ANGINE DE POITRINE. — SYMPTÔMES
publication de notre Traité des névralgies , nous signalâmes un cas dans lequel la douleur se faisait sentir dans le quatrième espace intercostal du côté droit.
Quoique le siège de la douleur soit un peu à gauche du sternum, elle ne laisse pas de se faire sentir du côté droit; car, suivant Fothergill, elle se porte le long d’une ligne qui irait d’une mamelle à l’autre.
Elle est poignante; les malades éprouvent un sentiment de constriction ; quelques-uns se plaignent d’une douleur pongitive. Ce qu’il faut surtout noter, car c’est un caractère général, c’est la violence extrême, qui est telle qu’au rapport des malades on ne peut pas en imaginer une plus grande.
Cette douleur peut rester fixée au sternum. Assez souvent elle s’étend au reste de la poitrine, au cou et au bras correspondant. Tl résulte des recherches d Lartigue, que, dans ces derniers points, la douleur est beaucoup moins vive, et ne consiste le plus souvent qu’en un sentiment de torpeur, d’engourdissement, en quelques picotements ou fourmillements, etc.
Etat des voies respiratoires. — Quand on examine les symptômes fournis parles voies respiratoires, on doit prendre garde d’attribuer à l’angine de poitrine ce qui n’est que le résultat d’une complication, ou, d’après Lartigue, ce qui appartient à une autre maladie. L’angine de poitrine peut survenir chez des personnes qui ont la respiration gênée par suite d’un emphysème, d’une affection du cœur, etc.; mais la gêne de la respiration n’est pas un caractère essentiel de cette affection. Au moment où la douleur se manifeste, la respiration reste suspendue, parce que les malades n’osent pas respirer ; et s’ils redôutent la suffocation, c’est qu’ils craignent la durée de cette angoisse dans laquelle ils n’osent pas faire un mouvement d’inspiration. Il en est, au contraire, quelques-uns qui éprouvent le besoin de faire des inspirations profondes ; les cas de ce genre sont rares. Cependant il n’est pas douteux que, dans un certain nombre de cas, la respiration ne soit gênée, bien que les signes de l’angine de poitrine soient évidents, et que l’on ne trouve ni dans une lésion du poumon ni dans une lésion du cœur la cause de la dyspnée. Suivant Lartigue, c’est qu’alors l’angine de poitrine est en quelque sorte compliquée; c’est que la névralgie a pris de l’extension, et qu’au lieu de rester bornée aux nerfs cardiaques, elle a gagné le pneumogastrique. Dans plusieurs des cas rapportés par les auteurs, à la douleur précordiale s’est jointe, dès les premiers temps de la maladie, une gène considérable de la respiration. Quant aux cas où celte gêne est le symptôme dominant, où il y a jactitation et où, dès le principe, les phénomènes durent longtemps, il faut reconnaître, avec l’auteur que nous venons de citer, qu’il s’agitd’autre chose (1) que d’une angine de poitrine, et que si on les a pris pour tels, c’est que le diagnostic n’avait pas été établi sur des bases assez solides.
Relativement à la circulation, il faut distinguer, et sous ce point de vue plus que sous tout autre, les cas compliqués des cas non compliqués. Dans les cas non compliqués, le pouls est, pendant les accès de longue durée surtout, un peu fréquent, serré, mais sans régularité ni intermittences ; dans les cas compliqués de maladie du cœur, au contraire, le pouls présente tous les phénomènes pathologiques qui appartiennent aux affections de cet organe. C’est faute d’avoir tenu compte de cette
(I) Asthme nerveux, Hystérie, etc.
NÉVROSES
distinction que beaucoup d’auteurs ont attribué l’angine de poitrine à une maladie du cœur ou des gros vaisseaux, tandis qu’un examen attentif ne peut pas faire admettre une pareille manière de voir.
Dans un certain nombre de cas, on a observé, surtout vers la fin de l’accès, des éructations. Lartigue ne voit dans ce phénomène qu’un effet sympathique dû aux anastomoses des nerfs affectés avec les nerfs de l’estomac.
Chez un certain nombre de sujets, on a remarqué quelques troubles légers de la secrétion urinaire et un peu de gène dans la vessie.
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
Le début est brusque, et, comme nous l’avons dit, l’intermittence est très-trancliée, de telle sorte que dans les intervalles les malades paraissent jouir de la plus parfaite santé. A mesure que la maladie fait des progrès, les accès se rapprochent et deviennent plus longs et plus pénibles, surtout quand les complications font elles-mêmes des progrès rapides. En pareil cas, c’est principalement après les repas que l’accès se reproduit. Dans les cas de guérison ou d’amélioration, il n’est pas rare, au contraire, de voir les accès s’éloigner et devenir moins intenses avant de disparaître complètement.
La durée de la maladie est très-variable. Il résulte d’un tableau présenté par Lartigue que, dans les cas de mort, la durée varie de deux mois et demi à dix-sept ou dix-huit ans ; mais les cas où celle durée est de deux à six ou sept ans sont les plus fréquents. Dans cinq cas terminés par la guérison, la maladie a duré de quelques mois à deux ans.
La mort est la terminaison que l’on observe le plus souvent dans l’angine de poitrine. Dans les cas simples, et dans ceux où la maladie est compliquée d une affection organique du cœur ou des gros vaisseaux, la mort est assez souvent subite ou presque subite. Dans les autres, les malades succombent entre deux accès, après avoir présenté des symptômes graves. Dansun petit nombre de cas, on obtient une amélioration marquée, qui permet aux malades de vivre encore longtemps, sans grande incommodité. Chez quelques sujets, on a constaté la guérison, et dans quelques-uns des cas de ce genre, on a signalé comme coïncidence remarquable l’apparition d’un gonflement du testicule.
§ V. — Lésions anatomiques.
De nombreuses lésions anatomiques ont été trouvées chez les sujets qui ont succombé à l’angine de poitrine. On a noté l’ossification des artères coronaires (Black, Parry, Kreysig), une lésion organique du cœur (hypertrophie, ossification, cartilaginification, etc.), des artères (ossification, cartilaginification, inflammation); la stase du sang dans le cœur, le développement du foie, l’ossification des cartilages costaux, des épanchements dans le péricarde et les plèvres.
La variété et la multiplicité de ces lésions sont déjà de nature à nous faire douter de leur valeur. On en doute bien plus encore quand, en examinant les faits, on voit que beaucoup de cas dans lesquels ces lésions ont été trouvées n étaient pas des angines de poitrine : nous citerons, par exemple, les observations de Corrigan (1), dans lesquelles on a constaté l’existence d’une aortite, mais dans lesquelles
(1) Corrigan, Archives gèn. de méd., 3e série, 1838, t. I, p. 71 .