‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 5 sur 369 · P. LORAIN · texte numérisé non relu

P. LORAIN

Paris, le 25 janvier 18GG.

INTRODUCTION

Le Guide du médecin Phaticien n’esl pas un ouvrage doctrinal destiné à la glorification d’un système ou d’une individualité. C’est une œuvre avant tout pratique, ainsi que l’indique son titre. On y trouve exposés avec bonne foi et sans parti pris les résultats de tous les travaux, de toutes les découvertes dont s’est successivement enrichie la médecine moderne. L’historique et les discussions y occupent une place suffisante mais non prédominante; l’étude des maladies et le traitement y sont exposés avec tons les développements que comportent le plan et les dimensions de cet ouvrage, sorte d’encyclopédie médicale. Nous nous sommes efforcé de donner de justes proportions aux différentes parties de ce livre; si quelques maladies y sont décrites plus longuement que d’autres c'est que nous avons été contraint de donner plus d’extension à ce qui est plus nouveau ou moins bien connu. Les maladies les plus communes cl les mieux étudiées depuis l’origine de la médecine, telles que les fièvres ; celles qui, grâce à la perfection des moyens de diagnostic modernes, n’offrent plus aucune obscurité, telles que les affections aifjuës de poitrine ou les maladies du cœur , ont été décrites avec méthode et exposées avec netteté, ainsi qu’il convient pour tout ce qui est classique ; on est d’autant plus bref que l’on possède mieux son sujet; les longs commentaires au contraire, supposent l’obscurité du sujet. Les sciences parfaites peuvent tenir tout entières dans de petits livres. La médecine est loin d’avoir atteint la perfection dans toutes ses parties, et là où la lumière n’est pas faite, le devoir d’un auteur est d’exposer le pour et le contre et de fournir au lecteur les pièces, les éléments sur lesquels la discussion s’établit. Ainsi une maladie sera d’autant plus longuement décrite qu’elle est moins bien connue. Nous avons cependant fait tous nos efforts pour échapper au défaut de prolixité sur des matières qui ne sont pas d’un intérêt considérable pour la pratique. Les nouveautés, les découvertes éphémères ou d’uu ordre secondaire, ont été relatées par nous avec toutes les précautions et toute la brièveté qu’exigeait le sujet.

Nous avons voulu cependant que cet ouvrage pût être consulté avec profit, nonseulement par les praticiens et les élèves qui y chercheront les règles de la pratique usuelle de la médecine, mais encore par les médecins qui veulent se tenir au courant des idées modernes et n’ignorer aucun des progrès de la médecine scientifique. Une autre considération nous a contraint d’accorder une place considérable a quelques affections dont la description était plus brève dans les précédentes éditions de ce livre ; des découvertes inattendues qui ont augmenté l’importance de ces alleclions nous ont obligé de les exposer plus longuement. La science se fait ainsi : toutes les parties n’en sont pas également explorées ; le progrès se montre sur un point et non sur tous les points à la fois; aussi un livre de médecine ne saurait-il offrir d’exactes proportions dans toutes ses parties, sans être par cela même en contradiction avec l’état réel de la science.

INTRODUCTION

Le soin que nous avons pris d’éviter toute tendance doctrinale ne doit pas être considéré comme un défaut involontaire, c’est un parti pris. Trop longtemps la médecine a été livrée aux disputes scolastiques, aux raisonnements philosophiques, aux querelles d’écoles, aux apologies et aux critiques ; le temps n’est plus où l’on ne pouvait exposer simplement le tableau tracé d’après nature d’une maladie, sans invoquer Hippocrate et Galien, sans faire montre d’une érudition stérile, sans se ranger sous la bannière d’une école philosophique ou théosophique. Encore aujourd’hui quelques auteurs qui écrivent pour leur satisfaction personnelle ou pour servir les intérêts d’un parti, font des professions de foi et se déclarent ouvertement vitalistes ou matérialistes, physiologistes ou organopathologisles, spiritualistes ou dynamistes. Ces querelles ne font pas avancer la médecine pratique, voilà pourquoi nous ne leur donnons pas accès dans ce livre. Cependant nous sommes de notre époque et nous servons le progrès; nous n’avons point accumulé ici simplement une série de notions pratiques et de recettes thérapeutiques. L’esprit de ce livre c’est la tolérance ; la critique n’en est point absente, et si nous sommes impartiaux, nous ne sommes pas indifférents à la vérité ou à l’erreur. Nous avons pris pour règle de donner la plus grande extension possible à tout ce qui est positif et utile : les signes diagnostiques et pronostiques sont surtout traités avec soin, afin que le médecin soit d’abord mis en mesure de ne pas se tromper sur la nature des symptômes, car rien n’est plus préjudiciable à la dignité de l’art et au salut des malades. On peut différer d’opinion sur l’essence, sur la nature, sur la cause d’une maladie, mais il ne peut être permis d’en ignorer les signes et les symptômes. C’est là une vérité sur laquelle tous les médecins sont d’accord; aussi bien ne peut-on discuter sur un fait qu 'après en avoir nettement défini le caractère et les attributs. Agir ainsi ce n’est pas appartenir à une doctrine, à un dogme, à un système en particulier, c’est obéir aux lois mêmes de la science, et s’il fallait être pour cela classé dans une école, il n’y aurait pas d’autre nom à prononcer que celui d’école

moderne.

Voici comment nous comprenons l’étude d’une maladie : Une maladie n’est point un être abstrait, une entité; sans doute on peut concevoir une sorte d’idéal qui réalise pour ainsi dire un type nosologique ; ce n’est point là un effort delà pensée, c’est un besoin intellectuel, une sorte d’opération instinctive qui se fait dans l’esprit de l’homme qui se trouve en présence d’un phénomène physique. Ce besoin est d’autant plus impérieux que l’on est moins instruit, moins éclairé. L’enfance de l’homme et l’enfance des sociétés engendrent les fictions, les entités, les divinités bienfaisantes ou malfaisantes, ces mythes, ces produits subjectifs auxquels la crédulité populaire consacre des autels. A cette période théosophique ou mystique succède la métaphysique qui se propose pour but la solution de tous les problèmes, et néglige les réalités objectives qui s’imposent à nos sens, pour se livrer à la poursuite des lois qui président à ces réalités. Puis vient l’àgc de raison qui est le nôtre, où l’homme, fatigué de concevoir le vague, de poursuivre l’impossible, s’abaisse vers la terre, regarde, observe, note, classe et fait l’inventaire de tous les objets qui l’entourent et qui le touchent.

Les moyens d’observation se perfectionnent, la rigueur qui préside à l’observation s’accroît, la méthode est proclamée, elle a scs lois, dont on ne s’écarte

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pas impunément. Elle serait stérile si elle se bornait à enregistrer les faits sans les classer, sans les grouper, sans voir le lien qui les unit, sans se rendre compte des relations de cause à efl'ct, ou si l’on vent> des relations de succession qui existent entre eux. Tel est le labeur de la science moderne. Cette recherche patiente cl éclairée est indispensable au médecin. Il doit s’entourer de toutes les précautions et ne rien négliger de ce qui peut lui épargner des erreurs dont la faute serait pour sa conscience et le dommage pour le malade. Il ne doit pas oublier de faire appel à tous les moyens que la vraie méthode d’observation lui fournit: d’abord il doit reconnaître les signes de la maladie et pour cela il recherchera soit un ensemble de signes, soit un signe pathognomonique : cette partie mécanique de notre art suppose une longue éducation des sçns, et une certaine habileté que l'exercice peut seul donner. Un premier coup d’œil d’ensemble avertit le médecin de la nature du milieu où il se trouve; l’état des lieux, l’apparence de l’entourage, le mettent tout de suite en possession de certaines notions qu’il n’a pas besoin de confirmer par 1 interrogation. L’âge et le sexe du malade doivent être pris en grande considération tout d’abord ; les maladies diffèrent singulièrement suivant l’àge : elles diffèrent peu dans leur essence, mais beaucoup dans leur marche, leur durée et leur gravité ; il en est même qui n’appartiennent qu’à un certain âge. Le sexe n’influe pas seulement sur la destinée de l’individu, en ce sens que l’appareil génital est fréquemment affecté, mais il influe encore sur la constitution, sur l’état des forces, sur la marche des maladies ; et les maladies qui procèdent du sexe ne sont pas seulement génitales ; ainsi l’hystérie, la chlorose, la prédominance de l’élément nerveux dépendent du sexe féminin sans qu’on puisse en placer le siège dans l’utérus même. Il importe aussi au médecin de s’enquérir d’abord des circonstances qui ont précédé la maladie, du milieu, de la profession, des maladies antérieures, de l’hérédité, qui sont autant d’éléments de diagnostic précieux à recueillir. L’altitude du malade fournit aussi des renseignements importants. Quelle que soit l’école à laquelle on croit appartenir, on n’est jamais dispensé de recourir à ces moyens de diagnostic sans lesquels il n’y a pas de bonne médecine. Sans doute l’énumération méthodique de tous ces signes accessoires précédant l’examen de chaque malade paraît fastidieuse; l’excès, même en cela, serait un défaut. On a reproché à une école de réformateurs (pii, sous la direction du savant M. Louis, a ramené la médecine contemporaine à l’observation minutieuse des sages préceptes, d’en avoir exagéré l’importance, et d’avoir employé dans tous les cas une méthode d’une application lente et d’un usage difficile ; il n’en faut pas moins reconnaître que cette école a influé d’une façon heureuse sur l’exactitude du diagnostic, et servi par là les intérêts de la science médicale. Nous nous sommes fait une loi de rap • peler, ces préceptes utiles un très-grand nombre de fois dans le cours de cet ouvrage.

Nous nous sommes appliqué également à rapporter avec soin toutes les observations relatives à l’influence du climat et des professions. Nous avons décrit un grand nombre de maladies exotiques, et nous n’avons négligé aucune occasion de relater les grandes épidémies, en tenant compte du mode de propagation eide la marche de ces maladies. Nous avons aussi donné sur la 'tjéogrophie médicale des notions qui ne seront pas sans utilité pour les médecins qui doivent exercer leur art dans les pays étrangers ou dans nos colonies.

1NTH0DUCT10S.

L'étiologie occii|)c une place importante dans la médecine el intéresse autant le praticien que le savant. C’est une partie qui mérite d’être traitée avec quelque développement, surtout lorsqu’il s’agit de maladies épidémiques ou contagieuses, d’affections héréditaires, de diathèses, ou de maladies professionnelles. La genèse ou pathogénie est pour le médecin instruit un moyen précieux d’assurer le diagnostic et le traitement ; à une époque où l’hygiène tend à prendre une place considérable, la pathogénie doit être l’objet de sérieuses études. Sous ce rapport, la plupart des traités de médecine laissent trop à désirer; nous y avons insisté, indiquant, lorsque nous ne pouvions faire mieux, les desiderata de la science silice point.

Les progrès réalisés dans l’art de reconnaître les signes des maladies ont influé puissamment sur la direction des éludes médicales à notre époque.

Les médecins consacrent aujourd’hui une grande partie du temps de leurs études à exercer leurs sens et à apprendre le précieux métier qui les met en situation de fixer nettement le siège et la nature des lésions sur le vivant. L'auscultation et la percussion, la palpation , l’usage de l’outillage médical moderne : stéthoscope, spéculum, ophthalmoscope, laryngoscope, s phygrno graphe, sont devenus d’une absolue nécessité, non-seulement pour la médecine scientifique, mais souvent peur la médecine pratique elle-même. L’exactitude du diagnostic en ce qui concerne les signes physiques des maladies ne saurait être poussée trop loin ; c’est le défaut contraire qu’il faut redouter. Aussi avons-nous mis tous nos soins à 11e rien négliger sous ce rapport. Toutes les fois que cela a été possible, nous avons rapproché l’étude des maladies des données fournies par la physiologie expérimentale, et un grand nombre de nos chapitres contiennent un paragraphe consacré à la physiologie pathologique.

\' anatomie pathologique ne serait pas impunément négligée par le médecin. C’est une des plus nobles conquêtes de la science moderne, cl cette branche de la médecine a pris une extension si considérable, qu’elle est devenue prédominante dans certaines écoles. L’Al’emagne et l’Angleterre ont , sous ce rapport, réalisé des progrès tels, que les livres classiques publiés dans ces pays accordent aux lésions anatomiques une place quelquefois exagérée. O11 ne peut se dissimuler que telle est la tendance actuelle même eu France où domine cependant le sens pratique. C’est qu’en effet l’anatomie pathologique est une science d’un attrait puissant; elle nous permet de nous rendre compte de ces troubles physiologiques ou morbides que toute l’habileté du médecin clinicien ne saurait justifier sans elle. Un grand nombre de maladies trouvent ainsi leur explication. Sans déposséder la médecine théorique de ses droits, on peut dire qu’elle doit aujourd’hui se soumettre aux résultats nets et positifs que fournit l’anatomie pathologique et qu’il n’y a pas de médecin instruit qui 11e s’efforce de concevoir par l’examen du malade la nature de la lésion matérielle à laquelle correspondent les symptômes. Anatomie, physiologie et anatomie pathologique, telles sont les trois sources où doit constamment puiser le médecin. L 'histologie est devenue une nécessité de la science moderne; en vain s’efforcerait-on d’çn nier l’utilité, on ne serait pas en peine pour démontrer les bienfaits de ces examens micrographiques qui nous ont initiés aux causes jusque-là mystérieuses d’une foule de phénomènes morbides. On doit beaucoup attendre de celle science, el il serait puéril d’en contester les

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résultats. L’ histoire naturelle médicale ne peut plus sc passer désormais du microscope. On en peut dire autant du secours apporté à la médecine par les sciences annexes, la chimie et la physique , appliquées soit au diagnostic des maladies, soit à l’étude des produits morbides. Nous pensons avoir mis ce livre en état de supporter les comparaisons sur ce point, avec les ouvrages classiques les plus recommandables.

La thérapeutique est une des parties les plus importantes d’un livre consacré à la médecine pratique. La variété des cas est telle, que l’on ne peut les prévoir tous; et ce serait tenter une œuvre impossible que de prétendre répondre à l’avance à toutes les indications. Les préceptes contenus dans les livres de pathologie générale et de thérapeutique peuvent seuls donner au médecin les principes dont il fera l’application sous sa responsabilité à tous les cas de sa pratique. Nous avons cependant conservé à ce livre le caractère qu’il présentait dans les premières éditions, c’est-à-dire que nous y avons inséré un grand nombre de formules thérapeutiques, en les accompagnant de commentaires propres à en justifier l’emploi. Toutes les fois qu’il a été possible d’indiquer une thérapeutique rationnelle, fondée soit sur une statistique féconde, soit sur des données exactes, expérimentales, nous l’avons fait en fournissant au lecteur des documents propres à former sa conviction et à rassurer sa conscience. Là où l’empirisme règne, et c’est, il faut bien le dire, trop fréquemment le cas, nous avons indiqué à quelle source nous puisions nos indications et nous avons mis la thérapeutique que nous indiquions sous la responsabilité des médecins anciens ou contemporains qui ont publié des travaux sur ce point. Les doses des médicaments ont été surtout l’objet de notre préoccupation spéciale, et cette précaution n’est pas superflue à une époque où les progrès de la chimie et de la pharmacie mettent entre les mains des médecins des substances dont l’action sur l’organisme est puissante, active et peut être facilement dangereuse si l’usage n’en est pas prudemment surveillé. Nous avons emprunté nos formules aux médecins français principalement, mais nous avons cependant introduit dans notre thérapeutique un grand nombre de médications éprouvées à l’étranger, lorsqu’elles nous ont paru pouvoir s’adapter aux habitudes et aux mœurs médicales de notre pays. Nous avons seulement exclu les systèmes thérapeutiques basés sur de pures hypothèses ou empruntés à certaines écoles qui n’ont pas donné au monde médical des gages suffisants de sincérité, ou qui se soustraient •m contrôle indispensable de la médecine scientifique.

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