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CHOLÉKA-MORBUS ÉPIDÉMIQUE. — LÉSIONS ANATOMIQUES

[Des parcelles muqueuses plus ou moins abondantes ei tenues en suspension dans liquide intestinal participent le plus souvent aux diverses colorations indiquées us haut. Elles sont ordinairement semblables à du riz bien cuit et écrasé. C’est rte même matière dont nous avons signalé l’existence dans les selles pendant la Parfois aussi leur aspect est tout à fait floconneux. Dans un cas, le mucus innait à la surface de l’intestin une espèce de pseudo-membrane ; et dans un titre, il se détachait en filaments qui flottaient dans l’eau et avaient l’aspect un chevelu.

1 1 Enfin, dans quelques cas, on a trouvé des particularités remarquables. Ainsi chez ni sujet le liquide épais et blanc était tellement mêlé de bulles d’air, qu’il ressemblait ides œufs à la neige; mais les particularités de cette espèce n’ont pas une très— Mande importance. Quelquefois aussi on a constaté la présence de vers lombrics.

Dans un bon nombre de cas, la paroi interne de l’intestin a, dans les diverses mrties, une coloration correspondante à celle des liquides contenus dans cet vgane. Aussi est-ce dans la dernière partie qu’elle est le plus souvent livide, rouge, usée, noirâtre. Parfois cependant on observe une coloration uniforme dans toute ■étendue de l’intestin, bien que la couleur du liquide change. C’est ainsi que chez l-ux sujets il y avait une couleur bleuâtre partout, et que chez d’autres la face ttcrne était pâle ou blanche dans les trois parties indiquées plus haut. La colora- 1011 noire ne s’est montrée qu’une fois sur trente-cinq cas, et à la partie inférieure c l’intestin seulement. Quant à la couleur rouge uniforme, elle n’a pas été plus •équente.

Dans les casque nous avons eus sous les yeux, la coloration était due à l’injection u tissu sous-muqueux, et à un certain degré d’imbibition occasionné par le sang ni avait transsudé. Si, en effet, on examinait le tissu sous-muqueux, on y trouait une injection parfois uniforme, mais en général d’autant plus considérable u’on se rapprochait davantage du cæcum. Cette injection, qui présentait, pour la ouleur, les principales nuances indiquées plus haut, c’est-à-dire le rose livide, le vide, le noirâtre, était portée quelquefois au point qu’il y avait une véritable inlïlation, d’où résultaient des ecchymoses manifestes et parfois un commencement e destruction du tissu sous-muqueux.

La membrane muqueuse se présente presque toujours avec sa consistance norîale. Deux fois seulement sur trente-cinq, nous la trouvons un peu ramollie dans ne petite étendue. Parfois aussi elle présente un certain degré d’épaississement, et épaississement se montre en général en rapport avec la dilatation de l’intestin ar les liquides; c’est ce qui a lieu, en effet, huit fois sur onze cas dans lesquels 2tte altération a été bien constatée, et dans ces cas l’épaississement correspondait récisément aux points les plus dilatés. Est-ce à cette dilatation qu’il faut attribuer épaississement de la muqueuse? La courte durée de la maladie pourra faire ?nser, au premier abord, que la chose n’est pas possible ; mais l’expérience a rouvé qu’il faut très-peu de temps pour que les organes creux, distendus soit ir des liquides, soit par des gaz, présentent un épaississement plus ou moins mrqué de leurs parois. On doit plutôt croire que dans les cas où l’on n’a pas ouvé de coïncidence entre l’épaississement et la dilatation, l’intestin s’étant vidé ;rs la fin de la maladie, il est resté un peu d’hypertrophie de la muqueuse qui ’a pas eu le temps de se dissiper.

MALADIES PESTILENTIELLES

On a beaucoup parlé des follicules isolés qui se montrent fréquemment dans cette affection; mais nous attendrons, pour les mentionner, d’avoir décrit le gros intestin où on les rencontre également.

Enfin on a noté l’existence d’ulcérations, mais on en a rarement constaté la présence. Ces ulcérations n’ont pas d’importance réelle. Dans deux cas dont nous avons les observations sous les yeux, elles se sont montrées en dehors des plaques de Peyer, et sans caractères particuliers. Chez un sujet, la présence de tubercules dans les poumons a été bien constatée et a rendu compte de cette altération; et chez l’autre, l’état des poumons n’a malheureusement pas été mentionné.

Les plaques de Peyer n’ont, dans aucun cas, présenté de véritable altération. Tranchant ordinairement, par leur couleur blanche ou grisâtre, sur le fond coloré de l’intestin, elles conservent leur consistance, et bien rarement elles présentent une très-légère saillie qui est sans importance.

Comme l’intestin grêle, le gros intestin présente des différences, suivant qu’on l’examine dans sa première, sa deuxième ou sa troisième partie. Plus souvent augmenté de volume que le petit intestin, il contient aussi un peu plus souvent des gaz accumulés. Ces gaz s’y montrent surtout lorsqu’un commencement de réaction a eu lieu, et Magendie a trouvé dans leur présence un signe démontrant que la maladie tendait à s’améliorer. Le volume du gros intestin peut être doublé et même triplé. C’est surtout quand il y a eu du météorisme pendant la vie, et qu’il existe des gaz accumulés après la mort qu’on observe cette dernière augmentation de volume.

Le liquide contenu dans le gros intestin est ordinairement un peu plus épais que celui de l’intestin grêle; dans un cas cependant le contraire a eu lieu. Le plus souvent coulant presque comme de l’eau, il reste à peu près tel dans toute l’étendue de l’organe, fl est ordinairement trouble, parfois louche, laiteux, grisâtre, et ces colorations se rencontrent principalement dans le premier tiers. Dans le» second tiers, il devient, dans* un bon nombre de cas, lilas, rosé, livide, lie de vin, parfois verdâtre, et même de couleur chocolat, et enfin, vers le rectum, ces dernières colorations sont plus fréquentes encore. Tantôt on voit la coloration lie de vin, lilas, etc., se montrer partout, tantôt certaines parties seulement présentent les nuances que nous venons d’indiquer.

La matière muqueuse décrite à propos de l’intestin grêle se montre moins fréquemment dans le gros intestin. Cependant on trouve assez souvent encore des fiocons muqueux, des parcelles semblables à du riz écrasé nageant dans le liquide. Chez un sujet même, il y avait une petite quantité de matière épaisse, d’aspect purulent, qui était très-remarquable, car on ne trouvait à ce niveau aucun signe d’inflammation de la muqueuse.

Celle-ci, plus souvent ramollie que celle de l’intestin grêle, l’était surtout dans le premier et dans le second tiers de l’intestin. Tantôt généralement rosée, livide, grise, d’un blanc grisâtre, lilas, violacée, etc., elle était surtout remarquable par les taches qui s’y montraient fréquemment, et qui étaient rouges, violacées, bleuâtres, ressemblant à des ecchymoses, ou d’autres fois comme panachées et ayant l’aspect d’une arborisation assez riche. Dans un cas, ces taches étaient vertes, et dans un autre elles étaient brunâtres. A leur niveau, la muqueuse était fortement ramollie, et il y avait une odeur gangreneuse fortement prononcée. Des altérations du même genre ont été signalées par quelques auteurs.

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c’est surtout dans le gros intestin qu’on peut voir facilement que la coloration due à l’état du tissu sous-muqueux, et non à la muqueuse elle-même. Dans les j, en effet, où l’on trouve une teinte rouge ou livide générale, il existe aussi une lection générale du tissu sous-muqueux. Dans le tissu sous-muqueux, au coudre, où il y a des taches semblables à des ecchymoses, on trouve des plaques infiltration sanguine correspondantes, et l’existence d’une véritable ecchymose us-muqueuse se trouve par là constatée. Dans quelques cas, le tissu sousuqueux est tellement infiltré, qu’il a perdu sa cohésion, et que la membrane aqueuse se détache avec plus de facilité.

'Nous avons dit plus haut que nous parlerions des glandes de Bitumer après avoir t la description du gros intestin. C’est dans l’intestin grêle qu’on les trouve prinjalement, et la première remarque à faire, c’est que, dans les observations dont donne l’analyse, jamais les glandes de Brunner ne se sont montrées dans le gros estin sans qu’i! y en eût un nombre plus ou moins considérable dans le petit, ms quelques cas, ces follicules sont extrêmement abondants et presque confluents ns toute l’étendue des deux intestins. Dans les autres, au contraire, ils se monml en plus ou moins grande abondance, suivant qu’on examine telle ou telle nie. En général, plus nombreux et plus gros vers la fin de l’iléon et dans le icuui, ils diminuent de grosseur et de nombre à mesure qu’on s’éloigne de ces ux points. Leur volume varie généralement entre celui d’un grain de semoule et an grain de millet; parfois cependant on les trouve plus gros. C’est ainsi que, ns quelques cas rares, ils ont jusqu’à une ligne et une ligne et demie de diaètre.

Suivant Dalmas, ces follicules, ainsi développés, ne se montreraient que deux s sur cinq. Dans les observ ations que nous avons sous les yeux, leur présence a ; notée bien plus souvent, puisqu’elle a été constatée vingt-neuf fois sur trenteatre cas où on les a recherchés. Mais leur absence dans cinq cas n’en est pas iiins une raison suffisante pour qu’on ne regarde pas, avec Nouât, Serres et zalas (1), cette éruption comme lésion essentielle du choléra. La présence de ces licules n’a été constatée que dix fois dans.Jc gros intestin.

L’œsophage ne présente guère autre chose de notable que le développement, dans i petit nombre de cas, de quelques follicules muqueux, qui sont en général du lu me d’une tête d’épingle, et qui se montrent principalement à la partie inférurc de ce conduit. Dans un cas, cependant, toute l’étendue de la muqueuse iophagienne présentait un degré de ramollissement marqué.

Les glandes mésentériques n’ont rien offert de bien remarquable. Un peu volumeuses dans un petit nombre de cas, ayant parfois une couleur qui variait du >e au livide ou au bleuâtre, elles se sont d’ailleurs toujours montrées avec leur nsistance ordinaire, et n’ont jamais été le siège de véritables altérations de ructure.

Le foie n’a rien non plus de digne de remarque. Offrant un certain degré de «gestion dans un peu plus de la moitié des cas, rarement un peu ramolli, il était «Heurs sain sous tous les autres rapports. Quant à la vésicule biliaire, elle connu ordinairement un liquide assez abondant, médiocrement épais, d’une couleur

(1) Moniteur îles hôpitaux , mars et avril 1853.

MAL VOIES PESTILENTIELLES

qui varie du jaune trouble au vert foncé, et qui a tous les caractères de la bile. Dans un cas, cependant, on trouva dans la vésicule une matière glaireuse semblable au mucus intestinal dont il a déjà été question, matière dont la présence doit être mentionnée; elle a été également signalée par quelques auteurs, notamment Bouillaud, qui a vu dans ces mucosités, existant dans un grand nombre d’organes chez les cholériques, quelque chose de spécifique. Quant à la muqueuse de la vésicule, sauf un certain degré de lividité, elle n’a rien présenté de remarquable.

Dans la rate et le pancréas il n’existait pas de lésions plus dignes de remarque. Parfois un peu de congestion, surtout dans la rate, et un certain degré de ramollissement, telles sont les seules altérations légères que nous ayons à constater.

Nous en dirons autant des reins, qui ont toujours conservé leur consistance naturelle et qui n’ont présenté qu’un certain degré d’injection. Cependant, dans quelques cas, on a trouvé dans les calices et les bassinets cette matière muqueuse dont nous avons déjà signalé l’existence dans l’estomac et dans les intestins.

Mais la vessie présente eles altérations très-importantes. Ordinairement trèsrétractée, elle n’a guère son volume ordinaire que dans les cas où les sujets sonl morts pendant la période de réaction. Dans les autres, son volume ne dépasse pat ordinairement celui d’une poire moyenne, et l’on trouve dans son intérieur, au lieu d'urine, une matière épaisse, blanchâtre, louche, d’apparence huileuse ou crémeuse, ressemblant parfois à un sirop d’orgeat, matière qui n’est évidemmenl autre chose que du mucus plus ou moins altéré. Dans les cas, au contraire, où h vessie a conservé son volume ordinaire, on y trouve une plus ou moins grande quantité d’urine qui ne présente vieil de remarquable. Quant aux parois de cei

organe, dans aucun cas on ne les a trouvées véritablement altérées.

C’est surtout à l’état de plénitude du système veineux qu’on doit les congestions que nous avons vues donner* à l’intestin des colorations si remarquables, et qui nous retrouverons dans d’autres organes, notamment dans les centres nerveux. Dans quelque point des voies circulatoires qu’on l’examine, le sang se présente avec les mêmes caractères; il est toujours noir, liquide, présentant seulement uni plus ou moins grande quantité de petits caillots noirs et mous. Dans un bon nombre de cas cependant (quatorze sur trente-cinq), on trouve quelques caillots fibrineux, mais ordinairement peu considérables, peu consistants et nullement comparable; à ceux qui existent dans les phlcgmasies avec violent mouvement fébrile. Ce; caillots s’observent le plus souvent dans les deux ventricules à la fois, et se prolongent d’une part dans l’aorte et de l’autre dans l’artère pulmonaire. Rayer a constaté <[uc le sang des cholériques, exposé à l’air, s’oxygénait plus difficilement qui celui des autres malades, ce qui tiendrait à l’absence des substances salines, qui favorisent, comme on le sait, l’oxygénation. Des observations microscopiques ont été faites sur ce liquide. Hermann a cru voir les globules déchirés à leur surface. Donné, tout en leur trouvant le même aspect que dans l’état sain, leur a reconnu un degré de viscosité plus marqué qui les empêche de glisser avec facilité dans I< liquide où ils nagent. Enfin Capitaine leur a trouvé tous les caractères de l’état normal. Nous n’insisterons donc pas sur ce point. Quant à la composition chimique d< ce liquide, qui a beaucoup occupé les médecins et les chimistes, il suffit de (lir i[ue la diminution de l’albumine, de la fibrine, des parties constituantes du sérum

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nt l'augmentation notable de la matière colorante, sont les principaux caractères qu’il a présentés (1).

L’état du cœur n’a rien offert qu’on puisse rapporter au choléra; ses lésions étaient toutes dues à des maladies antérieures. Le péricarde a été trouvé également sain, et contenant assez souvent (huit fois) une quantité de sérosité qui variait de quelques gouttes à (50 grammes. Une seule fois sa surface présentait une légère viscosité, phénomène dont il va être question à propos des plèvres.

J. Brown dit avoir vu les poumons toujours remplis de sang noir, hépatisés ou isplénisés. D’autres médecins ont avancé que les poumons, d’un rouge vif remarquable, mollasses, peu crépitants, ne présentent qu’une très-médiocre quantité de sang. Ces assertions sont inexactes ou du moins exagérées. Dans les trente-cinq cas que nous avons examinés, un engouement vers les parties déclives s’est montré ■seize fois; une véritable hépatisation, caractérisée par la densité, la lourdeur, la coupe grenue de la partie affectée, a existé huit fois, et une splénisation deux fois. Quant à l’aspect rouge vif et aux autres caractères que nous avons indiqués, ils ne se ■sont montrés que dans cinq cas, dans deux desquels ils n’existaient que dans un point ilimité des poumons, les autres étant plus ou moins engoués, hépatisés ou splénisés.

Les plèvres, ordinairement humides et sans sérosité accumulée, offrent parfois unie viscosité remarquable. Si l’on applique le doigt à leur surface, on enlève, en le retirant, une substance filante .comme la glu.

Le larynx n’a rien présenté de remarquable, si ce n’est dans un cas où l’épi— glotte était comme racornie, et dans un autre où cinq ou six taches blanchâtres occupaient cet opercule.

La trachée offrait chez le même sujet des taches semblables, et de plus, chez un ■petit nombre d’autres, la muqueuse était un peu violacée. Bouillaud a trouvé dans les bronches, chez un sujet, une petite quantité de matière muqueuse semblable à celle que nous avons signalée déjà dans plusieurs autres organes.

L’encéphale a été examiné avec un très-grand soin dans tous les cas dont nous donnons l’analyse. Chez plus de la moitié des sujets, ou trouve à la surface de la Idure-mère une assez grande abondance de sang qui indique une injection considérable des vaisseaux déchirés dans l’ablation du crâne. Chez presque tous les autres, on trouve également du sang, mais en médiocre quantité, quoiqu’il soit plus abondant que dans l’état normal.

Rarement on rencontre dans la grande cavité de l’arachnoïde une quantité ■ notable de sérosité; c’est cependant ce qui a eu lieu dans deux cas. Mais, au coni traire, il est très-rare de ne pas trouver une infiltration sous-arachnoïdienne trèsconsidérable, et particulièrement abondante le long des sinus longitudinaux. Dans [quatre cas seulement, cette infiltration a manqué.

Presque toujours les ventricules cérébraux- contiennent de la sérosité, ordinairement claire, parfois légèrement louche, et dont la quantité varie entre une demicuillerée à café, et 60 grammes au plus.

La pie-mère est, dans un bon nombre de cas, remarquable par l’injection de «es vaisseaux.

La substance cérébrale elle-même ne présentait guère autre chose de remarquable que les diverses altérations de coloration de ses différentes parties : c’est

(1) \oyez toutefois, à ce sujet, les observations d’Andral, citées plus haut.

Yai.leix, 5e édit.

MALADIES PESTILENTIELLES

ainsi que la substance grise a été généralement trouvée livide, de couleur lilas, d’un gris plus foncé qu’à l’état normal, et, dans deux cas, rose ou rougeâtre. Les corps striés présentaient ces mêmes nuances de coloration, et dans une proportion égale de cas. Presque toujours, cetle coloration était uniforme et occupait toute l’étendue de cette substance grise, ce qui ûte entièrement l’idée de l’inflammation. Quant à la substance blanche, ce qu’elle présentait de remarquable, c’étaient des marbrures lilas, irrégulièrement distribuées, et parfois un pointillé rouge assez abondant. La pmtubêranoe, ainsi que diverses parties du cervelet, offrait également, dans quelques cas, un certain degré de lividité. Tous ces organes avaient, dans l’immense majorité des cas, leur apparence normale sous tous les autres rapports. Ces colorations diverses n’étaient dues à autre chose qu’à une injection veineuse plus ou moins abondante. Quant à la moelle épinière, dans les cas où elle a été examinée, on l’a trouvée entièrement saine. Baron, cité par Rochoux, dit avoir trouvé, chez les enfants, la moelle plus ferme que dans l’état normal ; mais ce fait n’a été vérifié par aucun des auteurs qui ont fait des recherches sur ce point, et Rufz, en particulier, n’a rien vu de semblable.

On a cru trouver, et c’est Delpech qui a défendu particulièrement cette opinion, la cause du choléra dans une lésion du ganglion semi-lunaire ; mais ce ganglion, examiné avec soin dans tous les cas, s’est toujours montré avec sa grosseur, sa forme, sa consistance ordinaires, et tout ce qu’on y a remarqué, c’est, chez un grand nombre de sujets, une couleur livide ou rosée, soit générale, soit disposée par stries plus ou moins nombreuses. Le nerf pneumogastrique et les ganglions cervicaux n’ont pas présenté d’altération plus importante ; c’est encore là, comme on le voit, le simple résultat de l’injection.

Enfin l’habitude extérieure et les muscles méritent une mention. L’amaigrissement des malades n’a pas été, dans la plus grande majorité des cas, aussi considérable qu’on l’a dit. La roideur cadavérique était, en général, très-considérable, et se prolongeait assez longtemps après la mort, puisqu’on l’a trouvée telle vingt-cinq heures après. Dans des autopsies faites sept heures après la mort, elle était déjà extrême. Des lividités qui se montraient principalement sur les cuisses et sur la face ne présentaient rien de bien remarquable. Ce qui l’était beaucoup plus, dans certains cas où l’autopsie a pu être faite peu d’heures après la mort, c’était le retour d’un certain degré de chaleur ; de telle sorte que sept, huit ou dix heures après avoir succombé, des sujets présentaient à la face et aux mains une chaleur notablement plus élevée cpi’à l'heure de la mort. Ce fait a été constaté un assez grand nombre de fois par les divers médecins qui ont fait des recherches sur le choléra.

Quant aux muscles, on a dit que dans le choléra ils étaient poisseux, noirs, faciles à déchirer. Dans les observations que nous avons sous les yeux, et dans lesquelles les muscles ont été toujours examinés avec soin, on n’a rien trouvé de semblable. U est plus que probable qu’on a pris pour la règle ce qui n’était que l’exception.

Baiiovv, médecin de l’hôpital de Westminster (1), a vu sur un grand nombre de sujets qui ont succombé au choléra, des contractions ordinairement fibrill aires des muscles survenir un certain temps après la mort. Quelquefois les muscles tout entiers se contractent, et, dans un petit nombre de cas, il y a des mouvements assez étendus des membres et de la face. Déjà Elliotson avait cité des faits sem-

(1) Yoy. Union medicale , 15 novembre 1849.

ublables, qui n’étaient pas inconnus à quelques médecins qui ont observé le choléra Mans l’Inde, et Briquet et Mignot ont constaté l’exactitude de ces observations sur 'plusieurs cadavres.

Si maintenant nous jetons un coup d’œil sur les altérations que nous venons de •passer en revue, nous voyons que les plus importantes sont sans contredit : 1° celte injection générale des veines qui donne lieu aux diverses colorations observées dans presque tous les organes; 2° le liquide particulier trouvé dans les intestins; 3° le mucus, altéré ou non, qu’on rencontrait dans les diverses cavités tapissées par une muqueuse : mucus sur lequel M. Bouillaud a particulièrement insisté; et U° le développement des follicules de Brunncr, cpii n’a cependant pas toute l’importance qu’on a voulu lui donner. Voilà tout ce qu’on trouve pour expliquer les symptômes ■ si violents du choléra épidémique. Peut-on, avec de pareilles lésions, arriver à la connaissance de la nature de la maladie? Évidemment non; et c’est pourquoi nous laisserons de côté toutes les hypothèses qu’on a émises à ce sujet.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Le choléra indien se distingue du choléra sporadique aux signes suivants : Dans •le premier, les vomissements deviennent presque immédiatement caractéristiques, c’est-à-dire qu’ils sont composés du liquide que nous avons décrit plus haut. Des selles de même nature ne tardent pas à se montrer; puis survient la coloration : bleue qui rend l’erreur impossible. Nous verrons dans la description du choléra sporadique que les vomissements sont d’abord composés de matières alimentaires, puis âcres et bilieuses, que les selles présentent les mêmes caractères, et que la face devient pâle ou verdâtre, mais non bleue, comme dans le choléra indien. Les autres symptômes sont communs aux deux maladies; mais dans le choléra asiatique ils sont en général bien plus violents. Les crampes, en particulier, sont plus fortes et plus persistantes, et la suppression d’urine plus complète.

Quant aux empoisonnements , on sait que, dans presque tous les pays, on a cru (l’abord que la maladie était causée par l’ingestion d’agents toxiques; mais partout cette croyance, née de l’ignorance et de la peur, a été bientôt abandonnée. Dans les empoisonnements violents, les vomissements et les selles n’ont jamais l’aspect caractéristique de ceux du choléra : c’est la douleur gastro-intestinale qui prédomine; elle est ordinairement assez vive, tandis que dans le choléra indien nous avons vu les malades se plaindre presque exclusivement des crampes. Enfin la coloration bleuâtre lève tous les doutes.

TABLEAU SYNOPTIQUE DU DIAGNOSTIC

1 0 Signes- distinctifs du choléra-morbus épidémique et du choléra-morbus

sporadique.

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