ARTICLE XL MOBILITÉ DES REINS
La mobilité des reins paraît n’avoir guère d’importance pour le praticien qu’en ce quelle peut donner lieu à des erreurs de diagnostic. Cependant elle cause des accidents peu graves en apparence, mais sérieux par leur continuité et, d’un autre côté, il en résulte une tumeur pour laquelle on peut prescrire un traitement nuisible : il faut donc être prévenu, sous peine d’agir d’une manière préjudiciable au malade. En outre, enfin, un bon moyen de contention est une précaution trèsefficace.
[Connue très-anciennement par Mesue (1) et par Riolan (2), la mobilité des reins était, de nos jours, à peine indiquée par les auteurs, lorsque Rayer (3) rappela sur elle l’attention qu’elle mérite. Depuis, cette maladie a été l’objet d’un grand nombre de travaux tant en France qu’à l’étranger, parmi lesquels nous devons citer ceux d’Henoch (é), Urag (5), Rare (6), Oppolzer (7), Fritz (8), Becquet (9) et Roberts.
On décrit encore cette affection sous le nom de reins flottants. L’article cité de Roberts porte sur un ensemble de 51 cas, les seuls connus jusqu'aujourd’hui. Le rein droit a été affecté 28 fois, le gauche 8 fois, les deux ensemble 1 0 fois. Dans les 51 sujets on compte 56 femmes et seulement 5 hommes.]
§ I. — Causes.
Souvent cette affection coïncide avec une augmentation de volume du foie , avec un déplacement de l'intestin, de l'utérus ; elle peut aussi être la conséquence d’une
(1) Mesue, De dislocations renum. Opéra omnia. Venctiis, 1561.
(2) Riolan, Manuel anatomique et pathol . Lyon, 1682.
(3) Rayer, Traité des maladies des reins. Paris, 1841 , t. III, p. 800.
(4) Henoch, Des reins mobiles (A llgemeine medicinische central Zeitung, 1855, n° 16), et Klinik der Unterleibskrankheiten. Berlin, 1858, Band III, S. 367.
(5) Urag, Wiener medicinische Wochenschrift , 1856, n° 3, et Archives générales de médecine, août 1858.
(6) Hare, Sur les reins mobiles ( Medic . Times and Gazette , 1858 et 1860).
(7) Oppolzer, Des reins mobiles (Revue étrangère méd.-chirurg., 1857, n° 29, et Clinique européenne, 1859, n° 2.
(8) Fritz, Des reins flottants (Ar ch. gén. de rnèd. , 1859, p. 158).
(9) Becquet, Essai sur lu pathologie des reins flottants (Arch. gén. de tnéd., janvier 1865).
disposition particulière du péritoine , d’une déviation du rein , d’une flexuosité de ses vaisseaux, elc. Des grossesses multipliées, des e/f'orls, ont paru, quelquefois, être la cause de ce déplacement du rein droit.
[Dans quelques cas, d’ailleurs très-rares, on a pu croire à une mobilité congénitale du rein droit (Oppolzer). Fritz voit dans la position et les rapports anatomiques du rein qui n’est retenu en place, et assez faiblement, que par le péritoine, une disposition organique favorable à son déplacement temporaire ou définitif. Avec Cruveilhier (1) , il regarde Yusage du corset comme la raison étiologique capitale de la production de ce résultat chez le sexe qui précisément compte presque tous les cas de reins flottants.
Trousseau se range «à cette opinion : un vêtement trop serré peut déterminer les mêmes accidents, ainsi que Peter (2) l’a constaté chez un garde national gras, obligé de passer de temps à autre un pantalon d’uniforme trop étroit.
Sans nier l’importance dccette cause, Becquet place avant toute autre l’influence de la fluxion cataméniale à laquelle s’associent les reins, et qui a pour effet de les rendre douloureux, plus lourds, et par conséquent de les disposer à se porter en bas et en avant à chaque période menstruelle, pour rentrer ensuite plus ou moins à leur place normale, jusqu’à ce que le déplacement soit définitif, le rein restant flottant dans l’abdomen ou contractant des adhérences avec d’autres viscères ou avec la paroi abdominale.]
§ II — Symptômes.
Une douleur dans la région lombaire droite, se propageant quelquefois dans la direction des nerfs lombaires et cruraux, douleur qu on peut réveiller lorsqu’elle est assoupie, eu comprimant le rein avec les doigts de la main droite, la main gauche soutenant les lombes en arrière, et un sentiment habituel de faiblesse et de malaise dans le bas-ventre, sont les symptômes les plus ordinaires de cette maladie.
Parfois il s’y joint les phénomènes d’une péritonite déterminée probablement par les tiraillements qu’entraîne la mobilité du rein. D’autres fois ce sont comme des coliques nerveuses e l d’autres accidents analogues à ceux dont se plaignent les hypochondriaques, surtout lorsque les malades, en s’explorant le ventre, y ont rencontré une tumeur sur la nature de laquelle ils sont d’autant plus inquiets, que le plus grand nombre des médecins ne la connaissent pas. Deux médecins atteints d’une semblable mobilité du rein droit étaient tombés dans un grand découragement, et l’un d’eux, effrayé de ce qu’il portait une tumeur dans le ventre, tumeur qu’il croyait être une lésion organique, avait quitté momentanément sa profession (Rayer).
[En faisant faire au malade une profonde inspiration, on peut saisir le rein entre la main gauche placée en arrière, dans la région lombaire, et la droite placée en avant. On reconnaît alors le volume, la rénitence et la forme de l’organe, ce qui fixe sur la nature de cette tumeur. Le rein est, en général, dirigé obliquement de haut en bas et de dehors en dedans, le hile regardant un peu en haut. La percussion n’éclaire guère qu’en démontrant le vide fait à la place ordinaire du rein.
(1) Cruveilhier, Traité d’anatomie descript. , l 111.
(2) Trousseau, Clinique médicale de l’Hôtel-Dieu , l. lit, ]>. 775. Paris, 18G5.