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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

i travail des médecins modernes, ont montré qu’il lallait étendre cette expression, i d’une part aux femmes qui sont dans la période menstruelle, de l’autre aux enfants nouveau-nés, et peut-être aux fœtus dans les deux derniers mois de la vie intrautérine. Il nous paraît indispensable, avant de décrire la maladie, de dire quelques mots de l’état mixte physiologico-pathologique qui y prédispose.

Les femmes sont soumises, autant que le permettent leurs organes, aux mêmes maladies que les hommes; mais, d’une part, la disposition différente de leur appareil génital, la fonction spéciale qu’elles accomplissent, et qui est sans analogue dans l’homme, la différence très-grande, sinon spécifique, qui existe entre leur i constitution et celle de l’homme, engendrent certaines maladies générales, tôt ms mbstantiœ , qui leur sont particulières. La fièvre puerpérale est une de ces maladies. Si nous admettons que le produit de la conception en puisse être atteint, c’est qu’il participe de la mère, et partage les conditions morbides où elle se trouve.

L’état puerpéral peut être le point de départ d’un très-grand nombre de malat dies, que nous n’avons pas à décrire ici; tels sont : l’anémie et la pléthore aqueuse, la chlorose, la dyspepsie avec toutes ses variétés, l’hystérie, les vomissements incoercibles, la manie, les paralysies, et principalement les paraplégies; en un mot, ces maladies si nombreuses et si caractéristiques qui procèdent de la fonction : génitale. La fièvre puerpérale est tout autre chose; l’utérus, en état d’activité fonctionnelle, en est le terrain, le point de départ nécessaire.

L’utérus d’une femme qui a scs règles est tuméfié, gorgé de sang, présente un état de congestion très-analogue à l’érection; du sang s’écoule hors de l’organe, la trompe est appliquée sur l’ovaire qui, le plus souvent, laisse échapper par rupture un œuf; il y a desquamation d’une partie de la muqueuse utérine, quelquefois presque toute cette muqueuse se détache et mue pour ainsi dire... Dans tous les cas, ce phénomène physiologique est sur la limite de l’état morbide. La fièvre puerpérale saisira la femme dans cette période, où elle n’est pas garantie contre l’introduction de la maladie. Dans les intervalles, quand l’organe ne fonctionne pas, il n’y aura pas de fièvre puerpérale. La fièvre puerpérale épargne les petites filles et les vieilles femmes; les femmes nubiles, dans la période d’activité fonctionnelle de l’utérus, en peuvent seules être atteintes. La conception apporte des modifications considérables dans l’état anatomique et physiologique de l’utérus. Cet organe présente, après l’accouchement, des phénomènes qui sont plus du domaine de la pathologie que de la physiologie. Une immense plaie existe, c’est la place qu’occupait le placenta, brusquement séparé de scs attaches utérines. La membrane muqueuse de l’utérus doit se réparer; l’organe, qui a plus que décuplé de volume, doit se déterger, expulser les débris des annexes du produit de conception. C’est la un immense travail physiologique, c’est là aussi une immense opportunité morbide. La maladie n’attend pas toujours que ce travail soit commencé, et il suffit fi11 une femme soit grosse pour qu’elle puisse contracter ou engendrer la fièvre puerpérale. Le fœtus fait partie de l’organisme de sa mère, et il peut contracter les mêmes maladies, avec elle ou indépendamment d’elle. Quant au nouveau-né,

• si la mère a les lochies utérines, il a les lochies ombilicales, et l’expérience montre qu’il a à peu près la même opportunité morbide que la mère.

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s III. — Nature de la maladie.

Il serait oiseux de disserter sur l’essentialité ou la non-essenlialité, et sur la spécificité de la maladie, et de se demander si elle mérite véritablement le nom de lièvre. La discussion remarquable dont la lièvre puerpérale a été le sujet, au sein de l’ Académie de médecine, en 1857, a d’ailleurs montré qu’il ne faut pas chercher 'a accorder ensemble des opinions divergentes, et qu’il faut savoir prendre parti. Ceux-là seuls discutent, contestent, qui n’ont pas vu ou qui n’ont pas compris.

Parmi toutes les maladies qui sévissent sur les femmes en couches, il en est une, la fièvre puerpérale, dont les ravages acquièrent quelquefois les proportions d’une calamité publique. Procédant à la façon des affections pestilentielles épidémiques, la fièvre puerpérale fait, en très-peu de temps, de très-nombreuses victimes, et eu présence de pareilles épidémies, la thérapeutique est désarmée. Voilà un fait qui est connu de tout le monde. Le bon sens public a accusé les maternités d’ètre des foyers de fièvre puerpérale. Lorsqu’une pareille épidémie règne dans une maison d’accouchements, toute femme (pii y entre pour accoucher risque sa vie, tout aussi bien que l’homme affaibli et souffrant qui entre dans une ambulance ou règne le tvphus. On voit alors, chose monstrueuse, l’accouchement, fonction physiologique qui, dans les prévisions naturelles, n’expose la femme qu’à une souffrance passagère,- devenir le plus dangereux de tous les états. Les épidémies durent plus ou moins longtemps, se concentrent dans une localité, ou rayonnent au loin, faisant des victimes isolées; d’autres fois l’affection se montre sur une seule personne, c’est le

cas le plus rare, car l’épidémicité est un des caractères de toute maladie infectieuse. Cette maladie n’est ni une métrite, ni une phlébite, ni une lymphangite, ni une péritonite, ni une infection purulente ou putride, ni un érysipèle, ni une pleurésie; elle est une, et ce que les esprits peu clairvoyants prennent pour autant de maladies différentes, n’est que la manifestation multiple et variée d’une cause unique. Lorsqu’une femme accouchée est prise d’un violent frisson de mauvais augure, avec altération des traits, petitesse et fréquence du pouls, agitation, ainsi (pie cela a lieu au début de la fièvre puerpérale, nul ne peut dire quelle sera la forme de la maladie, et s’il y aura prédominance de l’infection purulente ou de la péritonite, ou de la pleurésie, ou de la méningite, ou bien s’il n’apparaîtra pas quelque vaste érysipèle. La péritonite est la manifestation, de beaucoup la plus fréquente, de cette affection. L’utérus est le point de départ nécessaire de la maladie : il était ou il devient, le plus souv ent, peut-être toujours, malade, en pareil cas ; aussi existe-t-il encore des médecins, voués à l’observation des petits faits, qui, prenant l’effet pour la cause, ou le comment pour le pourquoi, ne voient dans la fièvre puerpérale qu’une métro-péritonite. -Nous ne saurions mieux faire que de citer ici textuellement un passage remarquable du premier discours prononcé à l’Académie de médecine en 1858, par Paul Dubois (1) :

« Au point de vue de scs caractères anatomo-pathologiques, la fièvre puerpérale diffère essentiellement de la plupart des affections fébriles et continues qui peuvent devenir mortelles; quand on relève en effet les résultats d’un grand nombre d’observations recueillies pendant la vie, et de recherches faites après la mort, on

(1) De la fièvre puerpérale , de sa nature et de son traitement. Communications à l’Académie impériale de médecine. Paris, 1358, p. 115.

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