FIÈVRES OU PYREXIES, ET MALADIES PESTILENTIELLES
[ Valleix, s’éloignant des tendances organiciennes qui prédominèrent en France ; pendant quelques années et à une époque peu éloignée du temps présent , déclarait reconnaître l’existence des fièvres. Quant au caractère spécial de ces affections, lesquelles ont été appelées essentielles parce que les symptômes quelles I présentent ne peuvent pas être rattachés à une lésion d’organe, Valleix le définissait ainsi : « Il est des auteurs qui n’ont voulu voir dans les fièvres qu’une réunion de lésions de fonctions et d’organes, sans lien commun qui les unisse, sans action générale qui les domine; cette opinion ne mérite pas d’être discutée sérieusement. Il suffit de voir que chacune des maladies qui constituent les fièvres a une physionomie propre, une marche particulière, une succession de symptômes différents, et de s'assurer que celles qui ont des lésions caractéristiques sont complètement dissemblables les unes des autres sous ce rapport, pour reconnaître combien de telles idées sont erronées. » Aujourd’hui on a fait un pas de plus; ou ne discute plus sur les mérites ou les torts de lecole organopathique. Les progrès immenses réalisés par l’école anatomique et physiologique ont eu pour résultat de satisfaire les naturalistes , et de décourager quelques médecins purs qu’une connaissance imparfaite de l’anatomie et de la physiologie rendait trop hardis et trop prompts à conclure. La philosophie médicale est également tombée dans le discrédit; aujourd’hui on raisonne moins et l’on observe mieux. Or, l’observation désintéressée et sans parti pris nous oblige à reconnaître qu’une classe nombreuse de maladies présente ce caractère commun, de n’avoir pas pour point de départ une lésion matérielle appréciable, et de donner lieu à une réaction générale de l’organisme tout entier, effet dont la cause immédiate nous échappe. Ces phénomènes réactionnels sont constants et se succèdent dans un certain ordre , et c’est là précisément ce qui permet d’établir des espèces naturelles parmi les fièvres. Le mot fièvre [fervere, brûler) exprime ici le caractère le plus frappant, le plus apparent, le plus prolongé de ces états morbides; c’est une figure empruntée à la sensation tactile ; il est inutile de décrire la fièvre en général , c’est là une entreprise difficile et sans utilité, attendu que la pratique seule peut donner une idée Valleix, 5e édit. 1 — 1
FIÈVRES
de cet ensemble, qui se compose de sensations subjectives, d’observations objectives, de chaleur perçue par l’observateur, de frissons ressentis par le patient, de courbature, de céphalalgie, d’affaissement général, d’accélération du pouls, etc. — Nous acceptons, sans la discuter, cette expression de fièvre que la tradition nous transmet. Nous 11e chercherons pas quel est le mécanisme de la fièvre, quelle valeur ont pu avoir les théories qui supposaient en pareil cas un excès d’action du cœur (Galien, Boerhaave), quelle importance ont actuellement les travaux de Claude Bernard sur les nerfs vaso-moteurs, de Marey, sur la tension du sang dans les vaisseaux et le relâchement des capillaires, par rapport à la fréquence et à l’ampleur du pouls, et à l’augmentation de la chaleur à la peau. A plus forte raison négligerons-nous de parler des opinions exprimées par Grirnaud, Baillou, Morgagni, Stoll, sur la valeur du pouls dans les fièvres, et par quelques-uns de nos illustres contemporains sur la cause de la fièvre (gastro-entérite de Broussais, angio-cardite et hémite de Bouillaud). Il nous paraît également superflu de chercher quelle peut être l’utilité de la fièvre, et de nous demander s’il existe des fièvres sans fièvre.
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
Les fièvi-es , fièvres essentielles ou pyrexies , nvperot (par opposition au nom de phlegmasic , réservé à l’inflammation localisée dans les organes), sont des maladies aiguës, fébriles, à type continu, intermittent ou rémittent, infectieuses ou contagieuses, régnant à l’état sporadique, endémique ou épidémique, caractérisées essentiellement par l’état fébrile et par la défibrination du sang. Plusieurs espèces de fièvres sont accompagnées de lésions anatomiques; mais, dans aucun cas, ces lésions 11e sauraient être considérées comme la cause matérielle et primitive de la maladie.
Les fièvres sont extrêmement communes, et, bien qu’il n’ait pas été fait de statistique complète à cet égard, on peut dire qu’elles* forment près de la moitié des cas morbides que les médecins sont appelés à observer.
Les unes sont communes h tous les pays ; telles sont la fièvre éphémère, la synoque, les fièvres éruptives, et, selon toutes probabilités, la fièvre typhoïde. D’autres sont particulières h certains pays, hors des limites desquels elles peuvent cependant se propager, comme la fièvre jaune, le typhus fever. Enfin quelquesunes sont absolument limitées h quelques circonscriptions géographiques, où elles trouvent exclusivement les éléments de leur production, comme la fièvre rémittente bilieuse des pays chauds, les fièvres intermittentes, etc.
§ II. — Causes.
La cause première des fièvres semble résider dans une espèce d’intoxication particulière : les fièvres intermittentes, la fièvre jaune, la fièvre rémittente bilieuse des pays chauds, ont pour cause évidente des effluves végétaux et paludéens ; la variole, la rougeole et la scarlatine naissent sous l’influence de miasmes ou virus animaux; or, tout semble s’accorder à établir que la fièvre typhoïde, le typhus, la peste, etc., reconnaissent aussi pour cause des influences toxiques de ce dernier
ordre. , .
Cependant des circonstances accessoires sont nécessaires pour 1 action de ces