‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 93 sur 369 · FIÈVRE BILIEUSE GRAVE DES PAYS CHAUDS, OU RÉMITTENTE · texte numérisé non relu

FIÈVRE BILIEUSE GRAVE DES PAYS CHAUDS, OU RÉMITTENTE

[La maladie désignée sous ce nom a-t-elle le droit de prendre place dans les cadres nosologiques ; ou bien n’est-elle formée que de la réunion arbitraire de cas unal interprétés de dysenterie, d’hépatite, d’ictère grave, de fièvre paludéenne compliquée d’accidents bilieux? Les auteurs anglais (2), qui ont particulièrement écrit •sur ce sujet, se sont assez peu préoccupés de cette question. Ils ont vu, étudié cl klécrit une maladie fébrile qui leur semblait distincte de toutes les autres maladies; lils lui ont donné, d’après ces caractères dominants, le nom de fièvre rémittente /■ bilieuse , et n’ont pas cherché à pénétrer dans l’intimité de sa nature. Ils ont dit ild’ailleurs que ce n’était pas une hépatite, parce qu’il n’y avait pas d’abcès du foie ; ique ce n’était pas un fièvre intermittente, parce qu’elle résistait au quinquina ; eut ce sont là tous les renseignements que nous avons eus pendant longtemps sur ce 'Sujet.

Ce n’est que depuis un très-petit nombre d’années que la question a été étudiée dde nouveau, et que des discussions ont eu lieu sur l’essentialité de la fièvre bilieuse. II.es uns en ont nié l’existence; les autres ont affirmé que c’est une espèce, une (■entité morbide bien définie.

Ici, comme pour toutes les maladies (pie nous ne connaissons pas par observation personnelle, nous userons de notre réserve habituelle, et nous nous en rappor- Uterons volontiers aux descriptions des médecins qui ont vu et qui ont décrit d'après nature. Les discussions en dehors de l’observation des faits sont oiseuses ; aussi (croyons-nous devoir emprunter au livre de Dulroulau les principaux détails qui 'vont suivre.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

Dutroulau (3) définit ainsi cette maladie : « On doit entendre par fièvre bilieuse les climats inter tropicaux une pyrexie qui, sans considération du type, et pou- • vaut les revêtir tous, présente pour caractère essentiel et souvent unique les symptômes prononcés et persistants de l’état bilieux : ictère, vomissements, selles, mrines caractéristiques de cet état ; et pour caractère grave, les phénomènes cérébraux, hémorrhagiques ou autres, pouvant être attribués à une altération du sang par la bile. Toute fièvre ou maladie fébrile dont l’élément bilieux n’est que passager et secondaire ou symptomatique d’une lésion anatomique primitive localisée dans nui organe quelcoiupie, n’est pas une fièvre bilieuse. »

Nous acceptons cette définition, parce qu’elle est la plus récente, la -plus précise, ■t que l’auteur a dû nécessairement, avant de s’y arrêter, analyser et peser celles Me tous les autres observateurs.

(1) Valleix, Traité clés névralgies.

1(2) Stewardson, The American Journal, 1341 et 1842. — Bartlett, The history, diagnosis nd treat., etc. Philadelphia, 1842.

(3) Dulroulau, Traité des maladies des Européens dans les pays chauds, p. 239.

Valleix, 5e édit. 1 — 17

FIÈVRES INTERMITTENTES

Comme on le verra à l’article Diagnostic , il faut isoler la fièvre bilieuse grave d’un certain nombre d’autres affections qui ont été confondues avec elle. «' Dégagée ainsi des maladies avec lesquelles on la compare souvent, la fièvre bilieuse grave n est pas une maladie fréquente sous les tropiques; si à Madagascar elle s’observe fréquemment sans qu’on puisse dire cependant qu’elle soit la forme la plus commune de la lièvre endémique, elle n’apparaît guère dans les climats de l’Atlantique qu’à certains moments d’épidémie, et est très-rare dans quelques localités. Pendant dix-sept ans de pratique aux Antilles, j’ai pu m’assurer qu’elle ne s’observe qu’exceptionnellement à Saint-Pierre et à la Basse-Terre, et que des divers foyers palustres de ces îles, c’est la Pointe-à-Pitre qui en offre de beaucoup les cas les plus nombreux (1). »

Cette maladie a été décrite sous les noms divers de : bilious rémittent fever, fièvre rémittente bilieuse des pays chauds, grande endémique des climats intertropicaux (Indes), pernicieuse ictérique (Madagascar, Daullé), bilieuse hématurique (Antilles), fièvre jaune des acclimatés et des créoles ( Pointe-à-Pître), bilieuse typhoïde (Égypte, Griesinger), hémitritée (Provinces danubiennes). Il n’est pas bien certain que le cousus (xao^oç) d’Hippocrate et la fièvre méditerranée ou méditerranéenne de quelques médecins voyageurs soient identiques avec la fièvre bilieuse proprement dite (2).

§ II. — Causes, nature de la maladie

Topographie. — Les études récentes de topographie médicale ont montré que les maladies ne sont pas disséminées au hasard à la surface du globe, et qu’il existe des circonscriptions morbides géographiques bien déterminées. En effet, il y a des affections qui ne se généralisent pas, mais qui restent étroitement confinées dans les pays où elles ont pris naissance ; et ce n’est que d’une manière tout à fait accidentelle qu’elles rayonnent à quelque distance, pour expirer d’ailleurs à ces limites extrêmes de leur développement : la fièvre jaune nous a présenté des exemples de cette particularité. Mais la fièvre bilieuse grave est une des maladies les mieux circonscrites et les moins envahissantes ; elle ne paraît pas, en effet, s’être jamais propagée par infection ou par contagion, et il suffit de quitter les pays où elle est endémique pour être a 1 abri de ses atteintes.

La plupart des médecins anglais l’ont attribuée aux seules influences climatériques des pays chauds, savoir : une chaleur moyenne constamment au-dessus de 20 degrés, une pression barométrique invariable, une humidité perpétuelle de l’atmosphère, et dépassant 80 degrés, un hivernage avec chaleur, humidité et électricité développée. Mais ces conditions sont loin d’être suffisantes pour le développement de la fièvre bilieuse, et elles ne peuvent servir qu’à expliquer seulement un de scs éléments, l’état bilieux proprement dit, ainsi que nous l’exposerons plus loin. Et, en effet, si ces influences étaient capables à elles seules de produire la fièvre bilieuse, cette affection se montrerait dans tous les climats inter tropicaux. Or, c’est ce qui n’a pas lieu.

Dutroulau fait remarquer, au contraire, que certaines stations des climats

(1) Dutroulau, ouv. cit., p. 267.

(2) Hippocrate, Œuvres complètes , traduction E. Littré : Du régime dans les maladies aiguës, 1840, t. II, p. 380.

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