‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 56 sur 369 · GRIPPE. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

GRIPPE. — SYMPTÔMES

ait-il, soutenir que l’apparition de la grippe soit favorisée par rabaissement de la ! empé rature, car en 1762 elle s’est montrée au mois de juin, en 1782 en mai et uin, en 1837 elle a sévi avec une soudaineté et une intensité rares à Dublin, et «ton riant la saison était d’une douceur exceptionnelle. Il n’est pas plus exact de lire que le dégel en soit la cause, comme l’ont pensé quelques médecins de Lon- Ires. On ne peut davantage attribuer la grippe aux influences topographiques et météorologiques. La grippe a-t-elle, comme les maladies infectieuses épidémiques, me marche déterminée à la surface du globe, gagne-t-elle de proche en proche, est-elle en cela comparable à d’autres maladies d’une bien autre gravité, telles que

choléra? Celle opinion trouve des défenseurs. « L'in/luenza , dit le docteur Holland cité par Graves (loc. rit.), se montre dans toutes les saisons, pendant les Valeurs de l’été aussi bien que pendant les rigueurs de l’hiver; elle traverse le nonde, et poursuivant sa marche pendant des mois entiers, elle suit quelquefois me direction déterminée, elle envahit, à des époques distinctes, deux localités [immédiatement voisines, et présente dans l’une et dans l’autre une intensité dilféirente; elle séjourne dans le même lieu pendant des semaines et des mois, sans être imodiûée par les variations atmosphériques; elle sévit sur les habitants d’une cité, i' :t ceux d’une ville voisine en sont complètement exempts. -Or une maladie qui présente un tel ensemble de caractères ne peut pas être rapportée à ces vicissitudes atmosphériques bien connues qui constituent ce que nous appelons le temps.]

§ III. — Symptômes.

Les auteurs ont décrit une grippe céphalique, pectorale, abdominale ; quelquesnms même ont admis une grippe rhumatismale, convulsive, syncopale, etc.; c’est retomber dans tous les inconvénients des formes des fièvres que nous avons montrés i plus haut. La prédominance de quelques symptômes a fait perdre de vue l’ensemble <kle l'affection.

De toutes les épidémies qu’il nous a été donné d’observer, il n’eu est aucune qui ait présenté des symptômes plus caractéristiques et plus intenses que celle de 1 837.

La grippe débute par du malaise, de la sensibilité au froid, un abattement marqué, la céphalalgie et l’anorexie.

Quand la maladie est confirmée, on observe les phénomènes suivants : la céphalalgie est généralement violente, quelquefois excessive, presque toujours .générale, mais plus marquée à la région frontale; les malades sont absorbés, un bon nombre éprouvent des vertiges et quelques-uns des bourdonnements d’oreille.

La face est anxieuse, rouge, animée; les yeux sont brillants et larmoyants.

Jl y a en même temps un brisement des membres, semblable à celui de la courbature; les forces sont abattues et la prostration est parfois extrême.

Le chatouillement, la chaleur des narines, les picotements, des éternuments fréquents annoncent l’apparition du coryza, qui est, dans un certain nombre de cas, d’une grande violence. Au bout de peu de temps, il se fait par les narines une excrétion de mucus limpide qui est quelquefois, tellement abondante, qu’un grand nombre de mouchoirs en sont complètement mouillés. Les épistaxis sont fréquentes.

Un mal de gorge d’une intensité ordinairement médiocre se déclare peu après le coryza ou en même temps que lui. Puis surviennent des chatouillements derrière

MALADIES PESTILENTIELLES

le sternum, une toux plus ou moins fréquente, et tous les symptômes d’une bronchite intense se manifestent. Cependant l’auscultation ne fait reconnaître la présence d’un peu de rule sous-crépitant (pie dans quelques cas peu nombreux, et ce n’est pas là une des particularités les moins remarquables de l’affection.

Les yeux deviennent plus rouges, plus larmoyants, quelquefois gonflés, et la lumière est difficilement supportée.

La langue est blanche, pâteuse ; la soif médiocre, Y appétit perdu. Du côté de I Yabdomen, on n’observe ordinairement qu’un peu de constipation ; mais dans I certains cas il y a de la diarrhée avec quelques coliques, et ce sont les cas peu fréquents, dans lesquels ces derniers symptômes se montrent avec une intensité insolite, qui ont fait admettre une grippe abdominale, comme l’exagération des ! douleurs des membres a fait admettre une grippe rhumatismale. Chez quelques : malades on observe des vomissements.

Pendant que ces symptômes existent, la chaleur est élevée, assez souvent halitueuse. Le pouls est accéléré ; il conserve sa régularité. Quelques sujets éprouvent des lipothymies {grippe syncopale de cjuelques ardeurs).

C’est surtout vers le soir que les phénomènes fébriles se montrent avec le plus de violence, et pendant les exacerbations tous les symptômes «pie nous venons de mentionner acquièrent une plus grande intensité. C’est alors que la céphalalgie devient plus aiguë et que les efforts de la toux en augmentent la violence. Dans un certain nombre de cas, le sommeil est très-agité, et il y a même un léger délire.

Tous ces symptômes se calment ordinairement avec une grande promptitude.

La céphalalgie disparaît, le coryza s’apaise, la toux devient plus facile, et il ne reste que les symptômes d’une bronchite ordinaire avec une faiblesse plus ou moins grande. Dans quelques cas néanmoins, la convalescence est longue, l’appétit se rétablit lentement, et les malades restent abattus pendant un nombre de jours qui n’est pas en rapport avec la courte durée de la maladie.

g IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

La marche de la grippe est ordinairement rapide. En trente-six ou quarante-huit heures beaucoup de malades se trouvent presque complètement guéris ; mais la durée de la maladie peut être de quatre à huit ou dix jours.

La terminaison ordinaire de la maladie est la guérison. 5Iais elle semble prédisposer les sujets, et surtout les vieillards, à d’autres affections plus graves qui causent la mort, et produisent cette augmentation de la mortalité dont nous avons parlé plus haut.

[Pour Graves, la grippe est une maladie plus meurtrière qu on ne le pense généralement. Voici quelles sont, à cet égard, les données statistiques fournies pai cer excellent observateur :

Dans la seule ville de Dublin l’épidémie de grippe de 1837 aurait fait péiii env iron ZiOOO personnes. L’épidémie de 1 8U1 n’a guère été moins grave. C est généralement à la pneumonie qui survenait dans ces épidémies qu’était due cette mortalité exceptionnelle.]

§ V. — Diagnostic, pronostic.

Les détails dans lesquels nous sommes entré suffisent pour établir le diagnostic

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