‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 331 sur 369 · CATALEPSIE. EXTASE. SOMNAMBULISME. — DÉFINITION · texte numérisé non relu

CATALEPSIE. EXTASE. SOMNAMBULISME. — DÉFINITION

dans nue excellente analyse de l’observation de Puel, a savamment discuté 1 importance des formes diverses de la catalepsie, et démontré que les faits rapportés sous ce nom, étaient singulièrement différents les uns des autres. Nous imiterons sa réserve, et nous nous bornerons à mettre en évidence les troubles qui la caractérisent, sans vouloir en tirer des conséquences trop absolues.

A. Catalepsie. — Il est peu probable qu’Ilippocrate ait bien connu cette affection. Asclépiade (de Bithynie) paraît être le premier qui se soit servi du mot xardcXrjvJ/ffiç ; Galien (1) en donna une description assez exacte, et en fixa la symptomatologie. Cælius Aurelianus consacre plusieurs chapitres à la catalepsie, dont il indique en ces termes le symptôme pathognomonique: Neque extenta recolligunt membra, neque conducta distendunt (2). Mais il faut arriver jusqu’à la période moderne pour trouver une interprétation vraie des phénomènes. La plupart des auteurs anciens y faisaient intervenir les théories Immorales : nous nous bornerons à indiquer les travaux de Hoffmann (1692) (3), Dionis (1718) (4), Petetin (1805) (5), 1*. Frank. Bourdin (6), Favrot(18à4) (7), le mémoire de T. Puel (8), et l’article critique de J. Falret (9). T. Puel a traité ce sujet avec une grande distinction; nous ferons, dans le cours de cet article, de nombreux emprunts à ce remarquable travail.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

Les définitions qu’on a données de la catalepsie (x-xvâhxpt;, saisissement; cotochus, morbus attonitus de Celse) sont basées sur le caractère le plus constant de cette maladie. Mais elles ont le tort de ne pas être complètes ; elles reposent, en effet, sur l’état des muscles, qui permet de donner au tronc et aux membres toutes sortes d’attitudes, sans que le malade puisse les modifier, en aucune manière. Pour quiconque a vu des cataleptiques, tout n’est pas là, et l’état de l’intelligence, de la sensibilité générale et spéciale, mérite bien aussi d’être noté. Puel la définit. « Une névrose intermittente, sans modification notable dans les fonctions de la respiration et de la circulation, avec une perturbation spéciale de toutes les fonctions de relation, essentiellement caractérisée par l’impossibilité où est le malade d’étendre ou de contracter volontairement les muscles de la vie animale, tandis qu’une personne étrangère peut, à son gré, faire passer successivement ces mêmes muscles par tous les degrés intermédiaires entre les limites de contraction et d’extension. » Nous préférons à cette définition celle de Bourdin qui, plus générale, nous semble mieux convenir à la plupart des faits connus : c’est « une affection intermittente du cerveau, et le plus souvent apyrétique, qui se compose d’attaques ordinairement caractérisées par la suspension de l'entendement et de la sensibilité, et par l’aptitude des muscles de la vie animale à recevoir et à garder

(1) Galien, Prorrh. : De lotis affectis.

(2) Cælius Aurelianus, Acutor. morborum , lib. II.

(3) Hoffmann, De a/f'ectu cataleplico. Francofurti, 1692.

(U) Dionis, Dissertation sur la mort subite et la catalepsie. 1709.

(5) Petetin, Mémoire sur la catalepsie et le somnambulisme , 1787. — Èlectr. animale.

(6) Bourdin, Traité de la catalepsie. Paris, 1841.

(7) A. Favrot, De la catalepsie, de l’extase et de T hystérie, thèse. Paris, 25 janvier 1844.

(8; T. Puel, De la catalepsie {Mémoires de T Acad, de méd ., Paris, 1856, t. XX).

(9) .Jules Falret, Archives générales demédecine , 1857, 5e série, t. X, p. 206, 455.

NÉVROSES

lous les degrés de contraction qu’on leur donne. » Georget la définit de môme, et nous nous rallions à cette définition, nous aurons occasion de voir que la suspension des fonctions intellectuelles a son importance au point de vue du diagnostic.

II n’y a pas lieu de s’étonner de l’obscurité, de la confusion même qui ont longtemps régné dans la science sur ce sujet. La catalepsie est une affection que le médecin rencontre assez rarement dans la pratique ; les faits qu’on observe isolément, qu’on décrit sans avoir pu compléter ce qui manque à chacun d’eux par des investigations renouvelées, mettent en évidence tels ou tels phénomènes, ils ne peuvent donner une idée exacte de l’ensemble : les auteurs que nous venons de citer ont cherché à éviter cet écueil en consultant les observations publiées à toutes les époques ; le nombre n’en est pas très-considérable puisque Bourdin n’en avait pu réunir que quatre-vingt-dix-huit. Puel en a résumé cent cinquante puisées aux sources anciennes et modernes, c’était suivre le conseil que donnait Sennert (1) : « Historien catalepticorum , si occurrunt , dilir/enter annotandœ. »

Causes prédisposantes. — Il ne paraît pas (pie le climat, la température, les saisons, l’hygiène, la race, aient d’influence marquée sur la production de la catalepsie. L’hérédité, sans être une cause fréquemment observée, a été cependant notée, et il existe plusieurs observations de frères ou de sœurs atteints de cette affection. L’influence de l’àge n’est pas évidente, ainsi qu’on le verra par le tableau suivant emprunté au mémoire de Puel : sur 9 h observations, en faisant des groupes d’âges par périodes de dix ans, on trouve :

10 cas de catalepsie de 0 à 10 ans.

11 — ûl à 50

D’après ces chiffres, la catalepsie serait plus commune dans la jeunesse que dans un âge avancé.

Le sexe ne paraît pas jouer un rôle important dans la production de la catalepsie. Longtemps on a cru que les femmes y étaient plus prédisposées que les hommes ; cette erreur provient sans doute de la confusion établie par certains auteurs entre les phénomènes hystériques et la véritable catalepsie. Nul doute, d’ailleurs, que les femmes n’aient souvent exploité la crédulité du public et même des médecins en simulant la catalepsie, soit afin de passer pour illuminées, soit afin de tirer parti de cette jonglerie que l’on appelle magnétisme ou somnambulisme lucide, dont la cataepsie serait l’une des manifestations. Sur ld8 observations de catalepsie, Puel a trouvé 68 hommes et 80 femmes; la prédominance du sexe féminin serait donc, en tout cas, peu considérable.

Il n’est pas douteux que le tempérament nerveux ne prédispose à la catalepsie; l’ascétisme, la fatigue intellectuelle, les passions violentes, sont dans le même cas. Pour les causes déterminantes, elles sont les mêmes que celles de beaucoup d autres

(1) Sennert, Practicæ medicinœ, lib. I, cap. xxs> Wittemberg, 1G24.

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