‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 34 sur 369 · FIÈVRE PUERPÉRALE. ■ — NATURE 1)E LA MALADIE · texte numérisé non relu

FIÈVRE PUERPÉRALE. ■ — NATURE 1)E LA MALADIE

arrive inévitablement à cette conclusion, qu’il n’y a presque aucun organe qui ne puisse être altéré et souffrant dans le cours de la maladie, et aucun viscère ni aucun tissu dont on n’ait pu constater l’altération par l’examen cadavérique; qu ainsi la fièvre puerpérale, contrairement à ce que l’on observe dans les fièvres dites essentielles, n’a pas de caractère anatomique qui lui soit propre ; mais il est un fait qui ne saurait échapper, c’est que presque toujours les autopsies révèlent des suppurations étendues ou circonscrites, souvent disséminées, et qu’il n’est peut-être pas d’organe ou de tissu qui n’en ait été le siège ; que chaque épidémie semble se distinguer par ses lésions prédominantes ; enfin qu’il est des cas rares, il est vrai, dans

lesquels l’observation la plus scrupuleuse ne révèle aucune altération manifeste

Ce n’est pas l’étendue et l’intensité de l’inflammation qui font le caractère distinctif du groupe de symptômes qui me paraît constituer la fièvre puerpérale ! » — Trousseau n’hésite pas à prononcer le mot de spécificité.... « Comment, dit-il, nous expliquerons-nous que, dans certaines années, ces lésions puerpérales ou des plaies peu étendues, insignifiantes, tuent presque fatalement, et qu’elles guérissent facilement quelques mois après ou dans un autre lieu? Pas autrement que par quelque chose de spécifique. >• — Répondant à une objection qu’on fera toujours, ce médecin éminent disait : « On me demandera à quoi je distingue une péritonite puerpérale simple d’une péritonite épidémique, spécifique. Mais si je ne les distingue pas, cela ne prouve pas qu’il n’y a pas entre elles de différence, car les différences anatomiques ne sont pas les seules possibles. »

Quant à la nature intime de la maladie, à sa cause, M. Trousseau s’exprime ainsi: « De quelque manière que la matière morbifique ait envahi l’économie, qu’elle y ait été engendrée, ou qu’elle y ait pénétré du dehors, elle y germe ; c'est surtout sur les plaies qu’elle trouve un sol fertile où elle se multiplie, pour se propager à toute l’économie. C’est ainsi que le sang infecté par une gouttelette de pus varioleux produit une nappe purulente qui recouvre tout le corps. »

Nous pensons que, dans l’état actuel de la science, il n’existe rien de plus parlait que le passage du discours de Paul Dubois, où ce médecin , qui a tant pratiqué et si peu écrit, a résumé en quelques mots l’expérience de toute sa vie sur cette question. En cédant la parole à notre maître, nous croyons rendre service au lecteur. Qu’est-cc que la fièvre puerpérale ? « Sur cette question capitale au point de vue de la science, et, jusqu’à présent du moins, secondaire au point de vue pratique, les opinions sont partagées encore entre la doctrine de l’infection purulente, celle de I infection putride et celle de l’esscntialilé, laquelle suppose l’intervention d’une cause générale, inconnue encore dans son essence, et dont l’un des premiers effets, sans doute, serait une altération des liquides, et surtout du sang. Je ne crois pas à I infection purulente, parce que les suppurations étendues, et surtout disséminées, me paraissent être déjà un effet et non point une cause de l’altération du sang, et parce que les exemples de fièvre puerpérale mortelle, sans aucune trace apparente de suppuration, sont assez nombreux aujourd’hui pour autoriser l’opinion que je \iens d’exprimer. Je crois moins encore à l'infection putride comme cause de la fiè\re puerpérale, parce que cette doctrine me paraît beaucoup moins soutenable encore que la précédente. Qui ne voit, en effet, que si le séjour d’une certaine quantité de sang liquide ou coagulé, retenu dans l’utérus et s’y altérant, pouvait devenir la cause d’une intoxication du sang et des effets qu’on lui suppose, une

condition naturelle, constante et inoffensivc, se convertirait en un danger permanent et redoutable? Il n’y aurait presque aucun cas d’hémorrhagie consécutive à l’accouchement qui ne fut compliqué d’une infection putride; car il n’y a pas de perte utérine un peu abondante, chez une accouchée, qui ne donne lieu au séjour et à l’altération de quelques caillots dans les unes génitales.

» En cet état de la science, j’admets l’altération primitive du sang par une cause encore inconnue, parce que cette hypothèse me paraît très-admissible, et parce qu’après la ruine des autres, elle est la seule à laquelle je puisse me rattacher. Je crois même que, dans un très-grand nombre de cas, celte cause contient en elle les éléments de la gravité ou de l’i:> nocuité de la maladie, et pour ainsi dire son avenir, comme la cause qui produit l’intoxication varioligène du sang tient sous sa dépendance les inflammations spécifiques disséminées, desquelles résulteront plus tard les pustules discrètes ou confluentes de la variole. ?

Tel est donc, à notre époque, et en dépit des scrupules de ceux qui n’osent pas s’affranchir de l’anatomisme, le dernier mot de cette question : <• La fièvre puerpérale est une affection spécifique. »

§ IV. — Anatomie pathologique.

On comprendra facilement qu’il est difficile de décrire le siège et les lésions habituelles de cette maladie, si l’on sait combien elle est protéiforme. Cependant on peut, parmi tant de manifestations diverses, reconnaître certaines lésions plus constantes, et qui correspondent à des formes déterminées de l’affection. L’utérus et le péritoine méritent surtout d’attirer l’attention. Il faut d’abord tenir compte de toutes les lésions traumatiques que l’accouchement a produites dans l’utérus même ou dans le vagin. Ces lésions sont le plus souvent des déchirures, des plaies, qui peuvent être le point de départ de la maladie. On a ainsi trouvé des gangrènes, de la pourriture d’hôpital, de la diphthérite, un état de putrescence particulière qui a paru correspondre à certains accidents d’infection putride. Le plus souvent, les lochies étant altérées et le travail de réparation physiologique de l’utérus s’accomplissant mal, on trouve la surface utérine baignée d’un liquide sanieux d’une extrême fétidité, résultat et non cause de la maladie. Les parois très-épaisses de l’utérus, après l’accouchement, sont souvent le siège de phlegmons, de phlébites et de lymphangites: le tissu de l’utérus est érectile, et contient autant de vaisseaux que de muscles ; très-fréquemment, en incisant la paroi, on la trouve criblée de pus. Souvent on suit des vaisseaux lymphatiques utérins, chargés de pus, jusque dans les ganglions sacrés et lombaires. Certains auteurs avaient pensé que la lymphangite était une redoutable lésion, et, comme elle est fréquente en pareil cas, ils lui attribuaient une partie de la gravité des accidents puerpéraux ; on est fort revenu de ces idées aujourd’hui. La phlébite s’observe également. Le plus souv ent, c’est un cordon phlegmasique qui, parti de l’utérus, se prolonge dans un des ligaments larges; parfois cette phlébite s’étend aux veines hypogastriques et iliaques, et descend dans les fémorales. La phlegmatia alla dolcns n’est qu’une phlébite du membre inférieur, accident local, phlegmasique, le plus souvent peu grave, et qui n’est point du domaine de la fièvre puerpérale. D’autres veines, en grand nombre, peuv ent renfermer du pus et des caillots, ainsi que cela a lieu dans la forme ivfec-

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