparable à celui du chien. Blache a observé, en 1821, à l’hôpital des Enfants, un jeune enfant qui présentait ce phénomène remarquable, et a donné des soins à une jeune fille de huit à neuf ans chez laquelle on remarquait quelque chose d’analogue, les mouvements choréiques étant d’ailleurs bornés, dans ce cas, aux muscles du larynx.
Le tronc , dans les cas où la maladie présente une certaine intensité, participe à cette perturbation des mouvements, et de là des inflexions variables, une agitation presque continuelle du corps, qui, dans l’état de veille, ne laisse presque aucun repos aux malades. Ces mouvements involontaires sont quelquefois portés à un tel degré que les enfants tomberaient si on ne les attachait dans leur lit.
Cette perturbation des mouvements, cette agitation choréique augmentent ordinairement d’intensité lorsque les malades, presque toujours timides et irritables, s’aperçoivent qu’ils sont examinés avec curiosité. Les émotions morales de toute nature ajoutent aussi à la fréquence et à l’étendue des convulsions.
Pendant le sommeil des malades, on voit ordinairement les convulsions cesser d’une manière complète. Lorsque la maladie est portée au plus haut degré, l’agitation continue pendant la nuit, mais c’est en général parce que les malades ont un sommeil interrompu, et que les convulsions se produisent pendant la veille. Dans tous les cas, les convulsions se montrent presque immédiatement après le réveil, et parfois le réveil est précédé du retour des mouvements involontaires.
(1) Chap. III, art. m, Convulsion de la face, p. 78à.
NÉVROSES
Los variations atmosphériques ne paraissent pas apporter de différences notables dans les mouvements choréiques.
Au trouble de la motilité se joint un trouble aussi remarquable de la sensibilité ■morale; à mesure que les malades s’agitent, ils pleurent, poussent des cris, s’épouvantent aux moindres surprises (Rufz). On voit que ces symptômes, que nous avons signalés comme phénomènes précurseurs, loin de se dissiper lorsque la maladie fait des progrès, font au contraire des progrès avec elle.
Bouteille a rangé parmi les symptômes de la chorée un certain degré d 'a/Jaiblissement cle l’intelligence, et même un commencement d’imbécillité; Rufz et Blache se sont assurés que cette assertion est inexacte relativement à la chorée récente. Rufz a entendu dire que les enfants affectés de cette maladie sont plus capricieux et plus difficiles à gouverner que les autres, ce que l’on pouvait facilement prévoir d’après ce que nous ayons dit plus haut ; mais de là à un affaiblissement de l’intelligence il y a loin.
Complications. — [Il est incontestable néanmoins que les cas de chorée grave avec fièvre s’accompagnent quelquefois de délire : dans les chorées chroniques, les troubles partiels de l’intelligence sont assez communs. Marcé (1) a établi la fréquence de la coïncidence des troubles intellectuels avec la chorée, et montré que cette maladie a pu paraître, dans certains cas, une prédisposition à l’aliénation mentale.
La plupart des auteurs qui se sont occupés de la chorée n’ont fait qu’entrevoir les troubles de 1 intelligence. Copland avait bien signalé, au début, une susceptibilité nerveuse exagérée ; Bouteille, Rufz, Dul'ossé, Rilliet et Barthez, Sée, observateurs sagaces, se sont bornés à indiquer chez quelques-uns de leurs malades un affaiblissement de la mémoire, une modification dans le caractère, chez d’autres un état d’idiotie. Marcé (1), le premier, recueillit ces renseignements un peu vagues, les compléta, et décrivit l’état mental dans la chorée.
Ces troubles sont de deux ordres: ils portent sur la sensibilité, sur l’intelligence. Isolés, les désordres delà sensibilité morale se traduisent par une mobilité extrême, qui se rapproche singulièrement de la mobilité hystérique. Ce sont : des vertiges, des étouffements, qui s’accompagnent de sanglots ou de rires impossibles à réprimer, d’alternatives d’expression et de tristesses sans sujet; en même temps les malades ont des symptômes et des antipathies non motivées, ils deviennent querelleurs, méchants, bizarres dans leurs actes; c’est surtout au début de la chorée, avant même l’explosion des troubles musculaires, que ces altérations de la sensibilité morales sont facilement appréciables.
Les troubles de l’intelligence (Marcé) n’existent pas isolément. Quiconque a vu des choréiques sait combien l’examen exagère les mouvements, combien l’attention se fatigue vite, et la difficulté qu’on rencontre à maintenir près de soi un enfant choréique ; les plus intelligents même perdent la mémoire, et bien qu’ils comprennent tout ce qu’on leurdemande, ils sont incapables de suivre une idée dans ses développements, de faire ce qu’on leur a ordonné. Si l’on insiste, le malaise augmente
(4) Marcé, De l’état mental dans la chorée ( Bulletin de l' Académie de médecine, [4859, t. XXIV, [i. 741).
(2) Marcé, Mém. de l’Acad. deméd.A. XXIV, 1 800.
CHORÉE. — SYMPTÔMES
et la physionomie prend une expression de niaiserie, d'hébétude, qui, bien à tort, les a fait considérer comme atteints d’idiotie.
A ces troubles généraux se joint souvent une lésion partielle d’une haute importance, c’est l’hallucination. Elle présente ce caractère particulier de revenir plus intense, plus impérieuse le soir, dans l’état intermédiaire à la veille et au sommeil, c’est une hallucination hypnagogique que l’intervention des facultés intellectuelles ne parvient pas toutefois à faire cesser. Le malade voit autour de lui des figures grimaçantes, des animauxqui escaladent son lit : Bouteille cite l’histoire d’une jeune fille que poursuivait un chien noir, et dont la chorée ne reconnaissait pas d’autre origine que la frayeur causée par cet animal. Elle le revoyait tous les soirs, et jusque dans ses rêves. Ces visions inquiètent les malades, qui prennent pour les écarter de nombreuses et inutiles précautions.
Tant que l’hallucination est passagère, elle n’ajoute rien à la gravité de l'affection. Mais dès qu’elle devient permanente, elle peut entraîner, après elle, des troubles rapidement compromettants. Autour d’elle viennent se grouper des conceptions délirantes qui, se multipliant, arrivent à une véritable incohérence, au délire maniaque proprement dit. L’agitation peut devenir extrême et offrir avec le délire aigu une ressemblance presque complète. Les mouvements choréiques s’exagèrent encore, et l’on a peine à maintenir les malades, qui, la lace animée, le corps baigné de sueurs, le pouls fréquent, ne peuvent rester en place, poussent des cris effrayants, se précipitent et succombent en peu de jours. Chez d’autres malades, l'état est moins aigu, les conceptions délirantes de nature triste n’amènent que de la dépression. Dans ces cas, on observe une sorte d’hébétude analogue à celle qui suit certaines fièvres typhoïdes graves.
Nous avons emprunté ces détails à Marcé, dont les observations ont porté sur 57 choréiques. Cet auteur a fait avec soin ressortir l’immunité complète dont beaucoup de malades ont joui au point de vue des désordres cérébraux : en effet, sur 57 malades, 21 n’ont jamais eu de délire. Les conditions de sexe et d’àgc ne lui ont rien offert qui mérite d’être noté.
A part quelques indications spéciales, le traitement de ces troubles ne présentant rien de particulier, nous renvoyons au traitement général de la chorée.]
La chorée n'est pas une affection douloureuse. Toutes ces contractions désordonnées se font non-seulement sans aucune douleur, mais encore sans fatigue. Suivant quelques auteurs cependant, il existerait de la douleur, si ce n’est dans tous les cas, du moins dans la majorité. Selon Lisfranc et Serres fl), il y aurait une douleur plus ou moins vive à la partie postérieure et inférieure du crâne; mais cette opinion, émise à une époque où la localisation des facultés cérébrales préoccupait les esprits, a été reconnue complètement inexacte par l’observation ultérieure. Les enfants choréiques peuvent présenter de la céphalalgie comme les autres; mais, et c’est un fait qu’avait déjà noté Elliotson, cette céphalalgie se dissipe d’elle-même ou cède facilement aux émissions sanguines locales, sans que la maladie en soit le moins du monde modifiée.
Bien que quelques auteurs aient voulu rattacher à la chorée un certain nombre d* autres symptômes,, comme la cardialgie , les palpitations, la dysurie, etc., nous
(1) Serres, Acad, de méd. , 16 août 1827.
NÉVROSES
ne nous en occuperons pas, parce (pi évidemment ils n’appartiennent pas à celte maladie. Il n’est pas, en effet, un seul cas de chorée simple où l’on en ait constaté l’existence, et de plus tous les auteurs s’accordent à dire que, dans les cas simples dont il s’agit ici, toutes les fonctions s'accomplissent normalement. Dans l’espèce que Bouteille a nommée deuteropathica on remarque quelquefois des symptômes intestinaux ou autres, mais c’est seulement au début, et parfois comme prodromes. Lorsque la maladie survient dans le cours d’une autre affection, il faut prendre garde de se laisser tromper par des symptômes de celte maladie qui n’appartiennent pas à la chorée. La chorée est une maladie non fébrile. Dans deux cas où aucun caractère rhumatismal n’avait été noté, Smith et Lionel Beale (1) ont vu la sécrétion urinaire présenter, suivant eux, les mêmes modifications que dans le rhumatisme articulaire aigu. Sur 1000 parties, ils ont trouvé :
Eau 917,90
Matière solide 82,10
La matière solide se décompose comme il suit :
Urée 41,10
Sels alcalins 12,83
Sels terreux 00,77
Matière animale extractive mêlée à un peu d’acide lithique . . . 27,40
Chorée partielle. — La chorée limitée à une seule partie du corps pendant tout le cours de la maladie, est beaucoup plus rare qu’on ne le pense généralement. Ayant suivi l’affection dans tout son cours, nous ne l’avons vue, sur dix-neuf cas, qu’une seule fois limitée à une partie. Dans tous les autres, le trouble de la motilité arrivait à occuper à la fois plusieurs parties des deux côtés du corps. Si l’on a cru qu’il en était autrement, c’est qu’on n’avait fréquemment observé l’affection qu’à une époque assez rapprochée du début.
Lorsque la chorée n’occupe qu’tm seul côté du corps , soit parce qu’elle doit y rester fixée, soit, ce qui est plus ordinaire, parce qu’elle n’a pas encore eu le temps de gagner l’autre côté, c’est dans le côté gauche qu’on l’observe le plus souvent. Dans cette chorée partielle, il y a un contraste frappant entre la rectitude des mouvements des membres du côté droit et la perturbation de ceux du côté gauche. On remarque principalement ce contraste à la face. C’est l’inverse qu’on observe dans les cas plus rares où la maladie occupe le côté droit exclusivement.
On a vu quelquefois la chorée bornée aux membres supérieurs et même à un seul de ces membres , le gauche principalement. Au début de la maladie, c’est le cas le plus fréquent.
On n’a pas cité d’exemple bien authentique de chorée bornée aux membres inférieurs ou à la 'face ; car il ne faut pas confondre avec la chorée les convulsions idiopathiques de la face , décrites dans un autre article.
(1) Lionel Beale, Nouvelles preuves des rapports qui existent entre la chorée et le rhumatisme articulaire aigu (Medical Times, 5 avril 1851, et Union médicale , 20 juin 1851, p. 303;.
CHORÉE. — MARCHE, DURÉE ET TERMINAISON
On a cité quelques exemples de chorée occupant un membre supérieur d’un côté et un membre inférieur de l’autre, et d’autres dans lesquels le trouble de la motilité ne se manifestait que dans la station, ou lorsque le malade était assis.
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La forme la plus ordinaire, la chorée subaiguë, a une marche continue et progressive. On voit l’affection envahir d’abord le membre supérieur, puis la jambe du même côté, puis les deux autres membres de la même manière, enfin la face, et devenir générale. Si quelques auteurs, et en particulier Sydenham et Bouteille, ont pensé le contraire, c’estqu’ils auront été trompés par quelques cas exceptionnels, ou que les contractions involontaires des muscles des membres supérieurs n’auront pas suffisamment fixé l’attention. Quoique cette marche croissante de l’affection soit incontestable, nous rappellerons ici qu’elle consiste néanmoins dans des mouvements irréguliers qui se montrent à de courts intervalles; que par conséquent ce symptôme, considéré isolément, est intermittent ; nous rappellerons aussi cette suspension des mouvements involontaires pendant le sommeil, ainsi que les exacerbations que produisent plusieurs causes signalées plus haut; mais il n’en est pas moins vrai que d’un jour à l’autre la maladie fait des progrès, et qu’elle ■est toujours présente, puisque dès le réveil les symptômes se reproduisent. Ce n’est pas comme dans les affections franchement intermittentes, dans lesquelles, pendant une partie de la journée ou pendant plusieurs jours, l’organisme revient parfaitement à l’état normal. Cependant il est quelques cas rares où il existe une intermittence réelle et périodique. Bouteille et Rufz en ont cité des exemples; ce dernier auteur a vu, dans un cas, la chorée débuter à midi et finir à dix heures du soir.
La durée de la maladie est variable. Dans les cas de guérison, la durée moyenne a été de trente et un jours (Rufz); mais dans les cas observés par Dufossé, le terme moyen a été de cinquante-sept jours, et Rilliet et Barthez ont vu l’affection durer de six semaines à deux mois et demi.
G. Sée a trouvé que la durée de la chorée est de soixante-neuf jours en moyenne, et il a vu aussi que le traitement a peu d'influence sur cette durée, ce que nous devrons rappeler plus tard.
Dans quelques cas, la chorée persiste pendant plusieurs années; c’est la chorée chronique, qui, d’après la remarque de la plupart des auteurs, est partielle, et dans laquelle les membres affectés peuvent présenter des chairs flasques et molles, et un amaigrissement prononcé. Les cas de ce genre sont exceptionnels.
La chorée se termine ordinairement par la guérison, et la diminution de ses symptômes est progressive. Cependant les cas de mort ne sont pas extrêmement rares. « Dans les cas où la chorée doit avoir une issue funeste, on voit les mouvements acquérir progressivement une violence excessive, on a peine alors à contenir les jeunes malades, même en employant une force considérable. Ils brisent les liens dont on les entoure, se roulent en bas de leur lit, en un mot, le désordre des mouvements est presque aussi grand que celui qu'on observe dans certaines attaques <1’ épilepsie; puis, subitement, la violence des contractions diminue pour faire place à des soubresauts de tendons, l’intelligence est abolie, les pupilles sont contractées ,
NÉVROSES
la mâchoire serrée, la respiration difficile, et la mort vient terminer la scène. <> (Jiilliet et Barthez.) Quelquefois, il survient un calme marqué peu de temps avant la mort (Rufz) ; il y a des alternatives de pâleur et de rougeur de la face, les pupilles se dilatent , le pouls est insensible. Rilliet et Barthez sont portés à attribuer la mort à une asphyxie, sans toutefois éloigner complètement l’idée d’une syncope. Sur 158 cas rassemblés par G. Sée (1), neuf fois la maladie a été mortelle.
Les récidives sont fréquentes : c'est ce qui résulte des observations de tous les auteurs. Il n est pas rare de voir la maladie se reproduire à des intervalles variables, quelques mois, un an, deux ans et plus, et cela à plusieurs reprises. Rien ne prouve que, dans les récidives, la maladie devienne plus grave qu’à la première attaque. Quant a 1 apparition de diverses maladies, comme les exanthèmes fébriles, les phlegmasies, etc., elle ne peut être considérée comme une complication réelle. Ce
sont des maladies intercurrentes qui, suivant la plupart des auteurs, et Rufz en particulier, n’ont aucune influence sur la marche de la maladie. Rilliet et Barthez ont trouvé que celte proposition est trop exclusive, car ils ont vu ces affections, et surtout les exanthèmes fébriles, tantôt modérer, tantôt exaspérer momentanément les mouvements choréiques.
d’une fièvre quelconque, les symptômes choréiques, loin de s’amender, augmentent; 2° quand la fièvre décline, les symptômes choréiques diminuent avec elle; 3° si ce n’est qu’une rémission, ces -symptômes ne disparaissent pas complètement et augmentent de nouveau à la reprise de la fièvre ; ô° quand la fièvre se dissipe complètement, la chorée disparaît avec elle. C’est de cette manière qu'il faut entendre l’aphorisme d’Hippocrate : Febris spasmes solvit.
§ V. — Lésions anatomiques.
Parmi les lésions anatomiques qui paraissent avoir un rapport réel avec les symptômes de cette maladie, nous citerons l'inflammation des tubercules quadrijumeaux signalée par Serres, une concrétion crétacée du cerveau trouvée par Rufz, l’hypertrophie de la couche corticale de cet organe (Matin), l’hypertrophie de la moelle (Monod), et quelques autres lésions des centres nerveux. Parmi les secondes, on trouve des lésions du cœur, du péricarde, les vers intestinaux, etc. Ce qui jette du doute sur l’importanee de ces lésions anatomiques dans la névrose dont nous nous occupons, c’est que, dans un nombre considérable de cas rapportés par Hawkins (3), Behrcnd, Ollivier, Rufz, Blache, Goudron, Rilliet et Barthez, etc., on n’a trouvé aucune lésion appréciable, quoique la maladie fût des plus violentes. G. Sée nous a fourni, sur l’existence des lésions qu’on peut rapporter au rhumatisme, les documents les plus importants. Sur 8'i cas, 3ô fois on trouva des lésions des séreuses (arachnoïde, péricarde, synoviale, etc.), qu'on pouvait rapporter au rhumatisme ; ‘6U fois il y avait d’autres lésions plus ou moins importantes occupant
(1) G. Sce, De la chorée. Rapport du rhumatisme et des maladies du cœur avec les affections nerveuses et convulsives (Mém. de l’Acad. de méd., 1850, t. XV, p. 489.
(2) G. Sée, loc. cit., p. 413.
(3) Hawkins, The London med. and phys. Journ , 1827.
le système nerveux, et 16 fois seulement on ne trouvait aucune espèce d’altération, dans quelque point du corps que ce fût. (G. Sée.)
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
L’absence de la fièvre, du coma ou du délire, et de la roideur tétanique, sont des signes propres à séparer la chorée de toute affection de l’axe cérébro-spinal.
C’est à tort, selon nous, qu’on a cru pouvoir rapprocher de la chorée le béribéri, le branlement de tète des vieillards , certains tremblements nerveux qui succèdent aux excès vénériens ou à l’abus des liqueurs spiritueuses ; celui que présentent les ouvriers qui manient les préparations saturnines ou mercurielles, et quelques tics douloureux dont les symptômes diffèrent essentiellement. (Blache. )
Pronostic. — Le pronostic est peu grave; mais, dans un certain nombre de cas, on a observé la terminaison par la mort. Il est rare qu’il en soit ainsi dans les cas de chorée idiopathique; cependant on a cité quelques exemples de terminaison funeste de ce genre. Quelles sont les conditions dans lesquelles la maladie prend ainsi une gravité inaccoutumée? C’est ce qui n’a pas été établi. On a attribué à certaines causes, comme à la masturbation, une influence fâcheuse sur l’issue de l’affection ; on a dit qu’elle était plus grave lorsque les facultés intellectuelles se trouvaient antérieurement affectées ; mais ce sont des assertions qui ont besoin de s’appuyer sur un plus grand nombre de faits.
La chorée qui est liée hune altération plus ou moins profonde du cerveau ou de la moelle est la plus grave de toutes. On a lieu de redouter une terminaison funeste, lorsque les convulsions deviennent incessantes et que la respiration s’embarrasse. Quand les mouvements involontaires sont remplacés par des soubresauts des tendons, la mort est imminente. Suivant Elliotson, lorsque la maladie survient chez des personnes âgées et chez des individus du sexe masculin, elle a plus de gravité. Le même auteur ne l’a jamais vue guérir lorsqu’elle occupait un seul bras, la tête ou quelques-uns des muscles de la face. On l’a vue souvent cesser h l’époque de la puberté et de la première éruption du llux menstruel. On a cité des exemples de chorée passée h l’état chronique ou dégénérant en une affection nerveuse plus grave; mais ces faits doivent être mieux étudiés.
Émissions sanguines. — On sait que Sydenham recommande avec instance les saignées abondantes qu’il associait aux purgatifs répétés. Bouteille a aussi attribué une efficacité marquée h la saignée; mais au lieu de saignées nombreuses et abondantes, il se contente d’une, deux ou de trois, modérées, suivant la force du sujet. Aujourd’hui peu de médecins ont recours aux émissions sanguines générales, h moins d’indications particulières. Si, avec les signes qui annoncent la pléthore, on observe une céphalalgie de quelque intensité, on recommande de tirer un peu de sang aux malades, mais on ne compte guère sur ce moyen pour la guérison de la chorée. Serres ayant, ainsi que nous l’avons dit plus haut, remarqué l’existence de douleurs occipitales et l’inflammation des tubercules quadrijumeaux, conseille
NÉVROSES
l’emploi des sangsues appliquées au pourtour de l’occipital. Cette pratique est très-peu employée par d’autres médecins, et elle n’a paru à Serres lui-même réussir que dans les cas de chorée récente. Le docteur Peltz (1) veut qu’on applique les sangsues aux tempes, en même temps qu’on emploie les purgatifs et les pédiluves sinapisés. Enfin d’autres médecins recommandent l’application des sangsues le long de la colonne vertébrale, et Bertini en particulier (2) veut qu’on les place aux lombes et au sacrum, où il a constaté l’existence d’une douleur notable.
Tartre stibié à haute dose. — Déjà llasori avait conseillé le tartre stibié à haute, dose dans le traitement de la chorée. Laennec l’employa dans un cas à une dose très-considérable, puisqu’il en administra jusqu’à 90 centigrammes par jour à une fille de vingt ans. Dans un cas, il y eut un soulagement très-notable, car la malade, qui avait, au commencement du traitement, des contractions involontaires de presque tous les muscles, pouvait broder lorsqu’elle quitta l’hôpital. Elle n’eut pas d’évacuations (3).
Breschet a employé le même moyen, en y joignant les purgatifs drastiques sous, forme de pilules, ainsi qu’il suit :
'if Aloès ou gomme-gutte )
Scammouée [ aa parties égales.
Calomel )
Mêlez. F. s. a. des pilules de 8,15 grammes. Dose : une toutes les trois heures, en alternant avec la potion stibiée. On s’arrête lorsque l’effet drastique est suffisant.
Breschet a rapporté trois cas de guérison par ces moyens qui déterminaient des évacuations nombreuses.
[D’autres médecins, tels que Barbaud (de Bourg), employèrent vers la même époque (1821) l’émétique à haute dose. En 1857, Botdey, médecin de l’hôpital Necker, administra, en pareil cas, l’émétique aux doses suivantes : le premier jour, 0gr,50 dans un julep, en une demi-heure; le lendemain, 1 gramme; et si la chorée résiste, le troisième jour, lgr,50 en deux heures. Des vomissements bilieux et des évacuations abondantes ont lieu ; il s’établit un véritable flux cholérique, qui ne laisse aucun répit au malade. A la suite de ces violentes secousses, les malades tombent dans une prostration excessive, et ils osent à peine faire un léger mouvement de tête, tant ils craignent de provoquer les vomissements. En moins de vingt-quatre heures quelquefois, la chorée a cédé. Cependant on a observé des récidives. D’ailleurs peut-être celte méthode n’est-elle pas sans danger. Depuis lors, un médecin de l’hôpital des Enfants malades, Gillette, a employé le même médicament, mais d’une autre façon. Celte pratique est exposée dans la thèse de Bonfils (1858), lequel a fait lui-même quelques essais dans ce sens (ù). Voici en.
(1) l’eltz, Nouv. Bihlioth. méd ., t. III.
(2) Bertini, Rcpert. med. chir. di Torino, 1825.
(3) Mémoire sur T emploi du tartre stibié à haute dose, d’après des faits recueillis à la clinique de Laennec, par M. Delagarde ( Arch . gén. de méd., Paris, 1824, t. IV, p. 481). — Bayle, Bibliothèque de thérapeutique. Paris, 1828, t. I, p. 265.
(4) Gillette a exposé, le 10 mars 1858, à la Société médicale des hôpitaux, les résultats de son observation. On consultera avec intérêt la discussion à laquelle prirent part H. Roger, Sée, Ernest Barthez, Legroux et Natalis Guillot ( Union médicale , 1858, p. 311).
quoi consiste cette méthode. Après s’être assuré que le tube digestif ne présente aucun trouble fonctionnel qui soit une contre-indication, on administre l’émétique ainsi qu’il suit : on le donne pendant trois jours en augmentant la dose, qui est, le premier jour, de 0gr,20, à prendre dans les vingt-quatre heures; de 0gr,A0, le second jour ; de 0gr,(50 le troisième jour. Après ces trois jours, on suspend l’emploi de l’émétique. On laisse reposer le malade, et si la maladie persiste, on reprend le traitement quelques jours plus tard. On procède ainsi par séries de trois jours, séparées par un intervalle de repos plus ou moins long, et cpii est de deux à six jours. Le médicament est administré par petites doses, dans une potion gommeuse. Le but est d’obtenir la tolérance. C’est ce que cherchait Laennec, tandis que Bouley cherche la perturbation. La tolérance s’établit bien si l’on ne donne une cuillerée de la potion que toutes les deux heures ; on évite ainsi les vomissements et les nausées. La diarrhée ne résulte pas nécessairement de cette médication. On n’a pas observé de rougeur survenant dans la bouche ou sur la muqueuse pharyngienne. Ordinairement le ralentissement du pouls est très-marqué, surtout le troisième jour. Ce ralentissement est en général dans la proportion suivante, de 85 à 76, de 72 à 60, c’est-à-dire que le malade perd environ 10 ou 12 pulsations. L’état général n’est jamais sensiblement troublé. L’amélioration de la maladie est d’abord très-légère, mais elle suit une marche progressive, et la guérison est prompte. Sur dix cas, neuf fois la guérison a été obtenue, et la moyenne du traitement a été de seize jours et demi, le minimum étant quatre jours et le maximum vingt-quatre. La médication formulée' par Gillette paraît appelée à rendre de trèsgrands services.]
Purgatifs. — Nous avons vu page 877 que Sydenham joignait l’emploi des purgatifs à celui des émissions sanguines abondantes. Plusieurs auteurs ont recommandé l’usage des purgatifs seuls, et ont rapporté des exemples de guérison par ce moyen. Hamilton (1) veut que, dans cette médication, on ait égard aux deux périodes qu’il reconnaît à la marche de la chorée. Dans la première période, il prescrit les purgatifs doux (le calomel , Y huile de ricin , le sulfate de soude, de magnésie), et dans la seconde, il a recours à des purgatifs énergiques ( aloès , coloquinte). Ce qu’il recommande surtout, c’est qu’on ne mette pas d’interruption dans l’emploi de ce moyen, et qu’on n’v renonce pas avant que la guérison soit complète. Ce traitement est approuvé par Chapman (2). Bardsley (3) a également préconisé l’emploi des purgatifs, et a cité des cas où ils ont seuls procuré la guérison ; mais le plus souvent il a été obligé de recourir à d’autres moyens actifs.
Narcotiques. — Les narcotiques ont été moins fréquemment et moins généralement employés dans la chorée que dans beaucoup d’autres névroses. V opium, le datura stramonium , la belladone, ont été plus souvent prescrits ; l’opium doit être administré à assez haute dose. Mault (A), avant inutilement tenté diverses médications chez une choréique, appliqua sur le trajet de la colonne vertébrale un vésicatoire de huit pouces de long sur un de large, et le pansa avec un linge recouvert d’une légère couche ftexb'ait de belladone. Ce linge ne fut laissé qu’une
(1) James Hamilton, Observ. ontheempl. of purgative medicines. Edinburgh 1805.
(2) Chapman, Eléments of therapeut., 4e edit. Philadelphia, 1825, t. I. ’
(3) Bardsley, llosp. facts and observ., etc. London, 1830.
(4) Mault, The Lancet, et Bulletin génér. de thérap., 25 juillet 1850»
NÉVROSES
heure en place; quatre heures après, il restait à peine quelques traces de convulsions. Quelle est, dans ce cas, la part du vésicatoire ?
Atropine. — L'atropine peut remplacer avantageusement la belladone (1). On débutera par la dose de 2 milligrammes par jour, qu’on portera graduellement jusqu’à celle de 5 ou G milligrammes, ou même de 1 centigramme dans les vingtquatre heures, en surveillant son action. Cette application doit être faite sur la peau nouvellement dépouillée de son épiderme. On se rappellera que la surface d’un vésicatoire n’absorbe activement que pendant trois ou quatre jours.
Teinture d’atropine.
Atropine 1 gram. | Alcool à 85 degrés 100 grain.
Faites dissoudre. On la prescrit en potions à la dose d’une à dix gouttes. Chaque goutte contient environ un demi-milligramme d’atropine.
Sirop d'atropine.
Atropine 1 décigram.
Faites dissoudre dans :
Eau 10 gram.
à l’aide d’une gouttelette d’acide chlorhydrique. Mêlez avec :
Sirop de sucre 1000 gram.
100 grammes de ce sirop contiennent un centigramme d’atropine. On le prescrit à la dose de 20 grammes pour commencer.
Antispasmodiques. • — Les antispasmodiques sont d’un usage, plus répandu. Guersant recommande, particulièrement la valériane et conseille de l’administrer d’abord à la dose de 75 à 90 centigrammes par jour, puis d’augmenter rapidement cette quantité de manière à arriver promptement à celle de h, 8, 12 grammes par jour et plus chez les sujets plus âgés. Presque tous les enfants la prennent sans dégoût, si l’on a soin de l’unir à du miel ou à des confitures (Blache) (2).
Poissonnier-Desperrières conseille de donner le camphre en lavement, dissous dans le jaune d’œuf. On a également administré le camphre par la bouche. Nous citerons plus loin, à l’occasion du nitrate d’argent, la composition des pilules de Mérat, dans lesquelles entre celte substance.
L’osa fœtida était prescrite particulièrement par Jadelot et Fouquier. Bayle et Jadelot ont prescrit avec succès Y osa fœtida depuis 10 à 15 centigrammes jusqu a 25 et 50 centigrammes par jour chez des enfants de dix à quinze ans. Fouquier donnait ce médicament avec avantage, mais à plus haute dose : les malades en prenaient jusqu’à U grammes et plus dans les vingt-quatre heures. Vautcrs 3) administrait cette substance de la manière suivante :
üf Asa fœtida 15 gram. | Eau 500 gram.
Passez. A prendre 60 grammes toutes les deux heures.
(1) Bouchardat et Stuart Go o per, Recherches phgsiol., thernp. et phann. sur l'atropine (Gazette médicale de Paris, 1 848, p. 991, 1008). — Souvenu Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques , art. Chorée.
(2) Blache, Bulletin des sciences méd., t. VIII.
(3) Vauters, Med '. jConversationsblatt , 1831.
CIIORÉE. — TRAITEMENT. 881
Plusieurs autres antispasmodiques, et en particulier les préparations de zinc , ont encore été prescrits.
Formule de Schneider.
If Asa fœticta
Racine de valériane pulv.
Oxyde de zinc ........
Castoréum 2sr,50
Extrait de belladone 0sr,25
Extrait de camomille q. s.
Faites des pilules de 10 centigrammes. Dose : six par jour, dans une infusion de valériane, de camomille et de chenopodium ambrosioides.
Quelle est la valeur réelle des antispasmodiques? On ne peut guère douter qu’ils n’aient des avantages; mais comme c’est une question de comparaison, et que les points de comparaison nous manquent, nous ne pouvons pas connaître leur efficacité réelle.
Chloroforme. — Cette médication a été préconisée d’abord en France par Prévost, d’Alençon (1). Elle paraît avoir été employée en Angleterre dès les premiers temps de la découverte du chloroforme. Géry fils (1855) propose de n’employer cet agent anesthésique que dans les cas où les mouvements choréiques ont une très-grande intensité, et rapporte plusieurs observations favorables à cette méthode de traitement.
Ferrugineux.- — Parmi les médicaments préconisés, il en est peu qui l’aient été plus que les ferrugineux, et en particulier le carbonate de fer. Elliotson(2) accorde une grande confiance à cette substance, et veut qu’on la donne à des doses trèsconsidérables. Il la prescrit tout d’abord à la dose qu’il juge convenable d’atteindre, et qui n’est pas moindre de 8 grammes toutes les six heures chez un enfant de huit ans, et 15 grammes trois fois par jour chez un enfant de seize ans. On fait incorporer le médicament dans la mélasse ou le miel; avoir soin de tenir le ventre libre , pour que le médicament ne cause pas d’accidents.
Les recherches sur l’absorption de cette substance ont prouvé que, lorsqu’on dépasse 3 ou h grammes de carbonate de fer, la plus grande partie du médicament s’en va par les selles.
On a attribué à la menstruation difficile la production de la chorée dans quelques cas; il est évident qu’en semblable circonstance les ferrugineux sont plus particulièrement indiqués. C’est ce qui explique en partie les succès d’Elliotson, Baudeloci[ue, Ilutchinson, etc. Dans ce cas, prescrire les ferrugineux comme dans la chlorose (3) : ainsi la limaille de fer , les pilules de Vallet , de Blaud, etc.
Nitrate d'argent. — Le nitrate d’argent a été conseillé par Priou, Franldyn et quelques autres auteurs.
Pilules de Mèrat.
f Extrait aqueux d'opium ier,50 I Nitrate d'argent fondu 15 centi^r.
Camphre en poudre 2°r,50 | Sirop simple q, s. °
F. s. a. cinquante pilules. Dose : d’abord une, puis deux par jour.
(1) Thèse inaugurale, 1855.
(2) Elliotson, On the medical properlies of subcarbonate of iron ( Med.-chir . Transactions-, London, 1825, t. XIII, p. 232).
(3) Voy. tome I, p. 532.
Valceix, 5e édit.
NÉVROSES
Arsenic. — V arsenic a été employé avec succès contre la chorée rebelle; déjà plusieurs médecins anglais, et Guersant, avaient obtenu des succès par ce moyen : Henoch et Romberg(l) ont cité des cas très-concluants en faveur de ce remède. C’est la solution de Fowler qui est employée par eux. On mélange ensemble une drachme de solution de Fowler et une drachme d’eau distillée. On en fait prendre quatre gouttes trois fois par jour avec de l’eau. L’enfant prend donc chaque fois la soixante-septième partie d’un grain d’acide arsénieux (un gros et demi de la solution contenant un grain d’acide arsénieux, et quatre-vingt-dix gouttes constituant un gros de cette solution). On porte ensuite la dose à cinq, puis à six gouttes. On suspend l’administration du médicament s’il survient des symptômes d’intoxication, et surtout des nausées, des vomissements, de la diarrhée, ou des douleurs abdominales.
Rayer (2) a traité par V arsenic, à la dose de 15 à 50 centigrammes, une chorée qui datait de quatre ans, et qui avait résisté aux traitements les plus variés. A l’époque où le fait a été publié, on avait obtenu une amélioration des plus grandes., mais non une guérison complète.
Sans citer aucun fait, Oke (3) dit avoir employé avec succès, dans des cas désespérés, Y iodure de potassium qu’il prescrit ainsi:
If Eau distillée de menthe poivrée. 75 gram. I Iodure de potassium ier,25
Sirop d’oranges 15 gram. |
Une cuillerée à bouche trois fois par jour dans un peu d’eau.
Moyens divers. — Racine d'armoise, préconisée par Bonorden, V acide sulfurique (Hildenbrand), Y éther (id.) , les fleurs de cardamine (Michaelis), Y huile de térébenthine (Murchison), le narcisse des prés (Purché), le cuivre ammoniacal (Willan), etc. L’ellicacité de tous ces moyens est très-douteuse.
Manson a employé Y iode chez 72 sujets, et en a guéri environ la moitié. Cette» proportion n’est évidemment pas favorable à ce moyen. Si les malades présentenl quelques traces de scrofules, l’indication de cette substance est plus précise. On a conseillé de donner la teinture d'iode à la dose de douze à dix-huit gouttes dansune infusion de feuilles d’oranger.
La noix vomique a été aussi mise en usage. Nieumann conseille les pilules suivantes :
"if Asa fœtida GS’r,25 | Extrait de noix vomique le1 2 3 4', 25
Faites des pilules de 5 centigrammes. Dose : de six à dix par jour.
Cazenave et Lejeune ont cité des cas de succès par la noix vomique.
Dans un cas où la chorée avait succédé immédiatement à un rhumatisme articulaire aigu, Aran donna le sulfate de quinine et la guérison fut prompte (U),
(1) Henoch et Romberg, Guérison de la chorée invétérée par l’arsenic ( Ccisper’s Wochenschrift., 1 8. 18) . — Journal des connaiss. méd.-chir., octobre 1848, p. 163.
(2) Rayer, Emploi des arsenicaux dans le traitement de ta chorée ( Union médicale,. 7 mars 1848, p. 113).
(3) Oke, Emploi de V iodure de potassium clans le traitement de la chorée (Pr ovine. Journ. of. med., et Bulletin génér. de thérapeutique, 30 octobre 1852, t. XLIII, p. 376).
(4) Aran, Chorée de cause rhumatismale traitée avec succès par le sulfate de quinine à haute dose ( Ru/let . génér. de thérap., 15 août 1852, t. XLIII, p. 130).
Médication externe. — Un moyen qui tient une grande place dans la médication externe consiste dans l’emploi des bains froids et des affusions froides; il est donc important d’entrer dans quelques détails à ce sujet.
Bains froids , a /fusions froides; bains de rivière , de mer , d'ondée, bains tièdes (1). — Déjà Dumangin et Bayle avaient employé avec succès les bains froids. Dupuytren avait pour coutume de faire prendre les bains froids par immersion et par surprise: pour cela, après avoir rempli une baignoire d’eau froide, deux aides prennent le malade par les pieds et par les épaules, et le plongent rapidement dans l’eau, puis le retirent au bout de peu d’instants, le replongent de nouveau, et ainsi de suite, à plusieurs reprises, suivant l’action plus ou moins énergique que l’on veut produire. On peut remplacer ces bains de surprise par des affusions froides, que l’on administre en jetant plusieurs seaux d’eau sur le malade placé dans une baignoire vide. Les bains de rivière, lorsque la saison le permet, et surtout les bains de mer par immersion et à la lame, agissent de la même manière, et ont procuré d’assez nombreux succès. Biett (2) a mis en usage des bains d'ondée ou de pluie.
On a cité, en faveur de tous ces- moyens, des exemples de guérison ; mais lorsque la saison est rigoureuse, et dans certaines circonstances facilement appréciables par le médecin, il est impossible d’avoir recours aux bains froids; alors on a conseillé les bains tièdes, et Dupuytren lui-même les employait en pareil cas. Avv a mis en usage les bains tièdes, pendant lesquels il faisait projeter de l'eau froide sur la tête.
Si nous voulons apprécier cette médication, nous devons faire remarquer qu’on lui a presque toujours associé l'emploi de plusieurs autres moyens qui ont pu agir pour leur part; néanmoins on ne peut douter qu’elle n’ait une grande valeur dans le traitement de la chorée.
Strychnine. — Trousseau emploie la strychnine d’une manière très-hardie, et regarde ce traitement comme héroïque.
Une préparation commode à manier, et qui a servi seule au traitement de plusieurs malades qui sont entrés dans le service, est le sirop de sulfate de strych nine, renfermant 5 centigrammes de sulfate pour 100 grammes de sirop de sucre.
[Trousseau préfère le sulfate de strychnine, parce que celle-ci ne se dissout que difficilement, tandis que celui-là est soluble en toutes proportions. 100 grammes de sirop contiennent à peu près vingt cuillerées à café, chaque cuillerée à café contient donc 5 milligrammes et demi ou un vingtième ‘de grain de principe actif. Deux cuillerées à café représentent une cuillerée à dessert, et celle-ci contient, par conséquent, environ 10 grammes de sirop, 5 milligrammes ou un dixième de grain de sulfate ; la cuillerée à bouche étant double de celle-ci, contient 20 grammes de sirop, un cinquième de grain ou 1 centigramme de sel de strychnine. Ce sirop n’est jamais préparé d’avance dans les officines, il est donc nécessaire de le formuler et de bien préciser que c’est du sirop de sulfate de strychnine que l’on
(1) Oré, Nouveau Dictionnaire de médecine et de chinirgie pratiques. Paris, 1866, t. IV art. Bains.
(2) Biett, Bons effets des bains froids dans le traitement de la chorée (Bullet. de thérap., 1834, t. VI, p. 206).
NÉVROSES
demande. Malgré son amertume, les enfants n’ont pas trop de. répugnance à le prendre.
Mode d'administration. — En tenant compte de l’âge du malade, on en donne, le premier jour, deux h trois cuillerées à café, en ayant soin d’insister sur ce fait qu’il faut les faire prendre à des intervalles égaux dans le courant de la journée, une le matin, une le soir, l’autre au milieu du jour, de façon à pouvoir en surveiller les effets et à ne point oulre-passer le but qu’on se propose d’atteindre. Si celte dose de trois cuillerées est bien supportée, on la continue d’abord pendant deux jours, puis on l’augmente d’une cuillerée; vous attendez encore deux jours et vous arrivez ainsi jusqu’à six cuillerées à café, en espaçant toujours les moments où elles doivent être prises.
Cette dose atteinte, vous substituez une cuillerée à dessert à une cuillerée à café, et, en suivant les mêmes règles, vous arrivez à six cuillerées à dessert, par conséquent, à 60 grammes de sirop, contenant 3 centigrammes de sulfate de strychnine. Vous remplacez alors une des cuillerées à dessert par une cuillerée à bouche, et en augmentant progressivement, avec la même prudence, avec la précaution essentielle de distribuer le médicament à des intervalles sensiblement égaux dans le courant de la journée, vous arrivez à donner aux enfants de cinq à dix ans 50, 60, 80 et jusqu’à 120 grammes 25 milligrammes de sirop; 3, h, jusqu'à 6 centigrammes de sulfate de strychnine.
Au-dessus de cet âge, on commence par des doses plus fortes, par la cuillerée à dessert, et l’on arrive graduellement, chez les adolescents, jusqu’à 150 grammes de sirop, 8 centigrammes de principe actif. Avant d’aller à 200 grammes de sirop, maintenez-y les malades pendant deux jours. Il est d’autant plus essentiel de surveiller la médication que le médicament doit être porté à des doses suffisantes pour que son action se traduise par des effets physiologiques. Il est nécessaire aussi de prévenir les parents ou les personnes qui entourent le malade de ce qui doit arriver.
Au bout de très-peu de jours et lorsqu’on a commencé à augmenter les doses primitives, le malade éprouve, dans certains moments de la journée, vingt minutes, une demi-heure après avoir pris son sirop, un peu de roideur dans la mâchoire, du mal de tète, des troubles de la vue, un peu de vertige et quelques raideurs dans les muscles du cou; il se plaint de démangeaisons dans les points de la peau qui sont recouverts de poils, au cuir chevelu ; ces démangeaisons s’étendent aux parties glabres, et quelquefois il survient une éruption prurigineuse. Si l’on augmente les doses du médicament, les raideurs se généralisent, occupent les membres les plus affectés de convulsions, qui, vous le savez, sont aussi les plus paralysés. En même temps se produisent en quelques cas des secousses musculaires, et souvent, lorsqu’on a affaire à des hystériques, des spasmes, des convulsions. Ces secousses se produisent surtout lorsque le malade est surpris, lorsqu’on lui donne un ordre qui devance subitement sa volonté, et elles peuvent être telles, que les individus soient précipités à terre.
Lorsque ces effets physiologiques se manifestent, se garder d’augmenter les doses, car la strychnine, comme toutes les préparations de noix vomique, est un de ces médicaments qui, en vertu de leur longue portée thérapeutique toute spéciale et d’une sorte d’accumulation d’action des plus remarquables, sont susceptibles de déterminer des accidents tout à fait imprévus, alors même que, administrés à doses
CIIORÊE.
TRAITEMENT
modérées, ils avaient pu ne donner lieu jusque-là qu’à des effets a peine appréciables.
Lorsque l’on voit survenir des spasmes après l’administration des premières cuillerées, il ne faut pas en donner, ce jour-là, davantage. En présence de ces faits que lieu ne pouvait expliquer, Trousseau a cherché si les conditions météorologiques n’avaient pas leur part d'influence dans ce que nous observions, mais nos recherches n’ont abouti à aucun résultat (1). ]
Forget, de Strasbourg (2), cite également un cas de guérison par la strychnine, qu’il administre ainsi :
if Strychnine 5 centigr. j Extrait de réglisse 100 gram.
M. Faites seize pilules. Dose : une matin et soir ; augmenter d’une pilule par jour, puis de deux, selon l’effet obtenu.
Chcvandier (3), ayant employé chez quatre choréiques le traitement indiqué par le professeur Forget, lui attribue également de bons effets.
Un fait à l’appui de cette médication a été cité depuis par Landrel (à), qui, sous son influence, vit se terminer en douze jours un cas de chorée qui, jusqu’alors, avait résisté au traitement par la belladone et les bains frais.
Corrigan (5) a employé le hachisch contre la chorée, et l’a vu réussir dans plusieurs cas; il donne la teinture à la dose de huit à trente gouttes.
Zabriskii (6) a cité quelques cas dans lesquels le sanicle du Maryland , à la dose de 2 grammes de poudre de la racine administrée trois fois par jour dans un peu d’eau, a procuré promptement une guérison complète.
Irritants cutanés. — On a fréquemment mis en usage les irritants cutanés sous diverses formes : ainsi plusieurs médecins conseillent d’appliquer des sinapismes, des vésicatoires, des cautères, le long de la colonne vertébrale.
La pommade d'Autenrieth a été prescrite en frictions sur le cuir chevelu préalablement rasé, et le long de la colonne vertébrale. Jenner mettait déjà ce moyen en usage ; Eneas Mac-Andrews (7) a suivi cette méthode, ainsi que Byrne (8); enfin Strambio (9) a cité des cas de guérison par les frictions avec la pommade stibiée, non plus seulement sur la colonne vertébrale, mais sur toute la surface du corps. Ce dernier auteur n’a jamais poussé l’application de ce remède jusqu’à la production des pustules; mais il n’en est pas de même des autres, et la
(1) Trousseau, Clinique médicale de V Hôtel-Dieu. Paris, 1865, t. U, p. 191.
(2) Forget, Traitement de la chorée; cas de guérison par la strychnine ( Bulletin génér. /le thérap., 15 février 1852, t. \LII, p. 97).
(3) Chevandier, Guérison de la chorée par la strychnine ( Union médicale, 25 mai 1852).
(4) Cli. Landrel, Chorée guérie par la strychnine ( Journ . des connaiss. méd.-chir., juillet 1852, p. 375).
(5) Corrigan, The Dublin hospit. Gazette, et Journal des connaiss. méd.-chir., juillet
(6) Zabriskii, Du sanicle de Maryland contre la chorée ( American Journ. of. med, sciences, et Journ. des connaiss. méd.-chir., février 1847, p. 79).
(7) Mac-Andrews, Ijondon med. and phys. Journ., octobre 1825.
(8) Byrne, The Amer Journ. ofthe med. sciences, 1828.
(9) Strambio, Giorn. annal, di med., 1828.
NÉVROSES
douleur que produisent ces pustules, les cicatrices qu’elles laissent après elles, sont de graves objections à adresser à l'emploi de cette pommade.
Electricité , aimant. — L’emploi de l’électricité a pour lui le témoignage de beaucoup d’auteurs, parmi lesquels il faut citer de Ilaën (1), Fothergill, Underwood, Baumes. On peut mettre en usage la machine ordinaire, l’appareil de Leyde, la pile électrique, la galvano-puncture, et surtout les procédés de Duchenne (2).
[Duchcnne ne compte ([lie deux insuccès sur dix guérisons. Ces deux insuccès pouvaient s’expliquer par l’ancienneté de la chorée (elle datait de deux à trois ans), bien que dans les dix guérisons plusieurs fussent également anciennes.
Duchenne a expérimenté comparativement, dans ce traitement de la chorée, la faradisation musculaire indirecte et directe des muscles affectés, avec intermittences lentes et avec intermittences rapides. Ces procédés divers ont donné des résultats à peu près identiques. Il préfère cependant les intermittences lentes, parce qu’elles provoquent peu de douleurs, et parce que l’excitation par les intermittences rapides est quelquefois suivie d’une augmentation des mouvements cloniques.
Traitement par la faradisation de la peau (Briquet). — Pratiquer la faradisation cutanée tous les jours ou tous les deux jours, en la faisant durer cinq ou six minutes, sur toute la longueur des membres convulsés, et en s’arrêtant principalement sur les membres les plus agités. Sur huit jeunes filles choréiques qui ont été soumises à ce traitement, la cessation complète des mouvements convulsifs a été obtenue : chez l’une au bout de huit jours, chez une seconde au bout de vingt et un jours, et chez les autres au bout de vingt-quatre, vingt-huit, trente-trois, trente-six et quarante-sept jours; une neuvième malade a quitté la Charité vers le quinzième jour, sans être complètement guérie. La plupart de ces malades avaient été traitées, sans aucun résultat, pendant six semaines h trois et quatre mois, par les moyens ordinaires. (Briquet.)
La faradisation de la peau hâte d’une manière évidente la terminaison de la chorée.
Ces recherches, soumises au jugement de l’Académie de médecine de Paris, ont provoqué un Rapport lu par Blache en son nom et au nom de Bouvier et Trousseau, dans la séance du 9 décembre 1859, et dans lequel on remarque le passage suivant:
« Peut-être les cas observés par Briquet étaient-ils légers et devaient-ils ne point devenir graves; peut-être aussi a-t-il tombé sur une série favorable, comine cela se voit de temps en temps ; mais toujours est-il que ces faits portent avec eux un grand intérêt, et qu’il est fort désirable que ces recherches soient continuées.
,> Une objection que ne s’est point dissimulée Briquet, et qui n’est pas sans une certaine valeur, c’est l’excessive douleur occasionnée par la faradisation, douleur telle, qu’il s’est vu plusieurs fois obligé d’avoir recours au chloroforme pour en faire cesser les angoisses, ou pour vaincre la résistance qu’opposaient les malades à l’emploi de ce moyen.
» Aussi croyons-nous que, sauf dans les cas de chorée très-grave ou rebelle au traitement le plus habituellement efficace, la faradisation aura peu de chances d être
(1) De ltaën, Ratio meelendi, t. I : De vi electr.
(2) Duchenne (de Boulogne), Électrisation localisée , 2e édit.
CIIOUÉE. — TRAITEMENT.
acceptée, surtout en ville (1). » Nous partageons entièrement 1 opinion formulée par la commission académique.]
On a eu aussi recours aux plaques aimantées.
Bains sulfureux. — Baudelocque, le premier (2), a conseillé les bains sulfureux multipliés. Ce médecin faisait prendre un bain sulfureux d’une heure de durée environ tous les jours, le dimanche excepté. Il a constaté un assez grand nombre de guérisons rapides, et l’amélioration se manifestait dès le deuxième ou le troisième bain. Cependant il a cité des cas où, loin d’être utiles, les bains sulfureux ont exaspéré les symptômes, et Blache a observé un cas semblable. Se hâter d’employer ce moyen, et de recourir à ceux que nous avons déjà indiqués.
La chorée presque toujours tend à se terminer par la guérison vers le soixanteneuvième jour, terme moyen (G. Sée). Plus le début du traitement s’est rapproché de cette époque, plus l’efficacité des remèdes a dû paraître grande, et de là des erreurs qu’on ne pourra éviter qu’en tenant compte de ce fait.
[Les exercices gymnastiques sont un moyen très-employé aujourd’hui, et qui donne des résultats évidemment avantageux. Darwin (3) et Mason Good(A) signalèrent, les premiers, le parti qu’on pourrait tirer de cette médication. Louvet-Lamarre, en 1827, proposa de faire sauter à la corde les enfants atteints de chorée. Jolly, en 1836 (5), présenta la gymnastique, et notamment le saut à la corde, la danse, l’exercice du piano, comme capables de guérir la chorée, sans qu’il fût besoin d’employer aucun autre remède. Bonneau essaya de régler les mouvements avec un métronome. Sée a le premier publié sur cette question un mémoire appuyé sur des faits nombreux recueillis à l’hôpital des Enfants malades (6), où le traitement par la gymnastique a été employé depuis 1 847 sur la plus grande partie des enfants atteints de chorée. En 1855, Blache a présenté à l’Académie de médecine un mémoire sur ce sujet (7), et indiqué comment devait être appliquée, suivant les cas, cette médication gymnastique. Pour les cas graves, le massage et les frictions, les mouvements cadencés exécutés par une main prudente, conviendront mieux. Sous le rapport de la pratique de ces moyens mécaniques, la médecine française est en retard sur l'Allemagne et la Suède. D’après des relevés statistiques de Moynier et d’après ceux qu’a donnés Blache, la durée moyenne du traitement suivi de guérison, dans la grande majorité des cas, serait de trente-neuf jours. Ce traitement gymnastique convient à la chorée chronique surtout, et donnera, en pareil cas, des succès nombreux et assurés. Il n’en est pas de même de la chorée aiguë et intense, contre laquelle ce moyen est évidemment insuffisant]
Traitement de Bardsley. — On administre d’abord les purgatifs seuls, et Ton en continue l’usage jusqu’à ce que les matières alvines aient repris leurs caractères normaux.
(1) bulletin de l’ Acad, impériale de médecine, décembre 1859, p. 139.
(2) Duchenne (de Boulogne), Electrisation localisée, 2e édit.
(3) Darwin, Zoonomie. Gand, 1811.
(4) Mason Good, Study of medicine. Londres, 1822.
(5) Jolly, Revue médicale, octobre 1836.
(6) Sée, De la chorée. Rapport du rhumatisme et des maladies clu cœur avec les affections nerveuses et convulsives (Mém. de VAcad.de médecine, t. XV, 1850, p. 393).
(7) Blache, Mémoires de l’Acad. de médecine, Paris, 1855, t. XIX, p. 598, et surtout le remarquable rapport fait par Bouvier ( bulletin de l’Académie de méd., t. XX, p. 833).
NÉVROSE?
A celte époque, et quelque faible que soit la diminution des mouvements choréiques, on a recours aux antispasmodiques : le musc et le camphre à la dose de 0gr,20 chacun , fautes tes cinq heures. Pour le. soir, un lavement composé de :
Mixture d’asa fœtida. 120 à 150 gram. | Laudanum 20 à 30 gouttes.
Dans les cas de chorée traitée par les purgatifs seulement, la durée la plus longue du traitement a été de trois mois, la plus courte de trois semaines, et la durée moyenne d’un mois et demi. Dans les autres, la durée la plus courte est de dix jours, la plus longue de deux mois et demi, et la moyenne de trois semaines environ.
Szafkowski Rufin (2) a cité neuf cas de chorée essentielle qui ont guéri. Appliquer quatre ou six sangsues aux apophyses mastoïdes (deux ou trois de chaque côté, suivant la force et le tempérament du malade). Revenir à cette application, mais en très-petit nombre, pendant quatre ou huit jours consécutifs, suivant les effets qu’on en obtient. Les appliquer tantôt à l’anus, tantôt aux apophyses mastoïdes, si le désordre des mouvements a commencé par les membres inférieurs. I ne fois que l’excitation cérébrale est tombée, donner des antispasmodiques (valériane, oxyde de zinc, casloréum), seuls ou combinés ensemble à des doses convenables, suivant l’àge, le tempérament du sujet, suivant la violence de la maladie. Cette médication doit être continuée huit jours au moins, et quinze au plus.
Une amélioration plus ou moins sensible sera obtenue à cette époque : c’est le moment de se servir des purgatifs. On emploie le sulfate de soude ou de magnésie, à des doses convenables, et toujours pendant deux jours consécutifs, une ou deux fois par semaine, suivant la force et l’état des voies digestives du malade, suivant la violence de la maladie et les effets évacuants de ces sels. V revenir deux, trois, quatre, cinq, six fois, et toujours pendant deux jours consécutifs, s’il reste quelques mouvements désordonnés dans quelques parties du corps que ce soit. Nous n’avons jamais eu besoin d’y revenir plus de quatre fois; ordinairement trois fois suffisent. (Szafkowski Rufin.)
Régime. — Lorsque la maladie se présente chez des enfants débilités, donner des aliments substantiels, et dans les cas où l’on croit devoir mettre en usage le traitement antiphlogistique, en aider l’action par un régime léger.
CHORÉES ANOMALES.
On a décrit plusieurs autres espèces de chorées qui sont désignées par les auteurs modernes sous le nom de chorées anomales : 1° la grande danse de Saint- Guy , signalée par Wichmann, par Wickc, etc., et qui est remarquable par de violents accès de convulsions; 2° la chorée propulsive, dont on trouve des exemples dans les auteurs qui se sont occupés des maladies du cerveau et de la moelle, et qui consiste à se porter en avant en courant et malgré soi; c’est là un symptôme de maladies diverses auquel le nom de chorée est fort mal appliqué; 3° la chorée rotatoire , à laquelle s’appliquent les mêmes remarques; ù° la chorée vibratoire du même genre; 5° la chorée électrique décrite par les médecins italiens (2), et qui
(1) Szafkowski Rufin, Traitement de la chorée ( Union médicale , 25 août 1849).
(2) Yoy. lïubini, G iornalc di Milano, 1 8 A 6 ; Tatti, Sabini, Rotundi (Anna/i universali dt med. d'Omodei. Milano, 1846 et 1847).
ECLAMPSIE.
est une maladie encore mal déterminée, ayant des symptômes d’abord comateux, puis apoplectiques, et des accès convulsifs.
Toutes ces affections diffèrent évidemment de la chorée; leur conserver ce nom et les décrire comme des chorées, mêmes anomales, ce serait perpétuer une confusion fâcheuse. La plupart ne sont que des symptômes de diverses affections des centres nerveux.
Hèsumé. — Médication interne. — Émissions sanguines; tartre stibié à haute dose; purgatifs; carbonate de fer ou autres préparations ferrugineuses; toniques; narcotiques; antispasmodiques; noix vomique; sulfate de strychnine, arsenic, etc. , etc.
Médication externe. — Bains froids; affusions froides; bains de rivière, de mer, d’ondée; bains tièdes; irritants cutanés; électricité; bains sulfureux; gymnastique.
ARTICLE II