‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 94 sur 369 · FIÈVRE BILIEUSE OU RÉMITTENTE. — CAUSES · texte numérisé non relu

FIÈVRE BILIEUSE OU RÉMITTENTE. — CAUSES

intertropicaux ne présentent pas la moindre apparence de fièvre bilieuse, et il cite, i l’appui de son opinion, les faits suivants : « Tous les cliitials des tropiques ne cont pas habités par la fièvre bilieuse grave. Des six colonies principales que nous (possédons, à de grandes distancés les unes des antres, dans cette zone du globe, deux, très-salubres et exemptes de fièvre endémique grave, la Réunion et Taïti, ne produisent pas cette forme de la fièvre bilieuse; on n’y observe qu’une fièvre saisonnière, ordinairement épidémique, qui est l’éphémère à forme tantôt inflammatoire, tantôt gastrique, bilieuse ou muqueuse. La scide fièvre grave qui y naisse ordinairement des causes accidentelles, ou s’y montre quelquefois sous forme épi— idémique, est la fièvre typhoïde, parfaitement semblable par sa marche, sa durée, ses caractères anatomiques et symptomatiques, à la fièvre typhoïde des climats t empérés. Des observations très-détaillées, et particulièrement un mémoire de I.Lesson, médecin en chef à Taïti, portant sur trente-trois faits complets et on ne weut mieux caractérisés, ne peuvent laisser aucun doute à ce sujet. Nos quatre mires colonies : Mayotte, Sénégal, Cayenne, Antilles, insalubres à différents degrés, ■Bt devant surtout leur insalubrité à des foyers très-intenses d’éinanations palustres, qui y entretiennent continuellement toutes les formes graves de fièvre paludéenne comptent, au contraire, la fièvre bilieuse comme forme pyrétique de leur règne endémique (1). »

Ces renseignements ne s’appliquant qu’aux colonies françaises, nous devons ajouter que la fièvre bilieuse grave s’observe aussi aux Indes orientales, et principalement dans la presqu’île du Gange, dans différents points du littoral de l’Afrique, lans les provinces méridionales des États-Unis. Enfin, on l’observe sur les côtes Me l’Espagne, de l’ftalie et de la Grèce; c’est de là que dérive le nom de fièvre néditerranée ou méditerranéenne. On dit l’avoir observée quelquefois sur des navires en mer, et par opposition, au sein de quelques pays éloignés des eaux, rcomme la Hongrie. Ces deux derniers points paraissent douteux.

Influences palustres. — La connaissance de ces conditions topographiques est 'importante, car elle démontre le lien intime qui unit la fièvre bilieuse aux fièvres paludéennes. En effet, elle établit que la fièvre bilieuse grave est une maladie endénique dans certains climats des tropiques, et non dans tous; « qu’elle est étrangère à ceux où ne règne pas la fièvre paludéenne; qu’elle se rencontre, au conraire, dans tous ceux qui sont habités par toutes les formes graves des fièvres naremmatiques (2). »

Ainsi donc, la fièvre bilieuse ne serait, au fond, qu'une fièvre paludéenne; et, ■n effet, ses caractères de type, de marche, de durée ; les lésions qui en sont la mite, et qui sont identiques avec celles des fièvres intermittentes ordinaires, sont Me puissants arguments en faveur de cette opinion.

La fièvre bilieuse ne se développe jamais qnc chez des individus qui ont déjà 1 té affectés une ou plusieurs fois de fièvres intermittentes, comme si l’intoxication paludéenne, après avoir pris possession de l’individu par ses symptômes typiques rdinaires, exigeait quelque condition nouvelle avant de se manifester sous la forme pilieuse. Et nous allons voir que c’est bien ainsi que les choses doivent être interprétées.

On a objecté que le quinquina est inutile ou nuisible dans les fièvres bilieuses,

(1) Dutroulau, Archives générales de médecine, octobre et novembre 1858 p. 5

(2) Id., ibid., p. 33. 1

FlfcVRES INTERMITTENTES.

et l’on s’est servi de cel argument pour repousser l’idée de l’élément paludéen. Celle objection s'écroule quand ou considère l'inefficacité et l’impuissance fréquentes de ce médicament contre les fièvres intermittentes simples et pernicieuses, tant que le malade séjourne dans le foyer paludéen.

Conditions gastro-hépatiques. — Si la cause essentielle de la fièvre bilieuse était exclusivement le miasme des marais, il n’y aurait aucun motif pour considérer cette maladie isolément, et pour démembrer ainsi le grand groupe des affections paludéennes. Mais elle comprend aussi un ensemble de symptômes bilieux dont l’influence palustre ne saurait être le point de départ; et c’est ce. nouvel élément qui la distingue des fièvres marécageuses et qui en fait une maladie à part.

La fièvre bilieuse est complexe et résulte de l’assemblage de deux étals morbides différents, bile ressemble beaucoup à ces affections qui, sous l’influence d’une constitution médicale , prennent une apparence particulière. Dans la fièvre bilieuse, la cause productrice ou déterminante, c’est l’influence palustre; la cause modificatrice réside dans la disposition bilieuse propre aux pays chauds, et que les influences météorologiques ont créée de longue main.

Voici comment il faudrait comprendre la production ou la genèse de la fièvre bilieuse grave : Si un étranger arrive dans un pays chaud, il peut être soumis rapidement h toutes les influences de chaleur, d’humidité, d’intoxication paludéenne, mais il n’aura pas la fièvre bilieuse. Que si, au contraire, il y a fait un long séjour, la suractivité des fonctions gastro-hépatiques s’est développée; une énergie inaccoutumée se manifeste dans l’appareil biliaire, à tel point que le foie a pu, avec juste raison, être désigné sous le nom de poumon des pays chauds.

Que va-t-il résulter de là ? C’est que toutes les causes morbides retentiront sur cet appareil et qu’elles y auront ou qu’elles y emprunteront leurs principales manifestations. Toutes ou presque toutes les maladies de ces climats s’accompagnent de symptômes bilieux. Ainsi la prédominance hépatique de toute la constitution, la tendance aux phénomènes bilieux, sont un effet nécessaire de l’action des pays chauds. Mais il y a indépendance complète entre ces phénomènes et les maladies paludéennes. Il ne peut y avoir association que là où les influences palustres et les causes biüeuses agissent simultanément.

Quant à la subordination de ces causes, elle est nettement appréciée par tous les auteurs; l’élément palustre prédomine et l’élément hépatique s’y adjoint secondairement pour lui imprimer seulement une forme particulière.

Mature. — La fièvre bilieuse grave appartient au groupe des fièvres maremmaliques survenant chez des individus dont les climats chauds ont développé la disposition bilieuse. Elle perd alors les caractères extérieurs les plus tranchés de ces fièvres, et les laisse dominer et masquer par des symptômes bilieux prédominants.

Maintenant peut-on dire que la lièvre bilieuse grave soit la même chose que la grande endémique des pays chauds? Non, assurément. La grande endémique n’est pas une; c’est un groupe de maladies plutôt qu’une maladie particulière. Elle se compose des hépatites, des dysenteries, des fièvres paludéennes et de la fièvre bilieuse elle-même, maladies dissemblables dans d’autres climats, mais qui, dans les contrées intertropicales, forment un faisceau morbide réuni par une disposition commune et dominante, l’apparition des symptômes bilieux. La fièvre bilieuse

rave n’est donc qu’une partie, qu’un élément de la grande endémique.

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