CANCER DE LA VESSIE. — SYMPTÔMES
§ II. — Symptômes.
Le début du cancer vésical a été ordinairement précédé de l’existence de Humeurs de l’utérus, du rectum, qui ont souvent exercé un grand ravage avant que l’affection ait atteint le réservoir de l’urine. On juge que ce dernier organe est affecté lorsque le besoin d’uriner commence à devenir plus impérieux, et qu’il y a un peu de douleur pendant l’émission de l'urine ; mais ces signes ne sont pas très-positifs, car une tumeur cancéreuse prenant un accroissement considérable en dehors de la vessie peut gêner le jeu de cet organe et occasionner les ■{symptômes que nous venons d’indiquer.
On a noté des douleurs spontanées qui peuvent manquer pendant fort longi temps, et qui le plus souvent sont dues aux progrès du cancer utérin ou rectal, ities douleurs sont lancinantes et s’irradient en divers sens, comme les douleurs I produites par les cancers occupant d’autres organes.
Non-seulement Y émission de l'urine est douloureuse , mais encore elle devient de plus en plus difficile ; de telle sorte que, lorsque le cancer a envahi une étendue c considérable de la vessie, les parois épaissies, dures, ne pouvant plus se coni tracter, il y a une rétention d'urine qu’il est impossible de vaincre, et qui exige l’emploi réitéré de la sonde. D’autres fois, au contraire, il y a incontinence.
La rétention d’urine peut être déterminée d’une autre manière. Les cancers de la vessie résultant, en effet, dans l’immense majorité des cas, de l’extension du cancer utérin ou rectal, c’est dans le bas-fond de cet organe, et fréquemment jusque vers son col, que la tumeur cancéreuse se développe. De là un obstacle au cours de l’urine qu’il est très-difficile de vaincre, quoiqu’une grande étendue de la ’ v essie puisse encore se contracter librement.
Dans les premiers temps de la maladie, lorsqu’il n’y a encore qu’une simple i tumeur sans ulcération, Y urine ne présente pas d’altération bien notable; mais
lorsque la tumeur s’ulcère, on voit survenir des hématuries plus ou moins fréquentes, souvent abondantes, et, plus tard, l’urine est chargée d’un dépôt de couleur grisâtre , brunâtre , ordinairement très-fétide.
Si alors on pratique le cathétérisme, on peut, en portant l’extrémité de la sonde 'sur les divers points des parois de la vessie, reconnaître que sa capacité a diminué de volume, qu elle est inégale, inextensible, et ces manœuvres déterminent ordii naircment l’écoulement d’une petite quantité de sang.
[Civiale (1) établit que le cancer de la vessie peut résulter de plusieurs étals i morbides différants et se développer sans donner lieu à des symptômes caractérisl liques.
t remarquer avec raison que les symptômes ont été souvent décrits
(1 une façon ratiospective, alors que les écrivains avaient sous les yeux les pièces de I l’autopsie.
Ni les troubles de la miction, ni le dépôt dans l’urine, ni les caractères de la
■ douleur ne sont absolument caractéristiques; les hématuries répétées et l’amaigrissement rapide du malade ne démontrent pas davantage la nature du mal. Dans
■ quelques cas, I urine na pas d’autre caractère que celui que l’on reconnaît au
(1) Civiale,. Traité pratique sur les maladies des organes génito-urinaires ,
Pans, 1860.
2e édition.
MALADIES’ DES VOIES GfcNITO-URINAIRES.
catarrhe de la vessie. Les douleurs lancinantes manquent souvent. Ces douleurs, en tout cas, se montrent surtout lorsque le malade urine. Cependant Civiale indique quelques signes plus particulièrement propres au cancer de la vessie, ainsi qu’il résulte du passage suivant : « Lorsque la diminution de la capacité de la vessie coexiste avec l’accroissement de sa contractilité et l’épaississement de ses parois, si le mal a fait de grands progrès, les souffrances forment le tableau le plus attristant. On voit alors les malades se livrer, tous les quarts d’heure, et souvent à des intervalles plus rapprochés, à des efforts déchirants pour rendre quelques gouttes d’urine. Ces efforts diffèrent de ceux qu’on observe chez certains calculeux et chez les femmes en couches, dont les douleurs sont généralement proportionnées aux contractions de l’organe. Chez les cancéreux, les angoisses sont plus fortes et plus" prolongées que ne le comporte la violence des efforts : les contractions de la vessie ont quelque chose de plus morbide. 9
» Dans quelques cas, les liquides expulsés par ces efforts ont des caractères qui frappent l’observateur. Chez trois malades, j’ai observé une odeur presque caractéristique de l’urine [cadavéreuse) .
» Un signe plus certain est celui que fournit la sortie par l’urèthre d’une certaine quantité de substance pultacée, d’apparence charnue. » (Civiale.)
Dans les cas où la maladie est très-avancée, il est inopportun et dangereux de pratiquer le cathétérisme; ce genre d’exploration, du reste, ne donne pas toujours de renseignements bien utiles sur la maladie. ]
Enfin les symptômes généraux propres aux divers cancers, et qui avaient commencé le plus souvent avant que la vessie fût affectée, prennent dès ce moment un accroissement plus rapide; il survient des perforations plus ou moins considérables de la vessie, l’urine peut s’écouler par le rectum, le vagin, et le malade succombe inévitablement dans un état de marasme ordinairement très-prononcé.
[Le diagnostic est basé sur l’existence de ces signes locaux et généraux assez incertains : la fétidité de l’urine, les débris pultacés qu’elle renferme quelquefois, l'examen microscopique de la matière, amenée dans certains cas par la sonde lorsqu’on a pu pratiquer le cathétérisme, et dans laquelle on reconnaît les cellules cancéreuses, ainsi que l’a fait Bouchardat, dans un cas rapporté par Civiale, sont les indices dans lesquels il est permis d’avoir une certaine confiance.
Le cancer vésical siège d’ordinaire près du col, à la partie inférieure de cette portion, s’implantant à la fois sur la vessie et la prostate, et laissant, tout autour de la tumeur, les tissus qui forment les parois de la vessie dans un état plus ou moins complet d’intégrité. La figure 118 représente, d’après Civiale, un cancer de la vessie observé chez un homme de soixante-quatorze ans.
Le cancer de la vessie, assez rarement primitif pour que Lebert n’ait pu en réunir plus de sept observations, est presque toujours de 1 ’encéphaloïde, dont les éléments sont très-nets sous le microscope. Le point de départ du cancer est le tissu sous muqueux : Lebert (1) a toujours vu, coïncidemment , un état inflammatoire de la muqueuse et l’hypertrophie de la tunique musculaire. Il est remarquable que les cas observés n’aient point manifesté l’infection cancéreuse générale.
Le cancer de la vessie, secondaire à celui de l’utérus, est de beaucoup le plus commun.
(1) Lebert, AnaiomÎÉ pathologique générale et spéciale , t. I, passim.
INCONTINENCE D’UIUNE.
Leuepveu (i) a vu un cancer de la vessie se relier a un cancer de 1 S iliaque. Dans un cas, la tumeur vésicale comprimait le nerf sciatique a son origine, ce qui
l'jc. ns. Pics du sommet, on voit deux petites tumeurs cancéreuses, molles, à surface granulée, d'une
teinte jaunâtre. Sur le trigone vésical, une autre tumeur de même nature, très-étendue, mais peu saillante, surtout au milieu de sa surface. Le pourtour forme une sorte do rebord saillant, frangé, festonne, ramolli, jaunâtre en Quelques points et livide en d'autres. Latéralement, celle tumeur cache les orifices des uretères. D’avant eu arrière, elle s’étend depuis l’orifice interne de l’urèthre, où elle forme une saillie considérable jusque vers le milieu du bas-fond de la vessie, laquelle offre les divers degrés de la dégénérescence cancoreusc, quelques taches livides, des plaques rouges, .les colonnes charnues on relief, des plis et de longues villosités de la membrane muqueuse. Atrophie notable du lobe latéral gauche de h prostate, dilalahoti considérable de la partie prostatique de l’urèthre et luméfactiun partielle du lobe latéral droit. Grêle uréthrale plus volumineuse que dans l’état normal. Orifice vésical de l’urèthre entièrement déformé. (Civiale, t. III, fiS- 17.)
avait fait croire à une névralgie sciatique ; clans d’autres, elle oblitérait l’uretère et avait déterminé sa dilatation au point d’égaler le calibre de l’intestin grêle. ]
Le traitement ne peut être que palliatif : l’emploi répété de la sonde , pour ne pas laisser stagner les humeurs ichoreuses dans la vessie, des injections émollientes l’administration de V opium à l’intérieur contre les douleurs, tels sont les moyens qu’on prescrit particulièrement pour calmer les symptômes produits par le cancer. Quant aux autres, ils sont ceux que l’on dirige contre le cancer en général.
ARTICLE V
INCONTINENCE O’UIUNE.
L’incontinence d’urine est une affection qui a été nécessairement connue de tonie antiquité, puisque le symptôme presque unique qui la caractérise ne peut échapper à la plus légère observation; aussi tous les auteurs eu ont-ils parlé.
(1) Leuepveu (cité par Lcberl), Bull, de la Soc. anat., t. XIV, p. 104.
maladies des vojes Génito-urinaires.
Borsieri distingue V incontinence d’urine chez les enfant» iv .
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