‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 6 sur 369 · P. L9RAIN · texte numérisé non relu

P. L9RAIN

Vallf.IX, 5e édit.

NOTICE SUR VALLEIX

François-Louis-Isidore Valleix naquit à Toulouse, le 4 4 janvier 1 807 ; il entra au collège de cette ville, et il montra, des ses premières années, cette grande facilité, celte aptitude au travail, qui l’ont distingué pendant toute sa vie.

Valleix vint étudier la médecine à Paris. C’était l’époque où M. LouisGxait l'attention sur l’indispensable nécessité do l’observation rigoureuse comme point de départ des faits généraux.

L’ardeur méridionale de Valleix, son enjouement habituel, son goût pour les arts et môme pour la poésie, qu’il avait cultivée avec assez de bonheur pour recevoir les félicitations d’un illustre poète, semblaient alors devoir le porter vers la médecine d'imagination, h funeste au,x progrès de la science. Mais son esprit élevé, son jugement net et précis, lui firent envisager la médecine comme une science difficile , et l’observation comme sa condition fondamentale. Ses convictions à cet égard étaient si profondes, qu’elles dominèrent complètement ses dispositions naturelles.

Nommé externe des hôpitaux en 4 828, il passa sa première année à la Charité ; pendant la seconde, il fut attaché à l’hôpital des Enfants trouvés, et là il conçut déjà le projet d’étudier les maladies, alors mal connues, de la première enfance.

11 fut nommé interne à la fin de l'année 4 830, après des travaux sérieux et assidus; il passa deux ans à l’hôpital Saint-Antoine , un an à la Charité , et sa quatrième année, en 1834. à l'hôpital des Enfants trouvés. C’est là qu’il recueillit les matériaux qui devaient plus tard servir à la publication de son premier ouvrage , la Clinique (les maladies des enfanls nouveau-nés. — Dès le 2 janvier de 4 835, il soutenait sa thèse de doctorat (4) et, la môme année, il donnait un mémoire sur les céphaléinatomes du crâne chez les nouveau-nés (2). En 4 834, Valleix avait communiqué à la Société anatomique un travail Sur le développement des «s du crdne après la naissance (3), et plusieurs faits tres-inléressants, dans lesquels on trouve des détails notés avec un soin qui démontre toute l’importance qu'il attachait dès lors aux observations recueillies avec exactitude, et en 1835, un mémoire intitulé : Du rôle des fosses nasales dans l'acte de la phonation (4).

C’est en 4 838 qu'il fit paraître sa Clinique des maladies des enfants nouveuu-nés (5), pour laquelle il eut recours à la méthode numérique « comme moyen de mieux connaître les maladies du premier â je » . Il nous apprend lui-môme, dans son avant-propos. que c'est « la connaissance de celte méthode, si heureusement introduite par M. Louis dans la science médicale, qui a pu seule le déterminer à entreprendre cette publication. »

Le Traité des maladies des enfants nouveuu-nés de Billard avait attiré principalement l'attention sur l'anatomie pathologique des affections des nouveau-nés , et la symptomatologie n’y avait été considérée par l'auteur, en quelque sorte, que comme accessoire. Valleix, envisageant avec raison la question au point de vue pratique, s’occupe d’abord des symptômes et du diagnostic, pour remonter ensuite aux lésions anatomiques comme moyen de contrôle et d’élucidalion pathologique.

Dans un premier chapitre, très-neuf à l’époque où il parut, il traite de l’ exploration

(1) Cette thèse avait pour titre : De T asphyxie lente des nouveau-nés , et principalement de celle que produit la maladie connue sous le nom d'endurcissement œdémateux du tissu cellulaire, de sclèrème, etc. In -4 de 71 pages.

(2) Journal hebdomadaire du progrès des sciences médicales , 1835, t. IV.

(3) Observation suivie de réflexions sur un décollement de plusieurs épiphyses des os long - :

Observation curieuse de transposition irrégulière des organes chez un enfant , et»-.

(Bulletins de ta Soc. anatom., 1834 et 1835).

(4) Archives de médecine, 1835, 2e série, t. VIII.

(5) Paris, 1838. Un volume iu-8° de 700 pages, avec 2 planches coloriées représentant te sous-péricrânien et son mode de formation.

.NOTICE SUR VALLEIX.

clinique des nouveau-nés, et il fait remarquer, à cette occasion, que souvent les difficultés de l’observation, chez l'enfant naissant, doivent être attribuées non pas, comme •on le fait tous les jours, à snn imperfection morale et physique, mais au peu de soin qu’on apporle à son élude clinique. Valleix insiste surtout sur la distinction de l'examen de l'enfant en deux temps: !u pendant le calme, et 2U pendant l’agitation; distinction capitale, dont on a reconnu depuis toute l’utilité pratique.

Valleix décrit ensuite des maladies qu il a observées chez les nouveau-nés (1). Les chapitres consacrés au muguet el à la pneumonie, les principaux du livre, seront longtemps consultés avec fruit; et celui qui traite du céphalémalome est encore apprécié 'comme le travail le plus complet qui existe sur cette affection. Valleix établit que celte tumeur sanguine est presque toujours sous-péricrânienne , et il expfique la fréquence de cette variété par l’époque de l’ossification où sont arrivés les os du crâne au moment de l’accouchement. Ces os étant très-vasculaires et privés de leur table externe à la naissance, comme il l’a démontré à la Société anatomique en -1 83 4, il en résulte, suivant lui, que la pression circulaire du col de l’utérus, au moment de l'accouchement, peut déterminer le suintement du sang sous le péricrâne et la formation du céphalémalome.

La Clinique des maladies des nouveau-nés s’appuie sur cent douze observations, qui sont toutes analysées scrupuleusement, et irente-quatre y sont rapportées en entier. C’est un livre consciencieux qui, par les résultats précis et nombreux qu’il présente, démontre la féconde utilité de la méthode quia été suivie pour sa rédaction. Mais on ne doit pas perdre de vue, comme Valleix le fit remarquer plus tard, qu’il s’agit uniquement, dans son ouvrage des nouveau-nés, de l’hospice des Enfants trouvés, qui sont dans des conditions exceptionnelles.

Vers l’époque où ce livre parut, à la fin de 1 838, Valleix faisait, comme médecin du Bureau central, un service temporaire à la Pitié. Il eut à traiter dans cet hôpital des malades atteints de névralgie intercostale, chez lesquels M. Bussereau, alors interne de ce service, lui signala la sensibilité à la pression de deux points très limités aux deux extrémités des espaces intercostaux, en arrière et en avant. Avec ces premières notions, qu’il eut soin de rapportera leur auteur, Valleix entreprit de nouvelles recherches et publia en 18 40 un excellent mémoire sur la névralgie dorsale ou inter cos table (2). 11 y montre que, dans cette affection, outre les deux points douloureux à la pression signalés par M. Bassereau, il en existe souvent un troisième intermédiaire ; de plus l’étude anatomique des nerfs intercostaux lui fait reconnaître que ces foyers de douleurs existent, précisément là où le nerf intercostal envoie un rameau des parties profondes vers la peau. Il retrouve ensuite ce fait anatomique avec les mêmes conséquences au niveau des autres nerfs de la vie de relation; et ce résultat général devient la source féconde des recherches auxquelles nous devons le Traité des névralgies ou affections douloureuses des nerfs (3), placé aujourd’hui au premier rang de nos ouvrages modernes, et qui obtint en 1 8 47 le prix Liard à l’Académie de médecine

On sait combien est remarquable la partie clinique de cet ouvrage. La distinction de la douleur en spontanée et en provoquée , et [ indication précise des points anatomiques où cette dernière est produite par la pression, sont des notions fondamentales en pratique. Valleix en a tiré le plus grand parti pour le diagnostic, et même pour le traitement. Non-seulement il a éclairé l’étude des névralgies déjà connues, mais encore il a décrit des névralgies nouvelles ou à peine enlrevues avant lui , les névralgies occ'.pito- frontale, cervico-brachiale , lombo-abdominale , crurale , et la névral-

(1) Ces maladies sont : la pneumonie, le muguet. , l’entérite, le céphalématome, l 'apoplexie méningée , 1 œdème des nouveau-nés, les pustules, et enfin le pemphigus. I/œdème des nouveau-nés était désigné, dans la thèse de Valleix, sous le nom d’ asphyxie lente, dénomination à laquelle il renonce dans son ouvrage.

(2) Archives de médecine, 1840, t. VII, p. 1, 188 319.

(3) Paris, 1841, in-8 de 720 pages.

KOTICE SUIÎ VALLlilA.

gie multiple , qu'il fait connaître dans le chapitre consacré à la névralgie en général. Continuant celte série d’études, il publia d’abord deux nouveaux mémoires (1), puis un travail tout nouveau sur la névralgie qu’il appelle générale, et qu’il décrit comme simulant des affections graves des centres nerveux (2).

Cette dernière espèce de névralgie mérite d’attirer l'attention des praticiens, qui doivent être familiarisés avec les données sémiologiques précises que Yalleix leur a indiquées ; car ces préceptes peuvent faire éviter dans la pratique des erreurs diagnostiques commises plus souvent qu’on no pense. C’est surtout l’existence des foyers douloureux superficiels qui siègent ou niveau des organes splanchniques, qui donnent lieu à ces erreurs. Valleix a attiré l’attention sur une forme de névralgie lomboabdominale simulant une maladie de l’utérus (3); mais ce n’est là qu'une particularité très-restreinte de la question, et il serait facile d’indiquer dans d’autres névralgies un grand nombre de simulations pathologiques analogues.

Ces travaux si divers n’étaient que le prélude du grand ouvrage qu’il méditait, et pour lequel il rassemblait depuis plusieurs années de nombreux matériaux. C’est ce qui fait comprendre comment une année seulement après l’apparition de son Traité des névralgies , il commençait la publication de son Guide du médecin praticien. Ce résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées parut d'abord en dix volumes, terminés en cinq années (1813-1 847), et il eut bientôt les honneurs rie deux éditions nouvelles en cinq volumes compactes (en 1851 et 1853).

Le succès de cet ouvrage, succès considérable surtout pour une publication aussi étendue, s’explique facilement, car il répondait réellement aux besoins pratiques de l’époque, ainsi que Yalleix l'avait pensé en l’écrivant. Le but de l'auteur était « de mettre en faisceau, sous les yeux du praticien, tout ce qu’il lui importe de savoir ». Pour cela, il a eu recours aux meilleures monographies, et surtout aux meilleures observations, rejetant toute assertion non justifiée par les faits. Cet ouvrage, essentiellement pratique, se distingue des publications analogues qui ont été faites, en ce qu’il renferme l'appréciation critique des opinions, des théories, et de bien des faits publiés, qui se trouvent ainsi réduits à leur juste valeur.

11 faut avoir vu réunis, comme matériaux de ce vaste travail , tous les extraits que Valleix avait fait des publications originales anciennes et modernes et des recueils périodiques, pour se former une idée de la grandeur de l’œuvre et du soin avec lequel elle fut menée à bonne fin.

Presque en même temps, Valleix publiait son beau travail sur la distinction du typhus fever et de la fièvre typhoïde d' Angleterre (4); il adressait, en 1843, à l’Académie de médecine, un Mémoire sur l'œdème de la glotte (5), qui fut couronné par cette compagnie savante, et il faisait paraître, en 1 844, d’importantes Recherches sur la fréquence du pouls chez les jeunes enfants (6). Ce mémoire, complétant ce qu’il avait exposé dans sa Clinique sur les maladies des nouveau-nés, est, pour les- enfants âgés de moins de six ans, ce que le mémoire si intéressant de Leuret et de M. Mitivié, sur la fréquence du pouls chez les aliénés, est pour 1 adulte et le vieillard.

Le dernier écrit de Valleix est celui qu’il a rédigé pour la Société médicale d'ob-

(1) Du traitement des névralgies par tes vésicatoires volants appliqués sur les principaux points de douteur; — Note sur un cas remarquable de névralgie trifaciale ( Archives de médecine, 1842, t. XIII et XV).

(2) Bulletin génèr. de thérap., t. XXXIV. Quelques mois avant cette publication, il avait inséré dans l’Union médicale (1847) quelques considérations sur un cas de névralgie occupant presque tous les nerfs du corps ( p. 252). — Voyez aussi l’excellente thèse de M. Leclerc (18521 sur le môme sujet, et l’intéressant mémoire de M. J. B. Fonssagrwes, qui a paru dans les Archives (mars 1856).

(3) Bulletin génèr al de thérapeutique.

(h) Archives de médecine, 1839, t. VI, p. 129, 265.

(5) Mémoires de l’Académie de médecine, t. XI, p. 82 à 192.

(jj Mémoires de la Société médicale d’observation. Paris, 1844, t. II.

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