‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 337 sur 369 · HOQUET · texte numérisé non relu

HOQUET

Le hoquet n’est le plus souvent qu’un accident très-léger ou qu’un symptôme d’une autre maladie. Dans le premier de ces deux cas, il n’a aucun intérêt pour le praticien ; dans le second, il suffit de l’étudier dans les maladies dont il est un symptôme peu grave. Dans quelques cas aussi, le hoquet constitue une névrose rebelle, incommode, et qui peut entraîner à sa suite un dépérissement marqué.

On s’accorde aujourd’hui à regarderie phénomène qui constitue le hoquet comme le résultat d’une contraction subite et involontaire du diaphragme. Il consiste dans le passage brusque de l’air à travers la glotte rétrécie, d’où résulte une inspiration incomplète et bruyante à laquelle succède une expiration naturelle.

Ou a beaucoup écrit sur le hoquet; mais comme les auteurs qui s’en sont occupés n’ont pas traité spécialement du hoquet idiopathique, il y a souvent de la confusion dans leurs descriptions. *

Causes. — Le hoquet, tel que nous le considérons ici, se montre chez les sujets d’un tempérament nerveux, surtout chez les femmes atteintes d’une autre névrose, et en particulier de l’hystérie. Quelquefois il survient à la suite d’une émotion trèsvive; d’autres fois sans cause connue. Sauvages a cité un exemple de hoquet par imitation.

Le hoquet peut se prolonger pendant des mois, et même pendant des années. Il s’accompagne d’une anxiété plus ou moins grande; il augmente généralement après le repas, et surtout à la suite des émotions vives. Lorsqu’il est de longue durée, il peut amener un dépérissement marqué, et produire une tristesse profonde.

[Nous croyons devoir rapprocher de cette névrose les accidents qu’on a décrits sous le nom d 'aboiement hystérique, et qui ne sont eux-mêmes que des spasmes accompagnés d’un bruit guttural analogue en effet à l’aboiement, au miaulement, etc. (1). Plus compliqués que le hoquet, en ce sens qu’un plus grand nombre d’organes concourent à la production du bruit, ces spasmes sont bien rarement isolés : pour peu qu’on soumette à une observation attentive le malade qui les présente, on ne tarde pas à constater d’autres troubles, tels que les points anesthésiques ou hyperesthésiques. Un autre caractère qui les rapproche encore des névroses convulsives, et plus particulièrement de l’hystérie dont la plupart du temps ils sont un symptôme, c’est leur propagation par imitation. Calmeil (2) a fait l’histoire des épidémies connues; Briquet (3), dans son Traité de T hystérie , les a rappelées et a cité plusieurs faits observés par lui. Ces auteurs ne font pas de'ces spasmes une maladie à part ; nous acceptons cette opinion qui nous paraît la plus sage, et nous ne croyons pas qu’on doive se préoccuper beaucoup de leur trouver une dénomination particulière. Le mot de néurophonie a été proposé dans ces derniers

(1) Trousseau, Clinique médicale de P Hôtel-Dieu, 2e édit., 1865, t. II, p. 209.

(2) Calmeil, De la folie, t. I. Paris, 1845.

(3) Briquet, Hystérie. Paris, 1859.

NÉVROSES

temps par Émile Bertrand ( l ) ; il nous semble impliquer une localisation trop exclusive des accidents vers les voies respiratoires, et ne pas éveiller l’idée plus vraie d’un état général sous l’influence duquel ils se développent.

Le pronostic n’est pas grave; ces spasmes, si rebelles qu’ils se montrent quelquefois, ne compromettent en rien la vie des malades. Ils deviennent une véritable souffrance morale quand ils persistent longtemps, apparaissent sous l’influence de l’émotion la plus légère, et forcent d’interrompre les relations sociales. Ce sont là des cas extrêmes, heureusement rares; la thérapeutique finit toujours par en triompher. ]

Traitement. — Ce que nous avons à dire du traitement s’applique plus particulièrement au hoquet : nous n’avons pas un très-grand nombre de faits sur lesquels nous puissions nous appuyer ; voici cependant ce qui ressort de plus positif des faits rares que nous connaissons.

On a, dans quelques cas, eu recours avec succès aux émollients, à l’exercice, aux distractions; plus rarement on a obtenu des avantages des opiacés et des antispasmodiques.

Le docteur Le Blus, de Yillebroeck (2), a obtenu la guérison d’un hoquet convulsif des plus rebelles par le sous-carbonate de fer uni à la belladone , de la manière suivante :

If Extrait de belladone. . . 10 centigr. | Sous-carbonate de fer 50 centigr.

F. s. a. douze pilules. Dose : une toutes les deux heures.

Dès le second jour le hoquet avait diminué, et le quatrième il avait disparu.

Le docteur Schuermans (3) a réussi à faire cesser les hoquets les plus intenses par un moyen des plus simples; car il consiste uniquement à faire manger au malade quelques morceaux de sucre. C’est un moyen que les praticiens pourront expérimenter.

Dans un cas où un hoquet avait résisté à une foule de moyens, le docteur Marage (ù) l’a rapidement fait disparaître par l’emploi du chloroforme , administre de la manière suivante :

Huile d’amandes douces . . 60 gram. Sirop de menthe poivrée 12 gram.

Sirop diacode 30 gram. Chloroforme 2 gram

Dose : une cuillerée à café toutes les trois heures.

Les révulsifs sur l’épigastre ont été aussi mis en usage. Nous devons mentionner spécialement le cautère actuel sur cette région. Dupuytren y a eu recours avecsuccès dans un cas.

Bordeu avait déjà employé la compression épigastrique contre le hoquet, et ré-

(1 ) L. A. Émile Bertrand, Essai sur ta névrophonie , dite toux des aboyeurs, thèse de Paris. 1865, n° 115.

(2) Le Blus (de Yillebroeck), Ann. de la Soc. méd . d’Anvers, septembre 1816.

(3) Schuermans, Presse médicale belge, août 1819.

(1) Marage, lloguet guéri par le chloroforme en potion ( Union médicale, 9 octobre 1851, p. 178).

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