‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 69 sur 369 · VACCINE. — ORIGINE · texte numérisé non relu

VACCINE. — ORIGINE

l’hôpital d’inoculation à Londres, répétèrent ces expériences, et bientôt la pra- ]quc en devint générale.

1 L’invention de la vaccine n’est pas due au seul hasard. « Ceux-là (1) se trompent ai croient que Jenner ne fit qu’accueillir la tradition populaire. Il est bien vrai Ton disait, dans le peuple des campagnes, que ceux qui, par hasard, avaient pris picote des vaches étaient exempts de la petite vérole ; mais cette croyance flottait agilement dans l’air, la science la dédaignait, et Jenner lui-même l’aurait laissé asscr comme tant d’autres, sans l’inoculation. Jenner prônait partout l’inoculation, uoiqu’elle eût failli lui coûter la vie; mais plus il mettait de zèle à la répandre, dus il s’étonnait de rencontrer des organisations qui lui résistaient. En revenant, sans son esprit, sur cette résistance, il ne tarda pas à s’apercevoir que tous les i ijets rebelles avaient cela de commun qu’ils étaient employés dans les fermes à raire les vaches. C’est alors que, rapprochant ses propres observations de la traidtion, il s’engagea dans cette longue suite de travaux dont on connaît la fin gloiicuse. »

Les grandes découvertes sont presque toujours précédées de quelques tentatives ■liolées qui indiquent que la question est arrivée à maturité. Il en a été ainsi pour Di vaccine. D’après le récit contenu dans la Lancet de Londres (1862), Benjamin leesty, fermier, le premier (177û), inocula le covvpox sur lui-même et sur sa propre «mille. John "Webb, en 1799, tenta d’inoculer la variole à la vache, afin d’obtenir 03 covvpox. Jesty était si convaincu de l’innocuité qu’il avait acquise par l’inocula— idon du covvpox, qu’il consentit plusieurs fois à se soumettre à l’inoculation de la lariole, expérience qu’il subit impunément.

§ II. — Origine de la vaccine.

Jenner pensait que le covvpox était la maladie appelée rjrcase (eaux aux jambes) transportée du cheval à la vache, et c’était là une opinion généralement répandue le son temps. Cependant on n’en avait pas fourni la démonstration positive. Ces faits ont été repris et expérimentés avec plus de soin dans ces dernières années. En 1856, Pichot .(de la Loupe) recueillit le liquide contenu dans les pustules développées sur la main d’un maréchal ferrant qui avait ferré un cheval atteint des eaux aux jambes. Cet homme se trouva rebelle au vaccin (2). En même temps le liquide prov enant de ces pustules fut inoculé par le docteur Maunoury (de Chartres) à un enfant; il en résulta une pustule, et avec cette pustule on vaccina trois enfants chez lesquels se développèrent de belles pustules vaccinales ; ces enfants servirent de vaccinifères pour plusieurs autres. Une note et deux échantillons du virus furent adressés par ces médecins à l’Académie de médecine le 29 avril 1856. Loy (d’Aislabv), en 1801, avait inoculé avec succès la matière des eaux aux jambes à des hommes et à des vaches (3). Des faits semblables furent observés par Sacco, par Viberg (en Danemark, 1805) et par Rittcr (de Kicl) ; en 1860, Sarrans (de Rieumes) et Lafosse, professeur à l’école vétérinaire de Toulouse, purent inoculer

(1) Bousquet, Traité clc la vaccine. Paris, 1848.

(2) Pichot, Bulletin de l’Académie de médecine. Paris, 1856, t. XXI, p. 701, 813, 839, 849 ; 1862, t. XXVII, p. 837.

(3) J. C. Loy, Account of samc experiments on theorirjin ofCowpox. Witby, 1801, in-S".

FIÈVRES ÉRUPTIVES

(1) Vaccine et eaux aux jambes ( Bulletin de t Académie impériale de médecine , 1860, t. XXV, p. 789 et suiv.; 1862, t. XXVII, p. 854 et suiV.; 1 863, t. XXVIII, p. 553 et suiv.).

(2) Depaul, Bulletin de l'Académie de médecine , 1864, t. XXX.

(3) H. lloulcy , Bulletin de l’Académie impériale de médecine , t. XXVII.

(4) Trousseau, Clinique médicale de /' Hôtel-Dieu, 2e édition. Paris, 1865, t. 1.

les eaux aux jambes à plusieurs vaches. La question, mieux étudiée aujourd’hui grâce aux travaux de l’Académie de médecine (1860 et 1863), entre dans une phase nouvelle (1).

Depaul a démontré dans la discussion sur l’origine réelle du vaccin (2) que les eaux aux jambes et la maladie dite aphtheuse (Bouley), du cheval, n’étaient autre chose qu’une affection généralisée éruptive de toute la peau et de la muqueuse, buccale, analogue, par ses apparences, à la variole. C’est la meme maladie qui était dénommée par les vétérinaires et médecins qui observèrent l’épidémie de Toulouse, I maladie vaccinogène. Cette démonstration de la nature varioliforme de la maladie, j justifie l’ancienne expression anglaise de horse-pox. Cette maladie vaccinogène du cheval est plus commune qu’on ne le pensait autrefois. Les expériences de Bouley, j d’Alfort (1863 et 1864), ont servi puissamment à élucider la question encore obscure, jusqu’à ces derniers temps, de l’origine du vaccin. Reprenant la série des opinions émises depuis Jenner sur la nature de la maladie équine connue sous le nom de grease, do sore-heels, du javart décrit par Sacco, cl observant de nouveau et sans parti pris, Bouley a vu que le sore-heels et le grease, le javart inoculable de Sacco, les eaux aux jambes inoculables, la maladie équine vaccinogène de Toulouse (Lafosse), étaient des formes variées d’une même affection inoculable. Cette inoculation se lit sous ses yeux sur un élève de l’école d’Alfort (3).

On est remonté plus haut et l’on a pensé que la clavelée des moutons n’était autre chose qu’une sorte de variole de l’espèce ovine. Sacco le dit ; Manhelli (1802- 1804) et le docteur Legni rapportèrent des cas de vaccination suivie de succès sur des enfants par l’inoculation des pustules recueillies sur des moutons atteints de l’éruption dont il est ici question. Ces faits sont à l’étude actuellement et n’ont pas encore reçu la consécration de l’expérience.

.Le vaccin est-il identique avec la variole? La question ne pouvait être tranchée que par l’expérimentation. Il fallait que l’on pût transmettre la variole de l’homme à la vache; en 1807, Gasscr (de Günsbourg) tenta cette expérience, et réussit. En 1830, Sundcrland répéta ces mêmes tentatives avec succès et obtint du cowpox avec lequel plusieurs personnes furent vaccinées. On fut moins heureux en Danemark, en Prusse et en France à cette même époque. En 1839, Thiélé (de Kasan) publiait des faits de cette nature tout à fait probants. Il faisait des incisions au pis de la vache et l’entourait de linges imbibés de pus variolique. Ilitter, en 1840, obtint des succès par la même méthode. Trousseau, dans l’historique si complet qu’il donne de ces expériences (4), indique comme ayant inoculé à la vache non plus la Variole, mais le vaccin de l’homme, les docteurs Haussmann, Numann, Billing, Magliari, Ileim, Zybel, Nicolaï, Leulin, With, Prinz, Bousquet, Stcinhrenner, Boulet, Maunoury (de Chartres).

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