SUETTE MILIAIRE. — DÉFINITION, SYNONYMIE, FRÉQUENCE
d’une épidémie semblable dans le département de la Dordogne en 1861 , en envoya la relation à l’Académie de médecine (1).
Pendant que la dernière épidémie de choléra sévissait en France, on a observé, dans un grand nombre de localités, une autre épidémie de suette sur laquelle nous avons eu plusieurs relations importantes, parmi lesquelles nous citerons celles de Foucart (2), J. Bourgeois, d’Étampes (3), et TauÛlieb (U). Ces dernières relations ont modifié notre manière de voir sur plusieurs points, et en particulier sur la gravité de la maladie.
Un examen attentif de ces relations nous a démontré qu’il existe une affection bien distincte de toutes les autres, à laquelle on peut donner le nom de fièvre miliaire. Nous nous fondons principalement sur la ressemblance des symptômes et de la marche de la maladie dans les diverses épidémies observées.
Il faudrait se garder de considérer comme une fièvre miliaire proprement dite toute affection dans laquelle se produit l’éruption miliaire : les faits signalés par Chomel ne sauraient, en effet, être contestés, et il est certain que, dans un assez grand nombre de cas, l’éruption miliaire n’est qu’une complication, ou un épiphénomène pour nous servir de l’expression de Chomel. A Paris, nous n’observons guère que des cas de ce dernier genre, et c’est probablement ce qui a jeté du doute dans quelques esprits.
La miliaire purement symptomatique n’ayant qu’une très-faible importance, nous en dirons à peine quelques mots, et nous nous occuperons presque exclusivement de la fièvre miliaire proprement dite, celle qui mérite le nom de suette.
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
La maladie, telle que nous l’envisageons ici, estime fièvre, une pyrexie, caractérisée principalement par de grandes sueurs et par une éruption papulo-vésiculeusc, qui, si l’on s’en rapporte à quelques cas, n’est pas constante, mais qui du moins manque bien rarement. Les boutons qui constituent l’éruption ont à peu près la forme et le volume d’un grain de millet, et c’est ce qui a fait donner à cette maladie le nom de miliaire.
Les principales dénominations sous lesquelles elle a été désignée sont les suivantes : miliaria, exanthema miliare , febris purpurata miliaris, purpura mi liaris, purpura alba , hydroa, febris vesicularis, pourpre blanc , mil lot, millet , suette des Picards, fièvre sudorale, etc.
Les épidémies de suette miliaire ne sont pas rares ; elles sont toutefois moins fréquentes et surtout moins meurtrières que dans les deux siècles derniers. Si l’on excepte la miliaire symptomatique, on peut dire que celte affection est assez rare à l’étal sporadique; cependant on en observe des exemples plus ou moins nombreux chaque année dans les localités où ont sévi les épidémies.
(1) Parrot, Histoire de l’ épidémie de suette miliaire qui a régné dans le département de la Dordogne (Mém. de V Acad, de médecine, Paris, 1 8 Y 3 , t. X, p. 386).
(2) Foucart, De la suette miliaire, de sa nature et de son traitement. Paris, 1854, in-8. — Jiutletin de l'Acad., t. XIV, p. 922, 1116. — Rapport sur la suette miliaire, par Jules Guérin (Mém. de l’Acad. de méd., Paris, 1853, t. XVII, p. 1 et suiv.).
(3) J. Bourgeois, D’une épidémie particulière de suette , survenue concurremment avec celle du choléra en 1849 ( Arch . gén. de mécl., 4c série, 1849, t. XXI, p. 303).
(4) Taufïlieb, Bulletin gén. de thérap., mai 1849.
[Il ne faut pas confondre la suette de Picardie avec la mette anglaise ( sudor anglicus ), maladie meurtrière qui, au moyen Age, a décimé une partie de l’Europe et n’a plus reparu dans les temps modernes; en effet, il est impossible de trouver entre les symptômes de la suette de Picardie et ceux de la suette anglaise la moindre analogie.]
§ H. — Causes.
C’est de vingt à quarante ans qu’on est le plus exposé à la suette miliaire (Rayer); les femmes y sont plus sujettes que les hommes, dans la proportion de 5 à l\ environ (Rayer, Parrot, N. Guencau de Mussy, Barthez, Landouzy). Suivant Parrot (de Périgueux), la grossesse et Y état puerpéral y prédisposent particulièrement. Du reste, on n’a noté aucune influence appréciable de la part des conditions hygiéniques.
Quant aux causes déterminantes de la suette proprement dite, nous devons convenir que nous ne les connaissons nullement. Quelques médecins ont admis la contagion , mais sans aucune preuve. Ainsi que l’a fait remarquer Foucart (1), rien n’a démontré jusqu’à présent, d’une manière positive, qu’elle soit transmissible par voie de contagion ou d’infection. Elle est ordinairement épidémique et endémique.
Boinct (2) a vu la suette exister en même temps que le choléra chez les mêmes individus; c’était le choléra qui survenait dans le cours de la suette. Ces faits sont contraires à l’opinion de Lachaise (3), qui pense que quand il survient une épidémie d’une de ce-; maladies, elle suspend l’autre, et réciproquement.
§ III. — Symptômes.
On a divisé, pour décrire les symptômes, la suette miliaire en continue et en rémittente; mais dans les épidémies on a le plus ordinairement observé cette affection sous la forme continue. Parrot seul, qui observait dans la Dordogne, a trouvé presque constamment la fièvre rémittente. La fièvre miliaire continue est celle qu’il importe le plus d'étudier; quelques mots serviront à faire connaître la forme rémittente.
Symptômes précurseurs. — Suivant quelques auteurs, un des caractères de la suette miliaire consiste dans Y invasion brusque de la maladie, de telle sorte que, dans une épidémie, on voit beaucoup de sujets qui la veille étaient bien portants, et qui le lendemain présentent un des symptômes les plus caractéristiques, c’est-àdire les sueurs abondantes. D’autres ont vu presque toujours les symptômes caractéristiques précédés, pendant un ou plusieurs jours, d’un état de malaise marqué, d’anorexie, de lassitude spontanée, d’une fatigue que le sommeil ne dissipe pas. Robert a noté presque constamment ces symptômes précurseurs. D’autres ont observé la céphalalgie sus-orbitaire, des douleurs dans les articulations et à l’épigastre, des nausées, des vomissements, des coliques. La seule conclusion qui soit permise, c’est que, sous ce rapport, les choses se passent différemment dans les diverses épidémies, car, d’un autre côté, c’est d’après des observations exactes que
(1) Foucart, toc. cit.
(2) Boinet, Bulletin de V Acad, demôd., 1849, t. XV, p. 79.
(3) Lachaise, Bulletin de l’Acad. de mécl . , 28 août 1849, t. XIV, p. 1023.