CHOLÊRA-MORBUS ÉPIDÉMIQUE. — MARCHE, DURÉE, TERMINAISON
êrèbrales qui peuvent apparaître dans la période de réaction, elles sont des symptômes de cette réaction elle-même.
Mais le choléra survient fréquemment dans le cours d’une autre affection, et l’on \ recherché quelle influence il avait sur la marche de la maladie primitive. Disons, malgré l’intérêt que présentent plusieurs observations publiées sur ce point par )Uplay (1), que les faits sont trop insuffisants pour qu’on puisse encore en tirer des conclusions définitives.
Tel était l’état de la question quand a paru la première édition de cet ouvrage. Dans l’épidémie de 1849, on a fait les remarques suivantes : On a vu dans le cours i lu choléra, après les évacuations alvines abondantes, des hydropisies se dissiper. Quant aux maladies inflammatoires parenchymateuses, il ne paraît pas que les fchoses se passent de môme. Nous avons cité des cas où des pneumonies ont persisté et fait des progrès malgré le choléra, et Gillette a vu l’hépatisation du poumon i l’autopsie de sujets pris du choléra dans le cours d’une pneumonie. Les maladies ihiguës de la peau disparaissent, au contraire, et souvent pour reparaître ensuite :
' \l])h. Devergie et Sandras (2) en ont rapporté des exemples remarquables.
Dans quelques cas rares, le contraire a paru avoir lieu, c’est-à-dire que l’apparition d’une maladie aiguë a paru faire cesser le choléra. C’est ce qu’a vu Léger (3) Idans le cas suivant :
I n malade dans la période algide du choléra entra à l’hôpital; le lendemain de ison entrée, plus de choléra, mais des crachats rouillés et tous les phénomènes stéthoscopiques d’une pneumonie. Cette maladie marcha comme à l’ordinaire ; elle se dissipa, et au moment où la résolution était presque complète, le choléra revint et emporta le malade.
Martin-Solon (4) a vu un cas d’albuminurie guéri sous l’influence du choléra.
II arrive assez souvent, après les épidémies de choléra, que les personnes conservent la plus grande frayeur de contracter cette maladie, quoique le danger soit passé. Parfois même il résulte de cette crainte un ensemble de symptômes nerveux qu’Axenfeld (5) a décrit, d’après Beau, sous le nom de c/tnlérophobie.
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marche du choléra est ordinairement rapide, surtout au début des épidémies. Cette circonstance mérite d’être notée, car elle rapproche les épidémies du choléra de toutes les autres épidémies. N’oublions pas que le contraire a eu lieu dans l’épidémie de 1849. Les symptômes de cette maladie ont une marche continue, rarement interrompue par des améliorations passagères, surtout dans la période algide. L’apparition des évacuations abondantes en est presque toujours le premier signal, et bientôt après viennent les symptômes nerveux et les troubles de la respiration et de la circulation qui en sont la conséquence.
(1) Archives générales de médecine, lrc série, t. XXX, p. 29.
(2) N oyez la discussion qui a eu lieu à ce sujet à la Soc. médic. des hôpitaux., séance du 22 sept. 1849, ou Union médic., 2 et 20 octobre 1849.
(3) Soc. méd. des hôpit. de Paris, séances de juillet et août 1849, et Archives de méd., janvier 1850.
(4) Gazette des hôpitaux, 1849.
(5) Union médicale, 22 novembre 1849.
MALADIES PESTILENTIELLES
Quant à la durée, nous trouvons à ce sujet, des renseignements importants dans le Rapport de la commission (1). La durée varie le plus ordinairement entre quelques heures et un jour ou deux; cependant il n’est pas très-rare de la voir se prolonger pendant quatre, cinq, huit et dix jours. Mais cette durée est subordonnée à l’époque de l’épidémie où les malades sont atteints : c’est ainsi qu’au début de l’épidémie et au commencement des recrudescences , elle est, en général, beaucoup plus courte.
On ne saurait admettre, avec Gendrin, que la maladie se termine toujours par des crises ou par des métastases. Il n’existe même pas de faits qui prouvent que les phénomènes auxquels on a donné le nom de critiques le méritent réellement. Quant aux métastases, le fait est moins bien prouvé encore, s’il est possible.
L’est, ainsi que nous l’avons dit plus haut, dans le cours de la période algide que la maladie se termine le plus fréquemment par la mort. Il n’est pas rare, après que les principaux symptômes se sont dissipés, de voir persister pendant un temps plus ou moins long des phénomènes variables et parfois très-incommodes. Ce sont tantôt des phénomènes nerveux, comme l’agitation, les rêvasseries la nuit, un certain degré d’insomnie, une préoccupation plus ou moins grande sur l’état de la santé ; d’autres fois, des troubles digestifs, la diminution de l’appétit, la constipation ; parfois des douleurs d’estomac, de véritables gastralgies, qui, d’après Barras, auraient été, ainsi que nous le dirons (article Gastralgie ), infiniment plus fréquentes pendant le choléra. On a vu ces symptômes persister pendant un temps fort long, de telle sorte que, plusieurs mois après leur guérison, quelques malades n’avaient pas pu réussir à s’en débarrasser.
Il est arrivé quelquefois que des sujets, se croyant guéris, et ne conservant que de légers troubles intestinaux, ont repris trop tôt leurs habitudes, et ont eu une nouvelle attaque de choléra ; c’était alors une rechute. Mais on a vu aussi des sujets être repris de tous les symptômes après une guérison complète. Il y avait alors une véritable récidive. Les cas de ce genre ne sont pas fréquents.
§ V. — Lésions anatomiques.
V estomac est rarement augmenté de volume d’une manière très-considérable ; cependant on l’a vu d’une capacité double et plus volumineux encore : c’est ce qui a été observé chez quatre sujets, sur trente-cinq dont nous avons entre les mains l’autopsie très-exacte. Il est également rare que cet organe ait diminué de volume, il n’en était ainsi que chez trois sujets sur trente-cinq, et encore faut-il dire que c’était à une époque où les symptômes de réaction approchaient, et où par conséquent l’exhalation séreuse, à la surface de l’estomac, cessait d’être abondante ou même de se produire. Chez tous les autres sujets, l’estomac avait son volume ordinaire ou était un peu plus volumineux.
L’état de cet organe est en rapport avec l’abondance du liquide qu’il contient. Rarement il renferme des gaz en quantité considérable : le liquide trouvé dans son intérieur présente, suivant les sujets, quelques différences qui méritent d’être notées. Ordinairement vert ou vert jaunâtre, ou gris, il est parfois rouge ou couleur lie de vin, phénomène qui a été constaté par la plupart des auteurs, et qui
(1) Rapport sur la marche ci les e/f'ets du choléra-morbm dans Paris, l’aris, 1834, in-A.
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,-est rencontré cinq fois cliez les sujets dont j’ai l’observation sous les yeux, arfois ce liquide est louche, bien plus rarement il est incolore. Coulant cliez la lajorité des sujets comme de l’eau, chez quelques-uns, au contraire, il est épais, i qui tient surtout à la présence d’une substance muqueuse dont il va être uestion.
Ordinairement peu abondant, le mucus se présente sous deux formes distinctes, l'antôt, en effet, on trouve simplement dans le liquide quelques flocons d’un vert lanchâtre, ou plus rarement grisâtre, et ressemblant à du riz cuit ; tantôt, avec ou n l’absence de ces llocons muqueux, on trouve une substance plus ou moins vismeuse, ordinairement adhérente, d’une abondance médiocre, et qu’il est difficile mvent de détacher de la muqueuse par des lavages répétés. Cette substance rend arfois très-onctueux le liquide contenu dans l’estomac, et quelquefois le fait resembler à du blanc d’œuf. Tout dépend de la quantité du liquide séreux et trouble ni existe en même temps dans l’estomac.
Dans un des cas que nous avons eus sous les yeux, le liquide se présentait avec n aspect très-remarquable, car on voyait à sa surface comme de petits globules de caisse liquéfiée, semblables à ce qu’on appelle des yeux sur le bouillon. Chez un lire sujet, il existait dans l’estomac une petite quantité de sang pur liquide, ce qui e paraît être autre chose que l’exagération de l’état dans lequel nous avons trouvé ■ liquide rouge et lie de vin, le sang exhalé s’étant, dans ces derniers cas, mêlé à ne plus ou moins grande quantité d’une autre matière. Enfin, malgré l’abondance es vomissements, on a encore trouvé, quoique rarement, des aliments mal digérés u milieu du liquide stomacal.
Les expériences chimiques faites sur ce liquide ont démontré qu’il était forteîent alcalin, et qu’il contenait une assez grande proportion d’albumine; en un îot, qu’il renfermait les principaux éléments du sérum du sang (1). Nous avons u plus haut le résultat des expériences d’Alf. Becquerel.
Si maintenant nous examinons les parois de l’estomac, nous trouvons que ce u’il y a de plus remarquable, c’est la coloration. Rarement, en effet, on trouve la tuqueuse avec sa couleur naturelle. Ordinairement rose livide ou pâle, ou bien lanc bleuâtre, soit dans toute son étendue, soit, ce qui est bien plus fréquent, dans n ou plusieurs points, elle est parfois jaune bistre, ou plus rarement elle a la ouieur de la pelure d’oignon. On voit (pie la principale coloration est la couleur osée ou livide. Dans les cas où le tissu sous-muqueux a été examiné, on y a trouvé i cause de cette coloration dans une injection veineuse plus ou moins considérable, •ndis (pic la muqueuse elle-même ne présentait pas de vaisseaux développés dans m épaisseur. On y voyait seulement, dans un nombre peu considérable de cas, un oinlillé rouge médiocrement abondant.
Les altérations de cette membrane consistaient presque uniquement dans un u tain degré de ramollissement et dans un mamelonnement assez fréquent, dont uelques-unes de ses parties étaient; le siège. Le ramollissement occupe presque mjours le grand cul-de-sac ; parfois il se montre peu étendu dans d’autres régions, a membrane peut être ramollie au point de s’enlever comme du mucus. Le siège
fl) Voy. Lassaigne, Thèse, Paris. — Hermann, Med.-chir. Review, 1832, etc.
MALADIES PESTILENTIELLES
de ce ramollissement et l’absence de toute antre lésion concomitante ne permettent pus de le rapporter à une inflammation véritable.
On a encore, dans quelques cas, trouvé, dans la muqueuse stomacale, quelques i petits points saillants, blanchâtres, assez semblables à ceux que nous retrouverons dans l’intestin et dans l’œsophage. Une seule fois un épaississement un peu remarquable de la muqueuse a été noté dans les observations que nous analysons.
L’intestin grêle présente ordinairement un volume un peu augmenté, surtout dans les points où existe la plus grande accumulation de liquide, c’est-à-dire à la partie inférieure de l’iléon. Il est rare que celte augmentation de volume soit due au développement d’une notable quantité de gaz. Aussi l’intestin n’a-t-il été presque jamais doublé de volume. Dalmas a indiqué une certaine sensation produite par le contact des intestins, sensation telle, que l’on croit toucher un corps pâteux ; mais ce caractère 11’existe pas, à beaucoup près, dans tous les cas.
A l’extérieur, l’intestin paraît, dans le plus grand nombre des cas, fortement coloré ; il l’est surtout vers l’iléon, et nous verrons tout à l’heure que cette coloration tient à l’injection plus ou moins abondante de ses parois.
Dans son intérieur, il renferme un liquide qui est, comme celui de l’estomac, composé de deux parties distinctes, et qui, dans le plus grand nombre des cas, n’est pas, à beaucoup près, le même, suivant qu’on l’examine à la partie supérieure, moyenne ou inférieure de l’intestin. Dans la partie supérieure, le liquide, considéré d’une manière générale, est fréquemment gris, jaune, jaune verdâtre ou blanc ; quelquefois il est rosé, parfois un peu rouge, presque jamais livide. Dans la deuxième partie, il devient fréquemment livide, prend une teinte lilas, parfois même il a une couleur bleuâtre ; et enfin, dans la troisième partie, il est encore plus fréquemment livide, ou de couleur lilas ; on l’a vu prendre une couleur chocolat, ce qui a été noté dans une des observations que nous avons sous les yeux.
Dans la première partie, il est ordinairement épais, d’apparence laiteuse, et même quand il a un assez grand degré de fluidité, il n’est jamais coulant comme de l’eau. Dans la deuxième partie, au contraire, tout en conservant son aspect trouble et les colorations qui ont été signalées plus haut, la matière devient beaucoup plus liquide, et déjà, dans quelques cas, ou l’a trouvée coulante comme de l’eau. Enfin, dans les dernières parties de l’intestin, cette matière est remarquable, dans la majorité des cas, par sa fluidité, et quelquefois même elle prend une transparence qu’elle n’avait pas dans la première partie.
La matière muqueuse participe aux diverses colorations du liquide. Parfois la couleur bleuâtre qu’elle présente est très-remarquable ; parfois aussi elle a une teinte lilas, rosée ou rouge, qui lui donne un aspect particulier. Comme le liquide dans lequel il est contenu, le mucus perd également, du moins dans la plupart des cas, sa densité, à mesure qu’on approche de la fin de l’intestin grêle : c’est ainsi qu’on l’a vu devenir coulant comme du petit-lait. Outre celui que l’on rencontre à l’état libre dans le liquide intestinal, il n’est, pas rare d’en trouver une couche plus ou moins adhérente à la surface de la muqueuse : c’est ce qui avait lieu, en effet, chez plus de la moitié des sujets chez lesquels on l’a recherché. Chez un d’eux, il y avait cela de remarquable qu’un grand nombre de filets muqueux étaient rassemblés en masse et ressemblaient à un paquet de mousse.