‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 8 sur 369 · X\II · texte numérisé non relu

X\II

NOTICi: SU K VALLEIX.

Analyse des travaux sur les maladies des reins , à propos du Traité des maladies des reins de M . Rayer; son Analyse des divers traités relatifs à la méningite cérébro-spinale ; ses comptes rendus de l’ouvrage de Lallemand Sur les pertes séminales , des ouvrages de M. Lélut Sur la phrénologie, de Parent-Duchâtelet Sur la prostitution dans la ville de Paris , de MM. Trousseau et Belloc Sur la phthisie larijngée , de M. Louis Sur la fièvre typhoïde (2e édit.), de M. Grisolle Sur la pneumonie, etc.

Tous ces travaux de critique ont eu évidemment pour but le perfectionnement de l'observation. On peut même dire que tous les écris s de Valleix sont, directement ou indirectement, autant de plaidoyers, pleins de verve et de conviction, en faveur des principes formulés par M. Louis.

On admet généralement que l’observation doit servir de base à la science: mais quelle observation? C'est, là le point sur lequel il serait bon de s’entendre, et qui, malheureusement, est un sujet de divergence parmi les observateurs. On a fait beaucoup de bruit du non numerandœ, sed pcrpendcndœ observaliones de Morgagm, mais cette proposition ne doit pas s'interpréter de nos jours comme de son temps, ainsi que le démontre parfaitement Valleix.

« M. Lallemand, dit-il, est un des auteurs qui mettent toute la médecine dans les observations. La première épigraphe de ses lettres le prouvent : Ars medica tota in observatiombus , dit-il, avec Fréd. Hoffmann En cela il sera d’accord avec bien des médecins, et nous nous hâterons de nous joindre à lui. Mais le principe n’est rien, la manière de l’appliquer fait tout. C’est là que les dissensions commencent, et lorsque M. L... ajoute ces mots de Morgagni : Nequeenim numerandœ sunt , sed perpendeudœ.. . observaliones, nous ne sommes plus de son avis. Quoi donc, vous voulez tout devoir aux observations, et vous ne voulez pas les compter? Vous les pesez, dites-vous; mais si l'on vous prouve que celte méthode de compter, dont vous faites si peu de eas, est un des meilleurs moyens de peser les faits, que répondrez-vous? Or, rien n’est plus vrai. Prenons un exemple : Qu'est-ce qu’un signe pathognomonique? C’est celui qui se trouve toujours dans une maladie, et jamais dans une autre. Qui ne voit déjà que ces mots toujours et jamais , résultant évidemment d'un calcul réel, quoique fait à notre insu, font toute la valeur de ce signe, et lui donnent un véritable poids? 11 en est de même pour tous les autres signes, quelque rang qu'ils occupent ; ils ont d’autant plus de valeur qu'on les a plus souvent trouvés dans une maladie, et plus rarement dans les autres, ou bien encore qu'ils se sont montrés plus fréquemment dans des circonstances particulières. Ce sont là les bases de la pathologie, et jusqu’ici nous ne craignons guère les objections. Mais, qu’on y réfléchisse, l'auteur qui rapportera un nombre très-limité de cas méritera-t-il autant, de confiance quand il dira : tel symptôme se trouve toujours ou très-fréquemment, que celui qui en présentera un nombre décuple, par exemple? Les observations de ce dernier n’auront-elles pas acquis un nouveau poids par cela seul qu'elles seront plus nombreuses? 11 est bien entendu que nous supposons les observations prises avec la même rigueur et la même exactitude; aussi prenons-nous pour devise, avec la Société médicale d’observation : Perpendeudœ et numerandœ ( l). »

Lorsque les observations ont été recueillies et. rassemblées, leur mise en œuvre par la statistique n’est pas chose indifférente. Certains auteurs, en effet, n’ont pas compris la statistique médicale comme on doit la comprendre, et ils ont publié des travaux qui. loin de démontrer son utilité, semblent au contraire accréditer certaines objections faites à la méthode.

« La méthode numérique compte beaucoup d’adversaires, dit Valleix. Parmi eux, il en est dont la principale objection consiste à dire qu’en médecine, faire de la statistique, c’est rassembler des faits disparates ; c’est comparer entre eux des objets qui ne sont pas comparables; c’est remplacer la maladie aux mille formes, aux mille

(1) Valleix, Journal hebdomadaire, t. 1, p. 290 et 291, Examen de l’ouvrage de M. Lallemand sur la spermatorrhée.

NOTICE SIR VALLEIX.

degrés, mobile, changeant, variable, vivante, par le chiffre à une seule face, inflexible, immuable, invariable, mort. Si ces reproches peuvent s’adresser à quelques travaux, de statistique médicale, c’est seulement aux ouvrages semblables à celui que nous avons sous les yeux (1).

» Car on ne devrait pas ignorer que les observateurs qui connaissent la véritable méthode numérique, loin de regarder les faits comme des abstractions immuables, les suivent au contraire dans leurs plus légers changements, descendent dans les plus petits détails, considèrent les objets sous toutes les faces, et ne comparent enfin que lorsque la comparaison est évidemment possible. On a peut-être tort de séparer ces mots analytique et numérique : les deux devraient toujours marcher ensemble; sans l’analyse, pas de résultat numérique possible. Cette alliance de l’analyse et de la statistique est sans doute sous-entendue par les partisans de la véritable méthode numérique; mais il serait bon que personne ne pût tomber dans l'erreur à ce sujet. Or, c’est ce qui nous .paraît être arrivé à M. D... Une masse énorme de faits est présentée dans sa notice, mais l’analyse n’y est point. De sorte qu’après avoir lu tous ces chiffres accumulés, rien de positif ne vous reste dans l’esprit... Cette manière de faire de la statistique médicale pourrait nuire à la véritable méthode numérique, si les bons esprits ne savaient qu’à côté de l’usage, il y a toujours l’abus, et qu'une méthode ne doit être jugée que lorsqu’elle est convenablement appliquée (2). »

Je viens d’essayer de mettre en évidence la valeur des travaux de notre regrettable collègue et de le faire en quelque sorte revivre par ses œuvres dans cette notice. Il me reste à compléter l’esquisse de sa vie scientifique par plusieurs détails que je ne saurais négliger de rappeler.

Durant son internat dans les hôpitaux, il fut membre de la Société anatomique, dont il devint secrétaire, puis vice-président; et il eut l’occasion de faire à cette Société plusieurs communications importantes, précédemment rappelées.

i’ius tard, il concourut à fonder la Société médicale des hôpitaux. Mais, de tous ses litres, ceux de médecin d’hôpital et de membre de la Société d’observation furent toujours considérés par lui comme les plus précieux; et, à cet égard, il montrait même un puritanisme qui n’était pas approuvé par tous ses amis.

Deux fois Valleix se présenta au concours de l’agrégation, et deux fois il échoua, par des motifs que je n’ai pas à rechercher (3).

Par ses nombreux travaux, sa droiture scientifique, l'aménité de son caractère, Valleix avait acquis un rang éminent comme observateur et comme praticien. Mais à ce dernier titre, sa position s’était surtout agrandie dans ces dernières années. Jusque-là il avait eu, comme beaucoup de nos célébrités scientifiques, une existence accidentée et parfois éprouvée en ce qui louche le plus directement aux besoins matériels de la vie. I! ne se découragea qu’un instant. 11 eut alors l’intention d’aller, loin de la France, chercher une position meilleure, et il aurait exécuté ce projet, sans une honorable amitié qui le retint en soutenant son courage. Mais cette situation difficile neut aucune influence sur la vie scientifique de notre collègue. Avant, pendant et après, son travail ne fut pas suspendu. Ce travail, en effet, était incessant et favorisé, comme je l’ai dit, par une haute intelligence (4).

Valleix était aussi homme de cœur. Toujours disposé à obliger ses amis, il iden-

(1) Notice sur la méthode simple antiphlogistique clans le traitement de la syphilis , par M. D... aîné, chirurgien militaire.

(2) Valleix, Journal hebdomadaire, t. I, 1836, p. 213, 214.

(3) Les deux thèses qu il eut alors à soutenir avaient pour titre : La fièvre ou affection typhoïde, et l inflammation de la fin de l’iléon, sont-elles deux maladies différentes? 1838.

Des indications .et contre-indications en médecine pratique , 1844.

(4) Indépendamment des travaux cités précédemment et d’autres d’une moindre importance i qu il serait trop long de rappeler, Vallcx a publié de nombreux travaux dans les Archives

générales de médecine, le Bulletin de thérapeutique, Y Union médicale, etc.

NOTICE SUR VALLEIX.

liliait, en quelque sorte, ses sentiments avec les leurs. Il était, inquiet de leurs inquiétudes, triste de leur tristesse, et toujours prêt à tout entreprendre et tout faire pour y remédier, ou pour chercher, du moins, à tempérer l’amertume de leurs chagrins. Sa famille tout entière, et, parmi ses amis, M. Louis en particulier, en onL eu de touchantes preuves.

L’affection profonde et réciproque que se vouaient depuis si longtemps Valleix et M. Louis était connue de tous. Notre malheureux collègue, se trouvant en proie aux angoisses d'une douloureuse agonie, plaignait M. Louis du nouveau chagrin que sa mort allait lui causer; et M. Louis, Valleix ayant succombé, demanda que le corps de son ami reposât à côté de celui de son propre fils. Ces faits en disent plus sur leur mutuelle amitié que les plus longs commentaires.

La mort de Valleix a été un vérilable coup de foudre, tant elle fut rapide.

Dans les premiers jours de juillet 1855. notre infortuné confrère avait donné des soins à un enfant qui succomba à une atteinte de croup, et, les jours suivants, il continuait ses visites à une jeune fille atteinte d’une angine couenneuse qu elle avait contractée en restant assidûment auprès de cet enfant, lorsque le dimanche, 8 juillet, au matin. Valleix ressentit une légère douleur de gorge. Vers le soir, il survint un malaise croissant et des symptômes généraux graves. Malgré deux cautérisations faites d’abord dans les douze premières heures, malgré le dévouement de l'amitié uni à la science pratique la plus expérimentée, rien ne put conjurer les progrès incessants de la maladie. Un œdème dur de la glotte, étendu rapidement à toutes les parties voisines, compliqua bientôt l’angine couenneuse, et, par sa gravité irrémédiable, devint la maladie principale. Le jeudi 4 2 juillet, quatre jours seulement après le début, Valleix était dans un état désespéré. Il vit arriver la mort avec un calme stoïque, malgré les souffrances cruelles qu'il endurait, et il succomba le soir du même jour, âgé de quarante-huit ans.

Ainsi finit Valleix, à l’intelligence et au cœur d’élite, esclave et victime de ses devoirs, exemple rare d’un dévouement sans bornes à sa famille, à ses amis et à la scienco médicale (1).

(1) Le croup a fait plus d'une victime parmi les membres du corps médical les plus digues de l’affection et de l’estime de nos contemporains ; le jeune BlacheetM. Eug. Gillette, médecin de l’hôpital des Enfants, si justement regretté, ont succombé à cette terrible maladie, contractée par eux au lit d’un malade. { Note de l’Editeur.)

Dr WOILLEZ.

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