VINT. INK DK POITRINE. — CAUSES
maladie est alors tout entière constituée par l’accès douloureux, accompagné ou non de quelques autres phénomènes nerveux. En fait, par ses caractères essentiels et constants, l’angine de poitrine appartient aux névroses douloureuses; et alors même que les lésions du cœur y joueraient comme causes le principal rôle, ce qui n’est pas démontré, il faudrait encore rattacher cette affection à la grande classe désaffections nerveuses; car tout au plus serait-elle, dans ce dernier cas, une névrose symptomatique. ]
Celte maladie n’a été bien étudiée que vers la lin du siècle dernier et dans celui-ci. On a cherché des traces de sa description dans les écrits des anciens, mais le diagnostic était alors trop peu précis pour qu’on doive accorder une grande importance à ces indications. Fr. Hoffmann (1) a cité plusieurs cas de celte affection; Morgagni (2) en a fait connaître de très-intéressants; Ileberden (3), qui l’a désignée le premier sous le nom d 'angine de poitrine , en a donné une assez bonne description, et après lui Fothergill, 'Wichmann, Baumes (i), Brera (5), Jurine (6), Gintrac (7), Forbes (8), les auteurs du Compendium (9), et surtout Lartigue (10), ont décrit plus exactement cette affection, et ont émis sur sa nature des opinions très-diverses.
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
L 'angine de poitrine est une affection caractérisée par une douleur violente et subite, ayant son siège à la partie inférieure de la région sternale, s’étendant souvent au cou et au bras, et occasionnant un tel sentiment d’angoisse, (pie les malades sont obligés de s’arrêter et de rester complètement immobiles jusqu’à ce qu’elle se soit dissipée.
Cette maladie a reçu les noms de cardiogmus cordis sinistri (Sauvages); angnr pectoris; de sternalgie, stemocurdie, syncope angineuse , arthritique, etc.
Quoique l’on connaisse un assez grand nombre d’exemples d’angine de poitrine, on ne peut pas dire que sa fréquence soit grande? Elle l’est beaucoup moins qu’on ne le croirait, si l’on acceptait sans examen toutes les observations fournies par les auteurs; caries nuances qui existent entre l’angine de poitrine et d’autres affections nerveuses sont si légères, que les erreurs de diagnostic ont été fréquentes.
§ II. — Causes.
1° Causes prédisposantes. — Age. — Suivant les recherches rigoureuses de Lartigue, l'angine de poitrine, qui, selon les autres auteurs, aurait son maximum de fréquence à l’époque de la vie comprise entre quarante et cinquante ans, ne se montre pas dans l’enfance, est très-rare avant vingt-cinq ans, puis augmente de
(1) Fred. Hoffmann, De asthm. convuls.
(2) Morgagni, De causis et signis, etc.
(3) Heberden, Uct. concern. angin. pect., etc. (Med. Trans., 1785, t. III).
(4) Baumes, Ann. de la Soc. de mvd. prat. de Montpellier , octobre et novembre 1808.
(5) Brera, De la sternocardie, etc. ( Journ . gèn. deméd., t. LX11).
(6) Jurine, Mémoire sur l’angine de poitrine. Paris, 1815.
(7) E. Gintrac, Mém. et ohserv.de méd. clinique, etc. Bordeaux, 1830, in-8.
(8) Forbes, Cyclopædia ofpract. rned. , t. I. London, 1833.
(9) Monneret et Fleury, Comvendium de médecine , art. Angine de poitrine, t I (10) Lartigue, De l’angine de poitrine. Paris, 1846,
NÉVROSES
fréquence jusqu’à cinquante ans, devient très- fréquente de cinquante à soixante, et diminue ensuite notablement.
Sexe. — Les hommes en sont plus fréquemment affectés que les femmes, et cela dans une proportion très-considérable (:: 11 : 1).
L’ hérédité a été admise d’après quelques faits qui, ainsi que le fait remarquer Lartigue, ne sont pas parfaitement concluants.
IS'ofessions. — Les professions manuelles prédisposent moins à l'angine de poitrine que les autres. Lartigue a constaté que, parmi les faits connus, il y en a une proportion considérable qui a été observée chez les prêtres. Suivant Larron , cette affection se montre plus fréquemment dans les villes que dans les campagnes.
Nous ne savons rien de précis sur l’influence de la constitution et du tempérament. L’affection est plus fréquente dans les climats froids et humides que dans les climats chauds.
On a regardé le vice* rhumatismal et le vice goutteux comme une des causes prédisposantes des plus puissantes.
[Enfin, ainsi que l’a démontré Trousseau (1), l’angine de poitrine peut n’être qu’une des formes larvées de l’épilepsie; on l’a vue, en effet, assez souvent précéder ou suivre les attaques du mal comitial et même alterner avec elles.]
2° Causes occasionnelles. — Dans presque tous les cas, la première attaque s’est produite au moment où les sujets marchaient contre le vent, montaient un escalier. On l’a vue se manifester pendant Y action de se raser ; après un excès alcoolique, un accès de colère, une violence extérieure.
Les causes déterminantes des accès suivants sont de la même nature; mais à mesure que la maladie fait des progrès, il suffit d’une cause de plus en plus légère. Ainsi on voit l’accès se produire' au moindre faux pas, dans un simple mouvement , pendant les efforts de toux, dans Y acte de la défécation, dans le coït, etc.
§ III. — Symptômes.
Le début est presque toujours brusque. Les malades sont le plus souvent atteints de leur premier accès au milieu d’une bonne santé, ou s’ils éprouvaient les symptômes d’une maladie antérieure, ces symptômes ne s étaient nullement aggravés peu de jours avant l’invasion de l’angine de poitrine.
La douleur est le symptôme capital de cette maladie. Elle marque le début de l’attaque. Rarement son apparition est précédée d’un malaise général, d une inquiétude plus ou moins grande, d’un bouillonnement vers 1 hypoehondre gauche.
Cette douleur se fait sentir derrière le sternum, à sa partie inférieure, au niveau de la région précordiale, et c’est là que les malades la ressentent tout d aboid. Dans quelques cas cependant, on l’a vue débuter dans le bras, dans le cou, surtout loi s— qu’il existe une névralgie bracbio-thoracique.
Suivant Lartigue, la douleur ne peut exister que du côté gauche, et cet auteui , regardant l’angine de poitrine comme une névralgie des nerfs cardiaques, ne pouvait pas, en effet, admettre qu’il en fût autrement. Cependant Laennec a cité un cas où la douleur poignante était à droite, et nous-même, à 1 époque de la
(1) Trousseau, Clinique médicale de V Hôtel-Dieu. 2e édit. Paris, 1865.