ANGINE COUENNEUSE
Se montre en dehors des épidémies de scarlatine.
Invasion insidieuse.
Amygdales couvertes de pseudo-membranes évidentes.
La pseudo-membrane diphthéritique se produit sur des parties qui présentent une rougeur inflammatoire.
Pseudo-membrane grisâtre, tenace, ne recevant pas facilement l’empreinte des corps durs qui ta sillonnent.
Pseudo-membrane commençant par des îlots sur les amygdales, et de là se portant vers le larynx.
Tendance extrême à envahir les voies respiratoires.
Pronostic. — Lorsque la scarlatine survient chez un sujet sain, que l’intensité « des symptômes d’invasion n’est pas extrême, et qu’il n’v a pas d’irrégularité dans sa marche, le pronostic est favorable.
Les complications les plus fâcheuses sont l’angine et le coryza pultacés, la gan- . grène de la bouche, et l’inflammation du cerveau et des méninges.
Nous n’avons pas besoin de signaler la grav ité de la scarlatine maligne ; l’extrême intensité des symptômes fébriles rend le pronostic fâcheux, et c’est cette intensité extrême qui constitue la scarlatine maligne.
La scarlatine hémorrhagique est presque constamment mortelle.
L’anasarquc consécutive est un accident fâcheux qui peut causer la mort.
Un état de santé altérée par une autre maladie ajoute beaucoup à la gravité du I pronostic, quelle que soit la forme de l'affection : sous ce rapport, la scarlatine ne ' diffère pas des autres maladies.
Quelquefois la scarlatine , comme la rougeole, modifie avantageusement des maladies cutanées chroniques préexistantes.
§ VII. — Traitement.
Dans la scarlatine simple et bénigne, employez les mêmes soins hygiéniques que dans la rougeole. Seulement, après la disparition de la maladie, tenez avec soin et
FIÈVRES ÉRUPTIVES
plus longtemps les malades à l’abri du contact de l’air froid, à cause de l’imminence de l’anasarque. Suivant Yieusseux, on ne doit permettre aux malades, dansles saisons chaudes, de s’exposer à l’air extérieur (pie six semaines après la disparition de l’exanthème; et, dans la saison froide, on leur interdira pendant tout ce temps de passer d’une chambre dans une autre, et de s’exposer au moindre changement de température.
Quant aux sudorifiques, aux excitants généraux, aux couvertures chaudes et multipliées, aux excitants locaux, aux bains de vapeur, etc., il faut se rappeler ce que nous avons dit à leur égard dans le traitement de la rougeole.
"Les purgatifs et les vomitifs sont recommandés par beaucoup d’auteurs; on les prescrit principalement dans les cas où il y a une angine intense. Le calomel, à la dose de 10 à 15 centigrammes, une, deux ou trois fois par jour, est fréquemment administré par les médecins anglais.
Dans les cas de scarlatine maligne , putride , ataxique, etc., il faut se conduire comme nous l’avons dit en parlant des cas analogues que présente la rougeole. (Pour la scarlatine hémorrhagique, voy. article Rougeole.)
Les accidents cérébraux qui ne sont pas dus à une encéphalite ou à une méningite ne demandent guère de moyens particuliers. Dans le cas où il existe une inflammation cérébrale, on doit combattre cette complication par les moyens ordinaires.
Dans les cas mentionnés, lorsque la saignée ou les émissions sanguines locales sont indiquées par une complication inflammatoire, on ne doit pas hésiter à y avoir recours, mais, comme dans la rougeole, en user avec modération.
Un des moyens qui paraissent le plus efficaces, et qui sont le moins employés en France, consiste dans les affusions froides, administrées d’abord avec persévérance par Currie (1), après lui par beaucoup d’autres médecins anglais et allemands, et aujourd’hui par les hydrothérapistes.
U faut réserver les affusions pour les cas où la fièvre est intense, où il y a des symptômes ataxiques ; en un mot, pour les cas les plus graves.
Les affusions froides sont pratiquées en plaçant le malade dans une baignoire, et en lui jetant sur le corps cinq ou six seaux d’eau froide coup sur coup. Les lotions sont faites sur tout le corps avec une éponge ou une serviette mouillée. Après les affusions et les lotions, essuyez avec grand soin les malades, mais ne les couvrez pas plus qu’auparavant, ne les entourez pas de linges chauffés. Les affusions et les lotions doivent être pratiquées toutes les deux, trois ou quatre heures. C’est au médecin à juger si elles doivent être rapprochées ou éloignées, ce qui dépend de la plus ou moins grande rapidité avec laquelle la chaleur morbide se reproduit.
On sait qu’avant de soumettre les malades au traitement hydrothérapique, on provoque chez eux la transpiration.
Il y a loin de ces traitements à celui que l’on a si longtemps préconisé, et qui consistait à pousser à la peau en donnant les excitants, les sudorifiques, et en surchargeant les malades de couvertures; mais l’expérience est tout à fait favorable à la méthode réfrigérante. Les faits en faveur de la méthode de Currie ont été accumulés ; les médecins honorables qui ont observé dans les établissements hydrothé-
(!) Currie, Medic. Reposit. , etc. Liverpool, 1814.
SCARLATINE
TRAITEMENT
rapiques ont vu l’eau froide, appliquée dans des conditions en apparence si défavorables, produire un soulagement notable, sans jamais causer aucun accident.
Les affusions, les lotions d’eau froide, n’ont pas le danger que des idées théoriques leur avaient attribué ; leur effet immédiat est de calmer les malades et de leur donner une sensation de fraîcheur agréable ; quant au résultat définitif, c’est-à-dire à l’issue et à la durée de la maladie, il faut de nouvelles recherches, dans lesquelles on tienne compte de la gravité des symptômes, de l’état de simplicité ou de complication de la maladie, de l’àge des malades, de l’état sporadique ou épidémique de l’affection, etc., etc.
Les partisans outrés de la médication par l’eau froide l’emploient dans tous les cas de scarlatine : c’est un excès. On réservera cette médication pour les cas où la chaleur est très-élevée, la fièvre violente et l’agitation considérable.
Traitement prophylactique. ■ — La belladone a été recommandée principalement parles médecins allemands [et par Raoul Leroy, d’Etiolles (1)] ; on l’administre ainsi qu’il suit :
Extrait de belladone .. . 5 centigram. | Eau de cannelle 15 gram.
Doses : aux enfants d’un an, deux ou trois gouttes matin et soir; aux enfants de deux ans, trois ou quatre gouttes ; et ainsi de suite, en augmentant d’une goutte par chaque année.
Signalons l 'eau de goudron , le calomel, les f ami gâtions acides, le soufre doré d‘ antimoine; nous n’avons pas de preuves suffisantes de leur efficacité.
"Webster (2) emploie, principalement comme traitement prophylactique, les lotions sur tout le corps avec un mélange d'acide acétique, ou simplement de vinaigre ordinaire et d 'eau tiède. Il annonce que de nombreux faits lui ont appris que par ce moyen bien simple on empêche la propagation de la maladie aux autres personnes habitant la même maison. C’est une médication qu’on peut facilement essayer.
L 'inoculation proposée par Lehmann et M. Miquel (d’Amboise) peut être employée dans une épidémie, mais on n’est pas encore fixé sur sa valeur.
Presque tous les auteurs s’accordent à dire qu’il faut s’en tenir à V isolement. C’est surtout au moment où l’éruption et l’angine sont dans toute leur vigueur que la transmission paraît à craindre, mais il faut bien se garder de croire qu’elle n’est pas possible à toutes les époques de la desquamation.
Pour prévenir les accidents consécutifs à la scarlatine, Schneemann (3) conseille les onctions faites avec un morceau de lard chauffé , sur tout le corps, à la période de desquamation. Ces onctions doivent être faites sans découvrir le malade, pour éviter le refroidissement. Ebert (4) préconise ce traitement à toutes les époques de la maladie. Selon lui, sous l’influence de ces frictions, la période d’éruption est plus rapide, les complications sont moins à craindre, il n’v a pas de desquamation, le malade peut quitter la chambre du dixième au onzième jour. Ebert n’a jamais vu d’anasarque consécutive; il a pu, en outre, faire communiquer les
(1) Raoul Leroy, d’Estiolles, Étude sur le traitement prophylactique de la scarlatine par la belladone et par V inoculation ( Gazette hebdomadaire, 1858).
(2) Webster, Monthly Journ., et Revue méd.-chir. , septembre 1850.
(3) Voy. article Pharyngite pultacée, t. III.
(à) Ebert, Annal. Berlin, 1851, et Bulletin yen. de thérap., 31 août 1851.
malades avec des personnes saines, et il n’a pas observé la transmission de l'affection. Enfin sur 22 malades, dont 11 offraient des complications fâcheuses, 13 ont été traités par les frictions : un seul a succombé après la première friction, les autres les ont subies régulièrement deux fois par jour pendant dix jours. Parmi les 9 qui furent soumis à un autre traitement, 3 succombèrent. En admettant que l’observation ultérieure vienne confirmer les résultats obtenus par Schneemann et Ebert, les onctions faites avec toute autre matière grasse auraient les memes effets.
Pour combattre Yanasarque scarlatineuse qu’il attribue, comme nous l’avon vu, à l’albuminurie, AV. Gosse (1) conseille les émissions sanguines, les purgatifs hydragogues, les bains chauds chaque soir, et de petites doses de tartre stibié fréquemment répétées. Selon lui, les diurétiques sont contre-indiqués, parce qu’ils favorisent l’expulsion de l’albumine.
D’après Maclagan (2) Y extrait acétique de colchique aurait la propriété d’augmenter la quantité d’urée et d’acide urique, et de diminuer celle de l’albumine. Dans trois cas d’anasarque suite de scarlatine, ce médecin dit avoir administré ce médicament avec le plus grand succès. On peut le prescrire à la dose de 5 à 15 grammes deux ou trois fois par jour.
Pour le traitement de l’angine pultacée, voyez tome III.
ARTICLE VIII
miliaire {fièvre, suette miliaire).
Il importe de déterminer si la miliaire mérite réellement une place dans le cadre nosologique, ou si, comme l’a professé Chomel (3), elle n’est qu’un épiphénomène survenu dans le cours de plusieurs maladies fébriles.
Nous if aurons pas recours aux auteurs des siècles derniers, bien qu’on pût leur emprunter des éléments utiles ; nous mentionnerons les recherches faites dans ces vingt dernières années avec le soin qu'on apporte aujourd’hui à l’observation. En 1821, il y eut, dans les départements de l’Oise et de Seine-et-Oise, une épidémie de suette miliaire; elle fut observée par Rayer, qui nous en a donné une bonne description {lx). En 1832, Menière, Pinel-Grandchamp et Hourmann observèrent une épidémie semblable dans les mêmes localités, et Menière la décrivit (5). En 1839, époque à laquelle paraissait l’article de Chomel, on publiait une relation d’une épidémie qui se manifesta dans l’arrondissement de Coulommiers, et qui fut étudiée par Barthez, INoël Gueneau de Mussy et Landouzy (6). La même année, A. Robert (7) donnait une description de la fièvre miliaire qu’il observait depuis sept ans à Chaumont et aux environs; enfin Parrot (de Périgueux), ayant été témoin
(1) W. Gosse, Gazette mèd. de Strasbourg, 1848.
(2) Maclagan, Monthly Journ. of mcd., décembre et janvier 1852, et Bulletin gén. de thérap., 15 février 1852.
(3) Chomel, Dictionnaire de médecine, t. XX, art. Miliaire.
(4) Rayer, Histoire de l’épidémie de suette miliaire qui a régné en 1821 dans les départements de l’Oise et de Scine-ct-Oise. Paris, 1822, in-8.
(5) Menière, Arch. gén. de mécl., 1832, t. XXIX, p. 98.
(6) Gazette médicale de Paris, 1839.
(7) A. Robert, De la fièvre miliaire, 1839.