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MALADIES DU PANCRÉAS

[ Nous possédons un assez grand nombre d’observations de maladies du pancréas, mais presque toutes ces observations sont incomplètes, et présentent des différences telles, qu’il est impossib e d’en réunir, sur un sujet donné, un nombre suffisant pour arriver à une histoire un peu précise d’une affection quelconque de cet organe. Aussi, malgré le nombre des faits qui ont été publiés, les maladies du paikcréas, considérées comme maladies primitives, sont fort rares.

Presque tous les auteurs ont parlé des vices cle conformation , du déplacement de cet organe, de son atrophie , de sa rupture , etc. ; mais comme, à cet égard, il n’y a rien à dire d’important pour la pratique, même sur la rupture, qui n’a été observée que dans les cas de grandes violences extérieures (1), nous ne nous occuperons que de l 'inflammation , du cancer du pancréas et du flux pancréatique, des calculs et des kystes.

Mondière (2) a réuni la plupart des observations connues, et si, le plus souvent, il n’a pu arriver qu’à une description assez vague des affections pancréatiques, c'est que les faits étaient tout à fait insuffisants. Fauconneau-Dufresne (3) a entrepris de tracer le cadre nosographique des maladies du pancréas. Son mémoire sur ce sujet contient des faits d’un intérêt réel.

Les travaux de Claude Bernard sur l’anatomie et la physiologie du pancréas, en même temps qu’ils ont jeté un jour tout nouveau sur les fonctions de cet organe, ont été l’occasion d’études intéressantes sur la pathologie delà glande pancréatique. Plusieurs observations nouvelles ont été produites ; celles qui existaient précédemment dans la science ont été l’objet d’un examen critique, et Bernard s’est chargé

(1) Voyez Travers, The Lancet, 1826.

(2) Mondière, Récit, pour servir à l'hist. du pancréas ( Archives gén. de méd., 1836, 2e série, t. XI, p. 36-265, t. XII, p. 133).

(3) Fauconneau-Dufresne, Estai de pancréatologie ( Union médicale, numéro du 5 janvier et numéros suiv.).

PANCRÉATITE. — CAUSES. àW

lui-même de reproduire et d’analyser ces faits (1). Le pancréas, on le sait depuis les recherches de Claude Bernard, sécrète un liquide dont la propriété essentielle est d’émulsionner les graisses et de contribuer ainsi, pour une part considérable, au travail de la digestion. [Lucien Corvisart (2) a démontré, de plus, de concert avec Schilï, que les peptones gastriques provoquent seules la sécrétion du ferment pancréatique et que celui-ci digère l’albumine et la fibrine, qu il soit acide, alcalin ou neutre. ] Il en résulte que l’intégrité du pancréas est indispensable à la digestion et que ses maladies se traduisent toujours par un trouble considérable et des plus graves des fonctions digestives. [Nous ferons de fréquents emprunts aux faits acquis par les expériences et les recherches des physiologistes pour établir, en cette matière, quelques signes propres et suffisamment caractéristiques. ]

ARTICLE PREMIER

PANCRÉATITE.

On trouve dans Bartholin, Tulpius, Blasius, Highmore, etc., la description de lésions du pancréas qui peuvent être rapportées à l’inflammation aiguë ou chronique. Bécourt (3) en a signalé quelques exemples, et Mondière a recueilli les plus importants, qui appartiennent h Schmackpfeffer (k), à Maries (5), etc. Ce qu’il y a de plus remarquable dans ces observations, c’est la cause h laquelle on a pu attribuer la maladie dans presque tous les cas où le pancréas paraissait presque exclusivement affecté : cette cause est l’usage du mercure. Nous y reviendrons. Dans la plupart des autres, et en particulier dans celles qu’a publiées Tonnellé (6), l'affection était secondaire ; ces faits ont, par conséquent, beaucoup moins d’importance pour nous : nous indiquerons ce qui ressort de plus général de ces observations.

1° PANCRÉATITE AIGUË.

§ I. — Causes.

La pancréatite simple ne s’est guère présentée que sous l’influence de Y emploi du mercure, ainsi que nous le disions plus haut; cependant on ne trouve pas l’existence de cette cause dans la troisième observation citée par Mondière; dans ce cas, la maladie s’est développée sans cause apparente.

Dans les autres observations (7), la pancréatite, caractérisée presque toujours par la suppuration de la glande, s’est montrée dans le cours d'affections fébriles graves, telles que les fièvres continues, la fièvre puerpérale, et surtout la phlébite générale.

(1) Cl. Bernard, Mémoire sur le pancréas, in- A. Paris, 1856.

(2) L. Corvisart, Des sécrétions en général, de l’influence de la digestion gastrique sur l’activité fonctionnelle du pancréas (Bulletin de l’ Acad, de méd., 1858, t. XXIII, et Gazette des hôpitaux, 1861, n° 25* p. 99, mai 1864).

(3) Bécourt, Recherches sur le pancréas, thèse de Strasbourg, 1830.

(h) Schmackpfeffer, Observ. de quibusd. paner. morb. Hallæ, 1817.

(5) .1. C. F. Harless, Ueber die Krankh. des Pankreas. Nurnberg, 1812.

(6) Tonnellé, Mémoire sur les fièvres puerpérales , p. 487 (Arch. gén. de méd., t. XXII).

(7) Consultez à ce sujet Lieutaud, Histoire anatomique, t. I, p. 244 et 245 ; Mondière, lac. cit.

§ H. — Symptômes.

D après Schmackpfeffer cité par Bécourt les symptômes qu’il est permis de rapporter avec le plus de probabilité à l’affection qui nous occupe sont: une douleur fixe, profonde, ayant son siège à la région épigastrique, et s’étendant à l'hypochondre droit ; une sensation de chaleur dans le même point ; une diarrhée consécutive, composée de matière ressemblant à de la salive, et peut-être aussi la tension du ventre. Quant aux symptômes du côté des voies respiratoires et aux phénomènes généraux qui se sont montrés dans ce cas, on peut tout aussi bien, et mieux encore, les rapporter aux lésions qui occupaient la bouche, la gorge et les poumons.

Une observation de Harles complète la précédente, en ce qu’elle nous montre une tuméfaction ayant son siège dans le point occupé par le pancréas, et en ce qu’elle nous fait voir une suppression des selles qu’on peut attribuer à la violence de l’inflammation. I/affection se termina par des sueurs copieuses.

Les organes voisins, tels que l’estomac et le foie, ont paru participer, dans quelques cas, à la maladie; d’où sont résultés quelques symptômes particuliers, tels que Y inappétence, les vomissements et une jaunisse légère.

La terminaison, dans les cas 014 la pancréatite a paru exister seule, s’est terminée par résolution; lorsqu’elle constitue une lésion secondaire, elle se termine par suppuration, et alors on observe quelques phénomènes, tels que des douleurs violentes, des frissons, qui paraissent dus à la production de Y abcès, mais qu’il est impossible d’indiquer d’une manière précise. Fauconneau-Dufresne fait mention d’un abcès du pancréas ouvert dans l’estomac. Dans quelques cas, la maladie s’est terminée par la gangrène.

Quelle est la part que, dans ces cas, il faut attribuer à la lésion du pancréas dans la terminaison funeste? C’est ce que nous ne saurions dire ; toutefois on peut aflirmer que, dans la plupart d’entre eux, la maladie primitive était assez grave pour expliquer par elle seule ce résultat.

§ III. — Lésions anatomiques.

A l’ouverture du corps, 011 a trouvé le pancréas rouge, ramolli, notablement augmenté de volume, offrant des foyers purulents quelquefois considérables, et dont, suivant quelques auteurs, le pus serait remarquable par sa fétidité (Bartkolin): tandis que d’autres (1) l’ont trouvé semblable à celui des autres abcès. Quelquefois on a vu l’organe réduit en détritus gangréneux (2); mais il est bien loin d’être prouvé qu’il n’y eût alors qu’une simple inflammation.

En indiquant les symptômes, nous avons fourni les éléments du diagnostic ; mais il serait peu prudent de vouloir pousser plus loin ces indications, car ce serait s'exposer à fonder des propositions plus ou moins absolues sur de simples hypothèses.

§ IV. — Traitement.

Si la pancréatite est survenue sous l’influence du mercure, et que l’on ait observé concurremment les phénomènes de la salivation mercurielle, on doit avoir recours

(1) Portai, Observations sur tes maladies du foie. Paris, 1813, in-8.

(2) Voyez les observations de Lieutaud.

PANCRÉATITE CHRONIQUE. — SYMPTÔMES.

aux moyens mis en usage, contre celle-ci (1) : ainsi les boissons acidulés, les gargarismes acidulés, les doux minoratifs. Si l’inflammation paraît violente et si la tuméfaction du pancréas est considérable, les émissions sanguines et les émollients appliqués sur la région épigastrique compléteront le traitement.

Dans les cas où le malade n’aura pas été soumis au traitement mercuriel, on devra particulièrement insister sur ces derniers moyens, auxquels on pourra joindre, comme l’ont fait quelques-uns des auteurs précédemment cités, des doses modérées d’opium.

2° PANCRÉATITE CHRONIQUE.

§ I. — Symptômes.

La pancréatite chronique est encore moins connue que la pancréatite aiguë.

Voici, suivant Moudière, les symptômes (2) : « Une salivation continuelle, des éructations d'un liquide filant et jaunâtre, tantôt delà constipation, tantôt de la diarrhée, et dans ce dernier cas, des selles composées de matières semblables au liquide rendu par la bouche, et, en outre, de l 'anorexie, de la soif, des crampes d'estomac et le pyrosis. «

Ces symptômes se rapprochent de ceux que nous avons trouvés dans certaines gastralgies; Moudière regarde l’inflammation chronique du pancréas et la sécrétion exagérée qui en résulte, comme des causes puissantes de ces espèces de gastralgies.

[Cette conclusion paraîtra assez rationnelle si l’on se reporte aux expériences de Cl. Bernard et de L. Corvisart.

Cl. Bernard a, du reste, appliqué lui-même ses travaux sur le pancréas à la pathologie de cet organe, et constaté que, dans les affections chroniques de cette glande, les seules qui permettent aux malades de manger, la lésion fonctionnelle se traduit symptomatiquement par la présence des matières grasses dans les excréments. De plus, il y a amaigrissement, voracité (ce qu’explique le pouvoir du ferment pancréatique sur les substances azotées), et les matières fécales sont argileuses, pâles, grisâtres, le suc pancréatique jouissant de la propriété de colorer la hile en brun. Enfin, Cl. Bernard a retrouvé chez des malades des ulcérations intestinales des chiens en expérience.

De sept observations analysées par l’éminent physiologiste, quatre appartiennent à la pancréatite chronique et ont régulièrement fourni le symptôme caractéristique des selles graisseuses ou huileuses. Le pancréas, dans tous les cas, était enflammé, rouge, hypertrophié, ramolli ou induré jusqu’à l’état cartilagineux. Ces observations ont été empruntées à Elliotson (3), Bright (U) et de la Tremblaye (5).]

Aran (6) a cité un cas d'abcès tuberculeux du pancréas, remarquable par la coloration noire de la peau, une nigritie générale que présenta le malade. Y avait-il,

(1) Voy. t. III, p. 370, art. Stomatite mercurielle.

(2) Mondière, Archives générales de médecine, -1836, 2e série, t. XI.

(3) Elliotson, Médico-chirurgical Transactions of London, t. XVIII, 1853.

(4) Bright, Cases and observations connected with diseuses of Pancréas and Duodénum.

(5) Delà Tremblaye, Recueil des trav. de la Soc. méd. d’Indre-et-Loire, 1852.

(0) Aran, Observations d’abcès tuberculeux , etc. (Archives générales ch médecine, 1846, 4e série, t. XII, p. 61).

MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES

entre l’affection du pancréas et la coloration anormale de la peau, rapport de cause à effet, ou simple coïncidence? C’est ce que l’on ne peut décider.

§ II. — Traitement.

Nous nous bornerons à noter quelques moyens de traitement , indiqués par Mondiêre, d après un fait emprunté à Eyting (1). Dans un cas où les symptômes précédemment indiqués étaient réunis, et s’accompagnaient de douleurs assez vives qui s irradiaient au côté gauche de la poitrine, d’un sentiment (['oppression à l 'épigastre, de palpitations et de syncopes aux moindres mouvements, ce dernier médecin dirigea le traitement de la manière suivante :

11 donna d’abord une potion ainsi composée :

Acide hydrochlorique 30 gram.

Mucilage de gomme arabique. GO gram.

Eau de cinnamomum (sine vino) 150 gram.

Teinture thébaïque 60 centigram.

Sucre blanc q. s. pour

édulcorer convenablement.

Au bout de huit jours, l’état de la malade s’était déjà sensiblement amélioré : l’évacuation du liquide salivaire, les sueurs, ainsi que les éructations, avaient un peu diminué. Le même remède fut continué en renforçant les doses ; on y joignit des frictions avec le baume du Pérou dissous dans l'alcool , et en peu de temps disparurent la constipation, les sueurs, la salivation et la diarrhée. Enfin les anodins et les toniques , surtout les martiaux , continués pendant trois mois, ramenèrent la malade à un bon étal de santé.

Il est facile de voir que le traitement a été en tout semblable à celui des gastralgies chroniques, et, si l’on remarque que la région occupée par le pancréas n’a pas été examinée de manière à faire reconnaître l’état de cet organe, on verra combien i! est nécessaire de rester dans le doute sur ce fait.

ARTICLE II

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