COLIQUE NÉPHRÉTIQUE. — TRAITEMENT
ù° Signes distinctifs delà colique néphrétique et de la colique hépatique.
COLIQUE NÉPHRÉTIQUE
COLIQUE HÉPATIQUE
Douleurs s’irradiant vers la vessie et le tesi ticule.
Douleurs s’irradiant vers la poitrine et l' épaule.
Altération de la sécrétion et de l’excrétion i urinaires.
Pas d'altération de la sécrétion urinaire, si ce n’est la présence de la matière colorante de la bile dans l’urine.
Pas d'ictère.
Ordinairement ictère.
Pronostic. — Le pronostic de la colique néphrétique n’est pas grave dans l’imimense majorité des cas, si l’on ne considère que l’accès loi-même; mais comme les accidents qui le constituent annoncent une tendance souvent irrésistible à la formation des calculs dans les reins, on doit regarder les personnes qui ont eu un ou plusieurs accès comme étant dans un état grave et qui demande un traitement ; actif et assidu.
11 est rare qu’on emploie les émissions sanguines dans le traitement de la i colique néphrétique ; si cependant les douleurs néphrétiques s’accompagnaient i des signes de l'inflammation du rein, on ne devrait pas hésiter, surtout sur un : sujet vigoureux et pléthorique, à pratiquer la phlébotomie, ou à appliquer des sangsues ou des ventouses scarifiées sur la région lombaire et sur le jlanc, du côté i malade.
Les bains longtemps prolongés, les applications émollientes, sont mis en usage i en pareil cas, et même dans ceux où la douleur qui caractérise la colique néphrél tique existe seule.
Les boissons abondantes, les liquides alcalins, indiqués dans l’article précédent ipour le traitement des concrétions urinaires, sont encore recommandés dans la i colique néphrétique, mais uniquement dans le but d’augmenter la sécrétion urii naire et de produire l’expulsion du corps étranger. C’est également dans ce but i qu’on prescrit les eaux gazeuses, comme les eaux de Seltz, de Contrexéville (1), etc.
1 On ne doit pas abuser de ces moyens, attendu que si l’obstacle au cours de l’urine 1 est complet, on peut déterminer une accumulation rapide de liquide dans le rein: (d où la distension de cet organe et les accidents qui en sont la suite. [R. Leroy (d’Étiolles) conseille la tisane de lin laudanisée et froide.]
Narcotiques . — Les narcotiques sont de tous les médicaments ceux auxquels i il faut le plus se hâter d’avoir recours, l’indication principale étant de calmer les (douleurs excessives, en attendant que par les autres moyens on soit parvenu à < expulser le corps étranger. « On ne doit pas hésiter, dit Chomel, quand les douleurs •sont très-intenses, à faire prendre au malade, d’heure en heure, ou bien de demi- I heure en demi-heure, un demi-grain d’ opium sous forme liquide ou solide. Liquide, 1 action en est plus prompte; mais si la saveur nauséeuse augmente les vomissements, on doit 1 administrer en pilules, ou en lavements. La diminution (des douleurs ou un commencement de narcotisme marque le point où il faut (diminuer, éloigner ou suspendre l’emploi de l’opium. »
(1) Voy. Dictionnaire général des eaux minérales et cT hydrologie médicale, de Durand- Fardel, Le Bret et Lefort, où ces stations thermales sont bien décrites.
§ VI. — Traitement.
58fi MALADIES DES VOIES GÉNITO-URINAIRES.
Le datura stramonium a été également administré contre les accidents de la colique néphrétique. Zaar l’associe à Y huile de ricin, dans le but de calmer les douleurs et de déterminer en même temps une dérivation intestinale. On a également mis en usage la jusquiame et {Vautres narcotiques. Dubla recommande les frictions suivantes :
’lf Axonge 15 gram. | Extrait de belladone 5 gram.
Pour lrictionner les lombes et l’abdomen, trois ou quatre fois par jour.
Antispasmodiques. — Dans la supposition d’un spasme des organes, l 'éther, I’om fœtida, le camphre, le castoréam, ont été mis en usage. Le traitement par les narcotiques semble préférable il l’emploi de tous les antispasmodiques.
La térébenthine, administrée par quelques médecins contre les concrétions urinaires elles-mêmes, l’a été bien plus souvent dans le but de calmer l’irritation qu’elles produisent, et de diminuer l’abondance de la sécrétion urinaire dans les cas où l’on craint la distension du rein. A. G. Ricliter (1) recommande la formule suivante, dans laquelle entre le savon :
?f Térébenthine de Venise 2 gram. 1 Extrait de réglisse 12 gram.
Savon médicinal 12 gram. |
Mêlez. Faites des pilules de 10 centigrammes, dont on prendra de dix à quinze, matin et soir.
Le café, également recommandé pour le traitement radical des concrétions urinaires, a été prescrit dans la colique néphrétique par Chapmaim (2), qui recommande de le foire boire h un assez grand état de concentration et en grande quantité.
L 'u va ursi , employé par les anciens dans le traitement de toutes les affections des voies urinaires, peut aussi être recommandé dans le cas actuel (3).
On a quelquefois, dit Rayer, eu recours au froid avec succès; les malades s’étant mis nus, les pieds sur le pavé, plusieurs fois cette pratique a été suivie de l’expulsion du gravier ou du rétablissement de la sécrétion urinaire. Cette expulsion a quelquefois aussi paru favorisée par l’application des ventouses sèches sur le trajet de l’urèthre ou au périnée.
Lorsqu’un gravier, ajoute cet auteur, ou un calcul est engagé dans l’uretère, et qu’il l’obstrue (circonstance indiquée par le siège de la douleur, la diminution de l’excrétion de l’urine, etc.), on a conseillé de susciter le vomissement, d’exciter le malade à tousser, à éternuer, et de lui faire faire des mouvements brusques, de déterminer dans tout le corps de violentes secousses, pour faciliter le passage du gravier dans la vessie. Cependant on voit rarement l’expulsion des graviers suivre les vomissements spontanés ou provoqués, et les malades sont trop souffrants pour chercher à tousser ou éternuer; de semblables tentatives seraient donc inutiles cl peuvent être dangereuses.
Il vaut beaucoup mieux, par conséquent, maintenir les malades dans le repos le plus absolu, et laisser aux efforts de la sécrétion urinaire, qui tend sans cesse à
(1) A. G. Richter, Specielle Thérapie.
(2) Chapmann, Philadelphia .tourna f août 182Æ.
(3) Voy. l’article Calculs rénaux, p. 570.
NÉPHRALGIE.
pousser en avant le corps étranger, le soin de l’entraîner jusque dans la vessie; les malades seront couchés, légèrement couverts, dans une chambre tranquille, et éviteront tous les mouvements un peu violents.
On a proposé encore, pour faire cesser la douleur, l’application de quelques révulsifs , et principalement des vésicatoires volants; mais ces moyens, qui peuvent avoir quelque succès dans le cas où la douleur a son siège dans le bassinet, sont tout à fait insuffisants lorsqu’il s’agit de la colique néphrétique produite par le
passage d’un gravier à travers l’uretère.
Chloroforme. — On peut l’employer de trois manières différentes : 1° A l'intérieur, de 50 h 1 ou 2 grammes dans une potion de 120 à 150 grammes; c’est le moyen le moins actif et le moins sûr. 2° En applications extérieures. Aubrun (1) a réussi h enlever les douleurs si atroces de la néphrite calculeuse par l’ application du chloroforme sur la région rénoie et sur les autres points douloureux de l'abdomen. Ce liquide s’applique d’abord à l’aide d’une compresse d’ouate imbibée avec 10 grammes de ce liquide; puis à l’aide d’un peu d’ouate recouverte d un verre de montre et sur laquelle on verse 2 grammes du médicament. 3° En inhalation. C’est ainsi que nous l’avons mis en usage avec un succès bien remarquable. Au mois de juin 18A9, au plus fort du choléra, nous vîmes une dame qui éprouvait des douleurs atroces dans le ventre, et qui croyait être attaquée de la maladie régnante. Un médecin appelé auprès d’elle partagea cette opinion et se contenta de prescrire une potion diacodée. Les douleurs persistèrent, et leur caractère, leur direction le long de l’uretère gauche, les douleurs de la vessie, le défaut d évacuations alvines et l’absence des autres signes du choléra, nous firent diagnostiquer une néphrite calculeuse. Nous pratiquâmes immédiatement l’inhalation de chloroforme. En moins d’une minute tout se calma. La malade resta une heure environ sans presque souffrir, puis les douleurs recommençant, nouvelle inhalation, et ainsi de suite, jusqu’à ce que huit ou dix heures environ après la première inhalation, la malade, en urinant, entendit un bruit particulier sur le vase. Il était produit par un calcul gros comme un petit pois. Dès ce moment tous les accidents cessèrent. Pendant qu’on fait les inhalations, on doit, bien entendu, faire usage des principaux moyens indiqués plus haut, et surtout des diurétiques. [ Les inhalations doivent être faites avec toutes les précautions que commande l’emploi d’un agent tel que le chloroforme : il ne semble pas que l’on soit autorisé, en cas de colique néphrétique, à pousser l’anesthésie au delà des premiers degrés, la résolu- I ion complète n’étant pas nécessaire pour engourdir les douleurs.]
Résumé du traitement. — boissons adoucissantes, eaux gazeuses, bains, narcotiques et chloroforme.
ARTICLE VI
NÉPHRALGIE.
Par l’expression de népliralgie, on ne peut aujourd’hui désigner autre chose qu’une douleur purement nerveuse se produisant dans le rein. Mais une douleur de ai genre a-t-elle jamais été observée de manière qu’il ne puisse rester aucun doute sur son existence?
(t) Aubrun, Journal des connaissances médico-chirurgicales, août 18i9.
La principale autorité qu’on ait citée en faveur de l’existence de la néphralgie
’ f CC ,e de S>denham (0. qui a décrit une douleur violente dont il place le siège dans le rem. Mais si l’on examine cette description, on voit que rien n’est moins lien constate (pie ce siège. « Nonnunquam renum alterum vehementissimo dolore a /fi ci t, nnde vomüvs immanis; atque etiam per ureteris ductum persœne delatus, caleulum simulât. , Sydenham a plutôt imaginé que la douleur occupait ' r61“’ qu,!1 no 1 a constaté Par l’observation; et ceux qui, à son exemple 2) ont admis existence de cette douleur nerveuse des reins à laquelle ils ont donné le nom de nephralgie hystérique , n’ont pas fourni de meilleures preuves à l’anpui de leur manière de voir. Bien qu’à priori, la névralgie rénale ne soit pas impos-
77’ '! ef P™bable que r°n a pris pour elle des douleurs lombaires ou lomboabdominales dépendant, chez les femmes, d’une souffrance chronique de l’utérus (dysménorrhée), ou d’une névralgie lombo-abdominale simple chez les hommes • a moins qu’il n’y ait eu quelquefois erreur de diagnostic, et que l’on ait ignoré une giffection calculeuse réelle.
Les auteurs plus modernes n’ont pas mieux réussi à mettre hors de doute l’existence de la néphralgie. Slrambio (3), Baraillon (U), Teale (5), cités par Rayer, ont donné comme des néphralgies, des douleurs occupant les lombes, mais dont le siège précis n est nullement déterminé. Quant à celui qui est rapporté par Rayer lui-même, il nes’agissait pas d’une névralgie rénale mais d’un anévrysme de l’aorte thoracique ayant son siège au niveau et à droite de la septième vertèbre, et l’on sait quelles douleurs vives, peuvent produire de semblables tumeurs, non-seulement dans les parties tout à fait voisines, mais encore à une certaine distance.
ARTICLE VIL