DYSENTERIE. — CLASSIFICATION ET SYMPTÔMES
Cependant l'intelligence reste intacte, et si les sujets paraissent indifférents à ce qui se passe autour d’eux, c’est plutôt par suite de l’abattement des forces et de l’épuisement que leur ont causés d’aussi vives souffrances, que parce que leur intelligence est. affaiblie. Enfin, le refroidissement fait des progrès, la circulation et la respiration s’embarrassent de plus en plus, et les malades s’éteignent sans agonie réelle, ou après une agonie de courte durée.
Dans les cas qui se terminent par la guérison, les coliques et les selles commencent d’abord à s’éloigner, puis elles deviennent notablement moins fréquentes et violentes. Ensuite on remarque quelques fragments de matières fécales enveloppées de mucus ; la chaleur revient, le pouls se relève, et les malades entrent dans une convalescence ordinairement très-prompte.
[Un des points qui méritent le plus d’attirer l’attention du médecin, c’est l’état des fonctions digestives. Chez les malades atteints de la forme aiguë, fébrile, épidémique et véritablement infectieuse, on n’a ni le temps ni les moyens de modifier l’état des digestions, et la diète est indiquée. 11 n’en est pas de même lorsque la forme de la maladie est subaiguë ou chronique, et son intensité médiocre; il devient alors très-important de savoir si le malade digère ou non. Le plus souvent il n’y a pas seulement entérite avec selles muco-sanguinolentes, il y a diarrhée lientérique, absence de digestion ou au moins diminution très-notable des facultés digestives ; les aliments traversent l’intestin sans être modifiés comme ils le doivent être. Ces cas sont fâcheux, et l’art du médecin doit tendre à trouver l’aliment le plus facile à digérer ou le mieux supporté. Dans quelques cas heureux, les digestions se font assez bien, et les matières fécales sont presque dures en même temps qu’il y a des selles sanguinolentes ; cela a lieu lorsque la terminaison du gros intestin seule est atteinte par la maladie. Le plus souvent, la dyspepsie diarrhéique prolongée et la perte de sang amènent les malades à un état d’anémie des plus prononcés.
Complications. — Avec Delioux (1), nous ne reconnaissons qu’une seule espèce de dysenterie; les formes varient, mais la maladie est une ; le génie morbide (*st toujours le même. Nous ne confondrons pas non plus les formes avec les complications. Les formes dépendent d’une modalité dans les lésions anatomiques fondamentales ; les complications consistent dans l’adjonction de lésions autres (pie celles qui appartiennent à la dysenterie.
Nous admettrons avec Delioux de Savignac deux variétés de complications : A. celles de la forme aiguë; B. celles de la forme chronique.
A. Aux Antilles, au Sénégal, là où l’hépatite est endémique, on observe assez souvent la dysenterie compliquée d’inflammation du foie.] Cambay (2) a décrit une dysenterie hépatique. Il a remarqué quelle peut se déclarer de trois manières différentes. Dans la première, la dysenterie existe primitivement, et donne naissance à l’affection du foie ou en est suivie ; dans la deuxième, l’affection du foie préexiste et cause consécutivement la dysenterie, et enfin, dans la troisième, les deux maladies naissent simultanément, et il est impossible de reconnaître laquelle des deux affections a précédé l’autre.
(1) Delioux de Savignac, ouvrage cité, p. 53.
(2) Cambay, l)c la dysenterie et des maladies du foie qui la compliquent. Paris, 1847.
[Celte complication est rare dans les pays tempérés, mais s’il n’y a pas hépatite, abcès du foie, il peut exister une congestion hypérémique, (pii est toujours une complication sérieuse.
La fièvre typhoïde est une complication très-rare de la dysenterie et que Delioux admet difficilement. Cependant cette complication a été observée par Trousseau et Parmentier (1), par Bretonneau, par Colson(2).
Stoll, en vertu de ses idées sur la nature rhumatismale de la dysenterie, croyait à une métastase sur les organes respiratoires. C’est une opinion bien douteuse pour ce qui a rapport à la forme aiguë ; nous n’en dirons pas autant de la forme chronique.
Victor Bigot (3) a vu dans l’Inde trois cas de choléra compliquer la dysenterie aiguë.
La complication de scorbut , admise par certains auteurs, est très-discutable; On ne confondra pas la diarrhée sanguinolente du scorbut avec la dysenterie. Toutefois des médecins de la marine admettent volontiers que la dysenterie puisse favoriser l’apparition du scorbut.]
Plusieurs éruptions ont été observées dans le cours de la dysenterie. On a voulu faire de cette complication une espèce particulière, sous le nom de dysenterie exanthématique , érysipélateuse, miliaire , bulleuse, etc. ; mais les recherches des auteurs n’ont nullement prouvé qu’il y eût autre chose dans ces cas que de simples coïncidences. Nous en dirons autant* des dysenteries rhumatismale et vermineuse. Remarquons, en effet, que c’est dans dos cas d’épidémie, et où par conséquent un grand nombre de sujets dans des comblions très-diverses, étaient affectés de la maladie, qu’on a rencontré ces complications, dont on a fait des espèces distinctes. C’est ainsi que .\layne(é) observa, dans une épidémie de dysenterie qui régna en Irlande, des complications qui jusqu’alors [n’avaient pas été notées. C’était d’abord la production d’une inflammation des veines des membres inférieurs : la forme adhésive se montrait surtout quand la maladie était déjà ancienne, et la forme suppurative pendant la période d’acuité. L ue seconde complication était Yhydropisie des organes parenchymateux ou des membranes séreuses, en particulier de l’arachnoïde ; et enfin une complication plus curieuse encore, et qui se montrait surtout dans les cas très-anciens, était l’apparition d une salivation intermittente , sans fétidité de l’haleine, sans ébranlement des dents,, alternant avec des symptômes cérébraux ou intestinaux.
Plusieurs auteurs, et en particulier Torti (5), Morton (6), P. Frank (7), ont insisté sur l’intermittence, se fondant sur ce que les épidémies de dysenterie ont coïncidé avec des épidémies de lièvres intermittentes, et sur ce que les fébricitants ont paru contracter la maladie plus facilement que les autres. Massclot et follet
(1) Trousseau et Parmentier, Mémoire sur une épidémie de dysenterie qui a régné dans- te département d’Indre-et-Loire en 182(5 (Archives de méd., lrc série, t. XIII et XIV •
(2) Colson, Rapport sur les maladies gui ont régné sur rétablissement pénitentiaire de ntct-la-Mêre (Guyane française), 1853-1854. Thèse de Montpellier, 1855.
(3) V. Bigot, Essais d’une classification de la dysenterie. Thèse de Paris, 18(51.
(4) Mayne, Dublin quartei'ly Journal of medicine, t. X, p. 352.
(5) Torti, Thcrapeutica speciatis ad febres periodicas perniciosas.
(G) Morton, Opéra medica.
(7) P. Frank, Traité de médecine pratique, trad. par Goudareau. Paris, 1842, t. l,p. GH-